Le mémorial de la ferme de Richemont est un monument dédié aux martyrs de la Résistance du Sud-Ouest, morts pendant la Seconde Guerre mondiale, situé sur le territoire de la commune de Saucats (Gironde).

Localisation

Le Monument aux martyrs de la Résistance du Sud-Ouest dit mémorial de la ferme de Richemont est situé sur la route départementale D651 à environ au sud-ouest du bourg de Saucats dans le département français de la Gironde, en France. À partir de la D651 on suit, pendant , la D111E3, qui dessert exclusivement le monument.

Le monument

L’érection du monument découle d'un événement tragique. En , un groupe de FFI (Forces françaises de l'intérieur), formé de jeunes gens entre , se replie dans une ferme abandonnée au lieu-dit de Richemont, près de Saucats en Gironde. Ils sont attaqués le par les membres de la Gestapo Allemande et la Milice française. La ferme est détruite et presque tous les maquisards sont tués.

En 1946, il est décidé d'ériger un monument du souvenir dédié, au-delà même des jeunes gens de Saucats, à tous les résistants du Sud-Ouest. Les travaux commencent en 1948 et le monument est inauguré sur les ruines de la ferme de Richemont en 1953.

Il s'agit d'un obélisque de de hauteur, dont chaque face est décorée d'une sculpture, d'une hauteur de près de huit mètres chacune, symbolisant : la Foi, le Courage, le Sacrifice et la Victoire.

La ferme est figurée par quelques pierres, originaires de la ferme, en moellons jointés et blanchis formant un muret, un linteau de porte basse et ses deux montants sur lesquels des inscriptions rappellent les événements tragiques : sur la face extérieure de la porte, on lit : à gauche : à droite : . sur l'autre face, sont inscrits les noms des jeunes victimes :

L'obélisque du mémorial a été érigé pour être vu de loin. On l'a appelé le Signal parce qu'il annonce et rappelle la détermination des hommes à perpétuer un idéal auquel ils veulent toujours croire. La première sculpture, lorsqu'on se rapproche du monument orne la face Nord. Elle représente la Victoire. Chacune des sculptures, disposées sur les trois autres faces de l'obélisque, symbolise : l'une la Foi inébranlable dans l'esprit des héros, une autre le Courage qui ne se démentait pas malgré la pression des évènements, la dernière étant le Sacrifice suprême.

Le monument est inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques le .

Historique de la création du monument

Lorsque le un émouvant hommage fut rendu aux martyrs de la Résistance, dans le hall de la faculté des lettres de Bordeaux, puis le 21 à la cathédrale Saint-André de Bordeaux, l'idée se fit jour d'ériger un monument sur les ruines de la ferme de Richemont. Un « comité du Mémorial » fut créé, réunissant les personnalités de la région et les représentants de divers mouvements de résistants et présidé par le proviseur du lycée Michel-Montaigne de Bordeaux, décida ainsi de perpétuer le souvenir de tous ceux qui moururent au combat ou dans les prisons et d'en faire le symbole de la Résistance dans le Sud-Ouest.

Un concours a été ouvert aux artistes, peintres, sculpteurs, architectes, dessinateurs. Les projets ont été remis le et les résultats proclamésSud-Ouest, : Proclamation du résultat du concours et photographie de la maquette du projet. le . Le choix du comité s'est porté sur le projet présenté par André Méry-RibouletAndré Mery-Riboulet (1909-1979), architecte..

L'idée directrice du projet était : Matérialiser l'esprit de la Résistance par un obélisque jaillissant, comme une flamme porteuse d'espoir, du lieu même où sont morts les jeunes gens. Conserver quelques vestiges émouvants de la ferme (un pan de mur et une porte). Expliciter l'esprit de la Résistance par quatre hauts-reliefs (Foi, Courage, Sacrifice, Victoire) sculptés à la base de la colonne. Recourir au béton brut, un matériau à la fois contemporain, d'apparence sobre et austère, pour ne pas distraire le regard.

