thumb|right|L’historien allemand Hieronymus Wolf, créateur des études byzantines

Les études byzantines (ou byzantinologie) sont une branche interdisciplinaire des sciences humaines qui aborde l'histoire, la culture, l'art, l'architecture, la littérature, la musique, la religion, l'économie, la politique et les sciences de l'Empire byzantin. Le philologue Hieronymus Wolf, humaniste de la Renaissance, est considéré comme le fondateur de la discipline en Allemagne. Il a donné le nom de « byzantin » à l'Empire romain d'Orient qui a subsisté après l'effondrement de la partie occidentale de l'Empire romain en . Environ 100 ans après la chute de Byzance aux mains des Ottomans, Wolf commença à colliger, à réviser et à traduire les écrits des philosophes byzantinsEvans (2004) « Introduction » . Un spécialiste en études byzantines est appelé un byzantiniste.

Le domaine des études byzantines Historique Les études byzantines sont une discipline qui s’intéresse à l’histoire et à la culture de Byzance soit que l’on désigne sous ce terme l’Empire byzantin (l’Empire romain d’Orient) ou de façon plus étroite, Constantinople, capitale du même empire. Après une période sombre marquée par la perte de bon nombre de territoires reconquis par Justinien et les invasions arabes, les et furent témoins d’un renouveau culturel qui se traduisit par la redécouverte de l’héritage classique grec. Si le corpus de la littérature classique fut retrouvé, colligé et traduit pendant ces deux siècles, c’est au cours des deux siècles suivants que commença le processus d’assimilation et de réflexion sur ces textesKazhdan (1985) , processus dans lequel on peut voir le précurseur des études byzantines. Ce processus se poursuivit grâce à des intellectuels comme Gémiste Pléthon (v. 1355 /1360 — 26 juin 1452) et autres émigrés qui firent redécouvrir les philosophes grecs et leurs commentateurs dans les grandes villes d’Italie comme Florence, Venise et Rome où s’amorçait la RenaissanceVoir à ce sujet Geanakoplos (1989) chap. 1 « Italian Renaissance Thought and Learning and the Role of the Byzantine Emigré Scholars in Florence, Rome, and Venice : A Reassessment », . Grâce au développement de l’imprimerie et à la création de caractères d'imprimerie grecs, les Presses aldines publièrent des versions facilement manipulables de textes grecs et latins. À partir du , ces textes se répandirent dans l’ensemble de l’Europe et en Russie. C’est ainsi que la fin du et le début du virent les études byzantines se développer comme une discipline à part entière grâce à divers mouvements comme le romantisme au début et le marxisme par la suite«Byzantium:Byzantine Studies On The Internet” Fordham University. URL : https://sourcebooks.fordham.edu/byzantium/.

Résumé de l’histoire de Byzance

thumb|left|Timbre émis par la Serbie à l’occasion du Congrès des Études byzantines à Belgrade en 2016.

Les caractéristiques fondamentales de Byzance au Moyen Âge étaient sa culture gréco-hellénistique, ses traditions étatiques héritées de Rome, l’influence de l’Orient et la foi chrétienne orthodoxe, à quoi s’ajoutait une relative unité de culture et de langage. On prend généralement comme point de départ de son histoire le règne de Constantin () et la fondation de Constantinople en . L’Empire romain d’Orient comme on peut aussi appeler l’Empire byzantin commença quant à lui lorsque Théodose (r. 379-395) partagea à sa mort l’empire entre ses deux fils, Auguste Arcadius qui reçut l’Orient et Honorius qui hérita de l’Occident.

On divise généralement l’histoire de l’Empire romain d’Orient en trois périodes : antique, moyenne et tardive. Toutefois, les historiens ne s’entendent guère sur les dates marquant le début et la fin de chaque période. Le « Oxford Dictionary of Byzantium » propose plutôt une division en cinq périodesVoir à ce sujet : Kazhdan (1991) « Byzantium, History of : an Overview », vol. 1, .

