Les Frères Karamazov (en , Brat'ya Karamazovy, prononcé ) est le dernier roman de l'écrivain russe Fiodor Dostoïevski.

Publié sous forme de feuilleton dans Le Messager russe de à (la première édition séparée date de 1880), le roman connut un très grand succès public dès sa parution..

Le roman explore des thèmes philosophiques et existentiels tels que Dieu, le libre arbitre ou la moralité. Il s'agit d'un drame spirituel où s'affrontent différentes visions morales concernant la foi, le doute, la raison et la Russie moderne.

Dostoïevski a composé une grande partie du roman à Staraïa Roussa, qui est aussi le cadre principal du roman (sous le nom de Skotoprigonievsk). Au début de l'année 1881, Dostoïevski songeait à donner une suite au roman, dont l'action se déroulerait vingt ans plus tardAnna Dostoïevskaïa, Dostoïevski, mémoires d'une vie, ...

Depuis sa publication, le livre est considéré comme un chef-d'œuvre de la littérature mondiale et a été acclamé par des écrivains comme Albert CamusDostoïevski, Camus et le Grand Inquisiteur : Au-delà d’un mythe par Jean-Louis Benoît sur le site de l'Université du Québec à Montréal, William Faulkner ou Orhan Pamuk et des personnalités comme Sigmund FreudSigmund Freud,Writings on Art and Literature et Albert EinsteinThe Collected Papers of Albert Einstein, Volume 9: The Berlin Years: Correspondence, January 1919 - April 1920.

Genèse du roman

Contexte et situation matérielle En octobre 1877, Fiodor Dostoïevski, en petite santé, annonce le prochain arrêt du Journal d'un écrivain, périodique qu'il publie, plus ou moins régulièrement, depuis 1873 et qui connaît un certain succès. Malgré les protestations de ses lecteurs, dans le numéro de , il annonce qu'il s'agit de la dernière livraison de la revue.

Le , mort du poète et critique Nikolaï Nekrassov, celui-là même qui avait révélé le talent du jeune Dostoïevski en 1845 et fait connaître son premier roman, Les Pauvres Gens. C'est l'occasion pour Dostoïevski de se souvenir du rôle essentiel de Nekrassov dans sa vie et de relire l'ensemble de l'œuvre de Nekrassov. Dans le récit qu'il donne de son dernier entretien avec le poète mourant (mi-), Dostoïevski évoque la fameuse nuit blanche de :

Dostoïevski habite la rue Iamskaïa lorsqu'il rédige ses premières notes pour un « grand roman » en avril 1878. En , il a assisté au procès de la révolutionnaire Véra Zassoulitch et y puise des éléments factuels pour le procès de Dmitri Karamazov... Le , l'auteur perd son fils de trois ans, Alexis, mort d'épilepsie, affection qu'il a héritée de son père. Le travail préparatoire du roman est très probablement arrêté. L'écrivain est très affecté et décide de se rendre au monastère d'Optina, un centre de la spiritualité russe, avec Vladimir Soloviev avec lequel il s'entretient de son roman : Il quitte Pétersbourg le et arrive le au monastère, où il passe deux jours et s'entretient de son projet de roman avec le starets Ambroise, prototype du starets Zosime. À la fin juillet, en mauvaise santé. il part se soigner à Ems, où il retourne en septembre.

En , les deux premiers chapitres sont achevés ; en novembre, l'écrivain les envoie au Messager russe, qui en annonce la future parution (à partir de ) en décembre. En janvier et , rédaction des troisième et quatrième livres. En , lectures publiques des Frères Karamazov et de Crime et Châtiment. Dostoïevski reçoit beaucoup de témoignages d'admiration. En , il termine le chapitre « La légende du Grand Inquisiteur »..

En , la rédaction est interrompue par l'invitation qu'il a reçue pour l'inauguration du monument d'Alexandre Pouchkine. À cette occasion, il prononce le Discours sur Pouchkine.

