Les Marocains en Belgique sont issus d'une immigration initiée en 1964. Ils constituent démographiquement la minorité ethnoculturelle non européenne la plus importante du royaume..
Selon un recensement de l'Université catholique de Louvain de 2012, environ allochtones marocains, davantage issus de la deuxième génération, vivaient en Belgique.
Le , en prenant en compte la nationalité de naissance des parents, d'origine marocaine (soit 4,8 % de la population belge et 8,8 % des moins de 18 ans du pays) ont été recensées en Belgique. Les personnes d'origine marocaine représentent la plus grande partie de la population maghrébine, loin devant les personnes d'origine algérienne ou tunisienneStatbel, Office belge de statistique, Statbel, Statbel, Office belge de statistique, 2021http://www.ote.nat.tn/fileadmin/user_upload/doc/Repartition_de_la_communaute_tunisienne_a_l_etranger__2012.pdf..
Histoire Premières mentions Au , des marchands juifs d'Algarve se réfugient en Flandre et entretiennent une route commerciale reliant Marrakech à Anvers. En 1568, Salvador Nunes, marchand de la côte des Barbaresques se dit le premier marchand à développer un commerce régulier avec des marchands du Maroc, important dans la ville: des dattes, du sucre et de la mélasseilke, Carsten L. The Marrakesh Dialogues: A Gospel Critique and Jewish Apology from the Spanish Renaissance. BRILL, 2014.. Pour Mercedes García-Arenal et Gerard Wiegers, ce commerce avec des villes portuaires protestantes et Anvers a été crucial pour le Maroc lui permettant d'entretenir des relations commerciales et diplomatiquesMark, Peter, and José D. Horta. The Forgotten Diaspora: Jewish Communities in West Africa and the Making of the Atlantic World. Cambridge UP, 2013..
Une communauté de Juifs marocains était déjà présente en Belgique durant la seconde moitié du Wasserstein, D. J. (2010). The Sephardic Jews of Belgium: An Untold Story. Sussex Academic Press.. En 1910, la communauté de Bruxelles comprend 250 personnes, avec une hevra kaddisha marocaine, une école dispensant en français et en arabe et en 1913, la communauté fonde l'Association des Juifs Marocains en BelgiqueGottreich, Emily Benichou. The Jews of Morocco and the Impact of the French Colonial Period. University of Indiana Press, 2016.. Cette communauté était composée principalement de petits commerçantsSephardic Jews in the Twentieth Century: New Perspectives," edited by Joseph H. Hazan and Abraham Udovitch, 1993.
De son côté, Léopold II, roi des Belges, est intéressé par étendre ses possessions coloniales au Maroc. Le , il signe le premier traité entre les deux pays, le traité d'amitié, de commerce et de navigationAcadémie royale des sciences d'outre-mer, Léopold II et le Maroc (1885-1906), A. Duchesne, 1965, Bruxelles.. C'est aussi à cette période que des peintres belges orientalistes manifestent un intérêt particulier pour le Maroc. Ainsi, les peintres belges tel que Jean-François Portaels et Victor Eeckhout produisent des images de l'Orient marocain qui marquent la culture populaire en BelgiqueMedhoune Mehjoubi, Ahmed et al. L’immigration marocaine en Belgique: Mémoires et destinées. Couleur Livres, Bruxelles, 2015..
Par la suite, des étudiants marocains issus de l'aristocratie marocaine étudient dans les universités belges. Ils sont 15 en 1910, et à la veille de la Première Guerre mondiale ils sont 34. Ces derniers rentrent au Maroc à l'achèvement de leurs étudesGrabska, Katarzyna. Moroccan Migrants in Belgium: Narratives of Migration to Europe, Belonging and Transcultural Capital. Routledge, 2011. p.37.
Les soldats de l'armée française durant la Première Guerre mondiale Pendant la Première Guerre mondiale, du Maroc français ont combattu au service de la France. À partir de , des éléments de la Division marocaine ont également été déployés en Belgique. Par exemple, la deuxième brigade a combattu sur le canal Ypres-Yser et le RMT sur la cote 60 à Zinnebeke, puis sur la rive droite de l'Yser à Lombaardzijde et Nieuport. Les soldats marocains tombés au combat sont dispersés parmi les cimetières pour Français.