La première période que l’on pourrait appeler « Empire romain tardif » et que P. Lemerle appelait « protobyzantin »Lemerle (1979) va de la division de l’empire par Théodose (r. 379-395) à la mort d’Héraclius (vers ou en 575 - 641). Elle est marquée par la reconquête de l’Italie, de l’Afrique du nord et du sud de l’Espagne par l’empereur Justinien (r. 527-565) et la perte sous l’empereur Héraclius (r. 510-641) d’une bonne partie des provinces orientales, de l’Espagne récupérée par Justinien et de la presque totalité des Balkans. C’est également sous cet empereur que le grec remplaça le latin comme langue de l’administrationVoir à ce sujet Ostrogorsky (1983) Kazhdan (1991) .

La deuxième période ou « période noire » s’étend du milieu du jusqu’au milieu du . Elle se caractérise par une crise des villes, d’importantes pertes territoriales et le déclin de la culture. Sa prétention à l’empire universel fut remise en question par le couronnement de Charlemagne en comme « Empereur des Romains ». Enfin, c’est la période de la crise iconoclaste (717-843) qui mettra aux prises partisans et adversaires des imagesKazhdan (1991) .

Suivit une période de renouveau et de consolidation, aussi appelée « Renaissance macédonienne » ou « période de l’encyclopédisme » s’étendant d’environ jusqu’à . On redécouvre alors, on compile et on recopie les auteurs anciens sans toutefois chercher à les analyser et à en faire une critique raisonnéeKazhdan & Epstein (1985) . L’État se centralise et impose une uniformité idéologique et culturelle à la sociétéKazhdan (1991) .

La quatrième époque (vers 1025 – 1261) est divisée en deux par la chute de Constantinople aux mains des croisés en . Durant cette période, les contacts plus fréquents avec l’Ouest conduisent à une « occidentalisation » de l’économie marquée par la croissance des villes de province et le développement d’une aristocratie « semi-féodale », ainsi que par une nouvelle vie culturelle qualifiée de « pré-Renaissance » ou de « renaissance coménienne ». La chute de Constantinople aux mains des croisés conduira à la création de divers États successeurs où les souverains de l’empire de Nicée et du despotat d'Épire chercheront à être vus comme les légitimes successeurs de l’Empire byzantinKazhdan (1991) .

La reconquête de Constantinople par les Paléologues marque le début de ce que l’on peut appeler « l’Empire des Détroits » (1261-1453). L’empire est alors réduit à Constantinople et à ses environs immédiats. Sur le plan économique, Byzance abandonne sa suprématie aux marchands de Venise, Gênes et Pise qui réorganisent le commerce méditerranéen à leur profit. C’est aussi une période d’intenses guerres civiles mettant aux prises divers membres de la famille Paléologue entre eux et de la montée en puissance des Cantacuzène. Toutefois, c’est aussi une période de rayonnement intellectuel intense, grâce entre autres à des patriarches érudits comme Grégoire II de Chypre et Gennadios II Scholarios ou réformateurs comme Athanasios . Cependant l’étau que faisaient peser les Ottomans qui assiégèrent Constantinople de à se resserra progressivement jusqu'à sa chute en . La Morée parvint à maintenir son indépendance jusqu’en , alors que l’empire de Trébizonde et Mistra succombaient l’année suivanteKazhdan (1991) .

Langue et littérature thumb|left|210px|Première page d'une édition ultérieure de la Souda, encyclopédie byzantine, rédigée probablement vers le .

On peut distinguer trois niveaux de langue parlée et écrite dans l’Empire byzantin : une, savante et « atticisante », couramment employée par les lettrés; une forme de grec ancien qui servit de langue commune au monde hellénique et fut normalisée à l'époque hellénistique (d'environ à ) appelée koinè (langue commune); le démotique issu de la koinè, langue populaire d’où est issu le grec moderne et qui fut la langue de l'Empire romain d'Orient entre et . À cela s’ajoutait une langue liturgique (Ακολουθική Ελληνική – Akolouthikè Ellènikè) uniquement employée dans certaines grandes cérémonies religieuses.

