Richard Meister, né le à Znaïm en margraviat de Moravie et mort le à Vienne, était un érudit autrichien spécialisé en philologie classique et pédagogie. Il étudia et devint professeur extraordinaire en philologie classique en 1918 et professeur ordinaire en pédagogie en 1923 à l’université de Vienne. Il eut une grande influence dans la politique éducative autrichienne. Après l’annexion de l’Autriche en 1938, il fut limogé de sa chaire de pédagogie. Des membres de la NSDAP ne voulaient plus qu’il influence une discipline aussi importante pour la jeunesse. On lui donna la chaire de philologie classique qu’il conserva jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans l’après-guerre, il exerça d’importantes fonctions dirigeantes : dès 1945 il fut nommé d'abord vice-recteur de l’université de Vienne, dont il devint ultérieurement recteur, et vice-président, puis plus tard président, de l’Académie autrichienne des sciences. Il a surtout marqué les esprits pour son action dans le domaine de la pédagogie bien que ses écrits ne traitent qu’en partie de pédagogie en tant que science. Il travailla aussi sur la philologie classique, l’histoire des instituts scientifiques, la politique éducative et la philosophie culturelle. Dans sa perception du monde, Meister était un humaniste mais aussi un nationaliste allemand.

Biographie Étude, recherche et carrière Le père de Richard Meister, Anton Meister, était un avocat travaillant à Znaim (ville tchèque de Znoimo). Il n’existe aucun lien de famille avec Richard (Karl) Meister (1848–1912). Celui-ci était aussi un philologue classique spécialisé dans les dialectes du grec ancien et était professeur au Nikolaigymnasium de Leipzig, l’un des plus anciens lycées d’AllemagneNachlass in der Brandenburgischen Akademie.

Après l’obtention de son baccalauréat en 1899, Richard Meister a étudié à l'université de Vienne la philologie classique, la germanistique, la linguistique comparée et la philosophie. Il fut promu docteur en 1904 par le linguiste Paul Kretschmer grâce à sa thèse Die flexivischen Eigentümlichkeiten in der Sprache der Septuaginta (Les particularités lexiques de la langue des Septuaginta). En 1905, il passe l’examen pour enseigner dans les lycées le latin et le grec ancien ainsi que l’allemand en matière secondaire et ensuite la méthodologie philosophique en 1909Brezinka: Pädagogik an der Universität Wien, 1995, p. 71 et suiv.. En 1906/1907, Richard Meister participa à la constitution du Thésaurus de langue latine de l’université de Munich. En 1907, Meister fut professeur temporaire de lycée dans sa ville natale. En 1909, il obtint un poste de professeur de lycée à Vienne. À ce moment-là, il s’intéresse de près à la didactique de ses matières, l’éducation au lycée, la valeur éducative de l’antiquité ainsi que de façon générale à la théorie et l’histoire de la pédagogie. Il publia entre autres Über die Verwendung der Aristotelischen Logik im Propädeutikunterricht der humanistischen GymnasienIm Jahresbericht des K.K. Staatsgymnasiums im III. (De l’utilisation de la logique aristotélicienne dans les cours de méthodologie de lycée), Die Mittel zur wissenschaftlichen Fortbildung der MittelschullehrerIn: Österreichische Mittelschule 26, 1912, pp. 94–104. (les moyens de la formation des professeurs de collège) ou Zur didaktischen Behandlung von Ciceros philosophischen Schriften (Du traitement didactique des écrits philosophiques de Cicéron)Erschienen im Selbstverlag, Wien 1921..

Richard Meister est resté célibataire tout au long de sa vie et n’a pas eu d‘enfant.

Professeur à l’université à partir de 1918 Avant la première guerre mondiale, Richard Meister discuta d’une potentielle habilitation avec le professeur de pédagogie Viennois Alois HöflerBrezinka: Pädagogik an der Universität Wien, 1995, pp. 70, 72, 74.. À la fin de la guerre, cependant, il ne le rejoint pas, car il devint en 1918 professeur agrégé de philologie classique à l'Université de Graz, même s’il n’est pas habilité à ce sujet. En 1920, il prit les mêmes fonctions l'Université de Vienne, où il travailla jusqu'à sa mort. Il fait partie des scientifiques qui ont grandi parmi les germanophones de Moravie et sous le règne des Habsbourg à Vienne. Il en tira de nombreuses opportunités (comme Ernst Mach et Sigmund Freud).

À la Faculté des Arts de Vienne, on tend vers l’idéal éducatif de l’humaniste. Lorsque Höfler meurt, la faculté convoqua le professeur de pédagogie Eduard Martinak, originaire de Graz. Martinak était à l’origine professeur de latin et de grec dans un lycée et un fervent défenseur de la filière classique et fut pressenti pour remplacer Höfler. On fit valoir qu’il avait de l’expérience en tant que professeur de l’école et qu’il connaissait bien la situation des écoles autrichiennes. Il avait même déjà conseillé la faculté dans ses filières de prédilection. La majorité, qui comprend notamment le président de Commission Robert Reininger, vota pour lui et il devint professeur titulaire en 1923Brezinka: Pädagogik an der Universität Wien, 1995, p. 70 et suiv.. En tant que professeur titulaire, il aborda principalement le noyau systématique de la pédagogie et l’exploitation par l’établissement d’un système scientifique de la théorie de l’éducation sur la culture d’une base philosophique. Il ne se limita pas à des questions morales et psychologiques ou à des questions de rhétoriqueBrezinka: Pädagogik an der Universität Wien, 1995, pp. 72 und 78..

