Cette liste recense les élections organisées durant l'année 1968. Elle inclut les élections législatives et présidentielles nationales dans les États souverains, ainsi que les référendums.

Commentaires généraux

Les élections dans les années 1960 comprennent des élections libres et multipartites dans les États démocratiques indépendants ; des élections préparant des colonies à l'indépendance dans le cadre de la décolonisation ; mais aussi des semblants d'élection dans des États sous régime dictatorial. Dans le contexte de la guerre froide, ces derniers peuvent être des États socialistes membres du bloc de l'Est et donc subordonnés à l'Union soviétique, des dictatures militaires de droite alignées auprès des États-Unis, ou encore des États autoritaires africains nouvellement indépendants et appartenant à divers courants idéologiques, de droite comme de gauche.

Parmi les États démocratiques, quatre connaissent une alternance au pouvoir à la suite d'élections en 1968. C'est le cas du Danemark (en janvier), où une coalition de centre-droit succède aux sociaux-démocrates. Aux États-Unis, les démocrates perdent la présidence de la fédération au profit du républicain Richard Nixon lors des élections du mois de novembre, mais conservent la majorité aux deux chambres du Congrès. De même au Venezuela, lors des élections en décembre, la gauche demeure le premier parti au Congrès mais perd la présidence de la République, remportée par le candidat de centre-droit Rafael Caldera. À Panama, la droite nationaliste de l'ancien dictateur Arnulfo Arias remporte les élections législatives et présidentielle du mois de mai. Son nouveau gouvernement est toutefois immédiatement renversé par un coup d'État militaire.

Dans les États dictatoriaux, des simulacres d'élections à parti unique ont lieu dans deux jeunes États africains, sans aucune opposition possible : en Guinée (janvier), et au Sénégal (février). L'opposition ne peut pas non plus participer de manière significative aux élections qui ont lieu dans des dictatures militaires de droite en Amérique latine, que ce soit au Paraguay d'Alfredo Stroessner en février ou au Salvador en mars. En Grèce, les électeurs sont contraints d'approuver par référendum le début de la « dictature des colonels », au mois de novembre.

Enfin, dans les empires coloniaux, des élections démocratiques se déroulent à Nauru (colonie australienne) quelques jours avant l'indépendance de ce micro-État en janvier. La Guinée équatoriale connaît des élections législatives et présidentielles en septembre, remportées par Francisco Macías Nguema, et accède à l'indépendance vis-à-vis de l'Espagne le mois suivant. Si Nauru demeure ensuite une démocratie parlementaire, la Guinée équatoriale sombre dans une dictature particulièrement sanglante.

Par mois

Janvier Date Pays Élections Contexte Résultats janvier Législatives et présidentielle La Guinée à cette date est un État à parti unique. Les autorités présentent une liste unique de candidats aux élections législatives, et un candidat unique à la présidentielle ; les citoyens sont appelés à les approuver. Les candidats du Parti démocratique (socialisme africain) aux législatives sont approuvés officiellement par 100 % des votants, tandis qu'Ahmed Sékou Touré est réélu président de la République avec officiellement un taux d'approbation de 100 %. Législatives Parlement sans majorité. Les Sociaux-démocrates conservent leur majorité relative des sièges. C'est néanmoins Hilmar Baunsgaard (Parti social-libéral) qui devient premier ministre, parvenant à former un gouvernement de coalition de centre-droit avec le Parti populaire conservateur et le parti Venstre (libéral-conservateur, agrarien). Législatives Élection du Parlement qui siègera au moment de l'indépendance du pays (jusque lors sous souveraineté australienne). Il n'existe pas de partis politiques. Tous les députés sont élus sans étiquette. Ils siègent pour la première fois le , jour de la proclamation de l'indépendance du pays, et élisent Hammer DeRoburt à la présidence de la République.