Le concept de « littérature » n’existait pas à Byzance; ce qui s’en rapprochait le plus était celui de « logoi », incluant l’ensemble des textes « écrits avec style », qu’ils soient de nature juridique, historique, rhétorique, romanesque, hagiographique, etcKazhdan 1991, « Literature » vol. 2,. Elle se prêtait dès lors mal à une classification précise, que ce soit en termes de temps (grandes périodes historiques) ou de genres. De plus, à une époque où les livres étaient rares et chers, cette littérature était davantage faite pour être déclamée que pour être lue.

Les genres les plus à la mode étaient :

L’historiographie, tant sous forme d’histoire suivie (remontant souvent à la Création) que de Chroniques. De Jean Malalas ( – ) à Sphrantzès (1401-1478), chaque siècle produisit un historien, chroniqueur ou biographe« Historical works » dans Byzantine Literature, Encyclopaedia britannica.

L’hagiographie ou rédaction de vies de saints qui atteint sa plus grande popularité aux et . Le genre disparut presque totalement au pour réapparaitre, timidement d’abord au et atteindre une nouvelle popularité aux et , s’étant transformé entretemps : le merveilleux céda alors le pas au mystique et l’ascète du désert au saint jouant un rôle important dans la vie de la cité« Ecclesiastical and theological literature » in Byzantine Literature, Catholic Encyclopedia.

La rhétorique ou « codification de la méthode, des procédés observés chez les grands orateurs, pour émouvoir et convaincre leurs auditeurs, en s’adressant à leurs sentiments et à leur jugementBréhier (1970) ». Codifiées par l’un des plus célèbres rhéteurs païens de l’antiquité, Libanius d’Antioche (314-391), ces règles furent modifiées au lors de la création d’une école de rhétorique chrétienne à Gaza. Procope, son fondateur, s’appliqua à remplacer les exemples tirés de la mythologie païenne par des exemples tirés des Saintes ÉcrituresBréhier (1970) . Les modèles les plus souvent imités demeurèrent longtemps Démosthène et Ailos Aristeides.

Les récits apocryphes qui, tant par leur forme que leur contenu ressemblent à des Livres de l’Ancien ou du Nouveau Testament, mais ne sont pas reconnus par les Églises comme inspirés par Dieu. Ils peuvent développer ou imaginer le détail de faits contenus dans les Écritures ; certains furent écrits pour justifier l’une ou l’autre des doctrines hérétiques qui se multiplièrent dans l’Église primitiveKazhdan (1991) « Apocrypha », vol. 1, « Apocrypha » (dans) « Byzantine Literature », Catholic Encyclopedia.

Les romans en prose souvent d’inspiration orientale et dont le plus célèbre est probablement Barlaam et Josaphat, qui raconte la conversion d’un prince indien, Joasaph, par un ermite et comment il parvient par la suite à convertir son propre père. Il s’agit d’une adaptation chrétienne de la conversion d'un disciple de Siddhartha GautamaBréhier (1970) Kazhdan (1991), « Barlaam and Ioasaph », vol. 1, .

Les pamphlets et la satire qui, très en vogue dans l’Antiquité classique, trouvèrent un nouveau souffle dans la littérature byzantine du tout en demeurant un genre mineur, qu’ils prennent la forme de parodies ou d’allégoriesKazhdan (1991), « Satire », vol. 3, .

La poésie profane ou religieuse. Tout comme la littérature en prose était destinée à être déclamée davantage qu’à être lue, la poésie était à l’origine chantéeBréhier (1970) .

Enfin, on doit mentionner l’épopée, genre représenté par trois grandes sagas : La Digénis Akritas ayant pour sujet les luttes se déroulant aux frontières de Cilicie et de Cappadoce aux entre les gardiens des frontières (Akritai) d’une part, les Sarrasins d’autre part, auxquels il faut ajouter les Apélates, bandes de brigands vivant aux dépens des deux adversaires.