La bataille de Cardedeu se déroule le à Cardedeu en Espagne, dans le cadre de la guerre d'indépendance espagnole. Elle oppose un corps d'armée franco-italien sous le commandement du général Laurent de Gouvion-Saint-Cyr aux troupes espagnoles commandées par les généraux Juan Miguel de Vives y Feliu et Théodore de Reding de Biberegg. Saint-Cyr remporte la victoire en formant ses troupes en colonnes d'attaque massives qui parviennent à briser les lignes espagnoles.

À la fin de l'année 1808, un contingent français sous les ordres du général Guillaume Philibert Duhesme est assiégé dans Barcelone par les soldats espagnols de Vives. Depuis la France, Gouvion-Saint-Cyr marche au secours de Duhesme à la tête d'un corps franco-italien de hommes. Le commandant français obtient d'abord la capitulation de la ville de Roses mais, face à la forteresse de Gérone qui a par deux fois résisté aux forces impériales, Saint-Cyr opte pour une stratégie risquée. Se délestant de son artillerie et du gros de son train d'approvisionnement, il contourne Gérone par les montagnes avec hommes et se dirige sur Barcelone.

L'arrivée de Saint-Cyr surprend complètement Vives qui n'a que hommes à lui opposer. Pour pallier son infériorité numérique, le général espagnol positionne ses troupes en hauteur, mais la progression des colonnes françaises s'avère irrésistible ; après avoir subi de lourdes pertes, les Espagnols se retirent, permettant à Saint-Cyr de soulager Barcelone dans la foulée.

Contexte Entrée des Français en Espagne et échec initiaux Dans le cadre du plan de Napoléon visant à s'emparer du royaume d'Espagne par un coup de force, Barcelone est l'un des principaux points stratégiques à être occupés par les Français dès le mois de . Ces derniers s'emparent également par traîtrise de Saint-Sébastien, Pampelune et Figueras. La défiance des Espagnols envers les intentions françaises est telle qu'elle débouche sur une insurrection contre les occupants à Madrid lors du soulèvement du Dos de Mayo, le .

vignette|gauche|Le général de division Guillaume Philibert Duhesme.

Au début de l'été 1808, un corps français de hommes, sous les ordres du général de division Guillaume Philibert Duhesme, arrive à Barcelone. Il comprend deux divisions d'infanterie, à savoir la du général Joseph Chabran, forte de soldats en huit bataillons, et la du général Giuseppe Lechi, pourvue de hommes en six bataillons. À ce total s'ajoutent cavaliers répartis en neuf escadrons, sous le commandement des généraux de brigade Bertrand Bessières et François Xavier de Schwarz, et 360 artilleurs. Cette force de taille modeste doit, sur le papier, accomplir trois objectifs : réprimer l'insurrection en Catalogne, aider le maréchal Moncey à prendre Valence et conserver Barcelone ; toutefois, compte tenu de l'intensité de la rébellion, ces ordres se révèlent très vite inexécutables.

De fait, les premières opérations ne tournent pas à l'avantage des Français. Chabran et Schwarz sont défaits à la bataille de El Bruc au mois de juin tandis que Duhesme est repoussé à l'issue du premier siège de Gérone un peu plus tard dans le mois. Ayant reçu l'appui de la division « provisoire » du général Honoré Charles Reille, Duhesme se présente une nouvelle fois sous les murs de Gérone le . Ce second siège se solde toutefois par un nouvel échec. Le , Duhesme abandonne le blocus de la ville et retourne à Barcelone pendant que Reille se replie sur Figueras. Pour ne rien arranger, la nouvelle de la capitulation française à Bailén, le , plonge les troupes impériales dans le désarroi alors que le moral des Espagnols s'en trouve à l'inverse fortement stimulé. Après s'être frayées un passage à travers les collines, les forces de Duhesme sont de retour à Barcelone le , non sans avoir abandonné leurs canons en chemin.

