vignette|Pietro Novelli, Notre-Dame du Mont-Carmel remettant le scapulaire à Simon Stock

La spiritualité carmélitaine est le fruit de l'histoire mouvementée de l'ordre : érémitique à sa fondation, les frères carmes ont conservé de leurs fondateurs, et développé une spiritualité contemplative de rencontre avec Dieu. Cet ordre est profondément marial : dès le début de son histoire, la communauté naissante se place sous le patronage et la protection de la Vierge Marie à travers une appellation particulière : Notre-Dame du Mont-Carmel. Le scapulaire, porté dès la fin du par tous les membres de l'ordre, est le signe visible de ce lien de confiance et de dépendance du carme envers la Vierge.

La prière silencieuse et solitaire des premiers ermites perdure encore aujourd'hui à travers l'oraison silencieuse qui a été au centre de nombreuses réformes dans l'ordre, mais surtout d'un grand nombre d'ouvrages pédagogiques rédigés tant par des frères carmes que par des carmélites. Si les noms des grands docteurs (Jean de la Croix, Thérèse d'Avila, Thérèse de Lisieux) ainsi que leurs ouvrages sont bien connus, y compris en dehors de l'ordre, ils ne sont pas les seuls à avoir écrit sur l'oraison. De très nombreux autres membres de l'ordre (carmes, mais aussi carmélites ou laïcs) ont écrit sur ce thème, faisant de ce mode de prière un point fort de la spiritualité de l'ordre.

Pour le chrétien, l'oraison n'est pas une fin en soi, mais le moyen d'arriver à la contemplation, la rencontre avec Dieu et sa sanctification. La contemplation est liée à l'apostolat : contemplation et apostolat s'enrichissant mutuellement comme l'ont écrit de nombreux auteurs carmélitainsMais également des papes, comme Jean-Paul II ou Benoît XVI par exemple (voir les citations dans l'oraison silencieuse).. Ce point a été soulevé et défendu par de très nombreux auteurs mystiques qui ont indiqué avec force (dans leurs écrits) le lien fort entre la vie mystique du chrétien, son apostolat et même la . Dans l'ordre du Carmel, l'apostolat ne se fait pas seulement par la prière, mais également par l'action, ainsi, de nombreuses congrégations religieuses, liées à l'ordre, ont une vocation apostolique concrète (soin des malades, éducation, formation), en plus de leur vocation contemplative.

Historique de l'Ordre

vignette|droite|Ruines de la première église Notre-Dame du Mont-Carmel () sur les pentes du mont Carmel.

Fondé au sur les pentes du mont Carmel par des ermites chrétiens d'occident souhaitant vivre Le prophète Élie et son disciple Élisée sont considérés comme les pères fondateurs de l'Ordre du Carmel, même s'ils ont vécu près de 2000 ans avant ces premiers ermites chrétiens., cette première communauté s'oriente vers une spiritualité contemplative. Mais la fuite de ces ermites en Occident (du fait de la reconquête de la Palestine par Saladin et ses successeurs) oblige ces ermites à réorganiser leur communauté et leur mode de vie. Devenus moines en Europe, ils s'orientent vers l'apostolat, comme le font alors d'autres ordres mendiants (les franciscains ou les dominicains).. Cette évolution entraîne de vives tensions qui perdureront un certain temps entre les tenants de l'une ou l'autre mission (contemplation ou apostolat). La mitigation de la règle au entraîne une réduction du temps consacré à l'oraison, mais aussi des critiques et des divisions entre les moines (tenant d'une plus grande rigueur de vie religieuse). Il s'ensuit de nombreuses tentatives de réformes visant à ramener à l'oraison les frères dans les couventsNous pouvons citer la réforme de Touraine qui finira par s'appliquer à tous les couvents de l'ordre après plusieurs siècles de batailles., dont la réforme thérésienneRéforme menée en Espagne par Thérèse d'Avila et Jean de la Croix. qui amènera quelques décennies plus tard à la scission de l'ordre en deux branches (les Grands Carmes et les Carmes déchaux). Cœur de la réforme thérésienne : l'oraison et la contemplation ont également une grande importance dans la branche des carmes mitigés.

