La chapelle Saint-Jean du Liget, ou chapelle Saint-Jean-du-Liget ou chapelle du Liget, est une ancienne chapelle située sur la commune de Sennevières, dans le département d'Indre-et-Loire, en France.

Elle est probablement construite vers le milieu du bien qu'à quelques décennies près cette datation soit encore discutée, ce qui entretient l'incertitude sur l'ordre monastique, bénédictin ou cartusien, qui l'a fondée. De même, sa dédicace à saint Jean, pouvant s'appliquer à un autre monument, est contestée. Elle est rattachée à la chartreuse du Liget jusqu'à la Révolution française ; c'est alors que, déjà ruinée, elle est vendue à des propriétaires privés puis à l'État. Ce dernier en entreprend la restauration dans les années 1860 après qu'elle est classée au titre des monuments historiques en 1862. La chapelle est la propriété de la commune de Sennevières depuis 2007.

Son plan initial assez peu courant, rotonde précédée d'une nef, la rapproche de l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem telle que les premiers croisés la découvrent. Les parois intérieures de la rotonde de cette chapelle étaient couvertes de fresques polychromes romanes qui représentent, pour celles qui subsistent, des figures de saints et des grandes scènes bibliques du cycle marial. Ce décor compte parmi les ensembles de fresques médiévales les mieux conservés d'Indre-et-Loire, même s'il tend à se dégrader ; c'est pour le préserver que la chapelle est fermée au public, sauf occasions exceptionnelles. Localisation et toponymie vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs montrant un édifice de forme de ronde au milieu d'une clairière.|Environnement de la chapelle. La chapelle est située à la limite des communes de Chemillé-sur-Indrois et de Sennevières, mais sur le territoire de cette dernière. Elle se trouve à moins de au sud-ouest de la chartreuse du Liget dont elle était une dépendance, et à au sud-est de la (route de Loches à Montrésor), ces distances étant exprimées à vol d'oiseau. Jusqu'au peut-être, cette route empruntait un itinéraire différent, passant au sud de la chapelle..

Elle est située, au sein de la forêt de Loches, dans une clairière accueillant une ancienne tuilerie, également rattachée à la chartreuse ; tous ces bâtiments occupent le fond et les pentes d'un même vallon. Une fontaine proche de la chapelle est l'objet d'un pèlerinage jusqu'en 1870.

L'édifice est orienté du sud-ouest (ancienne nef) au nord-est (baie « axiale » de la rotonde)..

L'origine du toponyme « Liget » n'est pas attestée pour ce qui concerne la chapelle et la chartreuse tourangelles ; il apparaît sous le nom dans une charte de 1172.. Albert Philippon, reprenant en 1934 un document plus ancien, envisage toutefois que le Liget puisse être une déformation du mot lige qui indiquerait alors une forme de lien de dépendance. entre cette terre et l'abbaye-mère de Villeloin dont elle relevait à l'origine.

Sa dédicace à saint Jean reste elle-même discutée. Elle est basée sur l'interprétation d'un texte du mais une autre lecture envisage que la dédicace s'applique en fait à l'église de la Corroirie ; la représentation de saint Jean dans les décors de la chapelle est loin d'être attestée. Pour autant, dans le langage courant, cette chapelle ronde demeure la chapelle Saint-Jean.

Histoire Les circonstances ayant présidé à la fondation de la chartreuse et à la construction de la chapelle du Liget sont encore discutées, en raison des nombreuses interprétations possibles des sources. L'histoire de la chapelle, telle qu'elle est présentée, est celle vers laquelle tendent les études les plus récentes et les plus complètes ; elle reste une proposition, pouvant être affinée ou contredite à la lumière de travaux ultérieurs.