Travailleurs étrangers durant l'entre-deux-guerres La première mention de la présence de travailleurs marocains en Belgique date du recensement du , dans lequel est mentionné 361 Nord-Africains dont 51 Marocains. Driss Bare distingue trois vagues migratoires maghrébines, celles de 1922-1924, de 1928-1931 et de 1936, dont la première concerne particulièrement les Marocains. Ces derniers travaillent dans les charbonnagesMorelli, Anne et al. Histoire des étrangers et de l’immigration en Belgique : de la préhistoire à nos jours. 2e édition. Bruxelles: Couleur livres, 2004.
Une grande partie du Maghreb était incorporé à l'empire colonial français, d'où l'arrivée de travailleurs maghrébins en France. La Belgique opte pour une politique favorable à la main-d'œuvre étrangère et voit l'arrivée de Polonais, Yougoslaves, Tchèques, Russes mais aussi un petit nombre de Maghrébins. Ces derniers étaientLes registres des étrangers de Châtelineau montrent que 84% des travailleurs marocains étaient venus en Belgique via la France entre 1920 et 1932. recrutés en France (principalement dans le nord), même si l'exportation de travailleurs maghrébins vers la Belgique était interdite par la loi françaiseÉlisabeth Martin, "Les premiers Maghrébins de Belgique - Analyse descriptive de l'immigration maghrébine en Belgique, dans les registres des étrangers de Châtelineau, pendant l'Entre-deux-guerres" (2012).
En , 3 651 travailleurs Maghrébins sont enregistrés sur le territoire belge et en 1927 ils sont 23 070Quentin Schoonvaere, België-Marokko: 50 jaar migratie - Demografische Studie over de Populatie van Marokkaanse Herkomst in België (juin 2014) : 60% d'entre eux sont originaires de Algérie et un petit nombre de Tunisie et de Tripolitaine. Ils travaillent principalement dans les mines du Borinage et de la région de Liège. La population de travailleurs étrangers est suffisamment importante pour que la Belgique et le Maroc concluent un premier accord bilatéral sur l'indemnisation des accidents du travail en 1930Ruben Mooijman, Quarante ans de migration de main-d'œuvre marocaine (2) : travailleurs, soldats et aventuriers (De Standaard, 18 février 2004). On estimait à l'époque que ce traité concernait Christian Laporte, 1/2 siècle d'immigration belgo-marocaine (La Libre Belgique, 19 février 2014).
Les travailleurs étrangers sont exclusivement des hommes qui repartent au Maroc à la fin de leur contrat de travail. Moins de 30 % des travailleurs marocains voyagent en groupe, ils sont le plus souvent seuls. Les registres d'immigration de Châtelineau montrent qu'entre 1920 et 1932, les travailleurs maghrébins n'y séjournent en moyenne que 6,5 mois et la moitié moins de 8 mois. Plus de 70% étaient originaires du Souss, une région aride qui a également durement souffert de la colonisation française. Leur nombre en Belgique dépend donc fortement de la conjoncture économique. À la suite du krach boursier et de la dépression qui s'ensuit, la quasi-totalité des travailleurs maghrébins quittent le territoire de la Belgique. Peu d'entre eux s'installent définitivement : sur les 1 993 travailleurs de Châtelineau entre 1920 et 1932, cinq épousent une Belge.
Les travailleurs étaient pour la plupart avec un faible niveau d'alphabétisation - moins de 20 % d'entre eux savaient signer, et recevaient un salaire journalier inférieur (21-25 BEF) à celui de leurs collègues autochtones (28-30 BEF). En 1925, par exemple, à Châtelet, quatre Maghrébins meurent asphyxiés dans un logement insalubre. Craignant une rupture de contrat, beaucoup n'osent pas se syndiquer et sont parfois briseurs de grève.