La spiritualité La Vierge Marie vignette|Notre-Dame du Mont-Carmel et les saints du Carmel ().

L'ordre du Carmel a une spiritualité mariale forte : dès leur fondation sur le mont Carmel, les premiers ermites se mettent sous la protection de la Vierge Marie et se rassemblent dans une chapelle dédiée à . Ils désignent la Vierge comme de l'ordre naissant.. Lors de leur fuite en Europe, les carmes se confient à la prière et à la protection de la Vierge (dans les difficultés qu'ils rencontrent pour réorganiser et stabiliser leur ordre passant de l'érémitisme au monachisme)Voir Histoire du Carmel: des ermites aux moines et Fête de Notre-Dame du Mont-Carmel.. Ainsi, l'autorisation donnée par le pape Innocent IV en 1247 de maintenir l'ordre des Carmes, et la décision définitive adoptée lors du concile de Lyon en 1274 sont toutes deux considérées comme des miracles attribués à la Vierge Marie. Ce dernier événement donnera lieu à la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel le ..

Un événement fondateur intervient en 1251 : selon la tradition, le supérieur général des Carmes, saint Simon Stock, très inquiet sur la situation très difficile de l'ordre, prie intensément la Vierge Marie de venir en aide à son ordre. En 1251, Notre-Dame du Mont-Carmel lui apparaît alors accompagnée d'une multitude d'anges, et tenant en sa main le scapulaire. La Vierge lui remet alors le scapulaire, signe visible de sa protection pour l'Ordre naissant et pour le fidèle qui le porte. À la suite de cette vision, le scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel se diffuse rapidement dans la population et l’ordre du Carmel se répand dans toute l'Europe. Même si l'historicité de ces événements est aujourd'hui contestéeLa contestation historique du fait vient du manque de sources écrites pour la période en question (les sources écrites sont postérieures d'un siècle et demi). Certains documents sont même en contradiction avec ce récit.Se reporter à la petite étude critique des sources bibliographiques sur le site du carmel anglais dans l'article , ce récit et cette tradition fixent l'attachement et la dévotion de l'ordre du Carmel à Notre-Dame du Mont-Carmel et au scapulaire Brun porté par tous les membres de l'ordre.

Plus tard, un certain nombre de carmes s'attacheront à soutenir et propager la dévotion à la Vierge Marie, tout en soutenant très tôt la dévotion à l'Immaculée ConceptionPar exemple John Baconthorp au , ou Olivier de Saint-Anastase au et .. D'autres vont même jusqu'à défendre le statut de corédemptrice pour la Vierge Marie (comme Mathias de Saint-Jean au )..

Les prophètes de l'Ancien Testament

vignette|Élie nourrit par les corbeaux, Paolo Fiammingo, .

Élie et Élisée, sont considérés comme les pères fondateurs de l'ordre du Carmel. Leur spiritualité, et la méditation des écrits de l'Ancien Testament les concernant ont nourri et influencé la spiritualité de l'Ordre.

Cette paternité spirituelle d'Élie s'exprime jusque dans le blason de l'ordre du Carmel.

L'oraison vignette|upright|Le jeune Samuel en prière. Joshua Reynolds ().

Thérèse d'Avila déclare à ses religieuses : Extraits de différents ouvrages thérésiens repris dans un article : .. Sa déclaration s'appuie probablement sur la lecture du livre de Philippe Ribot L'institution des premiers moines. En effet, dans son ouvrage rédigé à la fin du (ouvrage longtemps considéré comme la )., celui-ci indique le chemin spirituel pour les moines carmes (la pratique de l'oraison), à partir de la méditation d'un court verset du livre des Rois ()Le passage où Dieu demande à Élie d'aller se cacher au torrent du Karit... Dans son premier chapitre, le carme indique que .. Le père Ribot continue en invitant le carme à méditer, prier et donc faire oraison afin d'... À la suite du Père Ribot, Thérèse encouragera ses religieuses à faire oraison. Les différents écrits thérésiens (le Livre de la vie, les Fondations, le Chemin de perfection et surtout Le Château intérieur), sont des encouragements et des enseignements pour bien faire oraison et avancer dans l'oraison.

