La crise des subprimes a particulièrement touché l'industrie automobile américaine, déjà fragilisée par les évolutions des habitudes de consommation des américains.

Les « Big Three », General Motors, Ford et Chrysler, ont plus ou moins bien résisté à cette crise en raison des différents choix stratégiques de leurs dirigeants en matière de financement et de production. Ford, qui avait mieux anticipé l'évolution du marché, a plutôt bien résisté, à l'inverse de General Motors qui, au bord de la faillite, a dû être nationalisé.

Le mécanisme de la crise des subprimes thumb|Graphique représentant le nombre de saisie immobilière aux États-Unis. Depuis la fin de l'année 2006, les médias parlent fréquemment de la « crise des subprimes ».

Avant toute chose, il faut savoir que le terme « subprime » est l'abréviation de « subprime mortgage » qui signifie « prêt hypothécaire à risques » dont le développement au cours des années 2000 est à l'origine d'une bulle immobilière qui a éclaté entre 2006 et 2008.

Ces prêts étaient destinés à des ménages aux revenus modestes qui y ont massivement eu recours en raison d'un taux d'intérêt initialement très bas. Le montant du remboursement variaient cependant sur la durée de ce prêt accordé à taux variable. Le bien immobilier hypothéqué constituaient une garantie rassurante pour le prêteur compte tenu de la hausse du marché immobilier ainsi entretenue.

Des banques comme Lehman Brothers ont titrisé (transformé en titres négociables) ces prêts subprimes, dans lesquels elles ont elles-mêmes investi ou qu'elles ont proposé aux investisseurs sur les marchés financiers en raison d'un fort rendement.

Certains investisseurs se sont donc endettés auprès des banques pour acheter un maximum de titres sur les prêts subprimes pour profiter d'un effet de levier, c'est-à-dire un mécanisme économique consistant à s'endetter pour augmenter les bénéfices potentiels d'une transaction.

Ces prêts se sont vu accorder la mention AAA par les agences de notation, c'est-à-dire qu'elles reconnaissaient ces investissements comme sûrs pour les investisseurs. Cela a eu pour effet d'augmenter encore la demande de ces titres et donc le nombre de crédits subprimes accordés.

Lorsque les taux d'intérêt ont augmenté à partir du milieu des années 2000, les ménages peu solvables n'ont plus été en mesure de rembourser leurs prêts. Les prêteurs ont donc saisi, puis mis en vente les bien immobiliers hypothéqués : comme l'offre de maisons augmentait, le prix de l'immobilier s'est effondré. Plus de 4 millions de ménages ont vu leurs maisons saisies entre 2007 et 2012. Un cercle vicieux s'est alors mis en place car même ceux qui avaient encore les moyens de rembourser leurs prêts ont cessé de payer, pour par exemple, ne pas avoir à rembourser un prêt de pour une maison qui n'en vaut plus que 90 000.

En résumé, la bulle spéculative de l'immobilier a explosé, provoquant une déflation sans précédent du cours de l'immobilier et des pertes énormes pour les investisseurs ayant investi dans les titres subprimes du fait des créances irrécouvrables.

Ces pertes massives d'argent ont parfois mené des banques à la faillite, notamment la banque « Lehmann Brothers » en .

L'éclatement de la bulle immobilière américaine a fragilisé les banques et affolé les marchés financiers, provoquant ainsi des difficultés de financement de l'économie et une récession.

Le rapport avec le secteur de l'automobile, s'il n'est pas flagrant, est réellement présent. En effet, les grands constructeurs automobiles dont General Motors, Chrysler ou Ford, qui constituent les Big three, produisent les véhicules à l'avance. La baisse du pouvoir d'achat des ménages entraîne une baisse importante des ventes de véhicules automobiles, provoquant une perte massive d'argent pour ces entreprises qui étaient déjà fragilisées.

Impact de la crise des Subprimes sur le marché automobile des États-Unis

Tout d'abord, dans la première partie, nous étudierons l'état du marché automobile américain avant la crise, puis après la crise des subprimes.

Dans la deuxième partie, nous nous intéresserons à la raison pour laquelle la crise a mené à la faillite plusieurs entreprises automobiles, avec l'exemple de General Motors. Nous verrons d'abord ce qui a conduit au dépôt de bilan de l'entreprise, puis nous observerons comment la nationalisation a pu sauver l'entreprise et les emplois.

Enfin, dans la troisième partie, nous nous demanderons si la crise est une fatalité avec l'exemple de Ford, entreprise qui a réussi à éviter le pire grâce à l'anticipation de la crise, la compréhension des besoins futurs des consommateurs et des enjeux énergétiques et nous observerons le dénouement heureux qu'a connu cette entreprise.

L'état du marché automobile américain

Avant la crise des subprimes de 2008 Comme tout marché, le marché automobile américain subit des fluctuations.

De 1930 à la fin des années 1970, les « Big three » ont détenu près de 85 % du marché automobile des États-Unis, avec une pointe à 93 % en 1953. Dès 1950, l'ouverture du marché des États-Unis à la concurrence étrangère a progressivement mis un terme à cette toute-puissance des Big Three. À partir de 1980, quelques années après le second choc pétrolier de 1979, les Américains ont délaissé les grosses cylindrées et autres pick-up et 4×4 qui étaient devenus trop chers et trop consommateurs en carburant au profit de voitures importées d'Europe et du Japon qui étaient plus petites et moins gourmandes.

