vignette|Médaille du Conseil général d'administration des hôpitaux civils de Lyon, qui rappelle leur supposée fondation en 542 par le roi Childebert et la reine Ultrogothe. L'histoire des Hospices civils de Lyon est le récit de cette institution née en 1802 et jusqu'à nos jours.
Les Hospices civils de Lyon sont officiellement fondés le par la réunion de deux hôpitaux : l’Hôtel-Dieu aujourd'hui réaffecté, et l’hôpital de la Charité, disparu (détruit en 1934).
Etablissements de santé lyonnais avant les Hospices civils de Lyon Tradition légendaire d'une fondation au Haut Moyen Âge Une tradition prétend que l’Hôtel-Dieu est fondé en 542 par le roi Childebert et la reine Ultrogothe. De fait, le quinzième canon du cinquième concile d'Orléans en 549 confirme cette création par le mérovingien d'un hôpital à Lyon. Mais il est aussi prétendu qu'il s'agit de l'Hôtel Saint-Eloi, sur les bords de la Saône …
Cette légende est née sous la plume de l'historien Claude de Rubys dans son Histoire véritable de la ville de Lyon de 1604. On retrouve mention de cette histoire jusqu'au On trouve cette histoire dans l'article de J. Musset dans la Revue de législation et d'administration hospitalières, Lyon, 1912, Librairie Georg, pages 161-163..
Fondation En réalité, l’Hôtel-Dieu primitif pourrait remonter au lorsque les frères Pontife entreprennent vers 1184 la construction d’un pont sur le Rhône et annexent un petit hôpital pour recevoir les voyageurs pauvres ou malades. De l’ancien Hôtel-Dieu de Notre-Dame de pitié du Pont du Rhône où François Rabelais exerce ses fonctions de médecin de 1532 à 1534, il ne reste plus rien. L’Hôtel-Dieu actuel est construit en deux étapes au cours des .
L’hôpital de la Charité a pour origine l’Aumône générale, institution de bienfaisance fondée en 1533 par de riches donateurs à la suite d’une famine persistante. En 1633, on élève un vaste édifice destiné aux déshérités, enfants orphelins et indigents, complété par une église. Ces bâtiments prennent le nom d’hôpital de la Charité-Aumône générale. En 1783, par décision royale, l’hôpital reçoit de l’Hôtel-Dieu l’œuvre des enfants abandonnés, ainsi que celle des filles enceintes. Le nombre de vieillards dans l’hospice est limité. L’hôpital prend le nom d’Hôpital général de la Charité-Aumône générale-Œuvre des enfants trouvés. La spécialisation médico-chirurgicale de cet hôpital se fait spontanément en faveur des femmes et des enfants, avec le développement de trois grandes spécialités médicales : la gynécologie, l’obstétrique et la pédiatrie. En 1802, au moment de la création des Hospices civils de Lyon, l’hôpital de la Charité devient l’hospice de la Charité.
Création des Hospices civils de Lyon : 1796 et 1802
Les Hospices civils de Lyon naissent des décombres de deux institutions arrivées à l'époque révolutionnaire en mauvais état institutionnel et financier. L'hôpital de la Charité et l'Hôtel-Dieu voient leurs biens confisqués par les autorités révolutionnaires et finalement réunis en 1796 dans une structure nommée les Hospices civils de Lyon. Cette première naissance est suivie d'une refondation plus solide et définitive en 1802.
Union des établissements de santé lyonnais et première fondation des Hospices civils de Lyon Les deux principaux établissements de soin lyonnais abordent la Révolution française dans un état financier catastrophique. Les crédits de fonctionnement ne couvrent pas les dépenses nécessaires de manière chronique et la rivalité entre les deux institutions interdit toute solution commune. La situation devient très vite intolérable en 1791 lorsque les octrois municipaux sont supprimés, et des impôts nouveaux sur les biens immobiliers créés. La population assistée ayant augmenté, les recteurs de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu comme de celui de la Charité démissionnent alors collectivement, en 1791 et 1792, estimant ne plus pouvoir remplir leur mission. La municipalité nomme alors en catastrophe un bureau d'administrateurs pour les suppléer.
Le conflit entre la municipalité et la Convention nationale cause de nombreux dégâts, notamment incendiaires, à l'Hôtel-Dieu. L'extrême pauvreté submerge les deux hôpitaux et la situation sanitaire en leur sein devient dramatique. Pour revenir à un fonctionnement normal, la municipalité décide de fusionner les deux établissements. Complexe, cette fusion met plusieurs années à se concrétiser, avec une première étape en 1796. Par la loitexte intégral du 16 vendémiaire an V(7 octobre 1796), les biens des deux institutions qui avaient été confisqués sont rendus et une administration commune est créée. Réellement active à partir du 28 ventôse an V(18 mars 1797), elle préside à la nouvelle institution baptisée "Hospices civils de Lyon".Cette dénomination d'« Hospices » est voulue par les autorités révolutionnaires qui débaptisent tous les hôpitaux de France pour supprimer toute référence à la religion et à l'Ancien Régime. Ainsi, l'Hôtel-Dieu a été nommé l'« hospice général des malades » et la Charité l'« hospice des vieillards et orphelins ». Durant les deux siècles suivants, le terme d'« hospices » a été progressivement abandonné, et son maintien dans le cas lyonnais est une curiosité locale..
Par manque d'argent, les Hospices civils de Lyon restent dans des situations très précaires, ne pouvant souvent assurer les besoins de base auprès des nécessiteux. Le Premier Consul est sollicité sur le sujet lors de son passage à Lyon le 13 messidor an VIII(2 juillet 1800) ; il permet alors que la commune de Lyon puisse rétablir les octrois afin de disposer d'une ressource stable et suffisante, par la loi du 5 fructidor an VIII(23 août 1800).
