Pierre Morency (Lauzon, -) est un écrivain et poète québécois. Il est l'auteur d'une importante œuvre de poésie, de textes de prose, de pièces de théâtre, et de créations radiophoniques. Il est également ornithologue. Il est l'auteur des Histoires naturelles du Nouveau-Monde : L'Œil américain (1989), Lumière des oiseaux (1992) et La vie entière (1996). Il est une figure fondatrice du nature writing au Québec et au Canada.

Biographie Pierre Morency grandit à Lauzon, de l'autre côté du fleuve Saint-Laurent, face à Québec. Son père est creuseur de puits artésiens, comme il le raconte dans La Vie entière. Son grand-père maternel est capitaine de goélette en Gaspésie.

C'est par le théâtre que Pierre Morency arrive à l'écriture. Après son cours classique, il dirige une petite troupe de théâtre à Lévis et s'intéresse à la poésie. Ses premières expériences de poésie sont de lire ses poèmes sur scène. La poésie, dès le début, est liée chez Morency à sa performance orale.

En 1966, il obtient une licence en lettres de l'Université Laval. Il entame une grande amitié avec le chanteur Sylvain Lelièvre. Il rencontre Gilles Vigneault, qui publie ses premiers recueils de poèmes à la maison d'édition qu'il a fondée (Les Éditions de l'Arc).

C'est à cette époque qu'il découvre la nouvelle poésie québécoise avec le travail de Gaston Miron, Roland Giguère, Jean-Guy Pilon, Paul-Marie Lapointe, Fernand Ouellet, Gilles Hénault, Gilles Vigneault, et de Pierre Perrault (cinéma et radio).

Les premières années de sa production sont marquées par l'interaction de l'écriture avec l'oralité des émissions radiophoniques, de la lecture publique de ses textes et de la pratique théâtrale. Dès le début de sa carrière d'écrivain, Pierre Morency participe activement à la vie littéraire québécoise, et travaille à faire vivre la littérature dans la ville de Québec. Dans les années 60, les occasions pour les poètes de lire leurs propres textes sur scène sont rares, et Morency contribue à fonder différentes séries d'événements de lecture publique. À Québec, il cofonde les Soirées poétiques du Chantauteuil en 1969, et plus tard, à partir de 1978, les Soirées poétiques du Temporel. De 1976 à 1978, il est cofondateur et administrateur de la revue littéraire Estuaire.

Les fonds d'archives de Pierre Morency sont conservés au centre d’archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et à Bibliothèque et Archives CanadaFonds Pierre Morency (R11780), Bibliothèque et Archives Canada.

En 2004, il est nommé membre d'honneur de l'Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ).

Œuvre vignette|325x325px|Pierre Morency, Île d'Orléans, 2021

Pierre Morency est l'auteur d'une importante œuvre poétique, de textes hybrides entre la prose, la poésie, la biologie, le dessin, de créations radiophoniques, en plus d'avoir collaboré à des œuvres d'art visuel, de musique et de cinéma. Son travail traverse différents médias et les catégories de genre. Reconnu comme une des figures emblématiques du Nature Writing au Québec, son travail fait de l'étude de la nature une matière poétique. Toutefois, la « nature », chez Morency, est aussi à entendre comme la ville, comme le rapport de l'humain au vivant qui l'entoure.

La poésie de 1967-1988 Dans les années soixante-dix, Pierre Morency s'impose comme un des poètes importants de sa génération. Gilles Vigneault publie ses trois premiers recueils à la maison d'édition qu'il a fondée, les Éditions de l'Arc. Les quatre recueils suivants, incluant une rétrospective, paraissent aux Éditions de l'Hexagone.

En 1978, Le Magazine littéraire retient Pierre Morency pour un numéro intitulé « 68-78, dix ans de poésie », entre 101 poètes francophones, dont dix Québécois (Michel Beaulieu, Jacques Brault, Paul Chamberland, Claude Gauvreau, Geoffroy, Langevin, Gaston Miron, Pierre Morency, Fernand Ouellette et Denis Vanier.)

