René Thimonnier (Marie René Hilaire Thimonnier, né à Poitiers le et mort à Vaucresson le )Acte de naissance de René Thimonnier, né le 8 janvier 1900 à Poitiers. Acte , page 6. est un pédagogue et grammairien français.

Professeur de lettres et de philosophie dans le secondaireLe dossier d’enseignant de René Thimonnier : (noté “Thimonier”, avec un seul “n”) sera librement communicable à partir de 2020 AJ/16/9084. , il s’est voué parallèlement à sa carrière d’enseignant à des recherches personnelles approfondies sur la grammaire et l’orthographe au point de proposer à sa retraite une théorie marquante sur le système graphique du français ainsi qu’une méthode, déclinée en une série d’ouvrages, pour un apprentissage raisonné de l’orthographe. Ses travaux, populaires dans les années 1970, ont été couronnés par l’Académie FrançaiseRené Thimonnier a été récompensé par un « prix d'Académie » (de l'Académie française) en 1971 pour ses ouvrages Le Système graphique du français et le Code orthographique et grammatical..

Biographie

Musique, lettres, philosophie Issu d'un milieu modeste (père domestique, mère sans emploi), René Thimonnier s’intéresse tout d’abord à la musique, passion qui marquera son parcours de vie tout au long des deux premiers tiers de son existence. La musique étant, pour lui, surtout « un moyen d’expression », il poursuit parallèlement à ses études musicales un cursus supérieur portant sur la philosophie et le langageJacqueline Picoche, La professeure Jacqueline a rectifié son orthographe, Revue belge de philologie et d'histoire, année 2006, tome 84, fasc. 3, Langues et littératures modernes, ..

De 1923 à 1925, il effectue son service militaire au sein de la Haute Commission Interalliée en Allemagne (Rhénanie occupée par les troupes alliées en vertu du Traité de Versailles). En 1925, il obtient à Paris un Diplôme d’Études Supérieures en philosophie puis entre dans l’Éducation Nationale ; Il est affecté dans un collège de Sarrebruck (Allemagne) en qualité de professeur de lettres.

Parallèlement à son emploi d’enseignant, il poursuit des études auprès de l’Université de Nancy et y obtient : en 1930 une licence de lettres, en 1934 un Certificat d’Études Supérieures Musicales (Mystère poétique et suggestion musicale) et, en 1935, un premier prix de Littérature. En 1935, il est muté comme professeur de lettres dans un collège d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) et se marie la même année avec Simone Paulette Corbin, enseignante elle aussi.

Deux ans avant la guerre, alors qu’il venait d’esquisser le plan d’une thèse d’État (Introduction à une esthétique du langage), il fit la rencontre de Paul Valéry, lequel s’intéressa à son projet et l’incita à développer ses idées dans un ouvrage d’ensemble sur le problème de l’orthographe.

Prisonnier de guerre Il est mobilisé lors de la seconde guerre mondiale en tant qu’officier dans le 6ème régiment d’infanterie.  Le (il est alors capitaine), il est capturé avec son régiment par les troupes allemandes à Barbonval (Aisne) et détenu jusqu'au successivement dans différents Oflags, notamment à Gross Born, Arnswalde, Soest. Durant sa captivité, il devient le chef d'un orchestre symphonique (qui a réuni jusqu'à soixante exécutants et donné au moins quinze concerts en un peu plus de trente mois) et compose plusieurs œuvres musicales : Hommage à Jeanne d'Arc, Héroïde funèbre, Missa brevisLes œuvres musicales Missa brevis et Sonate d'été ont été publiées après guerre. La première, Messe brève à voix mixtes avec accompagnement d'orgue, aux Éditions F.X. Le Roux, Strasbourg, 1949 ; la seconde, Sonatine d'été en trois mouvements pour piano et violon aux Éditions B. Schott Söhne, Mayence, 1948. et Sonate d'été .