L'idée fut appuyée par l'allocutionExtrait de l'allocution de Maurice Schumann. de Maurice Schumann du , à la radio.

En 1948, le ministère de l'Intérieur donne son accord pour que soit érigé un monument sur le lieu des combats. La législation de l'époque, n'autorisant la construction que d'un seul monument commémoratif par région, donne un caractère officiel à cette création. Le Mémorial de Saucats devient ainsi le Mémorial de la Résistance du Sud-Ouest. Il a fallu deux ans pour rassembler les fonds à l'aide de subventions et d'une souscription publique. La réalisation, dirigée par André Méry-Riboulet, fut confiée à l'entreprise Eugène Pichon de Bordeaux et est enfin commencée en 1948.

Les travaux ont débuté par la construction d'une route, large de et longue de , tracée au milieu des pins, pour atteindre le futur édifice à partir de la route départementale la plus proche. En les fondations qui devaient soutenir l'obélisque de , « le signal », étaient achevées.

La réalisation des quatre sculptures était confiée à Armande MartyArmande Marty (1909-1991), sculptrice bordelaise. Née en 1909 de parents d'origine russe, Armande fait son apprentissage de sculpteur à Paris dans l'atelier La Grande Chaumière qui avait pour maître Antoine Bourdelle. Elle travaille aussi dans son atelier, impasse du Maine. En 1930 elle épouse le peintre bordelais Gaston Marty, futur professeur à l'école des Beaux-Arts de Bordeaux. Elle exécute à cette époque de nombreux portraits et part avec son mari à la Casa Velasquez à Madrid de 1933 à 1935. Même si elle vécut dans l'ombre de son mari, elle eut de nombreuses commandes publiques pour des écoles publiques, des églises et des lycées, le mémorial de Saucats, le Monument des victimes du Puch. Elle meurt en 1991 et cède tout son fonds d'atelier au Musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan., sculptrice bordelaise. Les maquettes des sculptures sont faites en 1948.

En 1949, la première statue, haute de et symbolisant la Victoire, était mise en place.

Les subventions étant dépensées, il fut alors fait appel à la générosité publique et à celle des entreprises locales dont un grand nombre participa à la construction.

L'obélisque a été terminé en 1953, avec l'utilisation d'une partie des pierres de la ferme restées sur place .

L'inauguration du monument

Le , date anniversaire du débarquement allié en Normandie, le monument était inauguréSud-Ouest le 7 juin 1953Discours de ?? par Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux ; M. André Lahilonne, préfet de la Gironde (1951-1957) ; M. Lagoueyte, maire de Saucats et de nombreuses personnalités civiles, militaires et religieuses, ainsi que le recteur de l'académie et le proviseur du lycée Michel-Montaigne et d'une foule considérable, estimée à .

Historique du massacre

Les maquisards La formation du groupe : Jean Dietlin, faisait déjà depuis longtemps de la résistance. Au printemps de 1944 il entra en relation avec François Mossé, nouvellement venu dans la région. Tous deux commencent à organiser le groupe. Pour son travail de renseignements, Jean employait certains élèves de la Corniche d'Amade du Lycée Michel-Montagne. Jean et François recrutent parmi les camarades de Jean qui préparait le concours d'entrée de Saint-Cyr (les Cyrards) et parmi ceux de son frère Daniel, qui préparait le concours d'entrée de l'École nationale de la France d'outre-mer (les Colos). Le recrutement se faisait aussi à Bordeaux parmi certains jeunes enrôlés dans l'organisation Todt.

