Elsa von Freytag-Loringhoven, née Elsa Hildegard Plötz le à Swinemünde (province de Poméranie, Empire allemand) et morte le à Paris Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , , vue 5/31., est une sculptrice et une égérie du mouvement dada de New York, surnommée « Dada Baroness ».
Biographie À dix-huit ans, Elsa Plötz s'enfuit de chez elle, quittant une mère croyante et un père abusif. Elle s'installe à Berlin chez sa tante. Elle travaille comme choriste et étudie le théâtre et l'art.
Après deux mariages ratés, elle épouse, à New York, en 1913, le baron Leopold von Freytag-Loringhoven. Il se suicide finalement, laissant Elsa von Freytag-Loringhoven sans ressource. Elle devient cependant l'attraction de Greenwich Village par son accoutrement fait de « vêtements artistiques farfelus » : corbeille à papier ou seau à charbon comme chapeau, objets trouvés ou volés décorant ses robes. Elle apparaît le crâne rasé dans les salons ouverts aux avant-gardes, en particulier celui des Arensberg.
Les dadaïstes de New York commencent à s'intéresser à elle. Elle écrit à partir de 1918 dans la revue américaine The Little Review. Son travail y est présenté aux côtés de chapitres de Ulysse de James Joyce. Jane Heap, la célèbre éditrice américaine, la considère comme « la seule personne au monde qui s'habille à la manière de Dada, qui aime Dada, qui vit Dada ».
, écrit le poète Hart Crane dans New York Dada, et The Little Review proclame en 1920 que
Elsa von Freytag-Loringhoven est la vedette d'un film qu'elle a réalisé avec Man Ray et avec Marcel Duchamp à la caméra intitulé La baronne rase ses poils pubiens.
Elle réalise avec Morton Schamberg la sculpture , un tuyau de plomb sur un morceau de bois (1915) qui est considérée par beaucoup comme l'expression parfaite du dadaïsme.
Une autre de ses sculptures, Limbswish (1918), est un ornement construit à partir d'un ressort en métal et d'un grand gland de rideau destiné à être suspendu à la hanche.
De retour à Paris vers 1920, Elsa von Freytag-Loringhoven rencontre la romancière américaine Djuna Barnes, avec qui elle entame une relation.. Elles entretiennent une importante correspondance après son départ à Berlin. Depuis Paris, Barnes soutiendra la baronne, avec de l'argent, des vêtements, mais aussi revues. Elle recueille également les poèmes et les lettres de la baronne (von Freytag-Loringhoven a pour projet de réunir et publier ses poésies en un recueil, La baronne proposa un mariage érotique dont l'enfant amoureux serait leur livre).
Elsa von Freytag-Loringhoven retourne en Allemagne en 1923. Elle habite une maison de charité, vend des journaux ; en proie à des pulsions suicidaires, elle est internée dans une clinique psychiatrique.
Au printemps 1926, ayant obtenu un visa pour Paris, elle crée une agence de mannequins que les autorités d'immigration françaises fermeront.
Elle meurt dans son appartement, intoxiquée par le gaz resté ouvert toute la nuit.
La controverse de l’œuvre Fountain (1917) Certaines sources tendent à démontrer que la baronne serait l'auteure de Fountain, œuvre attribuée à Marcel Duchamp...
Duchamp a toujours maintenu qu'il avait acheté l'urinoir du magasin J. L. Mott à New-York. Or, ce magasin ne vendait pas ce modèle particulier. En outre, le , soit deux jours après le rejet de l’œuvre, Duchamp écrit à sa sœur Suzanne Duchamp, à l'époque infirmière de guerre à Paris, que l'une de ses amies a envoyé un urinoir en guise de sculpture et sous le nom de R. Mutt :
Duchamp n'avait aucune raison de faire référence à une « amie » s'il avait été l'auteur de l'œuvre. Par ailleurs, le fait qu'il parle de sculpture est déjà en soi révélateur puisque, depuis 1913, il a cessé de produire de l'art sous l'impulsion du travail de Raymond Roussel, mais produit déjà des ready-made, destinés à être lus, et non pas vus. Le contenu explosif de cette lettre n'est rendu public qu'en 1983 lors de sa publication dans Archives of American Art Journal..
Elsa von Freytag-Loringhoven aurait explosé de fureur lorsque les États-Unis déclarèrent la guerre à l'Allemagne, son pays natal. Sa cible de revanche aurait été la Society of Independent Artists, dont les représentants l'avaient toujours considérée avec froideur. Julian Spalding et Glyn Thompson pensent qu'Elsa von Freytag-Loringhoven aurait soumis un urinoir mis à l'envers et signé de "R. Mutt" dans une écriture que l'artiste utilisait souvent pour ses poèmes.
La signature "R. Mutt" aurait alors été pour l'artiste un jeu de mots : en allemand, ce nom pouvait se lire comme le terme Armut, « pauvreté », ou « pauvreté intellectuelle » dans certains contextes. La soumission d'Elsa von Freytag-Loringhoven fut donc une double attaque : d'un côté elle démontrait l'incapacité de la Society of Independent Artists à distinguer un objet quotidien d'une œuvre d'art s'ils acceptaient l’œuvre, mais d'un autre côté, s'ils la refusaient, ils reniaient leur définition de l'art qui, selon eux, devait être laissée à l'appréciation de l'artiste.
Postérité La plupart des œuvres d'Elsa von Freytag-Loringhoven sont restées inédites jusqu'à la publication de Body Sweats: The Uncensored Writings of Elsa von Freytag-Loringhoven, premier grand recueil anglais de ses poèmes, publié à titre posthume en 2011 par MIT Press, édité par sa biographe, Irene Gammel, et la poète et professeure canadienne Suzanne Zelazo.
Ses papiers personnels ont été conservés après sa mort par son éditrice, agent littéraire, collaboratrice artistique et amante Djuna Barnes.. Cette collection répond au désir de la baronne de voir sa poésie publiée dans un livre, un projet qu'elle a commencé avec Barnes mais jamais réalisé de son vivant.
La bibliothèque de l'université du Maryland acquiert cette collection en même temps que les archives de Barnes, en 1973, et les sépare par la suite pour créer un fonds spécifique.. La collection contient des correspondances, des poèmes visuels et d'autres œuvres artistiques et littéraires de l'artiste. L'université possède également de vastes archives numériques de ses manuscrits.
Galerie
Publication
Références
Voir aussi Bibliographie . . . . Éric Fassin, Joana Masó, L’art, c’est la vie. Elsa von Freytag-Loringhoven critique de Marcel Duchamp, Paris, Macula, 2025, 288 p.
Article connexe Fontaine, Marcel Duchamp, 1917
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