alt=schéma de blason|vignette|upright=0.7|Armes actuelles de la ville de Saint-Georges-de-Didonne.
L’histoire de Saint-Georges-de-Didonne, cité résidentielle de la proche banlieue de Royan, en Charente-Maritime (région Nouvelle-Aquitaine), est connue grâce à des prospections archéologiques et des sources documentaires. Ancien fief de la Maison de Didonne, puissants seigneurs saintongeais qui portèrent au Moyen Âge le titre de « Princeps » (Princes), cette cité du Sud-Ouest de la France fut tour à tour le siège d'une forteresse relevant du duché d'Aquitaine, un faubourg de pêcheurs et de pilotes-lamaneurs travaillé par la Réforme protestante, puis une importante station balnéaire à partir des et .
Préhistoire et Antiquité
Les premières traces d’occupation humaine sont très anciennes, comme en témoignent les vestiges d’un camp fortifié daté du Peu-Richardien (Néolithique tardif, il y a environ 5000 ans) de Boube, au nord de la commune. Caractéristique de cette civilisation, il occupait un site stratégique en surplomb des marais de Belmont (formant alors un vaste golfe marin) et comprenait une série de fossés, des portes fortifiées « en pinces de crabe » et une enceinte, à l’image des camps voisins de Semussac, de Cozes, de Meursac ou de BarzanGuy Binot, Histoire de Royan et de la Presqu'île d'Arvert, p.4. Un peu plus tard, les Ligures s’implantent dans la région et fondent un comptoir à MeschersR. Etienne, Bordeaux antique (t. I, Histoire de Bordeaux), Bordeaux, 1962, p 54..
Vers le avant J.C., une peuplade celtique fait son apparition dans la région et se mêle aux populations locales : les Santons, ancêtres des Saintongeais. En – 56, ces derniers sont soumis par les armées de Publius Crassus, légat de Jules César, au cours de la Guerre des GaulesPublius Crassus, Mediolanum Santonum. Des traces de villæ datant de la période gallo-romaine ont été relevées au au niveau de la pointe de Suzac (fondations, briques, pièces de monnaie) et à Vallières, lors d’un effondrement partiel de la falaise en 1840 (fragments de mosaïques, briques). Les vestiges collectés indiquent une occupation au moins jusqu’au de notre èreYannis Suire, Saint-Georges-de-Didonne, inventaire du patrimoine des communes de l'estuaire de la Gironde, région Poitou-Charentes, 2014, p.11.
Moyen Âge
Au cours du Moyen Âge, l’habitat se développe autour de deux pôles urbains distincts, regroupés au sein d’une même paroisse. En bord de mer, le bourg de Saint-Georges s’organise autour de son prieuré clunisien, dépendance de Saint-Eutrope de Saintes, mentionné dès 1075 (« monasterium sancti Georgii juxta Castrum Didonium ») dans une bulle du pape Grégoire VII Bullarium sacri ordinis Cluniacensis, site de l'Université de Münster, et de sa petite église romane, qui sert de halte aux pèlerins en route vers Saint-Jacques de Compostelle à partir du ou du , lorsque le pèlerinage vers le tombeau de l’apôtre devient populaireSaint-Georges-de-Didonne, article du Musée du patrimoine du Pays Royannais. Aux alentours, les habitants cultivent la vigne, notamment à la pointe de Vallières, et le blé, qui alimente quelques moulins à vent perchés sur les coteaux les mieux exposés, servant sans doute, ici comme ailleurs, d’amers pour la navigation. Un peu en marge du littoral, sur une hauteur surplombant un petit bras de mer (actuels marais de Chenaumoine et de la Briqueterie) servant de havre naturel, le bourg de Didonne s’articule autour d’un puissant château-fort, ou « châta ». Son existence est attestée dès 1047 dans un acte de l’abbaye de la Trinité de Vendôme, ainsi que le nom de son propriétaire, Pierre de Didonne : « Ego Petrus, Dei clementia Didonensis castri dominus » (Moi Pierre, par la grâce de Dieu seigneur du château de Didonne)1047 : la seigneurie de Didonne, article de Saint-Georges-de-Didonne hier. Il est le fief des seigneurs de la Maison de Didonne, dont l’influence demeure longtemps très grande en Saintonge maritime : portant le titre de « princeps » (prince de Didonne)Guy Binot, Histoire de Royan et de la Presqu'île d'Arvert, p.15, ils ont ainsi autorité non seulement sur ce qui deviendra la commune de Saint-Georges-de-Didonne, mais aussi sur Royan, Arvert, Montendre, Rioux ou Tonnay-Charente, pour ne citer que les principales localitésC. Vacher, Poitou-Charentes, Charente-Maritime, Saint-Georges-de-Didonne. Rapport de diagnostic archéologique, Inrap Grand-Sud-Ouest. Ils doivent leur prospérité à la collecte de taxes, pratique avérée dès le haut Moyen Âge et codifiée au sous le nom de Costuma de Roian (« coutume de Royan », en occitan), prélevées sur les navires voulant remonter l’estuaire jusqu’aux ports de Bordeaux ou de Libourne.
