thumb|upright=1.4|Titre :Grand Pardon de Rocamadour Création :1428 Demandeurs :Charles VII (roi de France) et Marie d'Anjou (reine) Approbation :pape Martin V (bulle datée du ) Lieu :sanctuaire Notre-Dame de Rocamadour Célébrant :évêque de Cahors Dernières célébrations :1943 (selon le calendrier)2013 (supplémentaire, approuvée par Benoît XVI )Prochaine célébration :2083 (selon le calendrier) Le Grand Pardon de Rocamadour est une tradition du jubilé, toujours gardée depuis 1428 au sanctuaire de Rocamadour. Présidé par l'évêque de Cahors, cet événement religieux et pontifical propose et recommande aux fidèles catholiques une indulgence exceptionnelle, à condition qu'ils y assistent à une messe, avec deux sacrements, confession et communion, lors d'une année sainte particulière, tout comme le jubilé du Puy-en-Velay.
Le droit d'indulgence est accordé à l'évêque par le pape, lorsque la fête de saint Jean Le Baptiste, le , coïncide avec la Fête-Dieu, à savoir un jeudi soixante jours après Pâques. Donc, le Grand Pardon de Rocamadour a lieu, dans l'année où Pâques sont célébrées le . Cette date est non seulement le dernier jour possible en tant que Pâques (on ne célébra jamais celles-ci le , puisque la phase lunaire ne dure que environ) mais également très rare dans le calendrier liturgique de l'ÉgliseÉtant donné que la Passion du Christ et la Résurrection furent achevées lors de la fête juive Pessa'h, Pâques sont fixées à la base du premier jour du printemps (équinoxe), à savoir le premier dimanche après la pleine lune suivant l'équinoxe. C'est la raison pour laquelle le 25 avril est le plus tard dans le calendrier liturgique.. Cette coïncidence des deux fêtes importantes est, d'où, considérée comme une grâce exceptionnellep. 108, mandement de l'évêque Nicolas Sevin.
Le souverain pontifie peut créer l'année supplémentaire, en cas de nécessité. En 2000 et 2013, des évêques de Cahors présidèrent le Grand Pardon, en cette manière.
Au contraire du jubilé du Puy, le sanctuaire garde historiquement ainsi que toujours la dénomination Grand Pardon, en évitant l'emploi du terme jubilé. L'origine du jubilé, lutter contre l'armée anglaise et restaurer la monarchie française lors de la guerre de Cent Ans, peut expliquer la préférence de ce terme français.
Histoire thumb|upright=0.6thumb|upright=0.6|Martinus servus servorum Dei,... Cum itaque, sicut carissimi in Christo filii, Caroli regis ac carissime in Christo filie, Marie regine Francie... (bulle de , expédiée à Rome du à et à Marie d'Anjou, son épouse). En et , le jubilé du Puy-en-Velay rassemblait un grand de nombre de pèlerinages. En effet, le peuple redoutait la fin du monde, à la suite de la guerre de Cent Ans, de la peste noire, de la famine. Le pessimisme dominait également à la cour de France. D'une part, , souvent appelé « petit roi de Bourges », perdait la plupart des terrains royaux. D'autre part, celui-ci ne pouvait pas être sacré à Reims. Cela suffisait à ce que l'on contestât sa légitimité. Le Grand Pardon de Rocamadour fut fondé, dans ces circonstances difficiles.