Jean de la Croix, lui aussi, encourage les religieux et religieuses à faire oraison Jean de la Croix . ; il a également écrit et enseigné sur l'oraison (comme dans La Montée du Carmel, La Nuit obscure ou La Vive Flamme d'amour).

Tous les réformateurs du Carmel ont insisté sur l'importance de l'oraison, et le retour à une pratique assidue à l'oraison, comme Philippe Thibault et Jean de Saint-Samson dans la Réforme de Touraine.Nous pouvons citer également Marc de la Nativité de la Vierge qui rédige un ouvrage complet centré sur la pratique de l'oraison., ou Jean Soreth qui, au déjà, essayait de ramener les frères carmes à une plus grande rigueur de vie religieuse et une pratique de l'oraison. Nicolas le Français, dans son ouvrage Ignea Sagitta (Flèche de Feu) rappelle, non sans rudesse, que selon la Règle chaque frère doit demeurer dans sa cellule pour y vaquer à la méditation et à l'oraison, à moins d'un motif valable.. Plus proche de nous, d'autres carmes ont poursuivi ce travail de publication centré sur l'oraison comme Alphonse de la Mère des Douleurs qui publie (au début du ) six volumes d'un manuel de méditations pour chaque jour de l'année, intitulé Pratique journalière de l'oraison et de la contemplation divine ou le frère Luc-Marie du Cœur Immaculé qui publie en 2008 un ouvrage pédagogique sur l'oraison (reprenant tous les grands maitres du Carmel), à destination des membres de l'OCDS et de tout laïc en général.

La contemplation vignette|upright|alt=Tableau représentant Thérèse en clair-obscur, regardant le spectateur, les mains jointes.|Thérèse d'Ávila, par François Gérard, 1827. Infirmerie Marie-Thérèse, Paris.

Lors de leur fondation sur le mont Carmel, les ermites ont une vocation principalement contemplative. Lorsque ceux-ci viennent de s'installer en Europe, le général de l'ordre Nicolas le Français insiste sur la prééminence de la contemplation sur l'action (apostolique). Il rédige un ouvrage La flèche de feuVoir la réédition . qui restera une référence dans l'ordre durant des siècles..

Après plusieurs siècles et les réformes menées par Jean Soreth, Jean de Saint-Samson ou Philippe Thibault (Réforme de Touraine) ou même Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, ayant pour finalité une redécouverte ou remise en place de l'oraison et de la vocation contemplative de l'ordre, plusieurs responsables carmesNous pouvons citer par exemple Livin de Hondt au ou Arnould de Saint-Pierre et Saint-Paul au . Voir aussi les exemples donnés par Marie-Eugène, à la fin du chez les déchaux : . mettent en place des : petits ermitages destinés aux moines de l'ordre pour qu'ils y passent un temps de retraite érémitique (généralement de quelques mois). Aujourd'hui encore, l'Ordre du Carmel compte plusieurs Saints déserts destinés à ses membres.. Le père Thomas de Jésus (1564-1627) a clairement indiqué que ces ermitages n'ont pas vocation à , mais à l'ouvrir à la mission d'évangélisation et le renforcer (en vue de l'apostolat).La mission d'apostolat est présentée dans un chapitre spécifique..

Philippe Ribot, dans son ouvrage L'institution des premiers moines., rédigé à la fin du .Cet ouvrage sera longtemps considéré comme la ., exprime l'idée que le carme doit par afin de c'est-à-dire .. Le père Jean de Jésus-Marie, rédacteur des constitutions de la Congrégation d'ItalieIl s'agit de la première structure des carmes déchaux regroupant des couvents (avec la Congrégation d'Espagne), lors de la fondation de la branche des carmes déchaux par le pape Clément XIII en 1600. Les constitutions sont rédigées l'année précédente. en 1599, précise bien dans le prologue de ses constitutions que le comporte deux parts : en premier la contemplation, et en seconde part (l'apostolat). Il précise que pour le carme déchaux, la ..