vignette|Lancement du quatrième plan autisme (aussi appelé « stratégie autisme ») en 2018.

L'autisme en France est marqué par un historique témoignant d'une forte influence historique de la psychanalyse, et par la pérennité de pratiques d'institutionnalisation violant les droits fondamentaux des personnes autistes. D'après les estimations de 2026, 1 % à 2 % de la population française a un trouble du spectre de l'autisme, pour la plupart non-diagnostiqué, entraînant des degrés variables de handicap.

Avant les premières actions d'intervention et de définition médicale, les personnes autistes sont vraisemblablement très marginalisées et victimes de graves violences. Ces premières actions sont mises en place dans les années 1950, notamment par le Roger Misès qui crée les hôpitaux de jour et conçoit la classification française des troubles mentaux de l'enfant et de l'adolescent (CFTMEA). L'autisme est popularisé par La Forteresse vide de Bruno Bettelheim, et les conférences qu'il donne en France dans les années 1970. Les premières mesures d'État dans ce domaine sont conduites dans les années 1990, par Simone Veil. Au début du , l'approche psychiatrique française est remise en cause par des associations de parents qui saisissent le conseil de l'Europe, en raison de l'exclusion sociale qu'elle entraîne chez ces personnes, et de la culpabilisation des parents par le corps médical. Cela conduit au rattachement de l'autisme au domaine du handicap, ainsi qu'à la mise en place de nouvelles mesures, via les dans les années 2000 à 2020. Ils permettent la création d'un Centre ressources autisme par région française. L'ancienne classification de l'autisme comme psychose est progressivement abandonnée pour un rapprochement avec la notion de trouble du spectre de l'autisme (TSA), présente dans les classifications internationales, qui prend en compte l'apport des neurosciences et l'évolution des individus dans la société. Les plans autisme préconisent d'augmenter le taux de scolarisation des enfants, ainsi que l'emploi des adultes. L'ONU, via un rapport publié en , demande cependant à la France d'engager une véritable politique de désinstitutionnalisation.

L'équipe du CHRU de Tours fut pionnière dans l'étude de l'autisme, en particulier grâce aux travaux de Gilbert Lelord, et plus récemment de Catherine Barthélémy. Thomas Bourgeron et Laurent Mottron, exerçant au Québec, comptent aussi parmi les chercheurs français internationalement reconnus pour leurs travaux. Des parents d'enfants autistes ont pris la parole dans le cadre de débats publics ou via des autobiographies, entre autres Olivia Cattan, Danièle Langloys et Francis Perrin. Des personnes autistes, notamment Josef Schovanec, l'ont fait plus récemment, en soutenant la neurodiversité face au modèle médical. Parmi les associations agissant historiquement en ce domaine figurent Autisme France, Sésame Autisme, et l'ARAPI.

La prise en compte de l'autisme en France est source de nombreuses tensions, en particulier sur la question de l'intervention, qui oppose les partisans d'une approche comportementale, représentés par des associations de parents et certains scientifiques cognitivistes, à ceux qui utilisent un référentiel psychanalytique, et au mouvement pour les droits des personnes autistes. Des pratiques spécifiquement françaises, telles que l'utilisation fréquente du mot comme insulte et la sur-médication en neuroleptiques, sont source d'exclusion et de souffrance pour les personnes concernées, touchées par de nombreuses difficultés d'ordre social telles que la déscolarisation et le chômage. Les travaux récents préconisent de s'appuyer sur les centres d'intérêt spécifiques des personnes autistes afin de favoriser une société inclusive.

Descriptifs et statistiques Selon la sociologue Lise Demailly, l'autisme en France représente un espace social où les débats passionnés et les violences symboliques sont le premier fait observé, avec des qui entraînent des affaires judiciaires à dimension internationale. Elle note que . Le champ de l'autisme en France présente des caractéristiques propres, de par notamment l'hétérogénéïté des approches, des représentations et des prises de position, ainsi que l'importance de la psychanalyse, elle remarque toutefois que l'espace québécois qui n'est pas concerné par la psychanalyse fait également face à la dénonciation par les parents de l'insuffisance des offres de services, et que tous les groupes sociaux ne se positionnent pas dans l’opposition binaire cognitivo-comportementalisme/psychanalyse. Les sur l'autisme sont désormais internationalisés, les neurobiologistes et généticiens . Si les psychiatres et psychiatres-psychanalystes français sont contestés et attaqués, perdant en légitimité auprès de l'administration publique, . Demailly précise qu' qu'il n'existe d'ailleurs pas de définition scientifique unique de l'autisme ni de connaissance de son étiologie, la médecine fondée sur les preuves n'ayant trouvé ni marqueur biologique ni théorie unifiée bien qu'il autour de la triade, avec néanmoins des tensions épistémologiques. La représentation par des personnes autistes elles-mêmes reste faible en France, avec une arrivée tardive du mouvement de la neurodiversité.

Descriptifs

En France, le site officiel du Ministère des Solidarités et de la Santé consacré à l'autisme le décrit comme un , caractérisé par trois facteurs : la génétique, le développement cérébral et le comportement, se manifestant . S'y ajoutent des hyper ou hypo-sensibilités sensorielles, d'intensité variable. De nombreux troubles associés touchent les personnes autistes, dont l'épilepsie, l'hyperactivité et les troubles de l'alimentation et du sommeil. Le site ministériel souligne l'abandon progressif des sous-catégories de formes d'autisme, et retient la notion dimensionnelle de (TSA) qui prend en compte l'évolution des individus dans la société..

D'après le directeur de recherches au CNRS Franck Ramus : Franck Ramus, « Quelles questions pose l'autisme, et comment y répondre ? » dans ..