En 1427, le roi sollicita le Saint-Siège et tous ceux qui étaient concernés, en exprimant la dévotion la plus profonde de celui-ci et de son épouse Marie d'Anjou en faveur de Notre Dame, sainte patronne du royaume de FranceIl n'est pas certain que l'origine de l'idée fût issue de ce souverain. Car, entre 1424 et 1427, c'était Yolande d'Aragon qui présidait les réunions. Cette femme, appelée par son petit-fils « un cœur d'homme dans un corps de femme », était assez capable d'être politicienne. En bref, la mère de la reine Marie d'Anjou était conseillère de Charles, depuis leurs fiançailles.. Plus précisément, celui-ci souhaitait une prorogation du jubilé du Puy, prévu en ., ainsi qu'un jubilé exceptionnel consacré à Notre Dame de Rocamadour. Certes, à cette époque-là, de nombreux villages près de Cahors étaient occupés par les Anglais. Toutefois, au moins en 1047, le privilège d'indulgence avait déjà été attribué par le pape . Puis, en 1399, malgré cette guerre, le pèlerinage vers Rocamadour était respecté par les deux armées, les Français et les Anglaisp. 112 - 113Du plus, quelques papes précédents étaient nés dans cette région au . Notamment, () était originaire de Cahors.. Donc, le choix de ce sanctuaire était raisonnable.
En expédiant son approbation dans la même année, le Saint-Siège admettait sa raison : « parce que les miracles opérés dans ce sanctuaire et les foules nombreuses qui s'y pressent le méritent. »
Le premier Grand Pardon de Rocamadour eut donc lieu en , à Pâques pendant . Comme le document officiel de Rome concernant le jubilé du Puy-en-Velay ne remonte qu'à , celui-ci demeure le premier événement pontifical de cette catégorie tenu dans le royaume de France, certainement confirmé d'après un document du Saint-SiègeAssez curieusement, aucune bulle de ne fut retrouvée, en dépit de vastes recherches concernant le Puy. Mais, certainement mentionné dans le bref d' expédié en , en faveur des Jacobins..
À partir de ce Grand Pardon, qui n'était autre qu'un simple événement religieux pour les pèlerins, l'Histoire de France connut un immense bouleversement. L'année suivante, le jubilé du Puy ne restait plus de jubilé pour la sainte Vierge. Celui-ci se distinguait par un enthousiasme considérable, avec la participation d'Isabelle Rommée, mère de Jeanne d'Arc et venue à la place de sa fille, ainsi que de Jean de Metz, de Bertrand de Poulengy, dorénavant principaux compagnons de Jeanne.
Initialement conçu comme jubilé exceptionnel, le Grand Pardon devint jubilé régulier, pareillement célébré à Lyon. Mais, à partir de , celui-ci devint moins important. Car, les papes accordaient désormais l'indulgence tous les sept ans pour sept ans, lors de deux fêtes de la sainte Vierge, puis en faveur de plus de fêtes mariales. En outre, l'indulgence devint plénière en .p. 115 - 117. À savoir, les fidèles pouvaient obtenir une indulgence entière, chaque année, lors de ces fêtes à Rocamadour. Il s'agirait d'une de principales raisons pour lesquelles, en , le jubilé n'y eut pas lieu alors qu'à Lyon, la célébration était normale.
Au contraire, au , deux jubilés supplémentaires sont tenus, selon l'intention du sanctuaire et du diocèse, avec une durée assez longue. La tradition s'y conserve vivement.
Redécouverte de la bulle du pape Martin V L'origine du Grand Pardon de Rocamadour est incontestable, avec le bref du pape expédié le , dont les deux originaux sont conservés à Rome et en FranceCette bulle est précieuse et permet de connaître ce que ce pape souhaitait dans ce domaine, car, malgré de vastes recherches, celles du jubilé du Puy-en-Velay restent introuvables..
