Les privatisations en France sont l'ensemble des privatisations des biens ou entreprises appartenant à l'État français. La privatisation peut être totale si toute l'entreprise passe dans le secteur privé, ou partielle, si seulement une partie du capital est vendue.

Le mouvement de privatisation moderne commence en 1986 sous le gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac et se poursuit sous la plupart des gouvernements ultérieurs. Les privatisations ont mené à une chute de la part de l'emploi public dans l'emploi salarié, passant de 10,5 % à 3,4 % entre 1985 et 2011. Elles provoquent une division par deux du nombre d'entreprises publiques sur la même périodeRépertoire des entreprises contrôlées majoritairement par l'État en 2011, Insee Résultats Économie - décembre 2012.

Fin 2013, l'État contrôlait majoritairement, directement ou indirectement, 1 444 sociétés qui employaient 801 270 salariés. 30 ans auparavant, 3 500 sociétés étaient sous contrôle de l'Etat et les effectifs salariés atteignaient les 2 350 000 personnes..

Motifs Un des motifs des privatisations est la justification que l'État français est fortement endetté et que les recettes de privatisation sont un moyen immédiat de réduire la dette publique. D'aucuns arguent néanmoins du fait que cela réduit à long terme les revenus perçus par l'État.

Raymond Lévy, ancien président de Renault, soutient que les entreprises publiques concurrentielles, qui travaillent dans des secteurs sans monopole naturel ni fonctionnement en réseau, n'ont pas de justification à relever du service public. Il estime que la raison d'être de ces dernières touche à sa fin pour six raisons : la stratégie d'entreprise (affrontement entre les ambitions de la puissance publique et la pertinence économique, jusqu'à reprendre des affaires en situation précaire, ce qu'il considère être de « l'abus de biens sociaux »), la gestion financière (d'après lui bien des projets ont été lancés « par l'État avec des dotations en capital insuffisantes, rendant exsangues les entreprises du fait de charges financières insupportables »), la mauvaise gestion de l'État actionnaire (« souvent peu généreux pour cause budgétaire, parfois prodigue pour les industries en déclin, ou les secteurs à la mode »), la fonction commerciale (l'État a tendance à aider ses entreprises publiques au détriment de leurs concurrentes privées parfois plus fortes), la concurrence à l'étranger (la situation ambigüe des sociétés publiques en secteur concurrentiel peut les handicaper à l'étranger dans un contexte de libéralisation économique ou au contraire très nationaliste) et le management (les dirigeants choisis dans les entreprises publiques ne le sont pas en fonction de leur seule expérience et leurs mandats sont courts car ils changent souvent au gré de l'alternance politique).

De plus, certains, comme Jean-Marc Daniel et Erwan Le Noan, affirment que l'État est un mauvais actionnaire et gestionnaire. En particulier ils estiment que l'État tente d'imposer des prix trop bas pour peser sur l'inflation et l'indice des prix ou qu'au contraire il maintient des monopoles qui entretiennent des prix « artificiellement élevés » (comme dans le transport aérien). D'après eux seuls de rares secteurs devraient être publics, comme les monopoles naturels, bien que ces derniers puissent être des concessions de service publicL'État est-il un actionnaire efficace ? Le bilan réel de sa gestion des « bijoux de famille », sur Atlantico..

Cependant, la Cour des comptes n'a publié aucun rapport sur la question des privatisations, en dehors de celui sur la privatisation des autoroutes, et aucune commission d'enquête parlementaire n'a été organisée sur cette question. Ces privatisations rencontrent la contestation d'une partie de la population, comme en témoigne le slogan apparu à la fin des années 2010.

Historique Gouvernement Jacques Chirac

Le gouvernement Jacques Chirac arrive au pouvoir en 1986 après les élections législatives de 1986. Le programme du gouvernement, inspiré des néolibéraux anglais et américains, est la dérégulation et la privatisation (le désengagement de l'État selon l'expression de Henri Bourguinat) du secteur public. Une grande vague de privatisations est ainsi lancée dès 1986.

