Tomás de Torquemada Prononciation en espagnol d'Espagne retranscrite selon la norme API., né le à Valladolid ou Torquemada, dans le royaume de Castille, et mort le à Ávila, en Castille-et-León, est un dominicain castillan du , resté célèbre pour son rôle en tant qu'inquisiteur général de l'Inquisition espagnole à la fin du .

Le 17 octobre 1483, le Pape Sixte IV le nomme chef de l'Inquisition en Aragon, il dirige alors toute l'Inquisition sur tout le royaume (Aragon et Castille) pour défendre la pureté de la foi catholique dans la péninsule Ibérique.

Sous son autorité, l'Inquisition espagnole se renforce et se centralise, faisant preuve d'une rigueur qui a marqué l'histoire de l'institution. Il utilise des méthodes telles que la torture pour obtenir des aveux, ce qui lui vaut la réputation d'un homme inflexible et impitoyable. La période de Torquemada se caractérise par des persécutions religieuses intensifiées et un contrôle étroit des pratiques religieuses et des croyances, avec une attention particulière portée aux conversos et aux morisques (juifs et musulmans convertis au christianisme), soupçonnés de conserver secrètement leurs anciennes pratiques.

Torquemada est également associé à l'édit d'expulsion des Juifs de Castille et d'Aragon en 1492, qui vise à éliminer toute influence religieuse non chrétienne du royaume espagnol. Sa politique de répression religieuse laisse une empreinte durable dans l'histoire espagnole, et il est aujourd'hui considéré comme un symbole de l'intolérance religieuse de l'époque. Sa figure controversée illustre les excès de l'Inquisition et les conflits religieux de la fin du Moyen Âge, qui continuent de susciter des débats sur l'impact de ses actions dans l'histoire espagnole et catholique.

Biographie vignette|Isabelle de Castille. Tomás de Torquemada est né en 1420 à TorquemadaActuellement dans la province de Palencia, Castille-et-León, dans le nord de l'Espagne ; son nom est la compression de l'espagnol torre quemada, en latin turris cremata, « la tour brûlée »., localité du royaume de Castille, ou bien dans la ville voisine de ValladolidMichel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'Histoire Mourre, éd. Bordas, 1996, , où il granditIl aurait alors hérité du nom de son oncle, Juan de Torquemada, possiblement originaire de cette localité. Diccionario de historia de España, desde sus orígenes hasta el fin del reinado de Alfonso XIII, Revista de Occidente, 1952, .. Comme son oncle, le cardinal et théologien pontifical, Juan de Torquemada, il devint frère dominicain dans le couvent San Pablo de Valladolid. Contrairement à ce qui est souvent répété, Tomás de Torquemada n'est pas issu d'une famille de conversos. Il est issu de la famille des Turre-Cremata.

Il fut nommé, à 32 ans, prieur du couvent de Santa Cruz à Ségovie, fonction qu'il occupa de 1452 à 1474.

Connu pour son austérité, sa dévotion et son érudition, il devint confesseur de la princesse Isabelle, Infante de Castille, alors qu'elle n'était encore qu'une enfant. Il entreprit de lui inculquer le devoir qu'elle aurait, en tant que future souveraine, de défendre l'unité religieuse du royaume, et le bénéfice politique qu'elle pourrait en retirer.

À Valladolid, en 1469, Isabelle épousa Ferdinand, qui allait devenir dix ans plus tard, en 1479, le roi Ferdinand II d'Aragon. Elle fut couronnée reine de Castille en 1474. Bien que Torquemada fût très proche des souverains, devenant également confesseur du roi, il refusa les postes honorifiques qui lui étaient proposés, comme le riche évêché de Séville, et se contenta d'une fonction de conseiller. En grande partie à son instigation, ceux que l'on surnommera « les rois catholiques » décidèrent de mener une politique religieuse coercitive, au nom de l'unité de l'Espagne. Ils convainquirent le pape Sixte IV de réorganiser les tribunaux d'Inquisition en Espagne, et de les placer sous le contrôle exclusif de la Couronne.