Première fondation érémitique vignette|alt=Carte en couleurs montrant par un jeu de points de couleurs l'emplacement d'abbayes.|Établissements monastiques du sud-est de la Touraine au Moyen Âge. Des prospections réalisées en 1998, aboutissant à la découverte de céramiques des , semblent indiquer que le site était occupé avant l'édification de la chapelle. ; en 1980, Raymond Oursel signalait déjà la présence de ces artéfacts médiévaux en surface. Il est possible que très tôt, des ermites, peut-être des Bénédictins venus de l'abbaye de Villeloin, se soient installés sur le site qui relève de leur abbaye.

La terre du Liget semble rachetée à l'abbaye de Villeloin par Henri II entre 1176 et 1183 puis donnée à cette petite communauté à condition qu'elle intègre l'ordre des Chartreux, à l'image de ce qui a pu se produire à quelques kilomètres de là, sous l'égide du même souverain, pour l'abbaye cistercienne de Beaugerais vers 1150 et le prieuré grandmontain de Villiers vers 1160-1170.. Ces transactions foncières ont probablement pour but de stabiliser de nouvelles communautés religieuses. tout en cherchant à contrebalancer la domination des bénédictins clunisiens dans la région par la promotion d'ordres monastiques émergents.

Chapelle bénédictine ou cartusienne vignette|gauche|alt=Photographie en couleur d'une porte percée dans un mur courbe.|Détail de la porte sud à linteau rectangulaire et des arrachements. La date de construction de la chapelle ainsi que l'ordre monastique qui l'a décidée font débat. Certains auteurs attribuent l'édifice aux Chartreux du Liget, après 1150 , alors que pour d'autres, il s'agit de l’œuvre des Bénédictins de Villeloin dans la première moitié du , avant la donation du domaine aux Chartreux. La construction commence très probablement par la rotonde, suivie peu de temps après par la nef dont les maçonneries oblitèrent partiellement l'encadrement de certaines baies..

La datation des fresques est également incertaine. Après avoir, dans un premier temps et comme d'autres, proposé une datation « basse » vers la fin du , l'historien Christophe Meunier revoit son appréciation en datant ces fresques de la fin de la première moitié du , en accord avec Voichita Munteanu, une historienne de l'art qui a consacré une thèse à l'étude de ces peintures : cette réalisation s'accorde mieux, selon eux, avec le faste clunisien qu'avec la rigueur cartusienne. En outre, dom Willibrord Witters mentionne qu'en 1280 une décision du chapitre général des Chartreux ordonne de « faire disparaître » les peintures du Liget. Cette recommandation, non suivie d'effet, est difficilement concevable si les Chartreux sont eux-mêmes les auteurs de ces fresques ; elle devient plus compréhensible si ce sont les ermites bénédictins des premières années qui les ont réalisées. Il semble en tout cas que les décors aient tous été peints une fois la chapelle entièrement achevée, rotonde et nef. Robert Favreau, pour sa part, se basant sur l'étude graphologique des inscriptions, pense que les fresques ont été réalisées vers 1170-1180.

Possible église monastique puis simple chapelle Les documents anciens, et notamment l'extrait d'un obituaire du , peuvent laisser supposer que la chapelle a d'abord servi d'église à la maison haute (où vivent les pères voués à l'étude et à la copie des livres) de la chartreuse, puis à la Corroirie (maison basse où résident les frères chargés des travaux manuels et agricoles) jusqu'à ce que cette dernière possède, au , sa propre église.. Il est même possible que les Chartreux aient envisagé dans un premier temps de construire leur maison haute autour de cette chapelle, ce qui expliquerait l'agrandissement de l'édifice par l'ajout d'une nef, avant de se raviser pour des raisons inconnues..

