vignette|La salle du palais impérial d'Ingelheim. Le palais impérial d'Ingelheim est un palais royal de la seconde moitié du , qui a servi de résidence temporaire aux souverains germaniques jusqu'au . Ce complexe palatial se trouve dans Nieder-Ingelheim, à l'ouest de Mayence, sur la parcelle Im Saal, sur un coteau surplombant la plaine du Rhin. De ce château, il ne subsiste que d'imposantes ruines ; mais la plus grande partie des locaux est souterraine. Les fouilles archéologiques ont permis de reconstituer en grande partie l'édificeVotre moment « splendeur impériale » : des murs qui murmurent l’histoire.

Historique des fouilles vignette|Palais impérial d’Ingelheim, résidence carolingienne de Charlemagne et de Louis le Pieux. Les premières recherches ont été menées sur ce site dès le milieu du : en 1852, August von Cohausen exposait le résultat des premières fouillesD'après . En 1888-89, Paul Clemen entreprit de poursuivre les excavationsCf. .. L'association allemande d'histoire de l’art confia en 1909 à Christian Rauch l'organisation de fouilles systématiques, mais celles-ci durent être reportées à cause de la guerre. Rauch publia cependant un rapport sur ses découvertes, et s'appuya dessus pour proposer en 1931-32 une maquette du châteauD'après ., qui jusqu'en 1975 fixa les canons de l’architecture carolingienne en matière de palais. En 1960 les fouilles reprirent sous la direction de Walter Sage grâce aux moyens mis à disposition par la Fondation allemande pour la recherche. Il a eu pour successeurs Hermann Ament (1963) puis Uta Wengenroth-Weimann (campagnes de 1965 et de 1968-70). Des fondations dégagées au cours de ces années, Konrad Weidemann a pu élaborer en 1975 une nouvelle maquette du complexe palatal rectifiant celle de Walter Sage. Depuis 1995 de nouvelles excavations ont été menées, visant à mieux dater et délimiter chaque corps de logis et à préciser la topographie d'ensemble. On a pu ainsi retrouver le seul exemplaire connu à ce jour de pièce d'or à l'effigie de CharlemagneCf. la photo du solidus de Charlemagne, une boucle de ceinture de même époque ainsi qu'un hypocauste antérieur à l'an mil. Cette dernière campagne de fouille a aussi permis de fabriquer une maquette actualisée du palais d'Ingelheim.

Développement du palais d'Ingelheim Haut moyen âge L'emprise du château se trouve à 500 m environ au dessus du village de Nieder-Ingelheim et son église Saint-Rémi, où se trouvait un château des rois mérovingiens. Il y avait à l'époque franque plusieurs fermes à la place du village d'Ingelheim, avec leurs cimetières respectifs : elles ont été annexées au domaine royal au .

Les sources écrites mentionnent Ingelheim dès 742-43 : cet hiver-là, Carloman fit donation au nouveau diocèse de Wurtzbourg de l’église Saint-Rémi de Nieder-Ingelheim, ainsi que de 25 autres églises et chapelles. Ingelheim se trouvait alors au cœur du royaume des Francs : c'était un fief de la Couronne important, puisqu'il se trouvait à proximité immédiate de la ville de Mayence.

La présence de Charlemagne à Ingelheim est attestée une première fois en . Il y effectua une brève étape au retour de l'invasion du Royaume lombard dans le Nord de l'Italie, où il s'était fait couronner roi des Lombards. Puis à partir de l'hiver 787 il séjourna de nouveau à Ingelheim, cette fois pour une plus longue durée : il y passa Noël et ne quitta le château qu'au début de l'été 788 : au mois de , en effet, Charlemagne convoquait le grand ban pour juger le duc Tassilon III de Bavière, condamné à mort pour trahison (ce dernier sera finalement gracié par Charlemagne et relégué à vie dans un monastère). La durée et l'importance historique de ce séjour, le fait que le souverain franc y ait passé les fêtes de Noël et de Pâques, suffisent à montrer l'importance de cette forteresse, qui pouvait être approvisionnée par les fermes voisines. Nous apprenons par la Vita Karoli Magni d’Eginhard que Charlemagne a effectivement fait construire un palatium à Ingelheim, car le biographe considère la construction de deux grands châteaux, l'un à Ingelheim et l'autre à Nimègue, comme les plus grands accomplissements architecturaux de Charlemagne, juste après l'érection de la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle et le pont franchissant le Rhin à MayenceCf. entre autres . Toutefois, Eginhard dit tout aussi clairement que le chantier du château n'en était encore qu'à ses débuts (inchoavit) à la mort de Charlemagne. Du reste, après le séjour de 787-88, le roi des Francs cessa de prendre ses quartiers d'hiver au palais d’Ingelheim ; il faudra attendre le mois d' pour que Charlemagne convoque, une ultime fois, le ban à Ingelheim : Aix-la-Chapelle était désormais sa résidence favorite.

