Le protestantisme à Paris est un aspect du protestantisme en France. Il existe depuis le début de la Réforme protestante, au .

Il se manifeste aujourd'hui par une quarantaine lieux de culte, de différentes confessions : Églises réformées, luthériennes, anglicanes, épiscopaliennes, baptistes et autres dénominations évangéliques. La faculté de théologie protestante de Paris est fondée en 1877.

Histoire Jean Calvin et la Réforme protestante vignette|Portrait de Jacques Lefèvre d'Étaples, par Jean de Laon, extrait des Vrais Portraits des hommes illustres en piété et en doctrine de Théodore de Bèze, 1581. À la Renaissance, les humanistes se passionnent pour l'étude des textes antiques. Les Grandes découvertes, comme la découverte et exploration de l'Amérique à partir de 1492 bouleversent les représentations du monde, et l'invention de l'imprimerie en Occident par Johannes Gutenberg en 1454 transforme la diffusion de la connaissance. Dès 1507 à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, Jacques Lefèvre d'Étaples commence à traduire les épîtres de Paul en français. Son protecteur Guillaume Briçonnet est ordonné évêque de Meaux, et en 1520 Lefèvre fonde le Cénacle de Meaux, regroupant autour de lui des théologiens réformateurs comme Guillaume Farel, Gérard Roussel, Louis Berquin, François Vatable. Ils sont soutenus par la sœur ainée du roi François , Marguerite de Valois-Angoulême. En 1528, cette dernière donne naissance à Jeanne d'Albret, reine de Navarre protestante, et futur mère d'Henri .

En 1523, Jean Calvin étudie à Paris, dans le Quartier latin, au collège de la Marche puis au collège de Montaigu. Après des passages à Orléans et dans sa ville natale de Noyon, Calvin retourne à Paris en . Les tensions sont alors fortes au Collège royal, futur Collège de France, entre les humanistes réformés et la direction conservatrice de la faculté. L'un des réformés, Nicolas Cop, est élu recteur de l'université de Paris. Le , il consacre son discours d'investiture à la nécessité d'une réforme religieuse et appelle à un renouveau au sein de l'Église catholique. Ce discours provoque un grand émoi et la faculté dénonce Nicolas Cop comme hérétique, obligeant celui-ci à prendre la fuite et à se réfugier à Bâle, en Suisse. Jean Calvin échappe aux poursuites en fuyant par les toits, depuis la « Tour Calvin » du collège Fortet, visible encore aujourd'hui dans la cour du 21, rue Valette.

vignette|Jean Calvin, gravure par René Boyvin, 1562.

Pendant la nuit du 17 au a lieu l'affaire des Placards, l'affichage d'un texte contre l’Eucharistie dans les lieux publics à Paris, . Six protestants sont condamnés au bûcher, et Jean Calvin fuit à Bâle, puis développe le calvinisme à Strasbourg et Genève.

En 1555, une première église réformée est dressée rue des Marais-Saint-Germain, actuelle rue Visconti. Le jeune étudiant Jean Le Maçon de Maunay de la Rivière est nommé premier pasteur de Paris. En 1557, une assemblée clandestine est surprise rue Saint-Jacques. Cent vingt personnes sont arrêtées, sept sont condamnées au bûcher. En 1558, on signale au roi que des assemblées de chantent le Psautier huguenot au Pré-aux-Clercs. En 1559, le premier synode national réformé se réunit rue Visconti, et adopte la confession de La Rochelle.

Henri IV et les guerres de Religion Durant le colloque de Poissy, de 1561 à 1562, un temple réformé est ouvert publiquement dans le manoir de la rue Popincourt et dans une maison de la rue des Patriarches. Mais en 1563, l'édit d'Amboise interdit le culte protestant dans la capitale. Les guerres de Religion reprennent. En 1572, le mariage devant la cathédrale Notre-Dame de Paris du futur d'Henri IV, à la tête du parti protestant, et de Marguerite de France, fille du roi Henri II et de Catherine de Médicis (et sœur des rois François , Charles et ) doit sceller la paix. Mais la présence de soldats protestants dans la ville fait paniquer la population. L’amiral Gaspard de Coligny, qui prépare une campagne militaire contre les Pays-Bas espagnols, est blessé le par un coup d'arquebuse rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois. Craignant des représailles protestantes, le roi ordonne l'assassinat des chefs Huguenots, qui dégénère en massacre de la Saint-Barthélemy. Plus de sont tués à Paris, et la guerre reprend.

vignette|Le Massacre de la Saint-Barthélemy de François Dubois, vers 1572-1584, musée cantonal des beaux-arts de Lausanne.

