Jean-Pierre Azéma, né le à Paris et mort le dans la même villeRelevé des fichiers de l'Insee, est un historien français, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale en France et figure marquante de la recherche historique.
Parmi ses ouvrages figurent La Collaboration (1975), Vichy (1997), 1940, l'année noire (2010), L'Occupation expliquée à mon petit-fils (2012) ainsi que des biographies de Jean Cavaillès, héros de la Résistance, et de Jean Moulin (2003).
Biographie Famille
Élevé par sa grand-mère, Jean-Pierre Azéma connait les privations lors de l'enfance puis l'internat.
Il est le fils du poète Jean-Henri Azéma (1913-2000), militant de l’Action française, qui fréquente les écrivains Robert Brasillach et Pierre Drieu la Rochelle puis devient un pilier du régime de Philippe Pétain pendant la Seconde Guerre mondiale, au service du journal Je suis partout, et une voix de Radio Paris. Jean-Henri Azéma fuit la France à la Libération, s’engageant dans la Waffen-SS, gagnant l’Allemagne puis la Suisse, et s’exilant en Argentine, condamné par contumace à la prison à perpétuité par la Justice française. Son fils ne le revoit qu'en 1968 en ArgentineL'Histoire , septembre 1988, : "Jean-Pierre Azéma : Vichy au cœur". , indique l'historien au magazine L'Histoire en 1988. Interrogé par le quotidien La Croix en 2012 sur le fait d'être devenu , il a précisé n'avoir pas choisi la période pour son histoire familiale, en rappelant qu'elle est compliquée, mais indiqué qu'.
La mère de Jean-Pierre Azéma a traduit en 1972 La France de Vichy de Robert Paxton paru la même année en anglaisRobert Paxton, « Une identité entre-atlantique » dans Pourquoi la France, L. Downs et S. Gerson (dir.), éditions du Seuil, 2007 ., qui déclenche une , en montrant comment le régime de Vichy . Son ami l'historien Michel Winock, directeur de collections aux éditions du Seuil, le contacte pour lui demander de jauger l'ouvrage de sa mère avant de le publier.
Jean-Pierre Azéma, qui se dit lui-même , est père de trois enfants.
Études Après avoir été pensionnaire dans plusieurs collèges et lycées, il intègre en classe de première le lycée Lakanal de Sceaux (Seine), où il se lie d'amitié avec le futur historien Michel Winock. Tous deux cosigneront leurs premiers ouvrages, à commencer par Les Communards (Seuil, 1964).
Après une hypokhâgne et une khâgne, il passe l'agrégation d’histoire en 1961.
En 1967, séminaire de René Rémond à l'IEP Jeune historien, il suit en 1967 le séminaire que René Rémond (1918-2007) consacra au gouvernement de Vichy à l'Institut d'études politiques de Paris (IEP), qui pour lui s’avéra décisif, l'amenant à . Il décide de défricher .
Enseignement dans des lycées puis le monde universitaire Après avoir intégré l’enseignement secondaire à Troyes, il revient en région parisienne pour enseigner au lycée Lakanal de Sceaux puis au lycée Henri-IV à Paris, avant de devenir professeur des universités, en particulier à l'Institut d'études politiques.
En 1975, l'ouvrage La Collaboration, 1940-1944, édité par les Presses universitaires de France, .
En 1987, thèse d’État sur La France des années sombres Il soutient sa thèse d’État, intitulée La France des années sombres, 1938-1948, en 1987 à l’IEP de Paris, sous la direction de René Rémond. Il devient ainsi spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, plus particulièrement de l'histoire du régime de Vichy et de la Résistance. On compte parmi ses élèves Sylvie Lindeperg, Emmanuelle Picard, Alya Aglan et Florence Tamagne.
