L’usine sidérurgique de Gandrange-Rombas est un complexe sidérurgique dans la vallée de l'Orne en Moselle, situé sur les communes de Rombas (pour la partie amont, notamment l'usine d'agglomération et les hauts fourneaux et de Gandrange (pour la partie aval, notamment l'aciérie et les laminoirs). Produisant essentiellement des produits longs en acier, l'usine a été, dans les années 1970, une des plus importantes usines sidérurgiques de Lorraine, complétant l'usine sidérurgique de Florange, spécialisée sur les produits plats.

Créée au début du par des Allemands, soucieux de valoriser la minette, abondante en Moselle annexée, elle prospère jusque dans les années 1970 où, victime de la crise de la sidérurgie dans le bassin lorrain et de mauvais choix technologiques, elle décline inexorablement. En 2016, il n'y reste qu'un laminoir qui produit du fil machine et des barres.

Fondation (1890 - 1920) L'usine allemande

Le premier projet d'une usine sidérurgique est dû à un industriel allemand, Karl Spaeter, qui fonde en 1881 (à la suite de la découverte du procédé Thomas), durant l'intégration de l'Alsace-Moselle dans le Reich, la Société des Forges de Rombas. Il acquiert tous les terrains (soit , s'étendant sur le long de l'Orne) nécessaires à la construction d'une grande usine sidérurgique, et réalise l'aménagement et les infrastructures, voies de chemin de fer, réseau routier.

Mais l'usine moderne est due à la Rombacher Hüttenwerk in Rombach, qui voit officiellement le jour le , et dont les augmentations de capital successives permettent de rassembler, de sa fondation à 1917, . En 1890, deux hauts fourneaux sont mis à feu, puis un troisième en 1893, et un quatrième en 1898. Le HF5 fonctionne en et le HF6 en octobre de la même année. Le HF7 démarre en . Cette année, l'usine à fonte de Rombas, qui tourne à plein régime, est considérée comme .

Campagnes des de RombasLa date d'arrêt de R3 n'est pas certaine.

En 1900, outre les 5 hauts fourneaux, l'usine démarre des convertisseurs Thomas (6 convertisseurs de précédés par 2 mélangeurs de ), une cimenterie et des laminoirs. Le logement de la main d'œuvre fait nécessairement partie de l'investissement. L'entreprise lance la construction de 439 maisons, un hôpital, une piscine.

En 1903, l'usine de Rombas constitue déjà un établissement complet avec de mines de fer, 7 hauts fourneaux, une aciérie Thomas, une aciérie Martin (la première de Moselle, avec 4 fours de ), plusieurs laminoirs, une cimenterie, une usine à gaz alimentant une centrale thermique et tous les services annexes, moulins à scories, briquerie, fours à chaux, fonderie, ateliers généraux, laboratoire.

En 1905, pour satisfaire aux exigences d'un développement très rapide, la Rombacher Hüttenwerk achète, à la société belge Sambre et Moselle, les 4 hauts fourneaux de Maizières-lès-Metz. En 1913, à la veille de la Première Guerre mondiale, l'usine produit de fonte brute. Capable de produire d'acier Thomas et d'acier Martin, elle dépasse les 5 autres grandes usines sidérurgiques intégrées du bassin sidérurgique lorrain (usines d'Hagondange, Moyeuvre, Homécourt, Hayange, Longwy).

Les laminoirs, qui couvrent , sont disposés parallèlement à l'alignement des convertisseurs. Ils sont alimentés par 2 blomings à vapeur qui réduisent les lingots de en blooms de section minimum . En aval de ces bloomings, 10 trains de laminoirs réalisent tous les types de profilés longs : billettes poutrelles, barres, palplanches, rails, fils Les 7 premiers trains (trains I, Ibis, II,… et VI) sont mus par des machines à vapeur, les 3 derniers (trains VII, VIIbis et VIII) sont électrifiés.

center|upright=3|thumb|Plan de l'usine de Rombas à sa fondation.|alt=carte des installations constituant l'usine

Une reprise difficile par les Français

À l'instar de la plupart des usines sidérurgiques mosellanes, l'usine a été délaissée pendant la Première Guerre mondiale puis abandonnée par le personnel allemand en 1918. Par ailleurs, les mines ont été mal gérées : avant et pendant la guerre, à plusieurs endroits, l'extraction des couches inférieures a rendu impossible l'expoitation des couches situées au-dessus. Dans ces conditions, le gisement supérieur est perdu. Mais l'usine renoue lentement avec la performance, les Français investissant notamment dans des installations capables de mieux valoriser les énergies perdues.