Le groupe au complet, commandé par François MosséFrançois Mossé dit Denis, puis Noël : né le 14 novembre 1921 à Paris. Il était étudiant en Droit et Sciences politiques et entre dans la Résistance à Lyon en 1940. En 1942 il est nommé sous-lieutenant et se bat contre les Allemands dans la Résistance à Nice, Grenoble et le maquis du Vercors puis rejoint le maquis du Sud-Ouest en mai 1944 avec son cousin Jacques Glotz. Il réussit le sabotage de la centrale électrique de Cenon et accomplit des missions en Charente et dans les Landes. En juin 1944, il se trouve à Saucats à la tête du groupe. est :

Lucien AnèreLucien Anère dit Lulu : né le 12 mars 1924 à Bordeaux. Après son baccalauréat au lycée Michel-Montaigne de Bordeaux il prépare le concours d'entrée de l’École Nationale de la France d'Outre-Mer. Il entre dans la Résistance en 1943 en commençant par la distribution clandestine de , puis il intègre le maquis de Saucats. ;

Philippe BégueriePhilippe Béguerie dit 'Philippe : né à Bordeaux en 1925, a fait ses études au lycée Michel-Montaigne. Il a joint le maquis le 15 juin 1944. Après être rescapé du massacre de Saucats, Philippe est entré dans le maquis de l'Armagnac et a participé à la libération de Toulouse. La guerre finie, Philippe a vocation d'être prêtre. Il entre chez les spiritains et est ordonné prêtre en 1952. Il quitte son ordre quand Lefebvre en devient supérieur. Il est alors incardiné au diocèse de Paris et commence à s'intéresser à la liturgie, dans l'optique des réformes du Concile de Vatican II. En 1976 il décide de partir comme prêtre trois ans au Cameroun. Ensuite, pendant une quinzaine d'années, il alterne apostolat en France et en Afrique. Il sera ainsi curé de Saint Séverin. Parmi ses publications, de nombreux parcours de catéchuménat adulte, dans lesquels il a essayé d'adapter à la France le travail qu'il a fait en Afrique. En 2010, il publie :

, un livre significatif dans lequel il redit son désaccord avec le mouvement et explique sa décision de quitter son ordre. Ce livre présente en outre l'intérêt d'offrir des archives inédites que les spiritains avaient jusque-là refusé d'ouvrir. ;

Jean-Pierre BouronJean-Pierre Bouron dit Bougie : né le 2 novembre 1925 à Saint-Nazaire. Élève du lycée Michel-Montaigne, il est bachelier à 16 ans et est reçu au concours d'entrée à Saint-Cyr en 1943, mais l'école est dissoute par les Allemands. Il est fusillé à le aout 1944 au camp de Souge ;

? Bourdon? Bourdon dit Bâton : résistant anonyme, né à Bordeaux. ;

Jean-Claude BruneauJean-Claude Bruneau dit Chérubin : né à Bordeaux le 14 février 1924. Il a fait ses études au lycée de Longchamps et a reçu son baccalauréat en 1943 et s'est inscrit à la faculté de médecine. Il rejoint le maquis en juin 1944. ;

Guy CelérierGuy Célérier dit Guy : né le 29 janvier 1927 est originaire d'Arcachon. Il a fait ses études au lycée Michel-Montaigne de Bordeaux. Son père meurt en combattant pour la France, sa mère sert la Croix-Rouge, puis elle est résistante. Guy joint le maquis en juin 1944. ;

Henri ChanrionHenri Chanrion dit Toto : né à Caudéran, un travailleur 'camouflé' dans les chantiers Dupuy à Bordeaux. Il rejoint le maquis de Saucats en juin 1944. ;

Daniel DietlinDaniel Dietlin dit Dany : né le 25 décembre 1924 à Conakry. Il a fait ses études au lycée Michel-Montaigne de Bordeaux et a reçu son baccalauréat en 1941. Il est reçu au concours d'entrée à l’École Nationale de la France d'Outre-Mer ;

Jacques GlotzJacques Glotz dit Rivière : né en 1923 à Paris il a fait ses études au lycée Henri IV à Paris. En 1940/41, il est chassé du lycée Ampère de Lyon pour fait de la propagande en faveur de la Résistance. En mai 1942 il est engagé aux Chantiers de la jeunesse française, mais se trouve à nouveau chassé en juillet 1942 du fait qu'il est juif. Il est recruté par le service des renseignements et avec son cousin François Mossé il prépare les terrains d'opérations clandestines Il arrive à Bordeaux début mai 1944 et participe à de multiples actions de sabotages et des transports d'armes. ;