Victor-Claude-Alexandre Fanneau de La Horie, plus connu sous le nom de La HorieParfois appelé Le Courlandais, peut-être du nom d’une propriété qu’il possédait., à Javron-les-Chapelles (Mayenne) et mort fusillé le à Paris, est un général français de la Révolution française et du Premier Empire. Figure emblématique de la fidélité républicaine, il fut chef d’état-major du général Moreau, proscrit sous le Consulat et le Premier Empire, puis victime de la Conspiration de Malet.
Biographie Origines et engagement révolutionnaire Victor Fanneau de La Horie appartient à une famille de juges de paix à Couptrain, tirant son nom du domaine de La Horie, à La Ferté-Macé. Il est le huitième d’une famille de seize enfants de Charles-Julien Fanneau de La Horie et de Marie Jeanne Renée Le Meunier du Bignon. Il est issu d’une famille d'ancienne bourgeoisie de Basse-Normandie. La famille possède le domaine de La Horie dont elle a conservé le nomPierre-Marie Dioudonnat, Le Simili-Nobiliaire-Français, éd. Sédopols, 2012, . Les Fanneau, sieurs de la Horie, de la Touche et du Bignon, étaient originaires d'Antoigny dans l'Orne.
Parcours militaire
Victor Fanneau de La Horie se montre, en 1789, l'un des plus zélés partisans de la Révolution françaiseConjuration du général Malet contre Napoléon ; par le Sr d'A... , ancien directeur-général de la police, à Hambourg, 1824, p. 110.. Victor Fanneau de La Horie s’engage comme volontaire dans le bataillon de la Mayenne pour repousser l’étranger le Louis Le Barbier, Le Général de La Horie (1766-1812), Paris, Dujarric et Cie, 1904., au moment de la levée en masse, comme son frère Louis-Michel Fanneau de La Horie, pour lutter contre les insurgés de Vendée et de Bretagne. Il fait à l'époque la connaissance de Joseph Léopold Sigisbert Hugo qui lui rend des servicesMémoires du général Hugo, gouverneur de plusieurs provinces et aide-major-général des armées en Espagne. Tome 1 Ladvocat (Paris), 1823.. Un point jamais prouvé indique qu'à cette époque Victor Fanneau de La Horie aurait connu Sophie Trébuchet avant son mariage alors qu'il commandait un bataillon de la Mayenne affecté à la garde de la Forge-Neuve des Condés, propriété des Trébuchet.
Rapidement promu, il devient sous-lieutenant à l'Armée de Rhin-et-Moselle le , remplissant les fonctions d'adjoint à l'état-major général.
Secrétaire du général Alexandre de Beauharnais, il aurait commis quelques indiscrétions à l'égard de Joséphine de BeauharnaisCharles Decaen, Bonaparte et Moreau. Il est rapidement lieutenant, puis chef de bataillon le . Adjudant général chef de brigade en 1799, il est attaché au ministère de la Guerre dirigé par Barthélemy Louis Joseph Schérer, et le , il est nommé adjudant général chef de brigade. Il se distingue par son attachement aux idéaux républicains et son sens du devoir, s’intégrant pleinement à l’esprit des armées révolutionnaires.
Carrière militaire et lien avec Moreau Victor Fanneau de La Horie est remarqué par le général Jean Victor Marie Moreau. Le , Moreau est nommé commandant en chef de l’armée du Rhin, et La Horie est son chef d’état-majoraprès Jean-Joseph Dessolles. Ils sont amis. Victor Fanneau de La Horie se retrouve d’ailleurs au camp avec Sigisbert Hugo qui le rejoint à Bâle et qu’on retrouve souvent dans son sillage.
