vignette|Cheval palomino en box, visiblement en mauvaise santé.
L'éthique du cheval est un champ de réflexion éthique et philosophique autour du cheval, visant à questionner le comportement humain envers cet animal, et à le modifier en cas de pratiques non-éthiques. Il inclut des questionnements quant aux choix d'élevage, de détention, d'utilisation (sportive notamment) et de fin de vie, en relation étroite avec la notion de respect et de bien-être du cheval. Ce débat se cristallise plus particulièrement autour de sujets sensibles tels que l'abattage du cheval, la consommation de sa viande, son statut juridique, la zoophilie, le dopage dans le milieu sportif, une éventuelle retraite après l'exploitation du cheval par l'être humain, le choix de l'euthanasie et la destination du corps de l'animal (équarrissage ou enterrement) après sa mort. Les demandes sociétales portent notamment sur une reconnaissance du cheval en tant qu'animal de compagnie, et sur une meilleure prise en compte de sa sensibilité.
L'éthique du cheval est influencée par le véganisme et les revendications antispécistes, portées par le mouvement de la libération animale. L'abattage, l'hippophagie, le dopage et la zoophilie font l'objet d'un fort rejet, dans un contexte de mondialisation des échanges et des sports équestres. Ces questionnements touchent toute l'économie et les aspects légaux de l'équitation, du sport hippique et de l'élevage équin.
Définition et problématique vignette|Axel Kahn fait partie des personnalités impliquées pour davantage d'éthique dans les rapports avec les chevaux. D'après la définition qu'en fournit le haras national suisse, l'éthique envers le cheval consiste à remettre en question le comportement de l'être humain envers l'animal, pour .. Elle vise à traiter le cheval dans le respect de sa dignité et de son bien-être, tout en assurant l’utilité et l’usage qu'en attendent les êtres humains. Cette responsabilité repose en premier lieu sur les personnes qui sont en relation directe avec des chevaux (cavaliers, propriétaires, éleveurs, palefreniers, équithérapeutes)... Elle inclut aussi une réflexion sur l'orientation des pratiques d'élevage, par exemple en cas de sélection d'hypertypes..
Pour être éthique, une pratique ou une contrainte doit respecter la dignité du cheval. C'est le cas seulement : la contrainte imposée au cheval et les intérêts sont mis en balance. Si la contrainte infligée à l’animal pèse davantage que les intérêts des parties concernées, elle peut être définie comme abusive. L'éthique envers le cheval implique .. D'après Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, le cheval fait partie des animaux chez lesquels le monde scientifique reconnaît la possibilité de souffrir. Il est souvent pris comme exemple de la souffrance animale.. D'après le généticien et éthicien Axel Kahn, . Le cheval a toujours bénéficié d'un statut particulier au sein des animaux domestiques, dans la mesure où son utilisation est généralement autre qu'alimentaire. Cependant, les conditions de vie qui lui sont imposées par l'être humain, généralement dans un box et en solitaire, sont très différentes de celles dont cet animal dispose à l'état naturel..
Exemples de pesées d’intérêts La réflexion éthique par pesée d'intérêts permet d'analyser de multiples traitements infligés aux chevaux. Par exemple, le marquage au fer rouge, qui avait une fonction pour permettre d'identifier les chevaux, n'est justifié que par la publicité et le marketing depuis la généralisation de la puce électronique. Cet aspect a motivé son interdiction en Allemagne.. Le rasage des vibrisses du cheval est lui aussi considéré comme contraire à l'éthique, dans la mesure où il n'est justifié que par des considérations esthétiques, et entraîne une souffrance chez le cheval du fait de la perte d'organes sensoriels.
Multiplicité des points de vue
La définition de ce qui est acceptable ou non pour le cheval se heurte aux biais culturels : en fonction de la relation entretenue par chaque peuple avec les chevaux et de l'histoire personnelle de chacun, certaines pratiques seront considérées comme inacceptables par les uns, alors que d'autres les trouveront acceptables. L'exode rural et la mondialisation des sports équestres et hippiques posent le problème du consensus à trouver. Un grand nombre de pratiques du monde équestre sont jugées contraires à l'éthique, parmi lesquelles l'usage d'un mors sévère, celui de la cravache, des méthodes d'entraînement comme le rollkur et le barrage, l'usage de chocs électriques et la domination du cheval par la force.
Histoire
vignette|gauche|Poney avec une jambe artificielle. Avant la naissance d'une notion d'éthique animale, certains usages des chevaux étaient condamnés par la morale religieuse. Au , Tertullien dénonce l’usage « démoniaque » de l’animal pendant les jeux du cirque, estimant qu'il constitue une faute pour les Chrétiens.. La religion chrétienne, puis les philosophes occidentaux placent le cheval au service des hommes : d'après Éric Baratay, . Le cheval est connoté positivement, mais la morale religieuse catholique condamne le fait de lui donner une sépulture, un acte considéré comme païen.. En Inde, le dharma agit un peu comme un code d'éthique, promouvant un comportement non-violent envers les animaux. Siddhartha Gautama interdit à ses fidèles de voir l'abattage d'un animal, et de consommer les deux « animaux royaux » que sont l'éléphant et le cheval.. La conception moraliste de la juste façon de traiter les animaux ne prend pas en compte la douleur qu'ils peuvent ressentir. Qu'elle soit religieuse ou sociale, cette conception perdure jusque dans les années 1970.
