Nuri ou KSLV- est le deuxième lanceur spatial de la Corée du Sud. Successeur du KSLV-1 (Naro-1), c'est le premier lanceur développé entièrement par des constructeurs nationaux. Nuri qui comporte trois étages, a une masse d'environ , est haut de et a un diamètre maximum de . Il peut placer environ sur une orbite héliosynchrone. Pour le propulser, deux moteurs-fusées entièrement nouveaux sont développés par les industriels coréens. Tous deux brûlent un mélange d'oxygène liquide et de kérosène et utilisent un système d'alimentation reposant sur un générateur de gaz. Le moteur utilisé sur les deux premiers étages, le KRE-075, a une poussée d'environ .

Le développement du lanceur débute en 2012. Les deux derniers étages sont qualifiés en vol en 2018. Le premier vol du lanceur complet a lieu le mais se solde par un échec dû à un arrêt prématuré de la propulsion du troisième étage. Après identification et correction de la source de l'anomalie (rupture du système de fixation du réservoir d'hélium), le lanceur réussit à placer en orbite ses charges utiles au cours du deuxième vol de qualification qui a lieu le .

Le , la première mission opérationnelle de la fusée (KSLV-) est un succès, permettant de placer en orbite huit satellites d’observation.

Contexte vignette|Décollage du lanceur KSLV-I/Naro-1 (premier vol de 2009).

Développement d'un lanceur national (1996)

Dans le cadre de son plan spatial national défini en 1996, la Corée du Sud planifie le développement d'un lanceur spatial national. En , elle lance pour la première fois une fusée-sonde de fabrication nationale (KSR-3). Celle-ci utilise un moteur-fusée à ergols liquides. L'objectif est alors de développer pour l'échéance 2005 le lanceur KSLV-1 capable de placer de petits satellites en orbite qui serait dérivé de la fusée sonde KSR-3 par l'ajout de deux propulseurs d'appoint et d'un étage supérieur à propergol solide. Finalement, pour accélérer le développement du KSVL-1, cette approche est abandonnée au profit d'un lanceur développé avec l'assistance d'une autre puissance spatiale.

Coopération avec la Russie : le lanceur KSLV-1

En 2004, la Corée du Sud se tourne vers la Russie pour le développement du moteur-fusée à ergols liquides, pièce la plus complexe du lanceur KSLV-1. Elle passe contrat avec la société russe GKNPZ Khrounitchev, constructeur de la fusée Angara, en . La Corée du Sud sous-traite finalement la construction complète du premier étage à Khrounitchev. Celui-ci est dérivé du premier étage du lanceur Angara et est propulsé par un moteur-fusée RD-151 développé par NPO Energomach, version à poussée réduite du RD-191. Le contrat final est ratifié en par la Douma russe qui autorise le transfert de technologies sensibles. L'institut coréen de recherche aérospatiale (KARI) a la charge de développer le deuxième étage de très petite taille, la coiffe ainsi que l'avionique du lanceur. Ce dernier étage utilise un moteur à propergol solide d'une poussée de , dérivé de la fusée-sonde KSR-1, qui doit fonctionner durant . Le lanceur peut placer en orbite. Un centre spatial complet est édifié à Naro : il comprend un complexe de lancement, un centre de contrôle, des installations pour permettre d'effectuer les tests et l'assemblage, un centre administratif et un quartier d'habitation.

La Corée du Sud devient la spatiale (2013)

Le lancement du lanceur KSLV-1, prévu initialement fin 2007, est repoussé par les Russes à six reprises. Finalement, le premier vol du lanceur Naro-1 a lieu le . Après deux échecs en 2009 et 2010, le lanceur KSLV-1 parvient à placer sa charge utile en orbite le . La Corée du Sud devient ainsi la puissance spatiale..