Le HF8, commencé en 1917, est mis à feu en 1920. Jusqu'en 1927, avec un creuset de de diamètre, un volume de et une capacité de de fonte quotidienne, il est le plus gros de Rombas. Moderne, il a été le premier à être équipé d'une alimentation en matières par bennes Stæler-Gogolski, du même type que celui encore visible au haut fourneau U4 d'Uckange. Ces hauts fourneaux sont tous alignés, espacés de d’axe en axe. Les derniers progrès techniques ont rendu les hauts fourneaux 1 à 4, d'une capacité unitaire de avec un chargement à monte-charge vertical, assez obsolètes. Les 5, 6 et 7, alimentés par skip et pouvant produire , sont considérés comme modernes. À partir de cette époque, les entreprises, s'étalant sur plusieurs sites, commencent à changer l'appellation de leurs hauts fourneaux. Ceux de Rombas deviennent progressivement plus connus sous les noms R1, R2

En 1919, l’actif industriel (divisions de Rombas et Maizières, hauts fourneaux, aciéries, mines, laminoirs) est vendu à la Société d’Etudes et d’Entreprises Industrielles, qui comprend Marine-Homécourt, Pont-à-Mousson et Micheville. La Rombacher Hüttenwerk devient la Société Lorraine des Aciéries de Rombas au capital de , qui regroupe « après liquidation » les usines de Rombas et de Maizières-lès-Metz, soit un total de 12 hauts fourneaux.

center|upright=3|thumb|Panorama de l'alignement des hauts fourneaux de Rombas en 1921|alt=Image panoramique en noir et blanc des 8 hauts fourneaux

Routine et prospérité (1920 - 1960)

Une expansion pendant l'entre-deux-guerres…

Le domaine minier associé à l'usine, est estimé à de minette contenant 30 à 35 % de fer. Il est connecté à l'usine par un chemin de fer électrique. Avant guerre, environ sont extraites dans les mines associées à l'usine : Saint-Paul () exploitée en galerie, le puits près de Montois-la-Montagne ne servant qu'au personnel ; Orne () exploitée en galerie ; Pauline et Grenze () exploitée en galerie ; Sainte-Marie () exploitée par deux puits ; les concessions non exploitées de Rosselange () et Vitry () sont situées au nord de la vallée de l'Orne. La concession Willkommen () est contigüe à Saint-Paul.

En 1929, l'usine rachète des brevets de production de palplanches à Larssen. Le carnet de palplanches, dont la production va durer jusqu'en 1993, sera un des atouts majeurs du site. L'usine est modernisée avec, en particulier, la reconstruction de 4 hauts fourneaux, le remplacement de l'aciérie Thomas (mise en service en , avec 7 convertisseurs de chacun), l'installation d'un train continu à billettes et l'ouverture d'un port à Richemont sur le canal des mines de fer de la Moselle. L'aciérie exploite également 4 convertisseurs Martin de et voit l'arrivée, en 1938, d'un four électrique de et de .

… à peine interrompue par la Seconde Guerre mondiale

+ Productions annuelles Fonte (t) Acier (t)1913192919451949195219551956

À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les technologies ont évolué au point qu'aucune entreprise sidérurgique française ne dispose du capital pour investir comme des débouchés pour écouler la production d'une usine moderne. L'État français pousse ses industriels à se coordonner pour mener les investissements structurels nécessaires. C'est ainsi que le est fondée l'Union Sidérurgique Lorraine, ou Sidélor, groupant les mines et les usines d'Auboué, de Micheville, d'Homécourt et de Gandrange-Rombas.