Du « fichier juif » au procès de Maurice Papon En 1995, Jean-Pierre Azéma fait partie de la commission présidée par René Rémond, chargée d'enquêter sur les fichiers ayant servi sous l'Occupation à la persécution des Juifs, commission dont le rapport fut rendu public Le Fichier juif. Rapport de la commission présidée par René Rémond au Premier ministre. Plon, 1996. Critique sévère par Philippe Grand : "Le Fichier Juif : un malaise". L'Insee y étant mis en cause, Jean-Pierre Azéma fut chargé d'un nouveau rapport sur le rôle du Service national des statistiquesJean-Pierre Azéma, Raymond Lévy-Bruhl, Béatrice Touchelay, Mission d'analyse historique sur le système de statistique français de 1940 à 1945 (Ronéoté). Ce rapport n'a jamais fait l'objet d'une publication officielle..
Fin 1997, au procès de Maurice Papon devant la cour d'assises de la Gironde, accusé de crime contre l’humanité, il fait partie des historiens cités par les parties civiles, aux côtés de Robert Paxton, Marc-Olivier Baruch, Philippe Burrin et René Rémond. Au cours du procès, Jean-Pierre Azéma établit une distinction entre les qui avaient , et le Papon. Plus tard, une de ses thésardes, Johanna Barasz, approfondira cette catégorie.
En 2003, biographie-enquête sur Jean Moulin Dans sa démarche d’histoire orale consultant des témoins de l’époque, il fait la rencontre capitale de Daniel Cordier (1920-2020), résistant devenu galeriste, qui avait dirigé le secrétariat du président du Conseil national de la résistance, et qui l'aide à et celles du livre de Thierry Wolton Le Grand Recrutement publié en 1993, qui tend à prouver qu'il était un agent soviétique. Il publie sa biographie-enquête sur Jean Moulin en 2003"Jean Moulin. Le politique, le rebelle, le résistant", par Jean-Pierre Azéma · 2023, rééditée pour les 80 ans de la mort de Jean Moulin en 2023 . Il rappelle les enjeux strictement internes à la Résistance et parfaitement établis par les historiens pour prendre la défense de Pierre de Bénouville et s'indigner des thèses peu étayées ayant attendu sa mort pour Jean-Pierre Azéma : ' Le plus important de la mission de Jean Moulin lui a survécu, Le Monde du 14 juin 2003 . En 2013 à la télévision, il rappelle la personnalité de Jean Moulin, fêtard et artisteVidéo de son interview sur Jean Moulin, en 2013 Archives INA . Lors d'une émission en 1993 sur France Inter, il est invité avec Daniel Cordier, qui se dit écœuré par les thèses de 1973 et 1993, en rappelant que Jean Moulin .
Mort Jean-Pierre Azéma meurt à Paris le à l’âge de ..
Spécificités et démarche personnelle , selon Henry Rousso, autre spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, tandis qu'Éric Anceau a rappelé que . Le quotidien La Croix a souligné , se .
Ce travail conduit à la publication dès 1979 de « son maître ouvrage », De Munich à la Libération, qui lui offre un , devenant par la suite, selon Libération, une . Il a au total .
, a expliqué Jean-Pierre Azéma, qui figure au Petit Larousse des noms propres. En 2004, il évoque aussi les synergies nécessaires entre histoire orale et travail sur les archives : .
Engagement politique Au cours de ses années d'étudiant en histoire, il est bousculé par la vague de décolonisation et un admirateur de l’engagement de Pierre Mendès France dans cette voie. Durant la guerre d'Algérie (1954-1962), il milite à l’UNEF et s’engage contre la torture, selon Le Monde.
Jean-Pierre Azéma a été en 1993 adhérent du Parti socialiste et n'a jamais caché être proche de la gauche française. En 2007, il a signé l'« appel des intellectuels » pour le vote en faveur de Ségolène Royal.
Engagement contre l'instrumentalisation de l'histoire Membre du conseil d'administration de l'association Liberté pour l'histoire, il est l'un des initiateurs de la pétition éponyme., demandant que l'histoire ne soit pas instrumentalisée à des fins politiques, sur le dans les territoires colonisés.