Abandon précoce vignette|alt=Gravure en noir et blanc de deux peintures à l'aquarelle l'une au dessus de l'autre. Elle représentent toutes deux un angle de vue de la même chapelle en ruine dans laquelle poussent des herbes folles.|Aquarelle d'Aymar Pierre Verdier montrant l'état de la chapelle en .L'abandon de la chapelle date probablement du . Le monument semble déjà très dégradé sur des plans d'arpentage du et deux aquarelles peintes en par Aymar Pierre Verdier le montrent délabré, sa toiture absente laissant apparaître le dôme de la coupole, la façade ouest béante, les murs recouverts de végétation. En 1862, la chapelle est classée au titre des monuments historiques.. Des restaurations importantes sont alors entreprises sous la conduite de Verdier. L'époque de démolition de la nef qui précédait la rotonde à l'ouest n'est pas connue mais elle est antérieure à 1850 puisque cette partie de la chapelle ne figure plus sur les aquarelles réalisées à cette date.

Propriété des Chartreux du Liget jusqu'à la Révolution française, la chapelle appartient ensuite à des propriétaires privés, dont la famille qui possède également la chartreuse, jusqu'en 1851. Elle devient alors propriété de l'État, lequel la revend en 2007 à la commune de Sennevières qui en délègue la gestion touristique à la communauté de communes Loches Développement (communauté de communes Loches Sud Touraine depuis 2017)..

Les fresques font l'objet de deux campagnes de restauration mal datées, entre 1851 et 1925 puis dans les années 1960. En 2009, les fresques sont restaurées sous la direction d'Arnaud de Saint-Jouan, l'architecte des bâtiments de France.. Pour prévenir leur détérioration, la chapelle n'est ouverte qu'exceptionnellement au public, cependant qu'une grille derrière la porte interdit l'accès à la rotonde.

Architecture et décor Chapelle vignette|alt=Photographie en couleurs d'un édifice de forme ronde prolongé par des pans de maçonnerie partiellement détruits.|Chapelle vue depuis le sud. La chapelle se compose d'une rotonde circulaire qui était précédée vers l'ouest d'une nef disparue à une époque indéterminée. N'en subsiste plus que le départ des murs gouttereaux au contact de la rotonde. La grande arcade qui reliait la nef à la rotonde est obturée au et le mur diaphragme ainsi constitué est percé d'une porte en plein cintre. La rotonde prend jour par sept fenêtres non équidistantes, en plein cintre et mesurant en moyenne. La baie pouvant être considérée comme axiale, opposée à la porte, est toutefois un peu plus large, peut-être pour pouvoir installer en dessous un autel en pierre qui est remplacé en 1697 par un autel en bois. Une niche, peut-être un lavabo, est ménagée dans le mur sous une des fenêtres. La base de ces baies se trouve à environ du sol. Une moulure court à mi-hauteur du mur de la rotonde et souligne le cintre des baies ; le mur, en dessous de cette moulure, marque un léger ressaut. Il ne reste que les arrachements du porche ou de la salle, peut-être une sacristie, qui précédait la porte percée au sud de la rotonde.. Sans s'expliquer la fonction du massif de maçonnerie qui encadre cette porte, certains historiens réfutent toutefois l'hypothèse qu'il ait pu appartenir à une sacristie à laquelle il aurait conféré une hauteur de plafond trop faible.

La toiture conique est supportée par une corniche décorée de et ; certains sont d'origine, d'autres sont restaurés au , d'autres plus récemment (seconde partie des années 2010). Les métopes et les modillons, tous différents et dont le style de sculpture reste assez naïf, représentent aussi bien des motifs géométriques (damier...) que des ornements en forme d'objets (meule, croix...), des animaux (poissons...), des végétaux (fleur, trèfle à quatre feuilles...) ou des personnages (masques humains ou animaux...). vignette|centré|upright=2.5|alt=Photographie en couleurs montrant le détail des sculptures d'une corniche en pierre.|Métopes, de gauche à droite : deux formes géométriques, double mandorle, œuf, poisson, deux formes géométriques, croix et sphère vide.Modillons, de gauche à droite : meule, dents de scie, croix et sphère vide, masque, fleur, félin grimaçant, trèfle à quatre feuilles.