Cependant, fraîchement débarquée depuis les îles Baléares, la division régulière espagnole du marquis del Palacio s'avance sur Barcelone. Soutenue par la nombreuse milice catalane, les Espagnols encerclent la ville au début du mois d'août, après s'être emparés le du château de Mongat et de sa garnison de 150 Napolitains avec l'aide de la frégate britannique du capitaine Thomas Cochrane. Bien que la situation soit délicate pour Duhesme et ses hommes, Del Palacio ne montre pas une grande vigueur dans la conduite des opérations, à tel point que ses lignes sont forcées à plusieurs reprises par des colonnes françaises en quête de vivres et d'approvisionnements. Ces raids de la garnison cessent néanmoins à partir du après qu'une colonne italienne ait été sévèrement malmenée à Sant Cugat del Vallès avec une perte de 300 hommes. Del Palacio, jugé trop inerte par la junte catalane, est remplacé le par Juan Miguel de Vives y Feliu en tant que capitaine général. Vétéran de la guerre du Roussillon, ce dernier a notamment commandé l'aile gauche espagnole lors de la bataille du Boulou en 1794.. Des escarmouches ont lieu dès le entre les avant-postes français et les troupes de Vives, mais ce dernier prend peu après ses quartiers d'hiver jusqu'à l'arrivée des renforts du général Théodore de Reding de Biberegg. Le , Vives repousse les Français à l'intérieur des murs de Barcelone, leur infligeant une centaine de pertes.

L'armée espagnole de Catalogne en novembre 1808 vignette|upright=1.5|Un détachement de sapeurs espagnols en marche en mai 1808, par Augusto Ferrer-Dalmau.

Selon un rapport du , l'armée de Catalogne sous le commandement de Vives dispose d'un effectif de soldats, formant au total cinq divisions et une petite réserve. Le brigadier général Mariano Álvarez de Castro mène la division d'avant-garde, forte de hommes. Elle comprend 100 cavaliers volontaires du régiment de hussards San Narciso, les régiments d'infanterie de ligne Ultonia (300 hommes), Borbon (500 hommes) Barcelona ( hommes), le d'infanterie de ligne suisse Wimpfen (400 hommes), les unités de volontaires Gerona (900 hommes), Gerona (400 hommes), Igualada (400 hommes), Cervera (400 hommes), Tarragona (800 hommes) et Figueras (400 hommes). La du général conde de Cadalgues compte hommes et comprend le régiment de hussards Españoles (220 hommes), le régiment de chasseurs à cheval Catalonia Cazadores (180 hommes), le du régiment des gardes wallonnes (314 hommes), les régiments d'infanterie de ligne Soria (780 hommes), Borbon (151 hommes), Savoia ( hommes), le d'infanterie de ligne suisse (270 hommes), l'unité de volontaires Tortosa (984 hommes) et des éléments des régiments d'infanterie de ligne Igualada et Cervera (245 hommes). À cet ensemble s'ajoutent six canons servis par 70 artilleurs et 50 sapeurs du génie. La , sous les ordres du général Laguna, aligne hommes avec les hussards Españoles (200 hommes), les grenadiers de la milice provinciale Vieille Castille (972 hommes) et Nouvelle Castille (924 hommes) à deux bataillons chacun, les volontaires de Saragosse (150 hommes), l'artillerie de 7 canons servie par 84 artilleurs et 30 sapeurs.

