John Holden Illingworth, né en 1903 et mort en 1980, est un architecte naval britannique, auparavant capitaine dans la Royal NavyOfficier Mécanicien, il a navigué plusieurs années sur des sous-marins.

Régatier, promoteur de la course au large, il a participé à la démocratisation de la course-croisière grâce notamment à la création du "Junior Offshore Group" (JOG).

Biographie Avant de dessiner des voiliers il a participé à de nombreuses courses de canot à moteur (avant la guerre) et a remporté de nombreuses coupes. Attiré par la compétition, il s'est mis à régater puis à concevoir des voiliers, principalement destinés aux courses au large.

John Illingworth est officier de la Royal Navy à Hong Kong puis à Malte pendant la Seconde Guerre mondiale. Une fois la paix revenue, il se trouve à Sydney, où il propose de créer une course océanique, ce qui se fait déjà aux États-Unis et en Europe : c'est la Sydney-Hobart qui part le ; Illingworth est alors skipper de Rami. La course a fêté en 2004 sa et part traditionnellement le lendemain de Noël.

Une fois revenu en Angleterre, Illingworth est élu commodore du RORC, le Royal Ocean Racing Club, où il fera la promotion de la course au large. Il s'intéresse à tout ce qui concerne la conception des voiliers de course (plans de coque, construction, aménagements) et en particulier aux plans de voilure et aux gréements, domaine dans lequel il se révèle très novateur et attentif à utiliser au mieux les règles de jauge. Il recommande par exemple les gréements en tête à grand allongementCourse-croisière, Allongement du plan de voilure et règlement du R.O.R.C., page 69.

En 1947, il modifie le gréement de son voilier Maid of Malham, dessiné en 1937 par le fameux architecte britannique Laurent Giles. Pour augmenter la surface des voiles d'avant et diminuer celle de la grand-voile, il conçoit un gréement dit "en tête" (c'est-à-dire que l'étai de la voile d'avant monte jusqu'en haut du mât), avec un grand triangle avant, ce qui est devenu la norme pour la plupart des monocoques actuels. Ce bateau gagne sa première course et nombre de suivantes. Les idées et le style de Laurent Giles, à qui Illingworth était très lié, auront une influence importante sur toute la création ultérieure de John Illingworth comme architecte naval.

Le voilier Myth of MalhamCourse-croisière, pages 87 et 201, dessiné également par Laurent Giles selon ses indications, illustre les idées novatrices de John Illingworth en matière d'exploitation de la jauge du RORCJean Sans, Histoire des jauges depuis 1835, UNCL, Arradon, 2006, et déclenche les critiques lors de sa mise à l'eau : déplacement moyen (qualifié de léger à l'époque)environ , au lieu de 10 à pour un déplacement lourd "normal" et pour un déplacement léger de la même longueur très lesté, gréement en tête élancé avec foc à 150 % de recouvrement, étrave peu inclinée, arrière tronqué, franc-bord important, tonture inversée, tout est à l'opposé de la tendance classique. Olin Stephens le critique sévèrement. Pourtant, ce bateau remporte le Fastnet en temps compensé en 1947 et 1949, et l'Admiral's Cup nouvellement créée en 1957.

En 1948, la Royal Naval Sailing Association lance le monotype à restrictions 24 pieds RNSA ( à la flottaison, le minimum de la classe III du RORC) dessiné par Laurent Giles. Avec son bateau, leMinx of Malham, Illingworth remporte le championnat de la classe RNSA 24" en 1949.

Création du JOG Le Junior Offshore Group. a été fondé en 1950 par John Illingworth pour encourager la navigation en haute mer et la course de port à port avec des voiliers d'environ 5 à de long. Illingworth remporte avec Wista le championnat du JOG 1954.

Aeromarine of Emsworth John Illingworth est directeur de ce chantier naval établi à Emsworth dans le Hampshire, non loin de l'Île de Wight, jusqu'en 1959. Il y construit ses premiers plans, dont le Tiger V Wista dessiné en 1953.