Le , Dostoïevski envoie l'épilogue du roman au Messager russe et écrit :

En : Parution en édition séparée, tirée à , c'est un énorme succès. L'écrivain porte lui-même un exemplaire au tsarévitch.

Fiodor Dostoïevski meurt le .

Influences personnelles De nombreuses influences semblent être à l'origine du roman. Tout d'abord, celle du philosophe russe Nikolaï Fiodorov. Fiodorov prône un christianisme dans lequel la Rédemption et la résurrection passeraient par le rachat par les fils des péchés de leurs pères, afin de favoriser l'unité des êtres humains au sein d'une famille universelle. Or, la tragédie du parricide dans ce roman représente exactement le contraire de cette idée, où, loin de racheter les fautes de leur père, les fils Karamazov deviennent acteurs, sinon complices, de son meurtre. Dostoïevski y voit la personnification de la désunion de l'humanité.

Bien que la religion et la philosophie aient profondément influencé Dostoïevski dans sa vie, prenant une place importante dans Les Frères Karamazov, une tragédie beaucoup plus intime a changé le cours de son travail : Le décès de son fils. Le chagrin de Dostoïevski pour son jeune fils transparait tout au long du roman, notamment à travers le héros qu'il nomme aussi Aliocha et à qui il attribue des qualités chères à ses yeux. Ce déchirement se retrouve également avec l'histoire du capitaine Snegiriov et de son jeune fils Ilyoucha.

Une autre expérience personnelle a influencé l'auteur dans le choix du parricide comme intrigue principale. Au cours des années 1850, alors qu'il purgeait sa condamnation au katorga Omsk en Sibérie, Dostoïevski y a rencontré un jeune homme qui avait été condamné pour avoir assassiné son père et acquis son héritage. Presque dix ans après cette rencontre, il apprit que l'homme en question, après avoir été fallacieusement condamné dans un premier temps, avait été plus tard disculpé quand le meurtrier réel eut avoué le crime. L'impact de cette rencontre sur l'auteur est évident dans le roman, dans lequel beaucoup des traits de l'accusé sont repris dans la description de Dmitri Karamazov.

Dostoïevski se livre entièrement dans ce roman. Il y exprime les doutes, les contradictions de son esprit. Il ne cache rien de ce qui se passe dans son être profond. Le destin de ses héros, c’est son propre destin, leurs doutes, leurs tentatives criminelles sont les crimes cachés de son esprit. L’originalité de son génie est telle qu’il a pu, en analysant jusqu’au bout son propre destin, exprimer en même temps le destin universel de l’homme, perpétuellement déchiré entre le Bien et le Mal.

Il ne coupe pas les racines qui l’attachent au sol natal. Mais c’est un Russe errant dans le monde de l’esprit. Il ne possède ni terres, ni demeure. Il n’est lié à aucune forme stable de l’existence : tout dans sa nature est dynamisme, inquiétude, esprit de révolution. Il incarne avant tout le destin du nomade et du révolté. Il est le partisan de l’Europe, le chantre de Saint-Pétersbourg. Il ne conçoit rien en dehors de la littérature.

Résumé

Note de l’auteur Dostoïevski entame son roman par une brève introduction dans laquelle il joue avec son lecteur et tente de justifier l’intérêt qu’il porte au « héros » du livre, Alexeï Fiodorovitch, alias Aliocha. Il y indique qu’il y a en fait deux romans, l’essentiel étant le second. Pour lui, le « premier roman » s’est déroulé il y a treize années, dans la première jeunesse du héros. Il termine par un pied-de-nez :

Première partie Le début du roman présente la famille Karamazov et relate son histoire passée et présente.

