L'affaire des disparues de l'Yonne est une affaire criminelle française d'enlèvements et de meurtres d'au moins huit femmes, dont les faits se sont déroulés entre 1975 et les années 2000 autour d'Auxerre (prononcé ), dans l'Yonne. Les multiples dysfonctionnements de la justice et du système de protection de l'enfance en ont fait une des affaires les plus connues en France. La ministre de la Justice de l'époque, Marylise Lebranchu, déclare elle-même en 2002 que ..

Malgré la disparition de plusieurs jeunes femmes à la fin des années 1970, logées dans des foyers de la DDASS, peu de personnes s'inquiètent, les familles sont peu présentes et n'ont pas les moyens de médiatiser l'affaire, et les foyers ne reportent pas les disparitions aux autorités, ayant conclu à une fugue malgré la nature peu autonome des victimes.

Après plus de vingt ans de non-résolution des premières disparitions, Pierre Monnoir et Jeannette Beaufumé sont à l'initiative de la médiatisation de l'affaire, dans l'émission Perdu de vue, sur TF1, qui permet de faire relancer l'enquête que la justice avait plusieurs fois prescrite. Le tueur en série Émile Louis est arrêté et emprisonné en l'an 2000, à la suite de révélations aux enquêteurs. Il est condamné à la perpétuité en 2004 pour sept meurtres de jeunes femmes. Chauffeur de bus et conseiller municipal de Seignelay, il avait pourtant été fortement suspecté par un gendarme, Christian Jambert, en 1984, faisant l'objet d'un rapport n'ayant pas été suivi d'effets. Émile Louis avait écopé d'une première condamnation en 1983 et d'une autre en 1989 dans le Var pour attentat à la pudeur sur mineur.

Plusieurs dizaines de disparitions inquiétantes restent à ce jour sans réponse autour d'Auxerre, de 1965 à 1990. D'autres affaires de proxénétisme, d'enlèvements et de meurtres dans le département ainsi que les déclarations d'Émile Louis sur d'éventuels réseaux laissent planer le doute sur la fin effective de l'affaire des disparues de l'Yonne.

Liste des victimes et disparues Meurtres reconnus par Émile Louis :

Françoise Lemoine, 27 ans, disparue en Christine Marlot, 15 ans, disparue le Jacqueline Weis, 18 ans, disparue le Chantal Gras, 18 ans, disparue le Madeleine Dejust, 21 ans, disparue en Bernadette Lemoine, 19 ans, disparue en Martine Renault, , disparue en

Meurtres reconnus par Michel Fourniret :

Isabelle Laville, disparue le . Marie-Angèle Domece, disparue le Joanna Parrish, retrouvée morte le

Meurtre reconnu par Ulrich Muenstermann :

Sylvie Bâton, tuée le

Autres disparitions dans l’Yonne non-élucidées :

Lucette Evain, 21 ans, retrouvée morte le Marie-Jeanne Ambroisine Coussin, 40 ans, disparue en 1975 Jeanine Parent-Vain, disparue en 1976 Elizabeth Fontaine, retrouvée morte le Sylviane Durand-Lesage, , retrouvée morte le Smilja Stojanovic, retrouvée morte le Martine Menguy, disparue en 1986 Danièle Bernard, retrouvée morte le . Une jeune femme inconnue non-identifiée, retrouvée morte le Un squelette non-identifié retrouvé à Joux-la-Ville, en 1998

Chronologie Entre 1975 et 1979, plusieurs jeunes filles disparaissent dans la région d’Auxerre sans laisser de traces. Jeunes filles , elles sont placées sous la responsabilité et la protection de l’État via les services de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales. Elles sont prises en charge par les services sociaux de l'époque car ce sont des orphelines ou des enfants retirées à leur famille à la naissance pour les protéger de parents alcooliques, violents. Certaines souffrent de léger handicap mental.

Elles disparaissent pourtant dans l’indifférence générale ou presque : personne ne se préoccupe de leur disparition, à part certaines personnes les ayant accueillies et parfois les membres éparpillés de leur famille quand elles en avaient une.

En 1984, le gendarme Jambert rend à la justice un rapport sur ses soupçons. Faute de preuve, il restera sans suite, mais le procureur demande tout de même à l'enquêteur de poursuivre son travail..

Dans les années 1980, d'autres jeunes femmes disparaissent ou sont assassinées dans des conditions mystérieuses dans les alentours d’Auxerre. La justice classe plusieurs dossiers sans trouver les coupables.