Au sanctuaire, les archives religieuses de Rocamadour gardaient en dépit de destruction un fragment d'une bulle accordée par . Il s'agit d'extrait de quelques vieux parchemins, partiellement brûlés, vraisemblablement lors de l'attaque des protestants le . Or, le document fut sauvé d'une destruction totale. Ce document pontifical, mentionné fréquemment dans plusieurs sourcesPar exemple, Bertrand de La Tour, en 1636, avec son ouvrage Institution de l'Église de Tulle ainsi que dans un livre d'un historien bénédictin de l'abbaye de Saint-Denis, Dom Jacques Doublet, en 1646 (https://books.google.fr/books?id=HhwXAAAAYAAJ&pg=PA446 p. 446 et 448), était bien entendu la réponse du souverain pontife en faveur de la demande du roi et de la reine de France. Selon la bulle, accordait une indulgence de trois ans et de trois quarantaines aux fidèles qui visiteraient la sainte chapelle de Rocamadour, en faisant quelques aumônes. Il fallait que cette indulgence soit attribuée lors de douze principales fêtes, à savoir, de la Nativité, de la Circoncision de Jésus, de l'Épiphanie, de la Résurrection, de l'Ascension, de la Fête-Dieu, de la Pentecôte, de la Nativité de la sainte Vierge, de l'Annonciation, de la Purification, de saint Jean-Baptiste, ainsi que de saint Pierre et saint Paul.
Il est évident que les critères actuels n'étaient pas encore établis. Ceux-ci furent, d'abord, officialisés à Lyon, en 1451, et, à Rocamadour, il fallut attendre l'année 1546. Mais, certainement, les fêtes de la Fête-Dieu et de la Saint-Jean étaient mentionnées dans le bref de .
Fragment endommagé, encore fallait-il vérifier l'authenticité de ce document ainsi que connaître le texte intégral. Ce sont les raisons pour lesquelles Edmond Albe ()Notice Bnf n'hésita pas à demander au Saint-Siège de chercher ce qui le concernait. Avec le texte entier, la bulle fut finalement retrouvée par un célèbre sous-archiviste du Vatican, , dans les registres de (texte intégral)Ce pape avait fondé au Saint-Siège l'Archivio segreto Vaticano, en faveur de la conservation de registres des brefs, actuellement dans les armoires 38 à 45. À partir de son pontificat, les documents expédiés y étaient donc bien conservés p. 315.
La plupart des œuvres anciennes sont basés sur une traduction de la bulle restant à Rocamadour, publiée en par Odo de Gissey (), historien jésuite de qualité, spécialiste du jubilé à l'époque. Nonobstant, après avoir reçu le texte entier du Vatican, Ernest Rupin signala en que les documents précédents ne sont pas corrects, car le texte avait été dénaturé.
Liste du Grand Pardon vignette|upright=0.8|Postérité du premier Grand Pardon de Rocamadour : sacre du roi de France Charles VII à Reims, l'année suivante. Cela serait la raison pour laquelle le Grand Pardon fut définitivement établi dans le royaume de France. (Territoire considérablement rétabli en 1429, en comparaison de lors du jubilé de Rocamadour). Alors que le Grand Pardon séculaire à la primatiale Saint-Jean de Lyon respectait strictement le calendrier (1451 - 1546 - 1666 - 1734 - 1886 - 1943, où Pâques étaient célébrées le , sans exception). , celui de Rocamadour est un peu différent, à savoir, concernant la première année et 1899, qui ne correspondaient pas au critère de calendrier. Dans l'article de La Croix du , on précisait qu'à Rocamadour, le jubilé de l'année 1886 fut certainement repoussé.
Il est peu probable que la coutume remonte plus tôt en tant que liturgie locale, étant donné que la Fête-Dieu ne fut instituée qu'en 1264, par le pape Urbain IV. Entre cette année-là et 1428, il n'existait aucune célébration de Pâques au .
Encore est-il à noter que l'on ne sait pas quel document pontifical définissait la date de jubilé, coïncidence de la fête de saint Jean Le Baptiste avec la Fête-Dieu. À la différence de la bulle de Martin V pour le premier, les archives du Vatican ne conservent aucune trace d'une autre bulle hypothétique.
Année Pâques Rocamadour Lyon (Saint-Jean) 1204 — — 1428 Grand Pardon I — 1451 — Grand Pardon I 1546 Grand Pardon II Grand Pardon II 1666 Grand Pardon III Grand Pardon III 1734 Grand Pardon IV Grand Pardon IV 1886 — Grand Pardon V 1899 Grand Pardon V — 1943 Grand Pardon VI Grand Pardon VI