thumb|upright|Aliénor d'Aquitaine fait passer la puissante seigneurie de Didonne et toute l'Aquitaine dans l'Empire Plantagenêt.
En 1137, une jeune fille de quinze ans va marquer durablement l’histoire du duché d’Aquitaine, dont Saint-Georges et Didonne font partie. Aliénor d’Aquitaine, en épousant l’héritier de la couronne de France, le futur Louis VII, amène en dot sa riche province, qui consolide le domaine royal français. Le mariage se solde par un divorce en 1152, suivi de peu par de nouvelles noces avec le comte d’Anjou Henri Plantagenêt. Quand ce dernier devient roi d’Angleterre deux ans plus tard, en 1154, l’Aquitaine entre dans un vaste domaine sous influence anglaise allant des marches de l’Écosse aux contreforts des Pyrénées : l’Empire Plantagenêt. En 1313, Pierre de la Brosse, seigneur de Didonne, cède son domaine à Arnaud Bernard II de Preissac, « Soudan de La Trau ». Le déclenchement de la guerre de Cent Ans en 1337 relance des hostilités qui n’ont pas vraiment cessé depuis la mort de la duchesse Aliénor en 1204 et plusieurs campagnes militaires françaises contre l’Aquitaine. Arnaud Bernard III de Preissac (fils du précédent), également « Soudan de La Trau », obéit dans un premier temps au roi de France, qui s’est rendu maître de sa châtellenie, mais finit par se ranger sous la bannière du roi-duc Édouard III en 1347, entraînant avec lui ses principaux hommes-ligesGuy Binot, Histoire de Royan et de la Presqu'île d'Arvert, p.21. La grande épidémie de peste noire entraîne la promesse d’une trêve de sept ans, mais dès 1350, les hostilités reprennent. Le château est alors assiégé par Foulques de Matha au nom du roi de France, lequel s’en empare au bout de quelques moisGuy Binot, Histoire de Royan et de la Presqu'île d'Arvert, p.37.
En 1355, Édouard de Woodstock – plus communément appelé « Prince noir » – est nommé lieutenant royal par son père. En 1362, il est fait Prince d’Aquitaine, et propulsé à la tête d’un territoire sinon formellement indépendant, du moins doté de larges prérogatives, dont celui de battre monnaie. Il s’emploie à poursuivre la modernisation des défenses des côtes de Royan et de Didonne et fait édifier un phare moderne sur un îlot au large de l’estuaire, ancêtre du phare de CordouanYves Delmas, Royan, 1991, p.11. Jusqu’à la fin des hostilités, le château de Didonne change de mains à plusieurs reprises, et est finalement attribué par lettres patentes par le roi Charles VII à l’amiral Prégent de CoëtivyGuy Binot, Histoire de Royan et de la Presqu'île d'Arvert, p.50, puis à sa mort sans postérité en 1450 à son frère, le chambellan et fidèle lieutenant du roi Olivier de Coëtivy, également sénéchal de GuyenneGuy Binot, Histoire de Royan et de la Presqu'île d'Arvert, .. La même année, Montguyon tombe : la Saintonge repasse entièrement, et définitivement, aux mains des Français. Deux ans plus tard, à l’issue de la bataille de Castillon, l’Aquitaine tout entière est soumise. Plus qu’un château, qui sort terriblement ruiné de ces funestes événements au point d’être abandonné peu après, Olivier de Coëtivy hérite d’une charge et des bénéfices des taxes sur la Gironde.
