Le siège de Nice eut lieu autour des enceintes de la ville puis de la citadelle de juin à . Il se déroula dans le cadre de la Neuvième guerre d'Italie (1542-1546).
Le point culminant fut atteint au mois d'. Durant vingt jours, vingt mille Franco-Turcs, sous les ordres du comte d’Enghien, mirent le siège devant la ville puis le château pendant que 120 galères de combat de la Sublime Porte, commandées par Khayr ad-Din Barberousse (au service du sultan Soliman le Magnifique), attaquèrent Nice par la mer. Cette armada était accompagnée de 40 galiotes, 4 mahonnes et 22 galères françaises.
Après avoir pris la ville, les assiégeants franco-turcs échouèrent face à la résistance acharnée du château et se retirèrent les 8 et devant l'arrivée des troupes impériales conduites par Charles II de Savoie et le marquis Del Vasto.
Chronologie casus belli
Les relations entre la France et la Savoie sont tendues car le roi de France, François , réclame l'héritage de sa mère, Louise de Savoie, fille de Philippe, duc de Savoie, dit sans Terre.
La guerre aurait été déclenchée par l'enfreinte, par Charles Quint, de la promesse de ne pas ajouter aux défenses et fortifications de Nice et par le refus du duc de Savoie, Charles II, de céder le Genevois au roi de France.
Le roi de France, François , allié depuis 1536 au sultan turc Soliman le Magnifique par l'alliance franco-ottomane, ordonne en 1543 de prendre la ville de Nice, nonobstant sa décision, prise le ,
Siège
Des tentatives pour s'introduire dans la place par ruse et trahison échouent en . Des baronnets locaux s'allient au roi de France et lui assurent le soutien de nombreux villages de l'arrière-pays niçois. Le château de Bonson est détruit.
La flotte franco-turque, venant de Marseille, arrive dans la rade de Villefranche le . Les chefs coalisés font une proposition de reddition que les Niçois rejettent avec à leur tête le gouverneur de la ville, Alexandre du Fresnoy.. Le premier combat a lieu dans la plaine de Riquier le , entre les milices urbaines et l'avant-garde ennemie. Les Niçois sont repoussés dans les murs. Les coalisés installent alors leurs batteries tout autour de l'actuel Vieux-Nice, qui forme la totalité de la ville à l'époque. Le , des renforts français arrivent par voie de terre. Le bombardement commence, incessant. Le , les assiégeants feignent un assaut. Enfin, après avoir ouvert une brèche, le , l'assaut général est donné contre les murailles et les tours du rempart nord, dans l'actuelle zone de la place Garibaldi. Les assaillants, principalement des mercenaires toscans et des soldats ottomans, sont finalement repoussés. vignette|redresse|gauche|Catherine Ségurane, battoir en main, brandissant le drapeau arraché aux Turcs. C'est ici que la tradition rapporte deux événements : une apparition de la Vierge Marie, qui donne lieu, en grâce, à la construction d'une chapelle dite de la Madone de Sincaïre, détruite dans les années 1780 pour construire la place Garibaldi, et l'intervention de Catherine Ségurane, une lavandière, qui aurait galvanisé la défense. À la suite de l'échec de l'assaut, les dissensions gagnent le camp coalisé, tandis qu'en Piémont, le duc Charles III de Savoie (1486-1504-1553) et son allié le marquis Del Vasto, gouverneur de Milan au nom de Charles-Quint, lèvent une armée de secours dont un premier détachement s'installe à Sospel le .
Du au , le bombardement reprend, et deux nouvelles brèches sont ouvertes, cette fois sur le rempart nord-ouest, au niveau des actuelles place Saint-François et rue du Pont-Vieux. La ville décide alors de capituler, mais pas la garnison du Château. La population est évacuée, sous la protection des Français, au grand dam des Ottomans qui comptaient bien se saisir d'esclaves nombreux.
Le siège se prolonge donc, désormais limité à la colline du Château (parc du Château aujourd'hui), uniquement fait de bombardements. Le , une partie du contingent ottoman conduit une razzia qui remonte la vallée du Paillon, jusqu'à L'Escarène, et franchit le col de Braus, jusqu'à Sospel. Certaines sources parlent de 500, voire de . Emmenés vers l'Orient, ces captifs sont délivrés par la flotte espagnole au large de la Sardaigne.