Illingworth & Primrose En 1958 John Illingworth ouvre un cabinet d'architecture navale, en association avec le jeune architectené en 1938, il a 35 ans de moins qu'Illingworth Angus Primrose., et les commandes affluent, en particulier de France. Systématisant la démarche initiée avec Laurent Giles pour Myth of Malham, John Illingworth se spécialise alors dans la conception générale et le dessin du gréement des voiliers de course, exploitant dès les premiers stades de conception tous les avantages que l'on peut retirer des règles de jauge en optimisant les mesures principales du bateau (dimensions et points de mesure définis par les formules de jauge pour calculer la jauge, ou 'rating' d'un voilier de course), tandis qu'Angus Primrose dessine les carènes. L'exploitation systématique des règles de la jauge du RORC conduira à la conception de voiliers dessinés "pour la jauge"; cette tendance sera reprise et amplifiée par une nouvelle génération d'architectes pour la jauge IOR à la fin des années 1960.

La collaboration entre Illingworth & Primrose durera 8 ans..

En 1966, après le départ de Primrose, il poursuit son activité à titre personnel puis se retire en France en 1970 dans l'arrière-pays niçois.

Le style Illingworth Il a produit une série de voiliers renommés, construits le plus souvent à l'unité, parfois aussi en petite série, et dont la caractéristique commune est d'allier esthétique classiqueMaïca au près, Photo de couverture de la revue Bateaux , octobre 1962, aptitude à remonter au vent, plans de pont et emménagements adaptés à la vie en course au large.

Au près dans la brise Les créations d'Illingworth & Primrose se révèlent généralement bons marcheurs au près dans la brise, grâce à leur déplacement moyen-lourd, leur raideur à la toile (aptitude à porter de la surface de voilure) venant d'un tirant d'eau important et d'un rapport de lest élevé, leur forte surface anti-dérive et leurs gréements allongés.

Instabilité au portant Par contre, dans le cas des configurations avec le safran attaché à la quille, plusieurs de ses modèles se sont montrés instables aux allures portantes par mer formée : Blue Charm"Blue Charm est très sensible à la barre; il peut être équipé d'une dérive disposée en arrière du safran. Elle stabilise ce bateau sur sa route par grosse mer" (Course-croisière, page 323)Parlant du Maîca "Cette instabilité de route n'atteint toutefois pas celle d'Aile Bleue (sister-ship de blue Charm), qui nécessite une dérive stabilisatrice sur l'arrière.". A la barre du Maîca, Bateaux n° 56, janvier 1963 Glénan"... des embardées peuvent être de 30° si on a oublié de mettre la dérive de stabilisation" Bateaux 55 décembre 1962. "Un essai avec le petit spi est vite abandonné; le bateau étant presque impossible à tenir avec cette mer de 3/4 arrière", J.J. Herbulot, Bateaux 53, octobre 1962 , Monk of MalhamNous avions une dérive de stabilisation, qui était utilisée quand le bateau était trop difficile à barrer au portant", J.H.I, The Malham story, Monk of malham, p 184, Gipsy Moth IV Dans The Circumnavigators Don Holm describes Gipsy Moth IV as "perhaps one of the worst racing yachts ever built". Chichester : "Elle (le bateau) est revêche et difficile et nécessite... (la force d') un éléphant pour tenir la barre." le voilier de Francis Chichester.

Quille et safran Alors qu'il avait construit des voiliers légers à safran reculé du temps d'Aero Marine, Illingworth a évolué ensuite en sens inverse du mouvement général; il est revenu à la formule classique du safran attaché à la quille. Dans les années 1960 la plupart des architectes ont abandonné cette formule; le célèbre cabinet Sparkman & Stephens est lui aussi passé au safran reculé en 1966One tonners Clarionet et Roundabout, Bateaux , août 66. Mais Illingworth persiste à garder cette configurationI am absolutely sure that this is sound design policy... A big rudder is a sort of logical conclusion of the main fin of the boat..."J.H.I. The Malham Story, , et décrit le choix difficile dans lequel il se trouve :"Sous la pression (de la performance), les architectes ont réduit de plus en plus la surface de quille, dans beaucoup de cas de façon excessive... rendant ces yachts impossibles à tenir au portant dans la brise. On a essayé de résister à cette tentation de trop réduire la surface de quille... on doit accepter de sacrifier de la vitesse par petit tempsÀ cause de la surface mouillée supplémentaire pour avoir une tenue à la mer et une stabilité de route correcte"Further Offshore, Hull design, . Comparé au célèbre one tonner TinaCoup d'œil sur Tina, bateaux février 67. de Dick Carter (1966), son one tonner Maryka semble "d'une conception maintenant dépassée"One Ton Cup 1966, Bateaux , sept 66, . Il en sera de même pour un de ses derniers dessins, le quarter Tonner Merle of Malham, à quille longue, très lourd et peu voilé.