C’est au total près d’une vingtaine de jeunes femmes qui disparaissent « mystérieusement » sans laisser de trace dans le département de l’Yonne..

Ce n’est qu’en 1996 qu’une association dépose plusieurs plaintes pour enlèvement et séquestration soit près de vingt ans après les premiers faits connus. Mais la justice refuse d’ouvrir une procédure, à cause de la période de prescription, largement dépassée.

L'association de familles des victimes décide alors de médiatiser l'affaire et la diffusion en 1996 de l’émission de télévision Perdu de vue permet que l’une des pires affaires criminelles françaises soit enfin révélée au grand jour. Les téléspectateurs découvrent alors que depuis douze ans, un gendarme opiniâtre, Christian Jambert, soupçonne depuis longtemps un chauffeur de car de la région, Émile Louis.

En 1997, le gendarme Jambert, toujours sur la piste du tueur, est retrouvé mort. Il s’agit officiellement d’un suicide, même si le rapport d’autopsie révèle plusieurs incohérences, notamment le fait que deux balles, toutes deux décrites par les médecins légistes comme mortelles, aient été tirées de directions différentes (l'hypothèse retenue est celle d'une balle ayant fait ricochet).

L’enquête se poursuit jusqu'en , quand les gendarmes se rendent au domicile d'Émile Louis, à Draguignan, où il avait emménagé. Après lui avoir assuré qu’en raison de la prescription, il pouvait parler des disparues de l’Yonne sans s’attirer d’ennuis, le tueur avoue : il a assassiné les sept jeunes filles dans les années 1970. Il guide même les enquêteurs jusqu’aux corps, dans la région d'Auxerre, mais seules deux victimes seront retrouvées. Le tueur est alors placé en garde à vue et lorsqu’il comprend qu’il devra finalement payer pour ses crimes, il se rétracte et clame son innocence, expliquant que la cause des disparitions est liée à un vaste réseau de proxénétisme qui minait le département à l'époque.

Émile Louis est condamné en 2004 à la réclusion criminelle à perpétuité. À la fin des années 1980, il avait une deuxième fois été condamné pour attentat à la pudeur sur mineurs..

Affaires parallèles Parallèlement aux disparitions imputées à Émile Louis, d’autres enlèvements de jeunes filles, notamment issues de la DDASS, ont eu lieu dans l’Yonne. L'affaire Dunand a éclaté en 1983, lorsque les époux Dunand ont été arrêtés à Appoigny, à moins de de là où vivait Émile Louis. Ils étaient les « hommes de main » d’un réseau de proxénétisme, de sadomasochisme et de torture, sur des jeunes filles qu’ils enlevaient dans le département. La plupart des rares témoins directs et identifiés des sévices ont trouvé la mort dans d’étranges circonstances. Sa libération en catimini, six mois après l’incarcération retentissante d’Émile Louis, est remarquée. Les similitudes et connivences entre les deux affaires intriguent les journalistes d'investigation et les associations d'aide aux victimes.

Le département a été le théâtre de nombreuses autres affaires de pédocriminalité, et d'autres tueurs en série comme Michel Fourniret ont sévi dans l’Yonne dès les années 1980. Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Articles connexes Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900 Liste de tueurs en série Pôle judiciaire dédié aux affaires criminelles non élucidées Affaire des disparus de Mourmelon Marc Dutroux Michel Fourniret

Documentaires télévisés « Mystérieuses disparitions » le dans Faites entrer l'accusé présenté par Christophe Hondelatte sur France 2. « Émile Louis, les disparues de l'Yonne » en , et dans Faites entrer l'accusé présenté par Christophe Hondelatte sur France 2. « Disparues de l'Yonne : enquête sur la terrible face cachée d'Émile Louis « le dans 90' faits divers sur TMC. « Émile Louis : l'affaire des disparues de l'Yonne » dans Affaires criminelles le sur NT1, puis le sur Toute l'Histoire. « les disparues de l'Yonne » (premier reportage) le dans Chroniques criminelles sur NT1. « Émile Louis : le boucher de l'Yonne » deuxième reportage du « Spécial : ils ont fait trembler la France » le dans Crimes sur NRJ 12. « Disparues de l'Yonne, la conspiration du silence », 2022-2024, série documentaire en trois saisons (de 8, 8 et 4 épisodes) sur France 3.

Émission radiophonique « L'intégrale : Émile Louis et l'affaire des Disparues de l'Yonne » dans L'Heure du crime de Jacques Pradel sur RTL « Émile Louis : les disparues de l'Yonne » dans Affaires sensibles de Fabrice Drouelle sur France Inter

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