Selon l’édition 2001 de L'État de la France (La Découverte), en 1986-1988, le gouvernement Chirac avait vendu pour 100 milliards de francs (valeur 1999) d’actifs publics. D'autres sources avancent le chiffre de 70 ou 72 milliards de francs, ou encore de 65 milliards.

Saint-Gobain, 1986 (8,4 milliards de francs). Paribas, , mise en bourse de 100 % du capital (OPV), (12,8 milliards de francs). TF1, , Bouygues devient actionnaire de référence, (4,4 milliards de francs). Crédit commercial de France, , mise en bourse de 100 % du capital, (2,2 milliards de francs). Compagnie générale d'électricité (la CGE devient Alcatel-Alsthom puis Alcatel en 1998) , mise en bourse de 100 % du capital, 2,5 millions de souscripteurs, 5,4 milliards de francs). Société générale, , mise en bourse de 100 % du capital, (17,2 milliards de francs). Havas, 1987, (2,8 milliards de francs). Mutuelle générale française, 1987. Banque du bâtiment et des travaux publics, 1987 (0,4 milliard de francs). Matra, 1988, (1 milliard de francs). Suez (groupe) (14,9 milliards de francs).

Privatisations sous le gouvernement de Jacques Chirac II (1986-1988)1986Saint-GobainIndustrie1987ParibasCrédit1987TF1Information1987Crédit commercial de FranceCrédit1987Compagnie générale d'électricitéÉnergie1987Société généraleCrédit1987HavasInformation1987Mutuelle générale françaiseCrédit1987Banque du bâtiment et des travaux publicsCrédit1988MatraHautes technologies et transports1988SuezÉnergie

Gouvernement Michel Rocard François Mitterrand souhaite revenir sur les privatisations opérées par le gouvernement Chirac, mais son Premier ministre, Michel Rocard, y est réticent. Peu de privatisations auront lieu durant le second septennat lorsque les socialistes sont aux commandes. Les privatisations sous Michel Rocard auraient toutefois rapporté l'équivalent de 2 milliards d'euros sur trois ans.

Deux grandes entreprises sont partiellement privatisées. Il s'agit d'abord de Renault, avec une ouverture du capital à des capitaux privés en 1990, puis du Crédit local de France, le , avec une cession de titres. L'actionnariat est réparti entre l’État (25,5%), la Caisse des dépôts (25%), et les investisseurs et particuliers français et étrangers (49,5 %).

Privatisations sous le gouvernement de Michel Rocard (1991-1992)1990Renault (partiel)Transports1991Crédit local de France (partiel)Crédit

Gouvernement Édith Cresson

Edith Cresson et Dominique Strauss-Kahn réussissent à convaincre le président Mitterrand de la nécessité d'abandonner publiquement le principe, annoncé lors de l'élection présidentielle de 1988, du , en arguant que des cessions d'actifs permettraient à l’État de se financer et de créer de l'emploi. Le chiffre avancé par Édith Cresson est de 12 milliards de francs potentiellement générés.

La Première ministre insiste pour que les recettes tirées de ces privatisations partielles soient affectées à l'industrie, et en particulier aux entreprises publiques en besoin de recapitalisation (Thomson, Bull), mais le Ministre des Finances Pierre Bérégovoy fait en sorte que les recettes soient affectées sur un compte spécial au Trésor.

La morosité des marchés cause une baisse de la valeur des titres des entreprises privatisées, qui ne génèrent que 5,6 milliards de francs :

Elf Aquitaine Crédit local de France Privatisations sous le gouvernement d’Édith Cresson (1991-1992)1992Elf AquitaineÉnergie1992Crédit local de FranceCrédit

Gouvernement Édouard Balladur

L'ensemble des privatisations sur la période 1993-1995 aurait rapporté 114 milliards de francs en trois ans, soit 20 milliards d'euros environ. Ces privatisations ont principalement eu lieu dans le secteur bancaire. En 1993, la BNP est privatisée, suivie de l'UAP et de la COFACE en 1994.