Avis des philosophes depuis la Renaissance Montaigne est sceptique quant à la prétendue supériorité « rationnelle » de l'homme sur l'animalMontaigne, Essais, II, 12, « Apologie de Raymond Sebond ».. Contre sa position, Descartes développe la notion d'animal-machine, dénué de raison et de parole.. Kant estime que .. Par contre, Spinoza reconnaît que les animaux possèdent « un esprit » et expriment certains sentiments :
De même, par opposition à la pensée cartésienne, Jean Meslier écrit :
Michel Onfray l'analyse comme l'un des premiers textes antispécistes connus. De même, pour Meslier, ouvertement athée, l'homme et le cheval sont faits de la même matière : ..
Au La doctrine utilitariste du remet en cause le statut éthique du cheval, entraînant un renouvellement profond de la pensée occidentale. Jeremy Bentham reconnaît au cheval des capacités de raisonnement supérieures à celles des bébés humains, et surtout, une possibilité de souffrir :
D'après Alberto Bondolfi, l'importance de ce texte est capitale pour les relations éthiques avec les animaux, car il fait pour la première fois de la douleur le critère éthique du jugement.. À cette époque, la considération envers le service rendu est estimée être un .. Comme le rappelle Éric Baratay, dès la seconde moitié du , des paysans gardent leurs vieux chevaux de travail « à la retraite » jusqu'à leur mort naturelle, plutôt que de les abattre.. Ils rejettent l'hippophagie, non plus pour des raisons religieuses, mais parce qu'ils ne .
Développement de l'éthique animale L'éthique animale, en tant que branche de la philosophie, se développe principalement dans les pays de langue anglaise pendant les années 1970, notamment avec la publication de La Libération animale de Peter Singer.. Elle accompagne des modifications fortes de la place occupée par le cheval dans la société occidentale, depuis la fin du . :
Un nombre croissant de cavalières déclarent aimer leur cheval, mais l'anthropomorphisme est fréquent. D'après Baratay, le cheval est devenu l’animal « qui n’est pas dans la maison », un symbole de nature et un ambassadeur des jeunes générations. Jean-Pierre Digard souligne l'intensification du débat, glissant progressivement de la notion de « protection animale » (conçue en tant que devoir de l'être humain) à celle de « droit des animaux », puis de « libération animale ».. Émilie De Cooker remarque , qui entraîne ces réflexions sur l'éthique équestre. Elle estime qu'il faut .. De nouveaux questionnements émergent, remettant en cause l'usage des enrênements et le rapport avec la mort des chevaux.
Le débat éthique arrive en Allemagne avec la révélation du barrage que le célèbre entraîneur Paul Schockemöhle fait subir à ses chevaux d'obstacle, ce qui pousse la fédération équestre allemande à édicter ses premiers principes d'éthique dans les années 1990.. L'éthique animale arrive tardivement dans les débats français. L'héritage humaniste entraîne un fort anthropocentrisme, avec la conviction que les animaux et l'environnement sont au service de l'être humain. Vétérinaires et universitaires francophones s’intéressent à ce débat de manière croissante depuis le début du . En 2011, le haras national suisse estime que l'éthique équestre a pris .
Actions en faveur d'une éthique équestre La croyance selon laquelle les considérations éthiques entraînent des avancées en matière de respect du bien-être du cheval est en grande partie fausse. En réalité, ces avancées sont presque essentiellement obtenues grâce aux demandes de militants et du grand public.. En 1991, l'association éthique du cheval est créée à Lille par une dizaine de cavaliers, avec pour objectif de lutter contre l'hippophagie.. En 2009, la Fédération française d'équitation publie la « Charte d’éthique des équipes de France d’équitation », stipulant que .. Axel Kahn, ancien président de l’université Paris-Descartes, participe à ce débat, notamment à travers la création d'un diplôme universitaire intégrant ces notions, effectif depuis janvier 2016.. C'est également en 2015 qu'un vétérinaire comportementaliste, Vincent Boureau, crée le think tank « Equi-Ethic »..
La Fédération suisse des sports équestres (FSSE) s'est penchée sur l'éthique dans les sports équestres en 2008. Un débat multidisciplinaire est lancé en 2009, en intégrant les éleveurs, détenteurs d'équidés et cavaliers de loisir. La conclusion est un besoin d'information, de communication et de transfert de connaissances. En 2008, la loi suisse intègre la notion de « dignité de l’animal », définie comme . Cela remet en cause les actions qui .. La notion d' est quant à elle définie par le fait de .. Cela mène à l'interdiction du rasage des vibrisses, de l'hyperflexion (ou rollkur), des rênes allemandes en compétition de saut d'obstacles, et du barrage du cheval d'obstacles en Suisse, en 2014 et 2015.
La Fédération équestre du Québec s'est dotée d'un « Code d'éthique » incluant des recommandations à tenir face aux chevaux, qui devraient être traités avec « la bonté, le respect et la compassion qui leur sont dus ».. Cependant, l'association Galahad estime que la réglementation québécoise est très en retard par rapport à celle de la Suisse. De même, la revue Cheval Savoir a pointé le retard de la France sur la Suisse, en matière de protection équine..
En 2010, les chercheurs australiens Jones Bidda et Paul D. McGreevy publient un article engagé en faveur d'une , signalant que ..
Controverses impliquant l'éthique La notion d'éthique équestre étant purement occidentale, des heurts trouvent leur origine dans une vision différente de l'animal. Dans les années 2010, la Suisse, la Belgique et la France (entre autres) dénoncent les agissements des pays arabes du Golfe dans la discipline équestre de l'endurance, en raison de nombreuses morts de montures pendant ou après les compétitions.. D'après Yves Riou, ces affaires mettent en lumière le changement de statut du cheval au Moyen-Orient, devenu au début du un et remplaçable..