Sidélor coordonne les investisssements et les productions. À Gandrange, les laminoirs sont nombreux et permettent de produire une large gamme de produits : 2 bloomings (un moderne installé en 1952, et un ancien à vapeur datant de 1900) alimentent 2 gros trains et deux trains moyens, 2 trains continus et 4 petits trains. En 1954, une ligne d'étamage de tôles fournies par la Sollac est installée. L'enrichissement en oxygène du vent soufflé aux convertisseurs se généralise.

En 1957, le train à fil 8bis, d'une capacité de , est construit. L'aciérie continue de se moderniser, ses 7 convertisseurs Thomas, toujours opérationnels dans les années 1970, en étant le cœur. À cette époque, la capacité des 4 fours Martin est passée de .

L'usine s'intègre de plus en plus dans le complexe sidérurgique lorrain. En 1954, la centrale thermique de Richemont, à la confluence entre l'Orne et la Moselle, est construite afin de centraliser la production d'électricité à partir de gaz de haut fourneau. Une deuxième tranche démarre en 1955, une troisième en 1959, et encore deux autres en 1960. Un énorme gazoduc (la conduite mesure entre de diamètre) connecte cette centrale aux hauts fourneaux de Rombas. Surtout, les prolongations de ce gazoduc, qui s'étendent sur de long, connectent 11 batteries de hauts fourneaux des vallées de l'Orne, de la Fensch et de la Moselle, qui partagent ainsi leur gaz.

Les mines de fer alimentant l'usine se situent sous le plateau de Montois-la-Montagne. La concession de Rombas s'étend sur , et se prolonge à l'ouest sous le plateau de Saint-Privat, avec la concession de Sainte-Marie, de . Le gisement comporte essentiellement des couches jaunes et grises qui, dans la concession de Rombas, sont jointives et ont une épaisseur de . Les réserves sont d'environ de tonnes de minerai calcaire et de tonnes de minerai siliceux d'une teneur en fer variant de 28 % à 35 %.

Un plan d'investissement ambitieux (1960 - 1976)

Le , l'entreprise Sacilor est constituée par l'association de De Wendel et avec Sidélor. L'objectif est de construire l'aciérie de Gandrange. Il s'agit de regrouper à Rombas toute la production de produits longs, éparpillée sur plusieurs sites lorrains. En 1960, de Wendel affiche l'objectif d'arriver à terme à une usine produisant avec .

Des investissements audacieux et ambitieux sont immédiatement lancés, dont notamment : l'agrandissement de 2 hauts fourneaux, les plus petits du projet, mais capables de produire autant que les 8 d'alors ; la construction de la plus grande chaîne d'agglomération du monde ; la construction des plus gros convertisseurs Kaldo du monde ;

L'usine à fonte

Les deux hauts fourneaux retenus pour pérenniser le site sont le R5 et le R7. Initialement dotés d'un creuset de , ils sont progressivement agrandis jusqu'à atteindre, en 1976, de diamètre au creusetDe de diamètre, la section du creuset (donc -approximativement- la production) est multipliée par 4. Mais les progrès techniques connexes sont tout aussi importants puisque ces hauts fourneaux, qui produisaient de fonte phosphoreuse par jour à leurs débuts, en font plus de dans leurs dernières années. et même pour le R5 à l'issue de sa réfection de 1982. Malgré leur taille moyenne (en 1973, est mis à feu le HF4 de Dunkerque, quatre fois plus gros), ils figurent alors parmi les plus gros hauts fourneaux lorrains, ce qui justifie l'arrêt de leurs voisins. Mais, au début des années 1970, le « plan Dherse » enterre la poursuite du projet à 5 hauts fourneaux, privilégiant l'amenée par wagon-poche-tonneau de la fonte produite par les deux hauts fourneaux neufs (J1 et J2) situés à Jœuf, puis par les trois hauts fourneaux (P3, P4 et P6) situés à Hayange

En 1959, une usine d'agglomération Smidth est construite. En 1963 démarre la première chaîne d'agglomération (surface ). Cette préparation du minerai porte la capacité de l'usine de de fonte par an.