De "Course-croisière" (1961) à "Further Offshore" (1969) Ces deux ouvrages présentent de nombreux plans de voiliers de course-croisière. On peut noter dans l'édition 1969 la suppression de 6 voiliers légers dont 4 à safran reculé (EA, Gypsela, Fandango, Artica II, Black Sooplan Van de Stadt http://sailboatdata.com/viewrecord.asp?class_id=490, Blue Charm), et l'ajout de 7 voiliers lourds à safran attaché à la quille (Maïca, Monk of Malham, Quiver IV, Outlaw, Oryx, Maryca, Merle of Malham). Rabbit, vainqueur du Fastnet 1965 et Tina, révélation de la one Ton Cup 1966, marqueurs de l'évolution définitive vers des voiliers plus larges, moins lestés, à quille courte et safran reculé, ne sont pas cités dans ce livre...

Le contreplaqué Dès les années 1950, le contreplaqué commence à être de plus en plus utilisé pour les voiliers, notamment en Hollande avec E.G. van de Stadt et en France avec Jean-Jacques Herbulot, puis Philippe Harlé. Illingworth en a compris l'intérêt pour le pont, le roof, les cloisons, etc., mais il n'utilisera pas de contreplaqué pour les coquesÀ l'exception du Toby-Jug, coque en contreplaqué à bouchain arrondi en bois moulé (brevet J.J. Herbulot) : "je ne suis pas du tout certain que le contreplaqué ait longtemps du succès pour le bordé de coque où les chocs peuvent avoir des conséquences déplorables"Course-croisière, La construction, Ponts en contreplaqué; il continue à faire des coques en formes à retour de galbordLe bordé de coque descend vers la quille avec une technique classique sophistiquée (membrures serrées, double ou triple bordé)Course-croisière, appendice XVI, "Blue Charm", espacement des membrures 14 cm, bordé en 4 plis de 2 mm dépassée et coûteuse. Il écrit, parlant de déplacements légers : "Bien qu'on puisse partager la crainte des jaugeurs de voir surgir d'invraisemblables engins en contreplaqué".

Production

Plans de voilure Ce sont des plans établis pour des voiliers d'autres architectes navals : Maid of Malham, (plan Laurent Giles 1937), modifié en 1947 et 1958Course-croisière, page 89 Myth of Malham (plan Laurent Giles), 1947 Minx of Malham, type RNSA 24 ft, 9.40 m, plan Laurent Giles construit par Camper et Nicholson, 1949Course-croisière, page 203 Stormvogel, sur plan Van de Stadt et Laurent Giles, 1960Course-croisière, page 97 Bloodhound, acquis par la famille royale britannique en 1962http://www.yachtclubclassique.com/ex_perso/revue_CCA_num01_2007.pdf Gipsy Moth III, plan Robert Clark, voilier de Francis Chichester modifié pour la deuxième transat anglaise en solitaire (1964)La fièvre océane, Francis Chichester, Éditions du Rocher, 1965

Plans Aero Marine Voiliers dessinés et construits par le chantier Aeromarine of Emsworth, sous la direction d'Illingworth : Billy Budd, série Tiger Moth, 1952Course-croisière, page 273 Wista, série "Tiger V", JOG, 1954Course-croisière, pages 273 et 279 Mouse of Malham, , déplacement léger, , 1955Course-croisière, page 72 et 315 à 319 Artica II, yawl de , déplacement léger (), 1956 Tous ces voiliers sont de type déplacement léger, à quille courte et safran séparé.

Plans Illingworth et Primrose