Il occupa la fonction d'Inquisiteur Général d'Espagne pendant quinze ans jusqu'à sa mort en 1498, s'acquittant de sa mission avec un zèle redoutable et une détermination implacable. Sous son autorité, environ non Juifs sont examinés par l'Inquisition espagnole et à mort prononcées Walter Yust, Encyclopædia Britannica : A New Survey of Universal Knowledge, Encyclopædia Britannica, 1965.

Avec l'aide de légistes, il rédigea un « code de l'inquisiteur » de vingt-huit articles qu'il promulgua le à l'occasion de l'assemblée générale des inquisiteurs à Séville. Il aura travaillé jusqu'à sa mort à affiner ce code en fonction de l'expérience acquise (ces règles sont regroupées dans un code de procédure unique : les Compilación de las instrucciones del oficio de la Santa Inquisición).

Torquemada joua également un rôle politique décisif notamment dans la Reconquista de l'Espagne musulmane, ainsi que dans la persécution et l'expulsion des Juifs d'Espagne, décidée par les rois catholiques le .

À la fin de sa vie, il se retira au couvent Saint-Thomas d'Ávila, qu'il avait fait construirePierre Dominique, L'Inquisition, éd. Perrin, 1969 , reprenant la simple vie de frère, tout en continuant d'occuper la fonction de Grand Inquisiteur et de réfléchir aux meilleures règles pour conduire et encadrer l'Inquisition. Il reçut à plusieurs reprises la visite des souverains (et se rendit à Salamanque en pour être aux côtés du prince Don Juan mourant et réconforter le roi et la reine).

Encore assez actif jusqu'en 1496, ses dernières années furent marquées par des crises de goutte Andres Bernaldez, Memoria desl reinado de los Reyes Catolicos, Real Academia de la Historia, Madrid, 1962, . En 1498, il présida la dernière assemblée générale des inquisiteurs. Il mourut le de la même année non sans avoir combattu le pape Alexandre VI qui voulait reprendre la main sur l'Inquisition et qui finit par nommer dès 1494, avançant l'excuse de son grand âge, quatre assistants avec des pouvoirs comparables Clayton J. Drees, The Late Medieval Age of Crisis and Renewal, 1300-1500, Greenwood Publishing Group, 2001, .

Torquemada et l'Inquisition espagnole vignette|Autodafé sur la Plaza Mayor de Madrid, Francisco Ricci, 1683la scène représentée date de 1680 et est donc postérieure à Torquemada.

Depuis le , le controverséJuan Antonio Llorente, Portrait politique des papes considérés comme princes temporels, Béchet Aîné, Paris, 1822, , .Dans son Journal de la ville de Rome, le chroniqueur romain Stefano Infessura soutient que Sixte IV « aimait les jeunes garçons et les sodomites », p. 74 & ss. pape Sixte IV, avait autorisé les « Rois Catholiques » (Reyes Católicos)Ainsi nommés par le pape à partir 1494 en récompense de leur politique religieuse. à choisir les inquisiteurs sur leurs terres, en Castille. Ainsi, le , Torquemada fut un des cinq nouveaux inquisiteurs validés par Sixte IV, responsable de la Castille.

Ferdinand devenant roi d'Aragon en 1479, il dut batailler auprès du Saint-Siège afin d'obtenir de semblables prérogatives en Aragon. Finalement, le , Sixte IV accorda à Torquemada, devenu entre-temps Inquisiteur Général (ou Grand Inquisiteur, Inquisidor General) de Castille (le ), la même charge suprême en Aragon Joseph Pérez (trad. Janet Lloyd), The Spanish Inquisition : A History, Yale University Press, 2006, . Celle-ci fut étendue à la Catalogne en 1486.