Le psychiatre cognitiviste Laurent Mottron constate (2016) que . Une proportion équivalente de personnes autistes quitte les critères diagnostiques de l'autisme avec le temps, d'autres restent non-verbales, certaines peuvent présenter des comportements difficiles à gérer.

Causes

Les caractéristiques psychologiques des parents ne sont en aucun cas la cause de l'autisme de leur enfant, ni le gluten, les vaccins ou le mercure.. Sur le site de l'Inserm, l'origine de l'autisme est décrite comme ., l'implication génétique étant démontrée.. Une équipe internationale dont fait partie le chercheur français Thomas Bourgeron a mis la première mutation monogénique en évidence. D'autres mutations perturbant la communication entre neurones ont été révélées par des travaux internationaux..

Selon le journaliste scientifique Gerald Messadié, l'influence de la psychanalyse entretient une vision erronée de l'autisme comme ayant des causes uniquement psychiques. Pour le psychiatre et neurologue Gilbert Lelord, les praticiens qui soutenaient que disposaient d'un argument puissant car , lié à l'eugénisme nazi, expliquait la difficulté à accepter l'approche génétique. Laurent Mottron ajoute qu'en France, . Les pédopsychiatres-psychanalystes Bernard Golse et Roger Misès défendent l'existence d'un (en 2012 et 2008)., de même que Pierre Delion (en 2001)., le psychanalyste freudo-lacanien Charles Melman (en 2013, en s'appuyant sur les travaux de Françoise Dolto). et la psychanalyste Marie-Christine Laznik (en 2013 et 2015), qui parle de ...

Classification

La classification française des troubles mentaux de l'enfant et de l'adolescent (CFTMEA) établie par Roger Misès, référence nosologique française pour la classification médicale de l'autisme, maintient dans la version révisée de 2012 deux sous-catégories originales parmi les troubles envahissants du développement (TED), la psychose déficitaire et la dysharmonie psychotique. Ces catégories n'existent pas dans les classifications internationales CIM-10 (Chapitre 05 : Troubles mentaux et du comportement) et DSM-V. Les autres formes d'autisme reconnues à la fois dans cette classification et dans la CIM-10 sont l'autisme infantile et le syndrome d'Asperger. D'après le pédopsychiatre Dominique Sauvage, la reconnaissance nosologique de l'autisme .

+ Correspondance entre les classifications CIM-10 et CFTMEA-R-2012..CIM-10Troubles envahissants du développementCFTMEA-R-2012Troubles envahissants du développement - psychoses précocesF84.0 Autisme infantile1.00 Autisme infantile précoce type KannerF84.1 Autisme atypique1.01 Autre forme de l'autismeF84.1 + F70 à F79 Autisme typique avec retard mental1.02 Autisme ou TED avec retard mental précoce / Psychose déficitaireF84.5 Syndrome d'Asperger1.03 Syndrome d'AspergerF 84.8 Trouble envahissant du développement non spécifié1.04 Dysharmonie multiple et complexe du développement / Dysharmonie psychotique

L'utilisation du terme de « psychose » pour décrire l'autisme a été fermement condamnée au début du . Selon le psychologue et anthropologue Claude Wacjman, si la CFTMEA utilise effectivement la dénomination de psychose, sa correspondance systématique terme à terme et informatisée avec les options du DSM-5, appliquées à la classification internationale des maladies utilisée par l’Organisation mondiale de la santé, permet aux différents services sanitaires de mieux rendre compte de leur activité. La validité des diagnostics de psychose infantile reste défendue par certains professionnels de l'autisme, tels que Clément de Guibert. et le psychiatre-psychanalyste Pierre Delion.. Par ailleurs, des professionnels de santé tels que Roger Misès, le professeur de psychologie clinique et psychanalyste Jean-Claude Maleval. et Claude Wacjman, s'opposent aux notions internationales de trouble du spectre de l'autisme (TSA) et de trouble envahissant du développement (TED), dénonçant pour Wacjman , et pour Maleval, un « fourre-tout ». Jacques Hochmann estime que la notion de « spectre de l'autisme » disparaîtra dans les prochaines années, au profit de celle d'« autismes » au pluriel. Ce concept de pluralité des autismes, parfois retenu par des travaux internationaux, l'est aussi par la clinique des psychanalystes, notamment lacaniens.

La classification de l'autisme en France a toujours été ambiguë, avec un rattachement officiel au domaine du handicap, autrefois à celui de la santé mentale, ce qui perturbe la mise en place de mesures officielles. Claude Wacjman et Oliver Douville contestent .. Josef Schovanec souligne que le rattachement au domaine de la santé mentale permet de . Ce fait, de même que l'administration de psychotropes et l'existence de psychothérapies peu efficaces, est à l'origine d'un rejet important de la notion de trouble mental de la part des personnes autistes et de leurs parents, malgré l'existence des troubles associés de type troubles du comportement et de troubles de l'humeur (anxiété, dépression...)Baudouin Forgeot D'arc, « Qu'est-ce qu'une personne avec autisme ? » dans .. Les personnes autistes répondent à la définition du handicap donnée par la loi de 2005, une . Le niveau de handicap peut varier fortement, depuis l'impossibilité de subvenir à ses besoins de base, en passant par des difficultés à maintenir un emploi ou une vie familiale, jusqu'à l'absence de sensation de handicap.

Épidémiologie

Des données de référence ont été rassemblées par l’épidémiologiste Éric Fombonne en 2010, pour les besoins du rapport des connaissances sur l'autisme de la Haute Autorité de santé :