vignette|Première page de l’Évangile selon Saint Jean, édition de 1526 de la traduction en anglais Nouveau Testament par William Tyndale.

La Bible Tyndale est la première traduction en langue anglaise du Nouveau Testament à partir du texte grec et de plusieurs livres de l’Ancien Testament à partir du texte hébreuLe terme Bible Tyndale est donc impropre, puisque Tyndale n'a eu le temps de traduire que le Nouveau Testament et environ la moitié de l'Ancien Testament. Voir à ce sujet l'ouvrage de Sir Frederic G. Kenyon, The story of the Bible, éditeur : Butler & Tanner Ltd., Londres, 1936, pp. 47-49 . Imprimées et diffusées clandestinement à partir de 1525, ces traductions valent à leur auteur William Tyndale (1494-1536) de mourir sur le bûcher en 1536 à Vilvorde (Belgique).

Grâce à la diffusion des traductions de Tyndale par la technique toute nouvelle de l'imprimerie, les Anglais peuvent, à partir des années 1530, lire l’Écriture sainte dans leur propre langue. Son retentissement est considérable, aussi bien dans la diffusion du protestantisme que pour le développement de la langue anglaise. Les traductions de Tyndale ont en effet été reprises dans les bibles anglaises classiques et modernes, qu'elles influencent donc lourdement.

Marque de l'importance de ces traductions : en 1994 la British Library (Londres, Angleterre) achète, pour un peu plus d'un million de livres sterling, le Nouveau Testament de 1525 de Tyndale, auquel elle attribue le titre de .. Contexte historique Au début du en Angleterre, aussi bien le roi (Henri VIII) que la population sont catholiques, la messe est dite en latin et pour beaucoup les rituels de l'église sont incompréhensibles. En 1408, l'archevêque Arundel a expressément interdit que quiconque traduise en anglais une partie quelle qu'elle soit des Écritures, ou même lise une telle traduction sans une autorisation expresse de son évêque, sous peine d'être condamné comme hérétique. Ainsi, même la traduction de Wyclif (vers 1320–1384) en moyen anglais, à partir de la Vulgate et en feuillets manuscrits, est inaccessible.

En 1516, la parution du texte grec du Nouveau Testament par Érasme à BâleVoir Novum Instrumentum omne. connaît un grand retentissement. Elle offre en parallèle au texte grec une nouvelle traduction en latin qui corrige la traduction en latin de Saint Jérôme (la Vulgate), en usage dans l’Église catholique depuis plus de mille ans. Le texte grec compilé par Érasme deviendra la référence pour les humanistes et les réformateursNotice sur Érasme, Site du musée virtuel du protestantisme.

En 1522, paraît le Nouveau Testament allemand traduit directement du grec par Luther, première étape de parution de la bible complète en allemand. Cette parution inspire directement Tyndale.

Les étapes

Motivations de William Tyndale Tyndale, dans la préface à sa traduction du Pentateuque (1530), indique lui-même ce qui l'amène à braver l'interdit pesant sur toute traduction en anglais de la Bible : .

En traduisant la Bible, Tyndale suit le grand humaniste de l'époque, Érasme, à qui il devra également le texte grec sur lequel il s’appuiera. Dans son Enchiridion, Érasme écrit en effet que . (Tyndale traduit ce texte d’Érasme en 1522 pour convaincre son employeur Sir John Walsh et sa femme du bien-fondé de ses idées). Érasme souhaite même que l' Évangile et les Lettres de Saint Paul soient traduites dans toutes les langues imaginables.

Tyndale déclare également agir pour suivre les commandements du Christ lui-même : in The Obedience of a Christian Man (1528).

Les traductions En 1523, Tyndale cherche à obtenir la protection de l'archevêque de Londres, Cuthbert Tunstall, qui la lui refusa. Il s'exile alors sur le continent pour pouvoir poursuivre son projet : . Le Nouveau Testament de Cologne (1525) Dans les pays où la Réforme a réussi à s'établir, bien des imprimeurs sont tout prêts à imprimer une traduction de la Bible. Aux environs de , Tyndale s'embarque pour Hambourg (Allemagne), puis il se rend vraisemblablement à Wittemberg où il aurait rencontré Luther. C'est sans doute là qu'il travaille à la traduction du Nouveau Testament pendant un an.

