Le Maître de la Légende de sainte Ursule, aussi appelé Maître du Cycle de sainte Ursule, est un peintre anonyme gothique tardif qui a travaillé à Cologne ; il est actif entre 1489/90 et 1510/15. On le compte parmi les représentants de l'école de Cologne. Le maître doit son nom de convention à l'une de ses œuvres les plus imposantes, une narration de la légende de sainte Ursule en dix-neuf grands panneaux.
Éléments biographiques thumb|Retable de saint François - panneau central, vers 1505. Le Maître de la Légende de sainte Ursule (actif 1489/90-1510/15) est placé par Nicole Reynaud. avec le Maître de Saint-Séverin (actif 1480-1520) parmi les peintres annonçant la Renaissance. La relation entre les deux peintres a été discutée, notamment pour savoir qui des deux aurait été influencé par l'autre. Si le Maître de Saint-Séverin est plus enraciné dans la tradition, le Maître de la Légende de sainte Ursule est plus ouvert aux innovations modernes. Mais il est parfois presque impossible, devant une œuvre particulière, de faire la différence entre les auteurs.. Ainsi, le retable de saint François est attribué aux deux, le Maître de Saint-Séverin aurait plutôt peint le volets et le Maître de la Légende de sainte Ursule le panneau central.
Le Maître de la Légende de sainte Ursule a été entouré de nombreux élèves pour l’aider dans la réalisation des grands cycles. Il semble que l'atelier se soit fait une spécialité de ces cycles. Certains de ses élèves ont propagé son style dans des œuvres plus petites.
Éléments de style Le Maître est probablement d'origine et de formation néerlandaise, et son style montre des influences de Hans Memling, Gérard de Saint-Jean et Hugo van der Goes. Malgré la thématique commune, il est étranger à Vittore Carpaccio.. Il importe, dans la peinture traditionnelle colonaise, des aspects qui s'apparentent à une peinture plus moderne : le traitement de l'espace en profondeur, une mise en page avec d'impressionnantes figures au premier plan, ouvert sur un espace débouchant sur une ouverture vers une allée ou un paysage, un rendu d'atmosphère par une peinture comme esquissée, légère et à peine couvrante qui, sur les toiles de lin notamment, provoque des textures lumineuses. Ce rendu est loin de la matière dense de ses prédécesseurs.
Le cycle de la Légende de sainte Ursule Contexte Les dernières années du voient apparaître un genre particulier de peintures à Cologne, celui des grands cycles qui racontent la vie d'un saint. Ils sont peints sur toile et servent à décorer les murs de cloîtres et d'églises.. On possède des cycles des saintes Cordule et Ursule, des saints Bruno, Laurent, Séverin, Géréon. Les scènes sont inscrites dans une architecture en trompe-l'œil et souvent accompagnées d'explications contenues dans des cartouches en bas des tableaux, avec les effigies des donateurs et leurs blasons. Ces cycles sont des commandes de grandes familles de bourgeois ou de réunions de chanoines. Le premier de ces cycles, celui de saint Bruno, est en revanche peint aux frais des souverains d'Europe, à l'occasion du couronnement de Maximilien, fils de Frédéric III en roi des Romains. Témoignage du prestige de la chartreuse de Cologne., de l'importance de la ville, et modèle qui a suscité des imitations.
Cologne est alors le centre l'adoration de sainte Ursule et de ses compagnes au Moyen Âge. Le cycle de sainte Ursule de Cologne n'est qu'une des narrations de la légende ; d'autres sont la châsse de sainte Ursule de Memling et le cycle peint par le Maître brugeois de la Légende de saint Ursule. D'autres cycles se trouvent en Italie comme le cycle de Tommaso da Modena, ou le cycle de Vittore CarpaccioL'iconographie est détaillée dans la page Ursule de Cologne..
