, constituait l'essentiel de l'Algérie à l'époque de la régence d'Alger. Le terme est généralement opposé au , le « pays des Turcs », qui désignait précisément la partie du pays contrôlée par la régence d'Alger Mahfoud Bennoune, The Making of Contemporary Algeria, 1830-1987, Cambridge University Press, 2002, p. 18 : « During the early period of the regency the distinction between the center of power and the autonomous and semi-independant units situated in the periphery was referred to as Bled el-Turk and Bled el-Baroud or 'land of the Turks' and 'land of gunpowder'. », qui n'occupait, elle, qu'un sixième du pays tout au plus selon Pierre Montagnon, militaire et essayiste français : « Dans la Régence, on parle du bled el-Turk et du bled el-baroud, le pays des Turcs et celui de la poudre. Le bled el-Turk recouvre à peine le sixième du pays »..

Définition

Acception historique du terme Le terme « bled el-baroud » est utilisé par l'historien Pierre Montagnon dans plusieurs de ses ouvrages pour désigner toute la partie de l'Algérie échappant à l'autorité du pouvoir central, la régence d'Alger ottomane, généralement désignée, elle, comme le « bled el-Turk », le « pays des Turcs ». Ce terme a été repris ensuite par d'autres auteurs avec cette même signification.

Ce bled el-baroud était l'équivalent algérien du bled es-siba marocain<ref name="Roberts 294"> Hugh Roberts, Berber Government: The Kabyle Polity in Pre-colonial Algeria, I.B.Tauris, 2014, p. 294 : « Bled el-baroud - (Algeria) 'The land of gunpowder': the Algerian equivalent of bled es-siba. »</ref>, qui désignait le « pays de la dissidence », le « pays du désordre », c'est-à-dire toute la partie du pays résistant à l'autorité centrale et refusant de payer l'impôt Hugh Roberts, Berber Government: The Kabyle Polity in Pre-colonial Algeria, I.B.Tauris, 2014, pp. 293-294 , perçu par la régence d'Alger au travers du mode d'administration connu sous le nom de .

Usage du terme au

Les études d'Alain Sainte-Marie portant sur la seconde moitié du (donc après la fin de la régence d'Alger) font apparaître le terme de pour désigner des terres vacantes et sans maître, dans le contexte du sénatus-consulte du visant à organiser la propriété foncière en Algérie et à délimiter les territoires des tribus et des douars Application du sénatus-consulte du 22 avril 1863 et délimitation des douars (1881/1936), sur anom.archivesnationales.culture.gouv (consulté le 3 mars 2016).. Dans les régions semi-arides dominées par le parcours et le semi-nomadisme, les territoires tribaux aux limites incertaines comportent Alain Sainte-Marie, L'application du sénatus-consulte du 22 avril 1863 dans la province d'Alger, Cahiers de la Méditerranée, Année 1971, Volume 3, Numéro 1, pp. 15-34, lire en ligne. Ces terres où l'occupation humaine est très lâche offrent des possibilités pour faire paître les troupeaux et labourer.

Statut des tribus vis-à-vis du pouvoir de la régence d'Alger vignette|330x330px|La situation politique des différentes tribus vis à vis de la régence d'Alger.

Mahfoud Bennoune analyse les données indiquées par Louis Rinn qui datent de peu après la conquête. Bennoune met en lumière le nombre important de principautés, tribus ou chefferies autonomes ou semi-autonomes vis-à-vis du pouvoir central :

TribusAlgerTitriOranConstantineTotalMakhzen19144647126Tribus soumises11235614104Tribus semi-autonomes2012292586Tribus indépendantes231326138200Total7362157224516

Il n'y a que (unités politiques composant le pouvoir central) et soumises au pouvoir central ; elles composent ce que l'on nomme le bled el-Turk (le pays des Turcs). Ensemble, elles ne représentent que 16 % du territoire de l'Algérie. Les semi-autonomes représentent 15 % du territoire. Dans la période avant la colonisation, la régence, donc, ne représentait que 31 % du territoire de l'Algérie actuelle. Les indépendantes du pouvoir central et refusant de payer l'impôt représentent 69 % du territoire. Elles sont principalement situées sur les hauts plateaux, les steppes et dans le Sahara. C'est ce territoire qui était nommé bled el-baroud (Terre de poudre). Toutefois, pour l’auteur, Rinn, comme la majorité des historiens coloniaux, tend à exagérer la fragmentation politique de l’Algérie précoloniale. Même ces communautés rurales étaient plus ou moins liées à l'organisation politique et économique du pays.

Selon Pierre Montagnon, le bled el-baroud vit en total indépendance vis-à-vis du pouvoir central ; la régence ayant peu de soldats, le pouvoir n'est effectif que dans quelques villes comme Alger, Bône, Constantine, Mascara, etc..

Références

Bibliographie

La Propriété en Algérie, Challand, 1864 Elbaki Hermassi, « Political Traditions of the Maghrib », Daedalus, Vol. 102, , Post-Traditional Societies (Winter, 1973),

Articles connexes Siba (Maroc) Makhzen (Algérie) Régence d'Alger Zomia'' (2009)

Catégorie:Régence d'Alger