Développement du lanceur KSLV-/Nuri

Planification du projet

La réalisation du lanceur KSLV-1 n'était qu'une étape dans le développement d'un lanceur national et il ne sera plus utilisé par la suite. L'agence spatiale de la Corée du sud, l'Institut coréen de recherche aérospatiale (KARI), lance dès 2012 le développement d'un lanceur à trois étages utilisant des technologies entièrement nationales. Le lanceur nécessite la mise au point de deux nouveaux moteurs-fusées baptisés KRE-075 et KRE-007. La construction du lanceur est planifiée en trois phases.. Le projet comprend trois phases. : La première phase (2012-2015) porte sur la mise au point du moteur KRE-007 de de poussée destiné à propulser l'étage supérieur et la construction des bancs d'essais. La deuxième phase (2015-2018) comprend le développement du moteur KRE-075 de de poussée destiné à propulser les deux premiers étages du lanceur et la réalisation d'un test en vol des deux derniers étages. Enfin la troisième phase (2018-2021) comprend le développement du lanceur complet et la réalisation de deux vols destinés à qualifier la fusée.

La construction du lanceur KSLV- est confiée à la société aérospatiale sud-coréenne Korea Aerospace Industries. Le développement des moteurs-fusées est pris en charge par Hanwha Aerospace, filiale spécialisée dans les activités de défense du conglomérat sud-coréen Hanwha. La structure des étages du lanceur (réservoirs, ...) sont fabriqués principalement par Doowon Heavy Industrial. Les installations au sol sont réalisées par Hyundai Heavy Industries...

Premières mises à feu des moteurs-fusées

Début 2016, le moteur-fusée KRE-075 propulsant le premier et le deuxième étage est testé avec succès sur un banc d'essais pendant une durée équivalente à celle de son fonctionnement durant un vol réel. En , le moteur du troisième étage KRE-007 est à son tour testé avec succès sur un banc d'essais. Le test en vol des deux moteurs est programmé fin 2016 mais des problèmes de combustion du KRE-075 et de soudage d'un des réservoirs repousse le vol de . Le test du lanceur complet, qui était prévu en , est repoussé à .

Test en vol des deuxième et troisième étages vignette|La fusée KSLV TLV composée des deux derniers étages du KSLV- sur le pas de tir avant son vol suborbital.

Les deux derniers étages du KSLV- sont testés au cours d'un vol suborbital pour vérifier le fonctionnement des moteurs KRE-075 et KRE-007. La fusée résultant de l'assemblage des deuxième et troisième étage, baptisée KSLV TLV, est haute de pour un diamètre de et une masse de . Le vol a lieu le . Le premier étage fonctionne pendant afin de simuler le fonctionnement du lanceur complet (). La fusée atteint une altitude de avant de retomber dans l'océan Pacifique au sud-est de l'île de Jeju et à de sa base de lancement à Naro. Le vol valide la conception des deux moteurs et plus globalement les choix technologiques retenus pour le lanceur..

Tests au sol du premier étage complet

Le , le Kari réalise avec succès un premier essai à feu du premier étage complet au centre spatial de Naro. Les quatre moteurs KRE-075 fonctionnent pendant .. Des essais de 100 puis suivent en mars de la même année.

Caractéristiques techniques vignette|Vue de l'intérieur d'un des deux réservoirs du premier étage. vignette|Le moteur KRE-075 de la classe des 75 tonnes qui propulse les premier et deuxième étages du lanceur.

Le lanceur Nuri est haut de pour un diamètre à la base de . Sa masse au décollage est d'environ dont d'ergols ( de kérosène et d'oxygène liquide). Il comporte trois étages.. :

Premier étage

Le premier étage a un diamètre de et une longueur de . Sa masse au décollage est de dont d'ergols. Il est propulsé par quatre moteurs-fusées KRE-075 d'une poussée unitaire de au niveau de la mer brûlant un mélange de kérosène et d'oxygène liquide. La poussée totale est de au décollage. Le moteur est alimenté par un générateur de gaz et son impulsion spécifique est de au niveau de la mer. Les moteurs sont orientables à l'aide d'un système hydraulique, ce qui leur permet d'agir en roulis, tangage et lacet. La durée de fonctionnement est de .