Depuis les années 1920, il tint - bien qu’interrompu par la période du national-socialisme - les fonctions de consultant pour les réformes de l'éducation. Dans ses suggestions et propositions pour essayer de redessiner les qualifications pédagogiques des enseignants de l'enseignement secondaire en 1923, il mit l’accent sur une intensification de la formation pédagogique et théorique de candidats par les enseignants dans les écoles secondaires. Cette formation devait comprendre trois axes principaux. Tout d'abord « la philosophie scientifique présupposée » (y compris l'éthique, psychologie), d'autre part une « théorie générale de la pédagogie », et troisièmement un « enseignement de l'éducation spécialisée », c’est-à-dire la didactique et la méthodologie. Ses propositions furent en grande partie validées et incluses dans la nouvelle clause de 1928 pour l’enseignement dans les écoles secondaires, ainsi que dans le rapport établi pour le Règlement des Examens pour la Profession d’EnseignantsGerald Grimm: Universitäre Lehrerbildung in Österreich. . Richard Meister appartint aussi à des organismes importants comme le Conseil Fédéral de la Culture, créé en 1934Knechtel: Das Pädagogische Seminar, Diplomarbeit 2012, pp. 31–34., impliqué lui aussi dans l’intégration des lois et régulations éducatives, ainsi que dans les programmes d’études.

Dans ses écrits, Meister se définit par sa clarté. Il était un « homme des définitions »Brezinka: Pädagogik an der Universität Wien, 1995, p. 78.. Sa définition de l’éducation est la suivante : « L'éducation est l’introduction d’une confrontation à la culture traditionnelle par les adultes, et pour les adolescents et les enfantsMeister : Beiträge zur Theorie der Erziehung, 1946, pp. 49, et 1965, p. 10.. » Ses arguments et formulations ont souvent prévalu. Il s’élève contre Otto Glöckel qui voudrait une école « globale » pour les 10-14 ansAn diese beiden Gegenspieler knüpft ein neues Plädoyer für die Gesamtschule an, von Karl Josef Westritschnig: Bildungspolitische Kontrahenten: Otto Glöckel und Richard Meister.. Néanmoins, c’est un homme de compromis.

Jusqu'en 1938, Richard Meister produisit environ 70 thèses pédagogiques en tant que superviseur principal. Pour beaucoup, il ne fut cependant que consultantBrezinka: Pädagogik an der Universität Wien, 1995, p. 73..

Pour l'année scolaire 1930-1931, il fut doyen de la Faculté des arts. En 1934, il devint membre de l'Académie des sciences de Vienne.

Richard Meister était déjà, dans les années 1920, membre de l'association de Bear Cave, un groupe organisé de professeurs antisémites appartenant à la Faculté de Philosophie. Ils firent notamment obstacle aux carrières universitaires de nombreux Juifs à VienneMargarete Grandner, Thomas König: Reichweiten und Außensichten: Die Universität Wien als Schnittstelle wissenschaftlicher Entwicklungen und gesellschaftlicher Umbrüche. .

Transfert après l’Anschluss La vision du monde de Richard Meister peut être qualifiée comme suit : « Il était un libéral humaniste avec une tendance à une culture éclairée et catholique. Il était très influencée par le nationalisme allemand de sa Moravie natale. » Par conséquent, il est entendu que les socialistes voulaient lui confier la pédagogie. Après l'Anschluss, il devint professeur de philologie classique en (avec une prépondérance pour le latin).

Arthur Marchet explique : « En tant qu'éducateur, il a représenté les idéaux éducatifs humanistes… Il a une connaissance incroyable de la loi et est très habile dans la rédaction de notes de service, des propositions de règlements d'examen… Mais chez les étudiants, il n’était pas populaire. Mais les étudiants pensaient qu'il était responsable de nombreuses réglementations injustement. Sa bienveillance elle-même paraissait désagréableZitiert nach Knechtel: Das Pädagogische Seminar, Diplomarbeit 2012, p. 57.. » À cette époque, Richard Meister avait déjà démissionné en tant qu’enseignant-président, et voulait obtenir le département de philologie. C’est dans cette démarche que Marcher le soutient.

Malgré les réserves émises, Richard Meister continua d’assumer des responsabilités à l’université de philosophie. Il participa à l’élaboration du programme de l’Institut für Lebenswirtschaftskunde et signa les lettres adressées à cette occasion au Ministère du Reich à l'Éducation en qualité de doyenEdith Saurer: Institutsneugründungen 1938-1945 ..

L’Institut viennois de philologie n’a dirigé qu’une soixantaine de thèses de doctorat durant la période nazie, toutes suivies par Johannes Mewaldt er Richard Meister, qui ont été acceptées pour la plupart en 1939 et 1940. Environ un tiers d’entre elles manifestaient par endroits une orientation politiqueAngaben nach Franz Römer, Sonja Martina Schreiner: Dis-kontinuitäten. .

Richard Meister n’a jamais cherché à devenir membre du NSDAP, bien qu’il ait été membre d’associations affiliéesGraf-Stuhlhofer: Opportunisten, 1998, p. 155. qui lui auraient permis d’affirmer son engagement pour le nationalisme allemand.