Un rapport syndical de 1924 exemplifie une stigmatisation à leur égardTexte original : Ils ont des mœurs déplorables. Ils sont toujours sales, mal nettoyés, mal habillés. Ce sont des individus farouches, sournois, jaloux et traitres, qui ont toujours le couteau caché quelque part et qui n'hésitent pas à s'en servir dans les bagarres qu'eux-mêmes, le plus souvent provoquent. Les indigènes leur sont absolument hostiles.. À leur tour, les migrants, également en raison de leur mauvaise connaissance du français, avaient peu de contacts avec la population belge.
Au début de l'invasion allemande en , une partie des 800-1000 Juifs marocains retournent dans leur pays d'origine pour fuir les persécutionsMichman, J. (2010). Moroccan Jewry in the Holocaust. In D. M. Eliezer Ben-Rafael (Ed.), The Holocaust in Three Generations: Families of Victims and Perpetrators of the Nazi Regime (pp. 152-169). Berghahn Books..
Les soldats de l'armée française durant la Seconde Guerre mondiale thumb|upright|Tombe musulmane dans le cimetière militaire de Chastre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux travailleurs restants sur le territoire belge rentrent au Maroc. Au même moment, des soldats marocains ont de nouveau combattu au service de l'armée française sur le territoire de la Belgique. Des soldats marocains s'y trouvaient déjà au début de l'invasion allemande, le . La cavalerie française, qui comprenait des spahis marocains, s'est déplacée dans les Ardennes pour mener des reconnaissanceshistoriek.net, La contribution militaire marocaine à la lutte contre l'Allemagne nazie 1940-1945 (Partie I).
Quelques jours plus tard, la Première division marocaine (composée principalement d'hommes de Marrakech et de Meknès) a pris part à la Bataille de Gembloux. Il s'agissait d'une tentative (réussie) d'arrêter l'avancée allemande par le « trou de Gembloux ». Il s'agit de la seule défaite allemande en , qui, cependant, n'a finalement rien donné aux Alliés en raison de la percée allemande dans les Ardennes. Entre le 14 et le , les régiments de tirailleurs marocains ont perdu entre vingt et cinquante pour cent de leurs hommes. Ils sont enterrés dans le cimetière militaire français de Chastre ; entre les croix se trouvent 340 colonnes blanches avec des inscriptions arabesNiels Ruëll, "Thousands of Moroccans killed in the fight against the Nazis - The forgotten heroes of Gembloux" (De Standaard, 3 mai 2003). Le film La Couleur du sacrifice est consacré à ces soldats et à la bataille de Gembloux.
Les travailleurs étrangers dans l'après-guerre Après la Seconde Guerre mondiale, l'économie belge s'est développée rapidement, ce qui a encouragé le recours à la main-d'œuvre étrangère, principalement dans le secteur minier. Les années entre 1948 et 1974 sont appelées les Trente Glorieuses. Durant ces « trente glorieuses », la population du pays ne peut pas plus se porter garante de cette main-d'œuvre que les pays voisins qui connaissent une évolution similaire. C'est pourquoi, en 1946, la Belgique conclut un accord avec l'Italie pour recruter des mineurs. Après la catastrophe du Bois du Cazier (1956), dans laquelle 136 Italiens ont trouvé la mort, le gouvernement italien a décidé de mettre un terme à cette immigration. La Belgique a ensuite conclu des accords avec l'Espagne (1956) et la Grèce (1957) et plus tard avec le MarocSarah Van den Broucke et al, Flemish Migration and Integration Monitor 2015.
Au cours de cette période, le Maroc était en proie à des crises économiques, sociales et politiques. Une rapide croissance démographique accompagnée d'une stagnation économique ne pouvait pas fournir d'emplois à la population marocaine, ni de nourriture, la production agricole était insuffisante. De plus, le gouvernement marocain s'est vu favorable au départ de minorités berbérophones à la fois pour endiguer certaines tensions politiques mais aussi pour favoriser le développement économique du paysHaas, Hein D. Morocco's Migration Transition: Trends, Determinants and Future Scenarios. 2005..