Après 1980, l'économie américaine autour du secteur automobile n'a cessé de décroître en raison de l'aggravation des inégalités sociales.

Le marché automobile américain a connu à nouveau un apogée entre 1990 et 2000, comme l'illustre le tableau ci-dessous qui montre l'évolution du taux de profit des principaux constructeurs américains par période de 1960 à 2000 (en %) avec un retour en grâce des grosses voitures de type 4x4 et SUV (Sport Utility Vehicle). 60-7374-8283-9293-00GM17,9610,476,6226,58Ford12,304,049,2619,40Chrysler*8,17 -21,4615,7718,52 Tableau à double entrée.

Les « Big three » ont continué à faire des profits jusqu'en 2005, c'est-à-dire jusqu'à l'éclatement de la bulle internet, une crise qui a touché les secteurs de l'informatique, qui a connu un progressif ralentissement de sa croissance.

Le marché américain a également été fragilisé par une course effrénée entre les constructeurs implantés aux États-Unis, à celui qui détiendra la plus grosse part du marché national. Pour ce faire, ils augmentent de façon inconsidérée la taille de leurs usines et leur production.

En résumé, le marché automobile américain était déjà sérieusement fragilisé avant la crise des subprimes dans un pays où l'automobile est un symbole de la bonne santé économique.

Après la crise des subprimes de 2008 La crise des subprimes a été un désastre pour l'économie américaine concernant le marché automobile en réduisant fortement le pouvoir d'achat des américains. En effet, ce pouvoir d'achat était passé de à de 2007 à 2009. Les ménages américains, endettés par l'achat de biens immobiliers, ont réduit sensiblement leur consommation de voitures. À titre indicatif, le nombre de voitures vendues avant la crise de 2008 était d'environ 17 millions d'immatriculations par an. En 2008, ce chiffre est passé à seulement 10 millions d'immatriculations, ce qui a engendré une véritable crise du secteur de l'automobile.

Par ailleurs, en 2007, les « Big three » ne possédaient plus que 54 % du marché automobile américain. L'année suivante, le constructeur Japonais Toyota a pris la première place du marché et les géants déchus du marché automobile américain ont eu besoin de nombreuses aides gouvernementales pour tenter de sortir de cette ornière.

Après les années 2008 et 2009 qui avaient été catastrophiques pour la plupart des grands groupes américains, les « Big three » ont regagné du terrain face au géant japonais Toyota, en particulier General Motors qui, est repassé premier constructeur mondial en 2011 devant Toyota. Ce succès a été dû à une énorme cure d'austérité imposée par l’État.

En 2013, les exportations américaines de voitures ont explosé, se chiffrant à plus de 100 milliards de dollars, soit le double de ce qu'elles représentaient 10 ans auparavant.

Aujourd'hui, l'industrie automobile crée à nouveau des emplois à un rythme que les États-Unis n'ont plus vu depuis 15 ans. Plus d'un demi-million d'emplois ont été créés depuis le sauvetage du secteur par l’État fédéral en 2008.

L'impact de la crise sur Détroit, capitale de l'industrie automobile américaine La crise des subprimes a eu une influence non seulement sur les différents marchés qui composent l'économie des États-Unis, mais aussi sur un certain nombre de villes américaines, dont Détroit dans le Michigan.

Détroit était considérée autrefois comme le symbole de la prospérité américaine. Cette image est due à l'implantation historique des plus gros constructeurs automobiles comme Ford, Chrysler et General Motors. Détroit est également le berceau du Fordisme et du travail à la chaîne.

On peut donc dire que Détroit, parfois surnommée « motors city », est la ville des « Big three ». Or, lors des premières difficultés qu'a connu le secteur automobile, c'est-à-dire dans les années 1970, puis au moment de la crise des subprimes, la ville de Détroit a connu une forte hausse du chômage (le taux de chômage y a dépassé 50 %), de la criminalité, une baisse de la démographie accrue et une déchéance des services publics comme l'éclairage ou l'accès aux soins. La situation s'est détériorée jusqu'à atteindre des records en 2013, année au cours de laquelle la ville a été forcée de se déclarer en cessation de paiement, devenant ainsi la plus grande ville à avoir été en faillite dans l'histoire des États-Unis.

Même si Détroit connaissait déjà un taux de chômage et de criminalité élevé depuis 60 ans, la crise a tout de même eu des répercussions importantes sur la ville par le biais des entreprises automobiles qui y sont implantées. En revanche, depuis que les effets de la crise se dissipent et que les « Big three » reprennent des parts de marchés, la situation de Détroit s'est améliorée.

On peut donc dire que la bonne santé des entreprises détermine celle des villes où elles sont implantées.

Une crise qui mène à la faillite : l'exemple de General Motors

Un dépôt de bilan dû à des pertes énormes General Motors est touché de plein fouet par la crise du marché américain. L'entreprise annonce en 2008 une perte d'environ 31 milliards de dollars, après une perte déjà record en 2007 de 44 milliards de dollars selon le blog de François Tessier appelé «leblogauto.com». Ce résultat montre bien la situation catastrophique dans laquelle se trouve General Motors. En prenant le cumul de 2006 à 2009, la perte nette de General Motors dépasse 82 milliards de dollars.

Ces pertes sont dues, en premier lieu, à une conséquente baisse du pouvoir d'achat due évidemment à la crise des subprimes. En , les ventes d'automobiles aux États-Unis ont atteint leurs plus bas niveau depuis 1996.