Histoires naturelles du Nouveau Monde (1989-1996) Les Histoires naturelles du Nouveau Monde est un cycle de trois volumes : L’Œil américain (1989), traduit en anglais par Linda Gaboriau sous le titre The Eye is an Eagle (1992), Lumière des oiseaux (1992), et La Vie entière (1993). Cette trilogie, sous-titrée Carnets, répond au projet de l'auteur d'entreprendre la rédaction d'un « grand livre » sur la nature, projet qu'il entretient depuis les années 1970. « Lorsqu’elle vivait à Québec, non loin de chez Pierre Morency, Gabrielle Roy disait souvent au poète : "Vous allez l’écrire, Pierre, votre grand livre sur les oiseaux. Je le sais !" »

Dans la Note de l'auteur à la nouvelle édition de L'Œil américain en 2020, Pierre Morency raconte pour la première fois qu'il a entrepris la rédaction du cycle des Histoires naturelles à la suite de sa « presque mort » à quarante-deux ans, alors qu'une erreur médicale le met entre la vie et la mort pendant quelques jours. Les œuvres de la trilogie, qui étendent la reconnaissance de l'écrivain auprès du grand public, reçoivent plusieurs prix au Québec et en France, dont le Prix littéraire de l’Institut canadien pour Lumière des oiseaux. C'est à cette époque qu'il est reçu Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française, .

En 2020, les Éditions du Boréal créent une collection consacrée au nature writing qui porte le nom de L'Œil américain, en hommage à ce texte emblématique de la tradition au Québec.

La poésie en prose (1994-...) Le cycle des Histoires naturelles marque la volonté, dans le projet littéraire de Pierre Morency, d'inscrire la poésie dans la prose de la vie réelle. La fin des années 1990 voit la publication d'écrits de forme hybride, des récits où se mêlent la poésie, la prose, la forme narrative, ainsi que des illustrations réalisées par l'écrivain qui a, entre-temps, suivi des cours avec un professeur de calligraphie chinoise.

Avec Les paroles qui marchent dans la nuit (1994), la figure de Trom (anagramme inversé de « mort ») fait apparition, sorte d'alter ego poétique de l'auteur, qui fera retour dans des textes subséquents.

À l'heure du loup (2002), récit en prose où apparaissent les illustrations de l'auteur, suit le personnage de Trom comme un double de l'auteur. Or ce dédoublement n'est pas une simple projection autobiographique de Morency, mais plutôt une figure par laquelle ce dernier conçoit la sagesse de celui qui habite le langage.

Comme l'écrit Gilles Marcotte : « On aura compris que Trom, s'il n'est pas Morency lui-même, est son double, son ombre portée, celui dont il essaie d'être digne, l'écrivain qu'il porte en lui-même. « Un être de plume, Trom. »»

Morency fait ensuite paraître Amouraska (2008) et Grand Fanal (2018).

Émissions radiophoniques Entre 1967 et 2000, Pierre Morency écrit et anime une quinzaine de séries d'émissions radiophoniques sur les ondes de la radio publique de Radio-Canada, pour lesquelles il fait l'intégralité de la recherche, de l'écriture et de l'animation. Ces émissions, important travail de vulgarisation scientifique sur la nature, sont aussi proprement littéraires. La radio devient un champ d'exploration poétique pour Morency chez qui la pratique littéraire est inséparable de son oralité. Certaines de ces émissions serviront d'ailleurs de chantier d'écriture pour des livres futurs. Pour Morency, le travail radiophonique est un moyen de dépasser les frontières entre science et poésie. De 1967 à 1972 : Il écrit et anime plusieurs séries poétiques (Le talon d’Ève), humoristiques (Le repos du guerrier, Les anges gardiens), critiques (La nouvelle poésie au Québec), et dramatiques (Les voyageurs de l’insolite, Les lamentations de Jérémie)

De février à mai 1977 : Histoire des grands aliments, une série de treize émissions d'une heure consacrées aux aspects historique, symbolique, poétique et anthropologique des nourritures au Canada.

De 1977 à 1981 : Bestiaire de l'été, une série d'émissions scientifiques et poétiques d'une demi-heure sur la faune indigène du Québec et particulièrement les oiseaux. Ces émissions sont diffusées également en France (Société Radio France), en Belgique (Radio Télévision Belge Française), en Suisse (Radio Suisse Romande), au Maroc (Radio Télévision Marocaine) et en Égypte (ERIC).