Le , le roi Henri III est obligé de fuir Paris, à la suite de la Journée des Barricades. La ville tombe entre les mains de la Ligue catholique. Commence alors plusieurs sièges de Paris. En 1590, Paris est assiégé par Henri IV, avec une coalition des armées françaises légitimistes, protestantes, anglaises et néerlandaises. La ville résiste, terrorisée par les catholiques fanatiques de la Ligue, appuyés par des mercenaires espagnols et romains. À contre-cœur, le , Henri IV abjure solennellement dans la basilique Saint-Denis : . vignette|Temple de Charenton, lieu de culte protestant de Paris de 1607 à 1685. L’édit de Nantes de 1598 apporte une certaine paix, mais les protestants n’ont le droit de construire leur temple qu’à plus de quatre lieues de Paris. Les Parisiens construisent des temples à Grigny en 1599, puis Ablon en 1600. En 1607 est édifié le temple de Charenton, grâce au premier ministre d'Henri IV, le protestant Maximilien de Béthune (duc de Sully). La sœur cadette du roi, Catherine de Bourbon, restée fidèle au protestantisme, fait célébrer des cultes dans la salle des Caryatides du palais du Louvre. Henri IV, quoique converti au catholicisme, y assiste parfois.

vignette|Plaque commémorative au 30, rue des Saints-Pères en hommage à l'ancien cimetière des Saints-Pères.

Les protestants, comme les juifs et les comédiens, n'ont pas l'autorisation d'être enterrés dans les cimetières catholiques. Plusieurs cimetières leur sont consacrés à Paris, comme le cimetière de la Trinité depuis 1563 et le cimetière Saint-Germain depuis 1576. En 1604, est fondé le cimetière des Saints-Pères, que commémore aujourd'hui une plaque commémorative à l'entrée du 30, rue des Saints-Pères.

Des associations de dévots catholiques, soutenus par le pouvoir royal, luttent contre le protestantisme et cherchent à favoriser les conversions. La Compagnie du Saint-Sacrement est fondée en 1630, la Compagnie de la Propagation de la foi en 1632. Des institutions accueillent les protestants convertis au catholicisme à Paris : maison des Nouveaux-Convertis et maison des Nouvelles-Catholiques.

En 1631, au synode national de Charenton, les protestants décrètent la possibilité pour les calvinistes et les luthériens de participer ensemble à des cérémonies, notamment la Sainte-Cène.

Louis XIV et la révocation de l'édit de Nantes En 1685, Louis XIV révoque l'édit de Nantes par édit de Fontainebleau. Tous les temples du royaume sont détruits. Des pasteurs itinérants sont formés à partir de 1726 par Antoine Court au Séminaire français de Lausanne, et animent des réunions clandestines. Dans les années 1682-1692, sept pasteurs (dont Jean Gardien Givry) sont arrêtés à Paris. Ils sont détenus jusqu'à leur mort au fort royal de l'île Sainte-Marguerite, au large de Cannes.

Les ambassades des pays protestants, Angleterre, Suède et Danemark profitent de leur statut d'extraterritorialité en France pour héberger des chapelles protestantes. Les Parisiens y célèbrent discrètement baptêmes et mariages, mais sont surveillés par la police. L'Église suédoise de Paris célèbre un culte à partir de 1626, présidé par le pasteur Jonas Hambraeus jusqu'en 1660. L'Église danoise de Paris est issue de la chapelle de l'ambassade du Danemark, de même que l'Église protestante allemande de Paris de l'ambassade du Brandebourg. En plus des diplomates étrangers, des artistes, des artisans, des médecins, des scientifiques (tel que Guillaume Homberg) s'installent à Paris, accueillis par le ministre Jean-Baptiste Colbert. Des mercenaires protestants sont intégrés à l'armée royale, notamment dans le régiment d'élite des Gardes suisses. L'Institution du Mérite militaire est créée en 1759 pour récompenser les officiers protestants au service de la France.