Tyndale n'a accès qu'au Nouveau Testament en grec d’Érasme, au texte latin de la Vulgate et à la version en allemand de Luther. Un moine défroqué, William Roye, l'assiste. Tyndale sait que sa traduction ne sera pas autorisée en Angleterre, que tout livre imprimé à Wittemberg sera soupçonné d'hérésie et immanquablement détruit. Il choisit de se rendre à Cologne (bien qu'elle soit encore catholique) et y prépare l'impression d'un in-quarto avec l'imprimeur Peter Quentell. Ils décident d'en imprimer trois mille exemplaires avec prologue, notes marginales et références. Une partie (jusqu'à Matthieu 22, verset 12) est déjà imprimée quand, dénoncés par Jean Cochlaeus, Tyndale et Roye doivent s'enfuir précipitamment, emportant avec eux le plus grand nombre possible de feuillets déjà imprimés. Cochlaeus a même écrit au roi Henri VIII, au cardinal Wolsey et à l'archevêque de Rochester en leur recommandant de faire surveiller les ports pour .

Il ne reste qu'une seule copie de cette première traduction conservée dans la Collection Grenville à la British Library. L'ouvrage s'ouvre sur une gravure en pleine page représentant saint Matthieu trempant sa plume dans un encrier que lui tend un ange. Chaque chapitre commence par une importante lettre enluminée. Dans la liste des livres du Nouveau Testament, ceux-ci sont numérotés de 1 à 23 (soit de Matthieu à Jean 3) ; puis non numérotés, à part, on trouve Hébreux, Jacques, Jude et Révélation.

On a souvent appelé cette œuvre « Le Nouveau Testament de Luther en anglais ». En effet, l'apparence même de la page, la disposition du texte, les marges intérieures réservées aux références ainsi que les marges extérieures consacrées aux commentaires et à ce que Henri VIII qualifiera de (), tout cela est semblable au Nouveau Testament de Luther. De plus, ces sont dans l'ensemble tirées de Luther. La traduction elle-même, bien que tirée du grec original, fait un usage systématique de la traduction en allemand de Luther et même dans le Prologue de nombreux passages sont empruntés directement à Luther.

Nouveau Testament de Worms (1526) Au moment où Tyndale arrive à Worms, les autorités de la ville viennent de faire allégeance à Luther et à la Réforme. Il fait appel à l'imprimeur Peter Schöffer (fils). Imprimée à trois ou six mille exemplaires in-octavo, cette édition du Nouveau Testament de Tyndale est beaucoup plus petite que celle, incomplète, de Cologne. En l’occurrence, petit est préférable : les négociants anglais peuvent plus facilement cacher ce livre compact au milieu des balles de tissu ou autre marchandise pour le faire entrer clandestinement sur le territoire britannique.

Dans le Nouveau Testament de 1526, Tyndale s'efforce d'être le plus clair possible. La parole de Dieu doit parler directement d'une façon compréhensible par un lecteur isolé, à peine lettré. Tyndale y emploie un vocabulaire simple, termes monosyllabiques tirés de la vie de tous les jours en 1520, tout en restant au plus près du grec original. Pour Tyndale, le texte, laissé à lui-même, parle de lui-même.

Non seulement cette édition ne comporte ni prologue, ni aucune note ou commentaire mais même dans l’Épilogue il n'apparaît nulle référence à l’Église, à ce que le pape, les évêques ou les prêtres enseignent ; pas plus aux cérémonies et rites de l’Église comme nécessaires au salut, ni aux œuvres de charité enseignées comme essentielles. Pour Tyndale, tout ce dont le chrétien a besoin réside dans ce Nouveau Testament et la foi d'un cœur pur.

Tyndale est conscient des imperfections de son travail. À propos de ce Nouveau Testament, il écrit dans l’Épilogue : (voir facsimilé du N.T. de Worms, p.732, l.1sq).