Deuxième étage

Le deuxième étage a une longueur de , un diamètre de et une masse de dont d'ergols. Il est propulsé par un unique moteur-fusée KRE-075 d'une poussée de alimenté par une turbopompe. Le moteur est orientable selon deux axes et agit sur le tangage et lacet. Des propulseurs à gaz froid sont utilisés pour contrôler le roulis. Le moteur-fusée comporte une tuyère rallongée (rapport de section passant de 12 à 35), ce qui permet d'optimiser sa poussée dans le vide, portant son impulsion spécifique à . Sa durée de fonctionnement est de .

Troisième étage

Le troisième étage est haut de pour un diamètre de . Sa masse est de dont d'ergols. Il est propulsé par un moteur-fusée KRE-007 d'une poussée de (environ ) brûlant un mélange de kérosène et d'oxygène liquide. Ce moteur est alimenté par une turbopompe et son impulsion spécifique est de . Le rapport de section de la tuyère est de 94,5. Le moteur est orientable selon deux axes et agit en tangage et lacet. Des propulseurs à gaz froid sont utilisés pour contrôler le roulis. La durée de fonctionnement est de . Le moteur du troisième étage ne peut pas être rallumé, ce qui diminue la charge utile d'environ .

Coiffe

La coiffe a un diamètre de pour une longueur de . Sa masse est de . Elle permet de loger un satellite de de diamètre et de de haut.

Performances

Le lanceur peut placer une charge utile de sur une orbite basse, de sur une orbite héliosynchrone (600-) et de sur une orbite de transfert géostationnaire.

Installations de lancement et de suivi

vignette|Pas de tir du lanceur KSLV-2 au centre spatial de Naro. La fusée KSLV- est lancée depuis le centre spatial de Naro. Ce site se trouve dans l'île Naro (district de Goheung) à l'extrémité sud de la péninsule coréenne et à environ de la capitale Séoul. La fusée est assemblée dans un bâtiment proche du pas de tir puis transportée sur une remorque jusqu'à celui-ci. Là, elle est érigée en position verticale à l'aide de vérins incorporés dans la remorque le long d'une tour ombilicale puis la remorque se place en retrait. La tour ombilicale, qui comprend quatre plateformes mobiles permettant d'accéder aux différents étages de la fusée, comporte des conduites d'ergols ainsi que des câbles électriques et des liaisons informatiques qui sont connectés au lanceur. Le fonctionnement du lanceur est vérifié puis le plein d'ergols et d'hélium est effectué. La séquence de lancement est automatique durant les dix dernières minutes précédant le décollage.

Pour les lancements en orbite polaire et héliocentrique, les tirs se font vers le sud qui est dégagé de toute terre. Le plan d'eau est interdit à la navigation au sud du centre sur une distance de et une largeur de . À terre, la zone d'interdiction s'étend jusqu'à de la base. Tout survol aérien est interdit sur un périmètre de de long pour de large. Le centre de contrôle du lancement se situe sur la base de Naro. Il dispose d'un radar de poursuite qui permet de suivre le lanceur jusqu'à une distance de et de deux stations de télémesures qui collectent les données de vol transmises par la fusée. Une station installée dans l'archipel de Palaos à l'est de Mindanao (Philippines) prend la relève lorsque la fusée n'est plus à la portée des moyens de suivi de Naro. Elle comprend deux antennes de diamètre 7,3 et et permet de suivre la séparation de la charge utile et du lanceur. Elle est reliée par fibre optique au centre de contrôle de Naro.

Qualification du lanceur

Deux vols ont été programmés pour qualifier le lanceur :

Premier vol du lanceur complet (21 octobre 2021) vignette|Vidéo du décollage du lanceur.