Son fils Louis le Pieux résida beaucoup plus souvent à Ingelheim : de 817 à 840, il s'y rendit sept fois. Il y convoqua cinq fois le ban de l'empire, y reçut solennellement quatre ambassades et y tint au moins un synode. Au cours du seul été 826, il y eut même deux bans à Ingelheim (en juin et en octobre). Ces assemblées marquent l’apogée de son règne : lors de la première, un roi déposé par ses barons et chassé de ses terres, le Dane Heriold, qui avait fait allégeance aux Francs dès 814, en appela à Louis pour reconquérir son trôneEginhard, Annales regni Francorum, année 814.. À cette occasion, il se fit baptiser avec sa famille et toute sa cour dans l’Abbaye Saint-Alban devant Mayence.

Louis le Pieux est mort le sur une île fortifiée du Rhin face à Ingelheim. On ne l'a cependant pas inhumé à Ingelheim, mais dans le caveau familial de Metz.

Le moine aquitain Ermold le Noir, fait de la description du palais d'Ingelheim qui accompagne le récit du baptême du roi Harald (826), le point d'orgue de son panégyrique de Louis le Pieux (826-28). Il met en particulier un soin minutieux à dépeindre en deux coupletsCf. . les tapisseries murales de la regia domus (salle du trône) et d'une aula dei (chapelle). Toutefois le rapprochement avec les données archéologiques et les récits donnés par les annales de l'époque invitent à prendre ses propos avec circonspection.

Les Carolingiens postérieurs n'ont résidé à eux tous, de façon certaine, qu'à sept reprises à Ingelheim.

Architecture carolingienne du palais Les fermes mérovingiennes du ont été rasées pour permettre la construction du palais dans le dernier quart du . Le palais primitif n'occupait qu'une surface de x , sur une terrasse située à trois kilomètres de la rive sud du Rhin. Dès l'époque carolingienne, il comportait une salle du trône (Aula regia) de x , reprenant les canons des basiliques antiques avec un exèdre, détails qui suffisent à caractériser le plan du palais. La forme et l’ordonnance de l'édifice laissent deviner un plan intentionnel, qui ne fut toutefois mené à son terme, comme l'indiquent les fouilles archéologiques, qu'au . La salle du trône était dotée d'un narthex précédant la porte nord et de portails latéraux à l'est et l'ouest. On peut encore voir dans les ruines de l'abside, dans la moitié sud de l'édifice, les vestiges de l’estrade sur laquelle se trouvait le trône. Pour ce qui est de la décoration intérieure, on a retrouvé fragments du crépi peint de diverses couleurs et un carrelage de marbre et de porphyre, dont on peut voir quelques échantillons à l'accueil et dans le musée du palais impérial. Au dessus de la lésène gauche de l'abside, un arc-boutant a été conservé dans son état d'origine, sur lequel prenait appui un arc de triomphe couronnant l'abside. Cela permet d'estimer la hauteur aux naissances des voûtes de la salle du trône à et sa hauteur sous voûte à .