Dans le même temps, depuis le début du siège, Jean-Baptiste Grimaldi de Beuil-Ascros, allié aux assiégeants, tente de mettre la main sur les hautes vallées du Comté, notamment le Var et la Tinée, tandis que les troupes ducales tiennent la Vésubie et la Roya.
Levée du siège Le , l'armée de secours, sous le double commandement de Charles II de Savoie et Don Alphonse d'Ávalos, marquis Del Vasto, s'annonce par voie de mer et de terre, venant de Ligurie. Les assiégeants lèvent le camp les 8 et , tandis que la ville est en grande partie incendiée et pillée. Le duc Charles II de Savoie fait son entrée à Nice le .
La flotte ottomane demeure cependant encore aux îles de Lérins jusqu'au , avant de se replier sur Toulon, que François avait fait entièrement vider de ses habitants. Elle y demeure jusqu'en .
Progressivement, les troupes ducales reprennent le contrôle du territoire. Une ferme répression s'abat sur les Niçois qui avaient choisi le camp français.
Conséquences du siège La principale conséquence de ce siège, par ailleurs assez mal préparé, exécuté par des coalisés aux intérêts contradictoires et qui est un échec lourd pour les assiégeants est de susciter, chez les ducs de Savoie, en particulier le successeur de Charles II, son fils Emmanuel-Philibert (1528-1553-1580), une forte volonté de mieux protéger le territoire niçois, d'où la construction de quatre importantes fortifications : la citadelle de Villefranche (1554-1559), le fort du mont Alban (1557-1560), la citadelle de Nice en complément du château (1577-1579) et le fort de Saint-Hospice (1608). Ces deux dernières défenses furent détruites par les Français après les sièges de 1691 et 1705, si bien que le système défensif, ayant perdu sa cohésion, devint inutile.
Mémoire du siège
Le siège de 1543 a profondément marqué la construction de la mémoire civique de Nice. Le mythe de Catherine Ségurane et le récit de l'intervention miraculeuse de la Vierge Marie sur le bastion Sincaïre au plus fort de la bataille construisent la mémoire de Nice autour des valeurs de résistance et de courage. vignette|redresse|Statue de Notre-Dame du Sincaïre ( siècle). Chapelle des pénitents bleus de Nice. Dès 1552, les consuls de Nice font construire une chapelle dédiée à Notre dame du sincaïre qui entend montrer que la ville de Nice, en résistant héroïquement aux Turcs et à leurs alliés, est un vrai fer de lance de la croisade. Nice s'inscrit donc dans cet idéal combattant qui anime tout le .
La mémoire du siège de 1543 est toujours marquée par divers éléments disséminés dans le Vieux Nice, notamment les boulets des canons turcs présents dans certaines rues et sur la place Garibaldi, comme la plaque commémorant le vœu des consuls de 1552 qui se trouve sur la façade de la chapelle du saint Sépulcre, ou bien le monument à Cathérine Ségurane érigé sur les restes du bastion Sincaïre, ou encore la statue de Notre Dame du Sincaïre pieusement conservée par les pénitents bleus.
Il existe quelques rares monnaies obsidionales frappées par les assiégés durant le siège de Nice, écus d'or et testons au nom de Charles II de Savoie, avec la mention NIC. A. GAL. TURC. OBS. (Nice assiégée par les Français et les Turcs).
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Georges Doublet, « Documents inédits sur le siège de Nice de 1543 », Revue Nice Historique, 1935 Lire en ligne Hervé Barelli, Raves, beurre et pissalat, Histoire du congrès et du siège de Nice, de leurs antécédents et de leurs conséquences, 1516-1579, SERRE Éditeur, Nice, 2008 Mara de Candido, Le Château de Nice ; du donjon des comtes de Provence à la citadelle des ducs de Savoie : / , Revue Nice Historique
Articles connexes Alliance franco-ottomane Catherine Ségurane
Liens externes
* Nice, 1543 Nice Catégorie:Bataille impliquant l'Empire ottoman Catégorie:Expédition maritime ottomane Catégorie:Relations entre l'Empire ottoman et la France Catégorie:Histoire de Nice Catégorie:Bataille de 1543 Catégorie:Histoire militaire de la Savoie Catégorie:Siège du XVIe siècle