Lors d'une soirée en 1799, il rencontre Sophie Hugo. Elle revoit ce dernier lors de son voyage chez sa belle-famille à Nancy ; le , Victor voit le jour place Saint-Quentin (actuelle place Victor-Hugo). Victor Fanneau de Lahorie est son parrain. Ne pouvant être présent, il est représenté par Jacques François Nicolas Delelée, son compatriote.«Je vais prier Mme Delelée de vouloir bien nous rendre ce service avec vous, ne doutant pas qu'elle ne soit très flattée d'être votre commère. Dans le cas où nous serions privés de la satisfaction de vous posséder, le citoyen Delelée, notre ami commun, aurait sûrement la complaisance de vous représenter et de donner à l'enfant un surnom que vous n'avez pas démenti et que vous avez si bien illustré. « Victor » ou « Victorine » serait son nom ; il serait un témoignage de plus de votre bienveillance et de votre amitié pour nous qui en avons déjà beaucoup reçus et qui espérons que vous ne repousserez pas celui-là. ». Lettre de Sophie Hugo à Victor Fanneau de La Horie, 4 pluviôse an X. Delelée et La Horie ont donc tous deux servi sous les ordres de Moreau, mais à des niveaux différents : La Horie comme chef d’état-major, Delelée comme aide de camp, puis comme officier de confiance.
En 1800, il est en Souabe et en Bavière où les troupes de Moreau exécutent un « rétablissement militaire ». Victor Fanneau de La Horie exécute avec zèle, intelligence et intrépidité les ordres du rival de Napoléon Bonaparte. En 1800, d'après une note de , dans Les Armées françaises jugées par les habitants de l'Autriche, il est décrit, en tant que commandant à Strasbourg, comme . Il est promu général de brigade le Nouveau Larousse illustré - Dictionnaire universel encyclopédique, t. 5, ..
Victor Fanneau de La Horie participe activement aux campagnes du Rhin et d’Italie, signant notamment l'armistice de Parsdorf (1800). Le , il est plénipotentiaire pour la France pour le traité de Steyer, dont les clauses sont confirmées par celui du traité de Lunéville le .
Jean Victor Marie Moreau le propose pour le grade de général de division après la Bataille de Hohenlinden. Mais La Horie s’attire l’inimitié de Charles Victoire Emmanuel Leclerc, beau-frère de BonaparteBernard Sonneck, Les Décorés de la Légion d'honneur de la Mayenne, Éditions Régionales de l'Ouest, 2007, volume 1, p. 86., qu’il avait vivement critiqué pour son insubordination : il avait fait remarquer que la division dirigée par Leclerc avait eu tort de ne pas exécuter l'ordre du général en chef, qu'elle était la seul à avoir agi ainsi. Cette animosité, selon plusieurs historiens, explique en partie la sévérité avec laquelle il sera traité par Napoléon. Leclerc demanda un congés au général Moreau, qui le lui refusa, mais l'obtient en faisant intervenir son épousé et retourne à Paris, où il dit le plus grand mal de La Horie. Napoléon Bonaparte, alors Premier consul, refuse la promotion, marquant le début d’une hostilité durable entre Moreau et Bonaparte.
Mise à la retraite Après la campagne de 1801-1802, La Horie resta très lié avec Moreau, et l'amitié qu'il lui témoigna fut vraisemblablement une des causes de sa mise à la retraite d'office le . Il est mis d’office à la retraite à l’âge de 37 ans. Léopold Hugo est envoyé à Marseille où le suit le reste de sa famille ; une fois arrivé, il recherche un avancement et envoie Sophie chez Victor Fanneau de Lahorie, à Paris. Mais ce dernier, mal vu par Napoléon, ne peut rien faire. Sophie Hugo reste pourtant à Paris, où elle s'installe à l'Hôtel de Nantes, rue Neuve-des-Petits-Champs, non loin de la rue Gaillon, où loge Victor Fanneau de Lahorie, qui est déjà son amant depuis quelque temps (des thèses affirment qu'il serait le père de Victor Hugo). Alors qu'au début de l'année 1803, Léopold Hugo doit rejoindre Bastia, Victor Fanneau de Lahorie emménage rue des Saussaies et achète le Château de Saint-JustRevue générale internationale scientifique, littéraire et artistique, Institut international scientifique littéraire et artistique (Paris). . 1 septembre 1896., près de Vernon, dans l'Eure. Sophie y vient régulièrement avec lui, le parc de la propriété lui évoquant son enfance au Petit-Auverné.