Rôle en Allemagne d'après-guerre Libéré le , il est réquisitionné dès le de la même année par le Centre d'Organisation du Gouvernement Militaire en Allemagne (COGMA) et affecté en zone d'occupation française en Allemagne où il occupera jusqu'en 1950, à Baden-Baden, en qualité d'administrateur, le poste de Chef du « Bureau des Spectacles et de la Musique » (BSM), avec mission de contribuer, sur le plan de la musique et du théâtre, à la rééducation de l’élite allemande aux fins d’éliminer les racines nazies de la vie intellectuelle du pays.

En 1950, à la suite d’une réorganisation des services vécue par René Thimonnier comme une atteinte à la qualité de son action à la tête du BSM, mesure contre laquelle il émet des critiques, il est relevé de ses fonctions et réaffecté au ministère de l’Éducation nationale dont il était détaché durant son activité en Allemagne.

En 1951, en reconnaissance de son action passée en tant que chef du BSM, il est élevé au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur, avec l’appui notamment du Général Koenig (gouverneur militaire de la zone d'occupation française en Allemagne de 1945 à 1949) qui estimera à cette occasion que l’on doit à l'énergie et au zèle de René Thimonnier le redressement et l'extension des arts français, notamment la musique et le théâtre, dans l'Allemagne d'après-guerre.

Recherche (sur l'orthographe) et expérimentation Réintégré en 1950 dans le corps des professeurs de l’éducation nationale, il enseigne alors le français durant quinze ans, d’abord au Collège moderne d’Orléans pour l'année scolaire 1950-1951, puis au Lycée Paul Langevin de Suresnes (Seine) jusqu'en 1955, enfin au Lycée Carnot à Paris jusqu’à sa mise à la retraite en 1965, période qu’il met à profit pour construire et tester sa théorie sur le système graphique du français.

Théorie sur le système graphique du français

En résumé À l'issue d'un long travail personnel de recherche sur la base, notamment, des 35000 mots du Dictionnaire de l'Académie Française ( édition), René Thimonnier conclut que l’orthographe du français n’est pas aussi incohérente qu’on le prétend : il a mis en évidence un système, dont il reconnaît la complexité, mais qu'il juge assez cohérent pour se prêter à une étude raisonnée, sous réserve toutefois d'une « normalisation orthographique », portant sur 500 mots environ dans sa liste finale, pour supprimer les graphies erronées et exceptions inutiles. C’est donc, selon lui, moins l’orthographe qu’il convient de réformer que la façon dont on l’enseigne. En centrant l’analyse, non sur des mots isolés, mais sur des « séries analogiques », il suffirait de considérer 4500 séries au lieu de 35000 mots, ceci diminuant notablement les difficultés. Il propose pour cela une méthode, mise au point et expérimentée durant plusieurs années auprès de ses élèves, de nature à remédier à la « crise de l'orthographe » et ouvrir la voie à l'émergence d'une nouvelle science : l'orthographique.

Description de la théorie

Les principes fondamentaux de la théorie sont exposés dans le premier ouvrage publié de René Thimonnier : Le système graphique du français, Introduction à une pédagogie rationnelle de l'orthographe.

René Thimonnier y dresse d'abord plusieurs constats, s’appuyant tant sur l’évolution graphique de la langue française à travers les siècles, les points de vue exprimés et solutions proposées jadis ou plus récemment par d’éminents spécialistes, que sur la notion même d’orthographe qu’il définit, sous sa forme actuelle, comme n’étant Nina Catach, Thimonnier : Le système graphique du français, 1967, p. 88 (nouv. éd. 1976, p.90) ; Pour une pédagogie rénovée de l'orthographe et de la langue française, 1974, p.17. Ainsi :

- L'orthographe française est souvent décriée. (Ce lieu commun figure d’ailleurs en préambule de la Dictée du Diable, dont René Thimonnier est l’auteur : ). En témoignent notamment ces propos de Paul Valéry : Propos tirés d’une conférence, intitulée « Le Bilan de l’Intelligence », prononcée le 16 janvier 1935 par Paul Valéry devant les membres de l’Institut de France, c.à.d des cinq Académies réunies : Académie française, Académie des inscriptions et belles-lettres, Académie des sciences, Académie des beaux-arts, Académie des sciences morales et politiques. lire en ligne :.