Création définitive des Hospices civils de Lyon Toutefois, l'organisation issue des lois révolutionnaires ne permettait pas de faire fonctionner correctement un tel ensemble, et il fallait le réformer pour établir une structure plus solide. Le ministre Jean-Antoine Chaptal fut sollicité sur la question lors de son passage à Lyon le . Il promulgue l'arrêté du 28 nivôse an X(18 janvier 1802), qui met fin aux fonctions de l'ancienne administration et établit une nouvelle organisation, celle-ci étant enfin capable de développer convenablement l'institution.
Au cours du , l'hôpital est une institution très traditionaliste dans son fonctionnement, avec une élite bourgeoise qui maintient un fonctionnement quasi monacal et militaire dans les établissements de santé sous leur autorité. Durant la Restauration, les administrateurs sont surnommés les « notables à 1000 F ». Ce n'est qu'à partir des années 1880 que le fonctionnement interne évolue pour s'aligner sur la société environnante.
Au , le patrimoine hospitalier des hospices civils s'accroit considérablement, par construction ou rattachement en divers points de la cité.
Évolution institutionnelle
Les Hospices civils de Lyon sont un organisme en grande partie indépendant, et jaloux de cette indépendance. Durant tout le , les administrateurs cherchent à être libres de gérer l'institution comme ils le souhaitent, ce qu'ils parviennent en grande partie. Ils parviennent également à développer les Hospices civils, notamment en obtenant la création d'institutions liées qui les complètent.
Évolution du conseil d'administration Le conseil général d'administration instauré par Chaptal en est composé du préfet, des trois maires de la ville de LyonLa mairie centrale vient d'être supprimée et remplacée par trois mairies de secteur., et de quinze citoyens désignés. Ce conseil dans son ensemble délibère, mais seuls cinq personnes, réunies en une « commission spéciale » en son sein forment une commission ayant le pouvoir exécutif, nommés par le préfet ou le ministre de l'Intérieur.
À peine un mois plus tard, le 18 pluviôse an X(7 février 1802), le conseil est porté à vingt personnes et le président devient élu par ses membres. Le premier président est Jean-François Vitetfiche biographique sur morand.ens-lyon.fr et fiche biographique sur cths.fr., vice-président du tribunal d'appel.
Les Hospices civils de Lyon, malgré la mainmise théorique des organes publics sur le monde de l'hôpital, restent dirigés par les notables locaux. En effet, les subsides municipaux sont largement insuffisants pour faire vivre une telle institution et ce sont les dons et legs qui la font fonctionner. De même, la direction est en théorie sous le contrôle du ministère et de la préfecture, mais la nomination des administrateurs se fait sur une liste fournie par le collège des administrateurs eux-mêmes, qui pratiquent donc une large cooptation. Jusqu'en 1830, ce sont largement des anciennes élites (nobles, négociants, industriels, gens de justice ou grands propriétairesVoir O. Faure, Genèse de l'hôpital moderne, les hospices civils de Lyon de 1802 à 1845, Lyon, ed. du CNRS, 1981.) qui siègent au conseil d'administration, et une telle place est encore une voie obligée pour accéder aux plus hautes fonctions municipales.
En 1805, une nouvelle réforme impose la nomination des vingt membres par le ministre de l'Intérieur, pour cinq ans, l'assemblée étant renouvelée par cinquième chaque année.
Une ordonnance hospitalière du restreint considérablement l'effectif du conseil d'administration, portant leur nombre à cinq seulement. De vives protestations s'élèvent, critiquant les difficultés pour un si petit nombre de conseillers de remplir l'ensemble de leurs charges. Le conseil du roi prend rapidement en compte l'émotion et revient par l'ordonnance du à un collège de vingt membres. Toutefois, il donne la présidence de l'institution à l'archevêque de Lyon, alors Joseph Fesch, et en son absence, au maire.
En 1830, la monarchie de Juillet instaure un pouvoir plus centralisateur en France et à Lyon, qui suscite de vives réticences au sein de l'administration des Hospices civils de Lyon. Malgré des tentatives de la part des représentants du roi de prendre en main l'institution, celle-ci reste toutefois largement indépendante. La révolution de Juillet entraîne également une modification du collège des administrateurs, qui perd progressivement ces personnalités civiles pour se peupler de médecins. Les nouveaux entrants sont plus libéraux et cette évolution entraîne également un amoindrissement des liens entre le conseil d'administration et les organes de pouvoir locaux, mairie, conseil général et préfecture.
L'ordonnance du restitue la présidence au maire, qui est alors « président-né », sans que cela n'empêche l'élection d'un président au sein du conseil d'administration. Ce dernier passe alors à 25 membres.
Par une réforme de 1852, les nouveaux membres ne sont plus présentés au ministère de l'Intérieur par le maire, mais sont nommés directement par le préfet.
Développement institutionnel Les administrateurs développent les Hospices civils en établissant ou faisant établir des institutions qui complètent leurs hôpitaux.
En 1821, après l'avoir réclamé depuis 1808, les Hospices civils de Lyon obtiennent la création d'une école secondaire de médecine en 1821. Cette école est complètement la chose du conseil d'administration, puisque ce dernier, lors de la nomination des trois premiers professeurs, les nomme sans prendre avis du jury constitué pour évaluer les candidats, ou même contre son avis. Les trois premiers nommés sont Richard de la Prade, Sénac et Moutain. Le conseil d'administration constate rapidement l'indépendance de fonctionnement des médecins vis-à-vis de lui, et commence par déléguer un des siens chef de l'école, en 1823, puis par un administrateur spécifiquement rattaché.
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