L’exèdre avait un diamètre de , possédait au moins deux niveaux et était flanqués à l’extérieur de six tours rondes, qui ont abrité des conduites d'eau chauffée ; mais ces tours avaient aussi une importante fonction politique : vu de l’extérieur, elles magnifiaient le palais et lui donnaient un aspect d'ouvrage défensif. L’exèdre embrasse toute la largeur de l'édifice. Pour l'architecture du haut Moyen Âge, Ingelheim est, avec le palais de Samoussy (France), le seul exempleD'après . de voûte en cul-de-four. L'intérieur était divisé par des murs rayonnants en six ou sept salles, auxquelles on accédait par une colonnade. Au fond de l’exèdre, il y avait à l’époque carolingienne une baie, dite « Porte de Heidesheim. »

Cette porte était flanquée de deux portes plus petites qui menaient chacune à un passage voûté, qui donnaient accès aux tours extérieures. On peut encore voir ces deux passages et leurs portes ; l’une de ces portes a conservé un linteau en grès dans son état d'origine. Les deux portes de style carolingien sont d'ailleurs l’un des ultimes vestiges des remparts, qui furent pourtant reconstruits sous le règne de la dynastie des Hohenstaufen. À l’époque carolingienne, le palais n'était pas encore entièrement fortifié. Il était prolongé à l’ouest par une salle et son aile nord était une longue arcade. C'est là, dans le noyau primitif du château, que lors des fouilles de 2004, au dégagea la chapelle carolingienne : jusque-là, on ne savait pas avec certitude laquelle des églises servait de lieu de culte à l’époque carolingienne.

L’architecture du palais carolingien d’Ingelheim reprend de nombreux motifs d’architecture antique : on le voit au plan des principaux édifices comme la salle du trône, l’exèdre ou le plan trifolié de la chapelle. Même le plan d'ensemble ou la position relative des différents édifices rappelle les villas et les palais romains.

Évolution au Moyen Âge Ingelheim retrouve la faveur des monarques allemands sous le règne des Ottoniens. Othon I a par exemple résidé à dix reprises au moins à Ingelheim : cela fait autant de séjours qu'au palais d'Aix-la-Chapelle.

Au mois de , il y eut à Ingelheim un important synode destiné à résoudre le schisme né de la lutte pour la chaire de l'Archevêché de Reims ; ce synode ne se tint toutefois pas dans la salle du palais, mais dans l'église Saint-Remi, qui se trouve un peu à l'ouest du palais. Il y eut ensuite d'autres synodes d'empire : 958, 972, 980, 993 et 996. Sous le bref règne d'Othon II, deux Pâques y furent célébrées (en 977 et 980) ainsi qu'un synode (980) ; mais Othon III est encore l'empereur qui a le plus résidé dans ce palais, marqué par la présence simultanée de l’impératrice Theophano et d’Adélaïde, qui assurèrent la régence au nom de l'enfant-roi Othon III. La préférence pour ce château tenait sans doute à la proximité de Mayence et donc de l'archevêque Willigis, qui était à la fois l'oncle d'Othon III et un prélat dont l'influence politique et l'autorité en faisait l'un des grands de l'empire. À partir de 994, le règne personnel d'Othon III commence et le palais d'Aix-la-Chapelle prend de nouveau la préséance.

Sous le règne des Ottoniens, le palais d'Ingelheim aura été, après Quedlinbourg et Aix-la-Chapelle, l'un des séjours favoris de la cour pour la célébration des fêtes de Pâques, qui était à cette époque l'une des fêtes liturgiques les plus importantes, car les souverains profitaient de cette occasion pour y manifester leur puissance et leur richesse.

L'examen des vestiges archéologiques du site laisse deviner d'importants travaux de réparation ainsi qu'une légère modification du palais au : une chapelle, la Saalkirche, a été ajoutée à l'est de la salle du trône ; c'était une église à transept possédant une seule nef. Son nom lui vient de la parcelle (Im Saal) où elle a été dressée. Elle est nettement plus grande que les édifices religieux qui l'ont précédée sur le site (Cf. infra § Topographie sacrale du palais). Contrairement aux autres églises de l'an mil, son abside n'est pas exactement « orientée » (dirigée vers l'est), mais plutôt vers le nord-est : cette anomalie lui permet cependant de s'insérer idéalement au sein du complexe architectural carolingien.