- L'orthographe a désormais caractère de contrainte sociale. Il fut un temps où les Français ne se préoccupaient guère de l’orthographe. Les formes graphiques pouvaient alors varier en fonction de l’auteur, de l’imprimeur, et parfois même d’une classe à l’autre. Mais à partir de 1789, apparaît la volonté de faciliter l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, ceci impliquant une orthographe fixe. Conformément au vœu exprimé par la Convention (29 frimaire, an II), la monarchie de Juillet crée un enseignement primaire public dont l’orthographe constituera l’une des disciplines fondamentales (1832). Le décret d’application précise que l’orthographe de l’Académie sera la seule obligatoire et la seule officielle (1835)Thimonnier : Le système graphique du français, nouv. éd. 1976, pp. 26 et 85.L'existence de ce décret d'application est contestée par Nina Catach dans son article .

- Pourtant, tout imposée qu’elle soit, l’orthographe reste difficile à acquérir et sa pratique, souvent imparfaitement maîtrisée (y compris par des adultes cultivésMaurice Chapelan, "Je n'ai fait que vingt et une fautes dans la dictée du professeur Thimonnier", Le Figaro littéraire, semaine du 3 au 9 juin 1965, n° 998, 3 juin 1965, page 13 ; Cf. Dictée du Diable), donne à la francophonie le sentiment de vivre une perpétuelle « crise orthographique ». Pour y remédier, il n’existe théoriquement que deux remèdes possibles : soit réformer l’orthographe elle-même, soit réformer la façon dont on l’enseigne. Encore faut-il avoir préalablement défini la nature du problèmeThimonnier : Le système graphique du français, nouv. éd. 1976, pp. 27-28.

- Le problème majeur : les homonymes. Le vocabulaire usuel est surtout formé de mots courts, qui contribuent à donner à la langue française des qualités de force et de concision. Mais, cette tendance à la contraction a formé de nombreux homonymes. Ainsi, par exemple, les latins sanctus, sinus, sanus, cinctus, quinque, signum ont abouti en français aux monosyllables homophones : saint, sein, sain, ceint, cinq, seing, contrairement aux autres langues romanes qui ont évolué moins vite et conservé une distinction entre ces mots. Des énoncés tels que « je ne sais ce qu’il apprit, ce qu’il a pris, ce qui la prit » ne sont clairs que sous forme écrite ou, à l’oral, seulement par référence au contexte. Beaucoup de distinctions grammaticales (celles qui marquent le genre, le nombre, la personne, le temps, le mode) ne sont plus signalées que par l’écriture (ex ; il parle, ils parlent)Thimonnier : Le système graphique du français, nouv. éd. 1976, pp. 38-45.

Aucune langue européenne n’est autant que le français encombrée d’homonymes. Au même son (ou groupe de sons) correspondent souvent une pluralité de formes. La plupart des fautes d’orthographe s’expliquent par une homonymie totale ou, davantage encore, par une homonymie partielle. René Thimonnier fait toutefois une distinction entre les homonymies apparentes (ou homophonies) et les homonymies réelles. Les premières ne sont caractérisées que par l’identité phonique concernant, soit le mot entier (air, aire), ou seulement l'une de ses parties (baron, barrique). Les secondes reposent sur une double analogie : celle du son et du sens. Elles peuvent être également totales (martyr, martyre) ou partielles (honorer, honneur). Si l’homophonie ne soulève pas de difficulté particulière d’écriture, les homonymies réelles, par contre, et parmi elles, surtout les homonymies partielles, constituent la principale difficulté de l'orthographe française.