Renaissance et Temps modernes
En 1501, la seigneurie de Didonne passe à Charles de La Trémoille par son mariage avec Louise de Coëtivy. Au cours des décennies qui suivent, la région, dont les ports accueillent des marchands de toute l’Europe (ainsi de Royan ou de Ribérou, à Saujon) s’ouvre aux idées nouvelles, notamment en matière religieuse. Bien vite, le mouvement de Réforme gagne une partie de la population à sa cause : en quelques années, la presqu'île d'Arvert devient un fief protestant. Aux questions théologiques s’ajoutent des questions économiques et un état d’esprit farouchement indépendant, volontiers rebelle. Ce trait de caractère prend tout son sens lorsque le roi François Ier, pourtant originaire de la région puisque né à Cognac, décide de réformer la fiscalité locale en 1541. La Saintonge, grande productrice d’un sel renommé dans toute l’Europe, bénéficie jusque là d’un régime spécial : ainsi, elle ne paye pas la gabelle, le très impopulaire impôt sur le sel, mais le quart-sel, correspondant au quart des ventes (soit trois fois moins que les provinces placées sous le régime de la gabelle).
thumb|upright|Anne de Montmorency est chargé par le roi de réprimer la révolte des Pitauds, qui secoue la région en 1548.
Lorsque le roi annonce son intention de revenir sur ce particularisme, la province se soulève : des échauffourées éclatent en 1546, suivies à partir de 1548 d’un véritable mouvement insurrectionnel, la jacquerie des Pitauds. Arborant une croix rouge sur leurs vêtements (symbole de l’ancienne Aquitaine anglaise) et au cri de « Vive Guyenne ! » (au lieu de « Vive France ! »), ils massacrent les gabeleurs et brûlent les greniers à selSuzanne Citron, Le Mythe national: l'histoire de France revisitée, 2008, .. Le mouvement est finalement réprimé par le connétable Anne de Montmorency, qui, à la tête de ses chevau-légers et de ses lansquenets allemands, vient à bout de la résistance des populations au prix de véritables massacres. Il faut, dit-il, « pour rétablir l'obéissance dans les contrées révoltées, exterminer jusqu'au dernier de leurs habitants et les remplacer par de nouvelles famillesYves Delmas, Royan, 1991, p.13 ». Comme d'autres paroisses des environs (Royan, Médis, Semussac, Dercie, Saujon...), Saint-Georges doit livrer les cloches de ses églises, coupables d'avoir sonné le tocsin et appelé à la révolte, ainsi que les armes et pièces d'artilleries. Cependant, le roi Henri II fait machine arrière et la gabelle est supprimée en Saintonge en 1549.
Sur le plan religieux, les vexations dont sont victimes les protestants, « mal sentants de la foi », les persécutions occasionnelles des pasteurs de la région, dont certains sont tout simplement exécutés (Nicole Maurel, brûlé vif à Saintes en 1546, René Macé, supplicié à Libourne la même annéeCollectif, Histoire des protestants charentais, éditions Le Croît Vif, 2001, p.35) créent une ambiance de plus en plus délétère, qui annonce des temps bien sombres.
La tension entre communautés catholiques et protestantes culmine au moment des Guerres de Religion. L’église est en partie détruite et les terres du prieuré sont saisies au profit de chefs protestants. Un accord est finalement conclu avec le prieur, qui accepte d’aliéner une partie de son temporel. Deux seigneuries émergent à la suite de cette « redistribution des cartes » : Boube (1571) et Lussinet (1595), la seconde au profit d’un gentilhomme médocain, Corberan DahonsPrieuré de Saint-Georges, article de Saint-Georges-de-Didonne hier..