En 1483, Ferdinand institua le Conseil de l'Inquisition Suprême et Générale ou « Conseil Royal de l'Inquisition » (abrégé la Suprema), dont le Grand Inquisiteur, Torquemada, était président de droitFrédéric Schoell, Franz X. Zach, Duncker et Humblot, Cours d'histoire des États européens : depuis le bouleversement de l'Empire romain d'occident jusqu'en 1789, 1831, . Bien que sous l'autorité théorique des monarques espagnols, le Grand Inquisiteur, en tant que représentant du Pape, avait la haute main sur l'ensemble des tribunaux inquisitoriaux et pouvait déléguer ses pouvoirs à des inquisiteurs de son choix, qui étaient responsables devant lui. La fonction de Grand Inquisiteur était la seule fonction publique dont l'autorité s'étendait à tous les royaumes composant l'Espagne, constituant ainsi un relais utile pour le pouvoir des souverains<ref> Helen Rawlings, The Spanish Inquisition, Blackwell Publishing, 2004, chap. 2 « The Inquisition as an Institution », </ref>.

Pendant ses quinze années en tant que Grand Inquisiteur, Torquemada a donné à l'Inquisition espagnole une importance et une puissance sans précédent.

À partir d'un simple tribunal à Séville en 1481, un réseau de tribunaux inquisitoriaux (« Saint-Offices ») fut développé à travers le pays, certains permanents, d'autres itinérants, permettant de mailler le territoire — notamment à Cordoue, Ciudad Real (transféré peu après à Tolède), Valladolid, Ávila, Jaén pour la Castille et Saragosse, Valence, Barcelone, et Majorque pour le royaume d'Aragon. Après Torquemada, d'autres tribunaux seront encore créés, notamment dans les nouvelles possessions américaines de l'Espagne.

Par ailleurs, la confiscation des biens des « hérétiques » (ou déclarés tels) au profit exclusif de l'Inquisition procura à celle-ci une très grande richesse — et donc un pouvoir et des moyens d'action encore plus étendus. Ce fut d'ailleurs une source de tensions avec les souverains Isabelle et Ferdinand, pourtant mandants de Torquemada, qui avaient espéré qu'une partie de cet argent viendrait alimenter le trésor public. Il fallut l'intervention du pape Alexandre VI pour que l'Inquisition espagnole consentît à se déposséder d'une partie de son butinVoir notamment le bref du 29 mars 1493 d'Alexandre VI qui charge l'archevêque de Tolède de faire restituer au Trésor royal les sommes dont les inquisiteurs se sont emparés.

vignette|Le pape et l'inquisiteur, montrant Torquemada près du pape Sixte IV, J-P. Laurens, 1882.

Initialement, la mise en place de l'Inquisition suscita des résistances, aussi bien parmi les nobles que parmi les gens ordinaires, en particulier dans le royaume d'Aragon (ou la plupart des inquisiteurs étaient castillans, donc considérés comme étrangers Joseph Perez (trad. de Janet Lloyd), The Spanish Inquisition: A History, Yale University Press, 2006, ) allant jusqu'à provoquer des révoltes, notamment à Valence et à Lerida (il y eut également de violentes réactions anti-espagnoles lorsque Ferdinand tenta d'imposer l'Inquisition dans les possessions espagnoles en Italie). Mais le pouvoir de Torquemada se trouva encore renforcé après le meurtre de l'inquisiteur Pedro de Arbués à Saragosse en 1485, qu'on attribua à des hérétiques et aux Juifs, ainsi que par le meurtre rituel imaginaire du Santo Niño de La Guardia (« le Saint Enfant de la Guardia ») en 1490, dont les Juifs furent injustement accusés Bernard Dov Cooperman, In Iberia and Beyond : Hispanic Jews Between Cultures, University of Delaware Press, 1998, .

Le pouvoir de l'Inquisition sur la vie des Espagnols était immense. Chaque âme chrétienne âgée de plus de douze ans (pour les filles) ou de quatorze ans (pour les garçons) était pleinement responsable devant elle. Les hérétiques (ou déclarés tels) et les conversos (juifs et musulmans convertis mais restés secrètement fidèles à leur ancienne foi) étaient les premières cibles, mais toute personne critique de l'Inquisition était considérée comme suspecte.