De cette édition de Worms, petite, simple, aucune gravure en pleine page, il ne survit plus que trois exemplaires (un seul, découvert récemment à Stuttgart est complet).

Pentateuque (1530) Anvers est à l'époque un des centres de l'humanisme chrétien et de l'imprimerie d'ouvrages « hérétiques ». C'est un bon endroit pour passer inaperçu.

Au début de 1530, Tyndale publie le Pentateuque, imprimé à Anvers par Hoochstraten (sous la fausse identité de Hans Luft à Marbourg), en format de poche. Peu après, des exemplaires contenant l'inscription , parviennent en Angleterre.

C'est la première traduction anglaise à partir de l'hébreu. Tyndale s'appuie encore une fois sur la traduction allemande de Luther, ce dont on retrouve des traces dans certaines notes marginales.

Quelques-uns des commentaires marginaux sont très critiques du pape ; par exemple en marge de Exode 34:34 (Moïse ) figure le commentaire suivant : ..

Chacun des cinq livres est précédé d'un prologue qui contient un avertissement au lecteur, des explications de texte, de cours sermons et des listes de mots difficiles avec leur sens.

Une douzaine d'exemplaires du Pentateuque a survécu.

Nouveau Testament (1534) Une demande accrue de Nouveau Testament en anglais incite des imprimeurs européens à pirater le Nouveau Testament (de Cologne) de Tyndale. Ces textes piratés contenant de nombreuses erreurs typographiques et des changements volontaires de sa traduction amènent Tyndale à reporter la traduction de lAncien Testament pour reprendre sa traduction de 1526, comme il l'avait d'ailleurs laissé entendre.

Tyndale effectue plus de quatre mille changements par rapport à sa traduction de 1526 : la moitié de ces révisions ont pour but une encore plus grande fidélité au grec original.

Cette édition, imprimée à Anvers en , se vend alors par milliers dans toute l'Angleterre.

Impact sur l'Église catholique Un défi doctrinal L'historien David Daniell résume ainsi ce que l’Église catholique, par la voix de Thomas More, reproche à Tyndale : avoir offert Saint Paul en anglais et traduit quatre mots-clés du Nouveau Testament - "presbuteros", "ekklesia", "agape", "metanoeo" - par "senior", "congregation", "love", "repent" au lieu des termes usuels de "priests" (prêtres), "church" (église), "charity" (charité) et "do penance" (faire pénitence).

La signification théologique de ces reproches est la suivante : traduire la Bible en anglais est une marque d'indépendance nationale par rapport à Rome. En outre, la mise à disposition du texte en langue vulgaire offre à chacun la possibilité de lire les textes bibliques et de les comprendre par lui-même, ce qui retire à Rome son exclusivité en matière d'interprétation des Écritures. la traduction de « presbuteros » (en grec ancien : − l'ancien) par « senior » (et plus tard « elder) » au lieu de « prêtre » ouvre la porte à la doctrine protestante du sacerdoce universel ; de même le rendu de « ekklesia »(en grec ancien : − l'assemblée) par « congregation » et non par « church », contredit la doctrine catholique qui sépare les laïcs et les ecclésiastiques en insistant sur la communauté qui les réunit tous ; quant à elle, la traduction du verbe grec metanoein (en grec ancien : − changer d'idée, changer de conduite) par « repent » (se repentir) au lieu de « do penance » (faire pénitence) était une attaque très claire du sacrement catholique de pénitence, auquel les Réformateurs n'adhéraient pas pour de multiples raisons théologiques ; la traduction de agapè (en grec ancien : - l'amour désintéressé) par « love » au lieu de « charity » s'éloignait de la vertu théologale catholique de charité.

Réaction de l’Église Tyndale sait parfaitement que son initiative sera condamnée par l’Église. En 1530, dans sa préface au Pentateuque, il écrit : .

Dès le , Edward Lee, aumônier du roi, écrit à Henri VIII au sujet de la traduction de Tyndale, pour l'inciter à prendre des mesures pour prévenir l' et le qu'elle représente. .