Dans le secteur des énergies, Elf-Aquitaine et TOTAL sont privatisés en 1994. Une entreprise pétrochimique, Rhône-Poulenc, est privatisée en 1993, puis une entreprise de tabac, la SEITA, le . Privatisations sous le gouvernement d’Édouard Balladur (1993-1995)1993Rhône-PoulencChimie1993BNPBanque1994Elf-AquitaineÉnergie1994CofaceCrédit1994UAPAssurance1995SEITATabac1995TOTALÉnergie

Gouvernement Alain Juppé

L'ensemble des privatisations sur la période 1995-1997 aurait rapporté 40 milliards de francs en dix-huit mois.

AGF, 1996, mise en bourse de 51 % du capital, l'État ne conservant que 2 %. CGM (Compagnie générale maritime), 1996, vente de gré à gré, pour de francs, à la Compagnie maritime d'affrètement (CMA) qui devient CMA-CGM. Péchiney, 1995. Usinor-Sacilor, 1995. Renault, 1996, nouvelle ouverture du capital. Compagnie française de navigation rhénane (CFNR), , vente de gré à gré à l'association technique de l'importation charbonnière (ATIC) des 75,7 % du capital détenus par l'État. BFCE, 1996, vente de gré à gré au Crédit national. La fusion de ce dernier avec la BFCE donne naissance à la banque Natexis. Bull, 1997.

Privatisations sous le gouvernement d'Alain Juppé (1995-1997)1995PéchineyProduction1996Usinor-SacilorProduction1996AGF (partiel)Crédit1996CGMTransports1996RenaultTransports1996Compagnie française de navigation rhénaneTransports1996BFCECrédit1997BullHautes technologies

Gouvernement Lionel Jospin

Lionel Jospin, qui avait pourtant promis de n'effectuer aucune privatisation, annonce des (terme utilisé pour ne pas employer celui de privatisation) dans son discours de politique générale de . Dans le même horizon, la Commission de privatisation est ainsi renommée Commission des participations et des transferts en 1998.

L'ensemble des privatisations sur la période 1997-2002 aurait rapporté 210 milliards de francs en cinq ans, soit 31 milliards d'euros.

Air France, 1999, ouverture du capital. Autoroutes du sud de la France (ouverture du capital) Mars 2002 : mise en bourse de 49 % du capital, recette : 1,8 milliard d'euros. Crédit lyonnais, (décret) France Télécom, 1997, ouverture du capital, 42 milliards de francs. Octobre 1997 : mise en bourse de 21 % du capital Novembre 1998 : mise en bourse de 13 % du capital Eramet, 1999. GAN, 1998. Thomson Multimédia 1998, ouverture du capital. 2000, suite. CIC, 1998. CNP, 1998. Aérospatiale (EADS), 2000, ouverture du capital.

Privatisations sous le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002)1997France TélécomTélécommunications1998GANCrédit1998Thomson MultimédiaHautes technologies1998CICCrédit1998CNPCrédit1999Air France (partiel)Transports1999Crédit lyonnaisCrédit2000AérospatialeHautes technologies et transports2000Thomson MultimédiaHautes technologies2002Autoroutes du Sud de la FranceInfrastructures

Gouvernement Jean-Pierre Raffarin

L'ensemble des privatisations sur la période 2002-2005 aurait rapporté 13 milliards d'euros en trois ans.

Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (privatisation partielle) France Télécom (5.1 milliards d'euros) Septembre 2004 : mise en bourse de 10,85 % du capital (part résiduelle de l'État : 42,25 %) SNECMA, (2.2 milliards d'euros) , mise en bourse de 35 % du capital pour une recette de 1,3 milliard d'euros ; , rapprochement avec Sagem dans le cadre d'une OPA/OPE qui achève la privatisation de la Snecma. Après fusion, le nouvel ensemble prend le nom de Safran. Société des autoroutes du Nord et de l'Est de la France (privatisation partielle) Crédit Lyonnais (2.2 milliards d'euros) Thomson (0.95 milliard d'euros)

Privatisations sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin (2002-2005)2004France TélécomTélécommunications2004SNECMAHautes technologiesSociété des autoroutes du Nord et de l'Est de la FranceInfrastructuresAutoroutes Paris-Rhin-RhôneInfrastructuresCrédit LyonnaisCréditThomsonHautes technologies

Gouvernement Dominique de Villepin