Le cycle thumb|Panneau 9 : L'ange annonce à Ursule son martyre. thumb|Panneau 18 : Enterrement des compagnes. Le cycle était probablement destiné à l'église Sainte-Brigide.. Il a été peint entre 1493 et 1496, comme donation commune de plusieurs patriciens colonais.Parmi les donateurs, il y a les noms de Johann Oort, de sa première épouse Aelheit et de sa deuxième épouse Druidgen, ou Johan Ynckhuys et son épouse, Wilhem Ynckhuys et son épouse, Wynand van Wickroid etc .. L’emplacement initial du cycle n’est pas entièrement certain puisqu'il ne figure pas dans les registres de l'église. Pour l’église Sainte-Brigide parle le fait que certains donateurs étaient rattachés à cette église qui était le siège de la guilde des pêcheurs. Sainte-Brigide a été vendue en 1803 puis a été démolie. C’est au plus tard à ce moment que le cycle a été enlevé et réparti sur d’autres emplacements. La plupart des toiles ont été vendues durant le , en plusieurs lots.
Les tableaux ont en général été retaillés, et la partie inférieure, contenant la légende, les effigies et les noms des donateurs ont été supprimés, sauf pour les tableaux de Bonn et de Londres. Les effigies de la grosse bourgeoisie commerçante de Cologne représentées permettent de dater le cycle des dernières années du . Cette entreprise considérable témoigne de l'importance du mécénat des grands marchands colonais, associés dans une commande commune. Il fait référence, dans sa forme et sa structure, au cycle de la légende de saint Bruno, offert quelques années auparavant, en 1486, par l’empereur Frédéric III et onze autres seigneurs européens, parmi lesquels deux archevêques, à l’occasion du couronnement royal de Maximilien , fils de l’empereur ..
Les peintures Le cycle de l'histoire de sainte Ursule est une série composée à l’origine d'au moins dix-neuf peintures sur toile. Elles sont dispersées entre divers musées : Cinq panneaux sont au Wallraf-Richartz Museum, Cologne, ( 4, 9, 13, 18 et 19, mais le dernier a été détruit pendant la seconde guerre mondiale) et deux ( 5 et 6) au Musée du Louvre (RF 968 et 969), deux autres ( 3 et 14) au Germanisches Nationalmuseum de Nuremberg, et quatre ( 7, 8, 11 et 12) au Rheinisches Landesmuseum Bonn. Elles sont toutes grandes : les plus grandes de environ, beaucoup ont été raccourcies sur les côtés, le cadre et l'inscription supprimées ; ainsi les panneaux du Louvre ( 5 et 6) ne mesurent que . Les thèmes des panneaux connus sont : Les parents de sainte Ursule prient pour avoir un enfant, Alte Pinakothek, Munich, Inv. Naissance de sainte Ursule (Rheinisches Landesmuseum Bonn, prêt de la coll. von Stedman, Metternich) Baptême de sainte Ursule (Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg, Gm 38Objektkatalog Gm38) Saint Ursule vouée au service de Dieu (Wallraf-Richartz-Museum, Cologne WRM 196) Le roi païen envoie ses ambassadeurs demander la main de saint Ursule (Louvre, RF 969) Saint Ursule annonce son projet de pèlerinage à Rome (Louvre, RF 968) Les ambassadeurs païens prennent congé (Rheinisches Landesmuseum Bonn, GK 137) Retour des ambassadeurs païens (Rheinisches Landesmuseum Bonn, GK 138) L'ange apparaît à saint Ursule et lui annonce son martyre (Wallraf-Richartz-Museum WRM 197) Sainte Ursule informe ses compagnes de sa vision (Cologne, musée Kolumba, M 1003) Arrivée de saint Ursule à Bâle (Rheinisches Landesmuseum Bonn GK 130) Arrivée de saint Ursule à Rome (Rheinisches Landesmuseum Bonn GK 140) Le pape Cyriaque remet sa tiare à son successeur (Wallraf-Richartz-Museum, Cologne WRM 865) Départ de Rome (Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg, Gm 39Objektkatalog Gm39) Retour à Bâle (autrefois Kulturhistorisches Museum de Magdebourg, détruit en ) Martyre de saint Ursule et des onze mille vierges à Cologne (panneau double, Londres, Victoria and Albert Museum) Trois scènes ont été ajoutées par d'autres mains de l'atelier du Maître La défaite des Huns (ancienne collection Otto Strauss, disparu depuis 1934) Enterrement des martyres (Wallraf-Richartz-Museum, Cologne WRM 849) Découverte et translation du corps de sainte Ursule par saint Cunibert (autrefois Wallraf-Richartz-Museum, Cologne WRM 198, détruit par une attaque aérienne en 1943).