Proscription Victor Fanneau de La Horie est impliqué à tort dans la conspiration de Pichegru et du général Moreau. On accuse même d'avoir, employé tous les droits que lui donnait l'amitié, pour décider Moreau à entrer dans la conspiration de Cadoudal et de Pichegru, contre le premier consul. Averti à temps, il parvint à se soustraire Victor Fanneau de La Horie aux recherches de la police, et évite, par la fuite en pays étranger, le sort qui atteignit les autres conspirateurs.
Impliqué dans le procès de Moreau en 1804, La Horie est condamné à mort par contumace, puis au bannissement. Le , Napoléon écrit à son ministre de la police Fouché« Le général de La Horie ne doit pas rester en France. S’il peut être arrêté, c’est un homme bon à s’en assurer en le retenant plusieurs années dans un château fort ». Et comme Victor Fanneau de La Horie, fort imprudent, demande une audience à l'empereur pour s'expliquer, celui-ci annote ainsi la pétition : « Renvoyé au ministère de la police. Ce citoyen ne doit pas rester en France.. » Ses biens sont séquestrés. Exilé, il avait quitté la France avec Fresnières, secrétaire de Moreau. Il revint vite en France, et pendant huit ans va vivre caché par ses amis.
Vie clandestine
Il vit caché, traqué par la police impériale, trouvant refuge notamment chez la famille Hugo. Malgré plusieurs tentatives de réhabilitation, il reste un proscrit, refusant toute compromission.
Cette surveillance se relâche un peu par intervalles : le , il signe tranquillement à son domicile l’acte de vente de sa propriété de Saint-Just, Gaillon. Le du camp de Boulogne, Napoléon écrit encore à Fouché qui avait trouvé un intermédiaire pour s'aboucher avec La Horie.
En 1809, La Horie devient « M. de Courlandais ». Traqué, il s’est un moment caché en Normandie vers 1807, puis chez la femme du général Hugo, mère de l’écrivain Victor Hugo, Sophie Hugo, venue de Clichy au faubourg Saint-Jacques où elle a loué les Feuillantines. Selon Raymond Escholier, il ne fait pas le moindre doute que Victor Fanneau de La Horie est l'amant de Sophie Hugo pendant plusieurs années., et le père probable de Victor Hugo dont il est le parrain et qui, à ce titre, lui donne son prénom.. Cette théorie est toutefois contestée par d'autres historiens, considérée comme fantaisiste. La question de la paternité de Victor Hugo est, de nos jours, toujours sujette à débat.
Le proscrit trouva son dernier refuge dans l’ancien couvent des Feuillantines qu’habitèrent un temps Sophie Hugo et ses trois enfants. À partir du milieu de l’année 1809, il se cache au fond du jardin dans la sacristie d’une chapelle en ruine où on lui a porté un lit, une table, une toilette et deux chaises. thumb|right|upright|Victor Hugo jeune et sa mère Sophie Hugo. Présenté aux enfants comme un parent, Victor Fanneau de La Horie partage leurs jeux. Il semble avoir une affection particulière pour Victor Hugo, qu’il s’amuse à jeter en l’air très haut et à recevoir dans ses bras à la grande terreur de sa mère mais à la grande joie de l’enfant.. Il donna son prénom à l’enfant dont il est le parrainAnne-Martin Fugier, « Victor Hugo : la face cachée du grand homme », émission Secrets d'histoire sur France 2, . Victor Fanneau de La Horie se fait précepteur et initie Victor Hugo et ses deux frères au latin avec Tacite, VirgileVictor Hugo gardera jusqu’à sa mort un petit ouvrage de Tacite remis par son parrain la veille de son arrestation.. Père de substitution, il devient la figure de référence du jeune Victor Hugo.
Complot Victor Fanneau de La Horie écrit au mois de une lettre de huit pages pour exposer à Napoléon Ier la netteté de sa conduite, réfutant toute participation à la conspiration de Pichegru, etc. La Horie s’est engagé vis-à-vis de Joseph Fouché à passer en Amérique quand certaines sommes seraient réalisées. Il gagne ainsi du temps et se cache aux Feuillantines. C’est le moment où sa mère demande la levée du séquestre. « Où est La Horie, dit l’Empereur, pourquoi ne se présente-t-il pas ? ».