Professeur au Centre de formation des journalistes, il intervient dans les médias pour dénoncer toute et demander l'abrogation de certains article des lois mémorielles : , écrit-il alors dans Libération. Le jour de son investiture en , le président de la République Nicolas Sarkozy annonce qu'il fera lire dans tous les lycées du pays, en début d'année scolaire, la dernière lettre du résistant Guy Môquet. Interviewé à ce sujet par Marie Drucker, Jean-Pierre Azéma exprime son désaccord avec cette décision prise sans consultation et susceptible d'être perçue comme Vidéo de son interview par Marie Drucker en 2007, Archives INA . En 2023, lors des 80 ans de la mort de Jean Moulin, il prend la défense du gaulliste Pierre de Bénouville, mis en cause après sa mort, injustement et sans tenir compte du contexte.
Commémoration En , il est nommé président du comité historique de la mission interministérielle, chargé de préparer les célébrations du de la Résistance et de la Libération et le centenaire de la Première Guerre mondiale.
Publications Les Communards, Paris, Le Seuil, 1964 (avec Michel Winock) (rééd. Thierry Marchaisse, « Octets », 2015). La République, Paris, Calmann-Lévy, 1970 ; nouvelle éd., 1991 (avec Michel Winock) (rééd. Thierry Marchaisse, « Octets », 2015). La Collaboration : 1940-1944, Paris, PUF, 1975. . Histoire générale politique et sociale : la France des années sombres, les années 40, 1987. Les Communistes français de Munich à Châteaubriant : 1938-1941, 1987 (avec Antoine Prost et Jean-Pierre Rioux). « Vichy et la mémoire savante : quarante-cinq ans d'historiographie » dans Vichy et les Français, Paris, Fayard, 1992 (direction J.-P. Azéma avec François Bédarida) . « La France de Daladier », « Le choc armé et les débandades », « Le régime de Vichy », « Des résistances à la Résistance » dans La France des années noires, Paris, Le Seuil, 1993 (direction J.-P. Azéma avec François Bédarida). 1938-1948 : les années de tourmente : de Munich à Prague : dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1995 (direction J.-P. Azéma avec François Bédarida). Histoire de l'extrême-droite en France, Paris, Le Seuil, 1994 (sous la dir. de Michel Winock). Les Libérations de la France, Paris, Perrin, 1993 (avec Olivier Wieviorka). Vichy, 1940-1944, 1997 (avec Olivier Wieviorka). Jean Cavaillès résistant ou La pensée en actes, Paris, Flammarion, 2002 (sous la dir.). Jean Moulin : le politique, le rebelle, le résistant, Paris, Perrin, 2003. 44, Paris, Perrin, 2004 (avec Robert Paxton, Philippe Burrin). 1940, l'année noire, Paris, Fayard, 2010. L'Occupation expliquée à mon petit-fils, Paris, Le Seuil, 2011. Vichy-Paris, les collaborations. Histoire et mémoires, André Versaille éditeur, 2012.
Films et télévision Passionné de cinéma, Jean-Pierre Azéma a participé, comme Robert Paxton, au documentaire de Claude Chabrol L'Œil de Vichy (1993), sélection sans commentaire des actualités du régime de Vichy, avant de devenir le conseiller historique de la série télévisée Un village français (France 3, 2009-2017). 1993 : L'Œil de Vichy, une sélection des actualités du régime de Vichy avec Claude Chabrol. Il a été plusieurs fois l'invité de Marc Ferro entre autres pour commenter les actualités de la France occupée rediffusées à la télévision au cours de son émission Histoire parallèle. 2009 à 2017 : Jean-Pierre Azéma est consultant historique de la série Un village français (diffusée sur France 3), retraçant la vie des habitants d'un village fictif du Jura pendant l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. À ce titre, il introduit notamment de courtes séquences thématiques d'interview de témoins de l'Occupation succédant aux diffusions des épisodes.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Famille Azéma
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