Le général La Serna, commandant les hommes de la , dirige les deux bataillons réguliers du régiment de ligne Granada (961 hommes) et les unités de volontaires Tarragona , Arzu (325 hommes) et Sueltas (250 hommes). La du général Francisco Milans del Bosch se compose de volontaires répartis en quatre « tercios » : Lerida (872 hommes), Vich (976 hommes), Manresa (937 hommes) et Vallès (925 hommes). Les 907 hommes de la réserve sont répartis entre les 80 hussards du régiment Españoles, un détachement de 60 hommes de la garde royale, les unités de grenadiers des régiments Soria (188 hommes) et Wimpfen (169 hommes) et l'escorte du général en chef (340 hommes). Deux divisions en provenance d'Andalousie, conduites par le général Reding, sont également arrivées en renfort. La première de ces divisions aligne hommes et est constituée d'un bataillon du régiment suisse de Reding ( hommes) et de deux bataillons totalisant hommes pour chacun des régiments Granada , Baza et Almeria. La deuxième division déploie quant à elle hommes et s'articule autour d'un bataillon du régiment Antequera ( hommes) et des régiments Santa Fé ( hommes) et Loxa ( hommes), à deux bataillons chacun. Reding est en outre accompagné de 670 hussards de Grenade et de six pièces d'artillerie servies par 130 canonniers. S'ajoute enfin la de l'armée espagnole d'Aragon, dirigée par le marquis de Lazán, qui a reçu l'ordre de renforcer Vives le . Cette division se compose de soldats avec un peloton du régiment de cavalerie Ferdinand VII Cazadores (22 hommes), les bataillons de volontaires Zaragoza (638 hommes), Zaragoza (593 hommes), Ferdinand VII (648 hommes), Daroca (503 hommes), La Reunion ( hommes), la réserve (934 hommes) et 64 artilleurs.

Gouvion-Saint-Cyr prend le commandement vignette|Le général de division Laurent de Gouvion-Saint-Cyr. Remplaçant Duhesme à la tête de l'armée de Catalogne en août 1808, il fait son entrée dans la péninsule trois mois plus tard avec deux divisions d'infanterie.

Le , après les échecs de l'été, Duhesme est relevé de son commandement par Napoléon et est remplacé par le général de division Laurent de Gouvion-Saint-Cyr. Une semaine avant cette nomination, l'Empereur a ordonné à deux divisions d'élite — celle du général Joseph Souham, composée de dix bataillons de vétérans français, et celle du général Domenico Pino, qui a sous ses ordres les meilleures unités de l'armée du royaume d'Italie — de se mettre en marche depuis l'Italie afin de renforcer le en Espagne. À l'inverse, la division du général Honoré Charles Reille, forte de soldats, est un assemblage hétéroclite de troupes de piètre valeur militaire, tels que gardes nationaux, gendarmes-conscrits, bataillons de réserve et régiments provisoires. À ces unités s'ajoutent un bataillon suisse, le d'infanterie de ligne « français » (en fait composé d'Italiens du grand-duché de Toscane récemment annexé), de la cavalerie et de l'artillerie.

Quant à Gouvion-Saint-Cyr, il a déjà une brillante carrière derrière lui au service de la France. L'historien Charles Oman le décrit comme étant d'une . Chef aux talents militaires reconnus et respecté par ses soldats, il est toutefois desservi par un caractère solitaire et distant qui ne lui attire guère leur sympathie, en plus d'être égocentrique et peu disposé à prêter assistance aux autres généraux en difficulté. L'inimitié que lui porte Napoléon l'a longtemps freiné dans son avancement et l'a empêché d'accéder plus tôt à des responsabilités plus étendues. Malgré ses relations difficiles avec l'Empereur, Gouvion-Saint-Cyr est élevé à la dignité de maréchal d'Empire en 1812. En attendant, il faut patienter jusqu'à la mi-septembre pour que les renforts qu'il commande se rassemblent dans le sud de la France tandis que l'insuffisance du train d'approvisionnement entraîne des retards supplémentaires. Le , le corps de Saint-Cyr franchit finalement la frontière des Pyrénées à proximité du fort de Bellegarde.

À cette période, le compte six divisions d'infanterie, trois brigades de cavalerie et l'artillerie attachée. Un état de situation du indique un total de soldats, auquel il faut cependant défalquer hommes en mission détachée et blessés ou malades. En outre, la de Chabran et la de Lechi ainsi que les brigades de cavalerie Bessières et Schwarz sont toujours bloquées avec Duhesme dans Barcelone. La commandée par Reille se compose du léger, du de ligne et du de ligne à un bataillon chacun, de la de réserve, des Chasseurs des Montagnes et du bataillon valaisan également à un bataillon, avec deux bataillons du de ligne et quatre bataillons du régiment provisoire de Perpignan. Pour la du général Souham, les effectifs incluent le d'infanterie légère et le de ligne à trois bataillons, deux bataillons du de ligne et un bataillon de chaque du léger et du de ligne.