En 1725, Louis XV tolère l'ouverture du nouveau cimetière protestant du Port-au-Plâtre. En 1777 est créé le cimetière des protestants étrangers de la rue de la Grange-aux-Belles. Après sa fondation, de nombreux protestants sont enterrés au cimetière du Père-Lachaise, dans les divisions 39 et 40. À l'époque des Lumières, des personnalités protestantes s'affirment, comme Jacques Necker, ministre des Finances de Louis XVI et père de Madame de Staël, ou encore le marquis François de Jaucourt, co-rédacteur de l'Encyclopédie. Le philosophe Jean-Jacques Rousseau vit plusieurs années à Paris.

Paul-Henri Marron et la Révolution française vignette|Paul-Henri Marron, pasteur à Paris de 1782 à 1832. En 1787 est signé l'édit de tolérance de Versailles par Louis XVI, enregistré par le Parlement de Paris le . Il accord l’État civil aux protestants, c'est-à-dire notamment la reconnaissance de leurs mariages, mais le culte public reste interdit. La liberté d'expression et de culte n'est reconnue qu'à la Révolution française avec la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Son article 10, est corédigé par le pasteur-député Jean-Paul Rabaut Saint-Étienne, qui déclare .

vignette|Église Saint-Louis-du-Louvre, lieu de culte protestant de Paris de 1791 à 1811.

Le pasteur Paul-Henri Marron, chapelain de l’ambassade de Hollande à Paris depuis 1782, célèbre les premières assemblées publiques, en dans l'arrière-salle d'un marchand de vin rue Mondétour, dans le quartier des Halles. Puis les protestants se réunissent au 105, rue Dauphine, dans un hôtel où Antoine Court de Gébelin avait installé le cénacle du Musée de Paris et où se réunissait la loge franc-maçonnique des Neuf Sœurs. Le premier maire de Paris, Jean Sylvain Bailly, leur permet d'obtenir le bail de l'église désaffectée Saint-Louis-du-Louvre. Le , est célébrée la dédicace officielle, le dimanche de Pâques. Paul-Henri Marron manifeste dans sa prédication son soutien aux nouvelles institutions politiques. Le temple est décoré de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et du Notre Père. Le , le pasteur prêche en présence du maire de Paris sur le texte de l'évangile selon Jean (Jean 8,32) : . L'assistance aux offices va croissante.

Pendant la Terreur, le pasteur Paul-Henri Marron est arrêté à trois reprises. La chute de Robespierre le libère définitivement. Le culte réformé reprend en .

Napoléon et le Concordat En 1801, Napoléon Bonaparte signe le Concordat français avec le Vatican, qui reconnait le catholicisme comme . La loi du 18 germinal an X (), dite des articles organiques, organise les cultes protestants : les pasteurs sont payés par l’État. La loi de germinal a été imposée sans discussion avec les représentants des Églises. Pour les protestants, elle indique dans son article 16 : , le Consistoire pouvant gérer plusieurs paroisses, ce qui est contraire à la tradition ecclésiastique réformée presbytérienne, d'égalité entre les paroisses. Dans un rapport remis par le pasteur Marron au préfet de la Seine, Nicolas Frochot, en , il estime à plus de protestants déclarés à Paris. Cela suppose donc trois Églises consistoriales dans la même ville. Le gouvernement accepte finalement, le , qu'il n'y ait qu'une seule Église consistoriale réformée à Paris. Cette Église regroupe les protestants de Paris, de la banlieue et les petits groupes de l'Île-de-France. La loi prévoit aussi que ces Églises consistoriales doivent être dirigées par une assemblée, le Consistoire, regroupant le pasteur et un groupe de laïcs, semi-cooptés et . Le , l'ancien consistoire choisit douze personnalités pour l'aider à choisir les anciens. On trouve parmi eux sept banquiers. Le , les anciens du nouveau consistoire sont élus. Le Consistoire réformé de la Seine est reçu par Bonaparte le qui les félicite des choix faits.