De 1983-1984 : L’Œil américain, une série de 39 émissions d'une demi-heure sur la nature nord-américaine. Ces émissions sont également diffusées en Suisse (Radio Suisse Romande).

1986 : La vie entière, une série de neuf émissions d’une demi-heure, réalisée par Michel Gariépy.

1990-1991 : À l'heure du loup, une série de vingt-et-une émissions d’une demi-heure.

2000 : Les sentiers de la mémoire, une série de dix émissions d’une demi-heure consistant de promenades littéraires et historiques dans la ville de Québec.

Musique Des poèmes de Morency ont été mis en musique et chantés par plusieurs musiciens, dont son ami Sylvain Lelièvre, Richard Séguin, Lawrence Lepage, et Alex Nevsky.

De 2004 à 2009, Pierre Morency écrit le livret de l'« opéra-féerie » L'eau qui danse, la pomme qui chante et l'oiseau qui dit la vérité, dans une collaboration avec le compositeur Gilles Tremblay. L'œuvre lyrique puise dans l'imaginaire de très vieux contes, transmis par les traditions orales de conteurs populaires, notamment le conte de la Princesse Belle-étoile auquel Madame d'Aulnoy a donné une forme écrite au siècle. Après un travail en commun de plusieurs années, où les deux créateurs se rencontrent notamment dans Charlevoix à la Maison Gabrielle Roy, la compagnie Chants Libres présente la première représentation au théâtre du Monument national en .

En 2019, le compositeur Michel Gonneville crée Chansons du bonhomme de chemin, une œuvre pour soprano, baryton et orchestre sur des poèmes de Pierre Morency. L'œuvre, qui fait écho à l'œuvre d'Erik Satie, est présentée à la Salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal, accompagnée de projections vidéos originales de Serge Maheu qui animent des dessins de Morency.

En 2004, il publie Chez les oiseaux, un livre-disque de textes accompagnés de chants d'oiseaux.

Arts visuels Pierre Morency collabore, tout au long de sa carrière, avec différents artistes visuels : Gérard Tremblay, Roland Giguère, le sculpteur Michel Goulet (pour une exposition en Belgique), l'architecte Pierre Thibault, René Derouin, Claude Fleury, Pierre Lussier, Marius Dubois.

En 1999, il collabore avec le photographe Luc-Antoine Couturier pour la réalisation d'un livre sur la nature urbaine de la ville de Québec, intitulé Le Regard infini, Parcs, places et jardins publics de Québec (Éditions MultiMondes).

Ceci est un poème En 1969, Pierre Morency loue un « panneau-réclame » qu'il détourne de sa fonction publicitaire, en y faisant inscrire un poème : « La ferraille a pris notre vie à la gorge / et viendront les poètes harceleurs de la lumière / afficher que nous sommes des milliers à vouloir / une ville moins lasse un peu moins économe ».

L'œuvre-happening, qui a pour titre Ceci est un poème, se promène aux intersections importantes de la ville de Québec pendant un an.

Cinéma Le , Pierre Morency participe à la Nuit de la poésie au théâtre du Gésu. Sa performance est retenue pour le film de Jean-Claude Labrecque, La nuit de la poésie. Il y lit trois poèmes : Je dois dire tout de suite..., Tirer un si grand amour d'un bateau pourri, Autour de notre vie je gravite non encore né non encore formé.

En 1999, Pierre Morency fait l'objet du film Lumière des oiseaux, du réalisateur Jean-Philippe Duval. Le film (qui reprend le titre du livre publié par Morency en 1992) suit l'écrivain dans une expédition dans l'Arctique (à laquelle se joint le biologiste Austin Reed) qui vise à accompagner la migration des oies blanches en Amérique du Nord, du Cap Tourmente à Québec jusqu'au nord de la Terre de Baffin. Pour écrire les textes du film, Morency s'est inspiré des recherches poussées qu'il avait effectuées pour ses émissions radiophoniques sur la nature dans les années 60-70.