Panneaux doubles thumb|upright=2|Panneau 16 : Martyre du fiancé et des compagnes Katja von Baum pense que le cycle devait comporter à l’origine au moins 11 tableaux, chacun étant formé de deux scènes. Seul le tableau double du martyre au Victoria and Albert Museum de Londres serait un tableau entier, les autres seraient découpés le long du pilier central servant à la séparation des scènes représentées.
Dans ce regroupement, les tableaux vont par paires correspondant à des numéro consécutifs, sauf pour deux panneaux : le retour à Bâle ( détruit) devait être associé à une rencontre entre Ursule et son fiancé, et la translation de sainte Ursule ( détruit) devait être précédé d’une autre scène.
Chaque panneau est ainsi composé de deux scènes entourées d’un ensemble architectural peint. Ce cadre comporte des colonnes sur les côtés et au milieu. Les socles délimitent des rouleaux de parchemin peints avec la description de la scène en latin, et sur les deux côtés l’effigie des donateurs avec leur blason; leur nom est inscrit sur le bord inférieur du cadre également. Aucun des tableaux est intégralement conservé dans sa forme originale. Seuls les panneaux de Bonn ont conservé leur inscription, d’autres ont perdu jusqu’à l’encadrement architectural. Initialement, chaque panneau double devait mesurer environ . Certaines scènes importantes de la légende de sainte Ursule qui figurent dans d’autres cycles sont ici absentes, soit parce que des panneaux ont disparu, soit parce que le nombre de panneaux devait s’accorder à celui du cycle de saint Bruno. Il est par exemple remarquable qu’un panneau double montre le martyre du fiancé et des compagnons, mais qu'aucun ne montre le martyre d’Ursule elle-même.
Autres cycles
Cycle de saint Séverin
thumb|10. Résurrection d'un mort. thumb|11. Arrivée à Bordeaux Le cycle de saint Séverin est attribué au Maître de la Légende de sainte Ursule. Il est daté de 1499-1501. Le cycle complet devait contenir plus que les vingt panneaux conservés qui décrivent en détail la légende de saint Séverin. Les panneaux sont peints sur toile, leur dimension est de . Ils se trouvent dans l’église collégiale Saint-Séverin de Cologne.
C'est, parmi les cycles de peintures de cette époque, l'un des plus complets et des mieux conservés. Il suit le modèle du cycle de saint Bruno dans sa forme et sa disposition. À nouveau, les panneaux doivent être vus par paires.Une proposition de reconstruction du cycle de saint Séverin est donnée par .. Une des indications pour cet appareillement est la position des donateurs, parfois à gauche, parfois à droite. Les thèmes des panneaux sont :
Destitution de l’évêque Euphrate Ordination épiscopale de saint Séverin Sermon et conversion du peuple Mort de saint Martin Saint Séverin entend des chants célestes Mariage d’un jeune homme qui devient ermite L’ermite vient à un repas en l’honneur de l’évêque Guérisons miraculeuses par saint Séverin Un ange enjoint au saint de rendre visite à sa ville natale Résurrection d’un mort (WRM 742) Arrivée à Bordeaux (WRM 743) Mort de saint Séverin Miracle à l’enterrement Les reliques du saint sauvent Bordeaux devant le Goths Prière de l’évêque de Un ange donne l’ordre de chercher les reliques Les Colonais supplient qu’on leur donne les reliques L’écrin à reliques est remis aux Colonais Arrivée à Cologne Vénération des reliques à Cologne Chaque panneau contient une scène qui est inscrite dans un cadre légèrement architecturé. Le bas du tableau contient une ligne de titre, et en dessous une cartouche avec un texte en latin. Sur les côtés, un personnage et en face, un blason. Les scènes sont disposées dans des espaces séparés en zones claires et sombres, des paysages profonds, aux couleurs délicates..
Cycle de la Légende de saint Laurent thumb|Laurent montre au préfet les vrai trésors de l’église, Londres, National Gallery. Ce cycle était composé des six panneaux suivants : Saint Laurent est échangé à sa naissance avec un changeling par le diable (détruit)