Livre premier : Histoire d’une famille (5 chapitres)

Fiodor Pavlovitch Karamazov : Fiodor Pavlovitch Karamazov est un riche propriétaire terrien, dépravé et incohérent. Il a été marié deux fois et a eu trois fils : Dmitri Fiodorovitch du premier lit, et Ivan et Alexis du second. Sa première femme, Adélaïde Ivanovna Mioussov, est issue d’une famille de nobles assez riches et bien nés, belle et d’une intelligence vive. Elle quitte son mari pour un séminariste et meurt de la typhoïde (ou de faim) quand son fils Dmitri n’a que trois ans. Il se débarrasse de son premier fils : Fiodor délaisse son fils Dmitri dont s’occupe alors Grigori, son domestique. L’enfant est ensuite recueilli par le cousin de sa mère, Pierre Alexandrovitch Mioussov, puis change plusieurs fois de foyer. Dmitri grandit convaincu d’avoir hérité d’une certaine fortune de sa mère et de connaître l’indépendance à sa majorité. Il vit une adolescence et une jeunesse désordonnées puis retourne chez son père à sa majorité après avoir accumulé beaucoup de dettes. Chez son père, il réalise vite qu’il n’y a en fait plus rien des biens que lui avait laissés sa mère. Second mariage et nouveaux enfants : Fiodor Pavlovitch Karamazov se remarie quelques années plus tard avec Sophie Ivanovna. Sophie Ivanovna est orpheline et sans famille depuis l’enfance et a été élevée par la veuve d’un général. Elle se marie contre l’avis de celle-ci qui, en conséquence, lui refuse une dot. Deux enfants, Ivan et Alexis, naissent un an et trois ans après le mariage. À la mort de leur mère, Ivan a sept ans et Alexis quatre. Les enfants sont à nouveau recueillis par Grigori puis la veuve du général qui avait élevé leur mère les récupère. La veuve meurt vite en laissant un pécule aux deux enfants, pécule que fait fructifier son héritier Efim Petrovitch Polenov qui élève les enfants à son tour. Ivan est un enfant renfermé et brillant. Il fréquente plus tard l’université et écrit dans des revues littéraires. Ivan revient chez son père en partie sur la demande et pour les affaires de Dmitri qu’il rencontre pour la première fois à l’âge adulte même s’il est déjà entré en correspondance avec son demi-frère. Le troisième fils : Alexis : Alexis, altruiste précoce, a choisi à dix-neuf ans la voie monastique après avoir rencontré le starets Zosime. Enfant, à l’école, il ne cherchait jamais à se mettre en avant. Il ignorait la rancune, il était pur et pudique. Taciturne, il a montré très jeune de l’amour pour ses semblables et une foi absolue dans l’homme. La voie monacale s’impose à lui et offre une solution idéale à son âme. Il arrive à vingt ans chez son père, sans finir ses études au lycée, sur une impulsion, dans une maison qui est un repaire de débauche. Il a le don particulier d’inspirer l’affection et tout le monde l’aime, même son père. Un jour, il cherche à retrouver la tombe de sa mère. Son père ignore où elle est, mais le domestique Grigori, qui a posé la pierre tombale, la lui indique. C’est après avoir vu la tombe de sa mère qu’il annonce à son père sa volonté d’entrer au monastère. Les starets : Alexis s’engage dans la voie monastique en tant que novice. Au monastère, il rencontre le starets Zosime. Il comprend que celui qui se voue au starets abdique sa propre volonté et la lui remet en obéissance complète avec un renoncement total de soi-même. Le starets est investi d’un pouvoir dans certains cas illimité. Alexis a une foi absolue dans la force spirituelle de son maître, dépositaire de la vérité de Dieu.

Livre deuxième : Une réunion déplacée (8 chapitres) Le deuxième livre commence lorsque la famille Karamazov arrive au monastère afin que le starets Zosime puisse agir comme médiateur entre Dmitri et son père dans leur différend sur l'héritage. C'était l'idée du père, apparemment pour plaisanter, que la réunion ait lieu dans un lieu aussi saint, en présence du célèbre aîné. Le comportement délibérément insultant et provocateur de Fiodor Pavlovitch détruit toute chance de conciliation, et la rencontre n'aboutit qu'à une haine accrue et à un scandale. Ce livre contient également une scène dans laquelle le starets Zosime console une femme pleurant la mort de son fils de trois ans. Le chagrin de la pauvre femme est parallèle à la propre tragédie de Dostoïevski à la suite de la perte de son jeune fils Aliocha.