Février Date Pays Élections Contexte Résultats Législatives et présidentielle Malgré un semblant de démocratie, le Paraguay demeure un régime autoritaire et répressif, où le parti au pouvoir domine tous les aspects de la société, et où sévit un culte de la personnalité. Le Parti colorado (droite, seul parti autorisé jusqu'en 1962) conserve la majorité absolue des sièges dans les deux chambres. Le général Alfredo Stroessner (Parti colorado) est réélu président de la République avec 71,6 % des voix devant trois autres candidats. Présidentielle L'archevêque Makarios III (sans étiquette, proche du Parti démocrate : chrétien-démocrate, centre-droit) est réélu avec 96,3 % des voix, face à Takis Evdokas (Parti national démocratique : extrême-droite, favorable au rattachement de Chypre à la Grèce). Législatives et présidentielle Le Sénégal à cette date est un État à parti unique. Les autorités présentent une liste unique de candidats aux élections législatives, et un candidat unique à la présidentielle ; les citoyens sont appelés à les approuver. Les candidats du parti Union progressiste (socialisme africain) aux législatives sont approuvés officiellement par 99,5 % des votants, tandis que Léopold Sédar Senghor est réélu président de la République avec officiellement un taux d'approbation de 99,4 %.

Mars Date Pays Élections Contexte Résultats Législatives Le Salvador à cette date est une dictature militaire. Une opposition politique chrétienne-démocrate est toutefois autorisée. Le Parti de la conciliation nationale (droite, parti lié à la dictature militaire) conserve la majorité absolue des sièges. Référendum Les citoyens sont invités à choisir entre le maintien du sultanat, ou son abolition en faveur d'une république. L'option d'une république est choisie par 81,2 % des votants. Une élection présidentielle a lieu en septembre, et la république est proclamée le . Législatives C'est la période du Front national. Cet accord, qui a mis fin à la guerre civile, octroie par avance la moitié des sièges au Parti conservateur, et la moitié au Parti libéral. Les autres partis (notamment le Parti communiste) ne sont plus autorisés à participer aux élections, à moins de pouvoir présenter des candidats sous l'étiquette d'un des deux grands partis. Les élections deviennent une compétition entre les différentes factions des deux partis qui se partagent le pouvoir. Comme prévu par l'accord, les conservateurs et les libéraux conservent chacun la moitié des sièges dans les deux chambres. Législatives Le parti Union nationale et démocratique (droite), qui disposait de tous les sièges sauf un, remporte cette fois tous les sièges. Paul Demange (sans étiquette) demeure ministre d'État (chef du gouvernement). Législatives Élections anticipées, l'affaire de Louvain ayant provoqué la fracture de la majorité gouvernementale. Parlement sans majorité. Le Parti social-chrétien (centriste, démocrate-chrétien) conserve la majorité relative dans les deux chambres. Gaston Eyskens (social-chrétien) devient premier ministre, à la tête d'un gouvernement de coalition avec le Parti socialiste. Référendum Des propositions de réformes constitutionnelles sont soumises à l'approbation des citoyens. Il s'agit notamment d'instituer un régime présidentiel. Les réformes sont approuvées par 92,2 % des votants. Une élection présidentielle a lieu au mois de mai.

Avril Date Pays Élections Contexte Résultats Référendum Les citoyens sont appelés à approuver une nouvelle Constitution. Celle-ci fait formellement du pays un État socialiste sous la direction du Parti socialiste unifié. La nouvelle Constitution est approuvée officiellement par 96,4 % des votants. au Législatives Les sièges sont répartis par quotas entre les différentes communautés religieuses, la plupart revenant à diverses communautés chrétiennes. Parlement sans majorité. La plupart des députés sont élus sans étiquette. Abdallah al-Yafi (sans étiquette, sunnite) demeure premier ministre. Législatives tour - Législatives Premières élections après l'indépendance du pays en 1965. La plupart des partis d'opposition boycottent le scrutin, refusant de reconnaître la légitimité de la décision du gouvernement de détacher Singapour de la fédération de Malaisie. Dans presque toutes les circonscriptions, le candidat du gouvernement est le seul candidat ; le gouvernement a donc remporté ces élections avant même qu'elles ne soient tenues. Le Parti d'action populaire (conservateur, libéral sur le plan économique, laïc, multi-ethnique) remporte la totalité des sièges. Lee Kuan Yew demeure premier ministre.

Mai Date Pays Élections Contexte Résultats mai Îles Cook Législatives Les îles Cook sont un État autonome en libre association avec la Nouvelle-Zélande. Le Parti des îles Cook (centriste, progressiste) conserve la majorité absolue des sièges. Albert Henry demeure premier ministre. Législatives tour Parlement sans majorité. Le Parti unioniste démocrate (conservateur, laïc) remporte une majorité relative des sièges. Il forme un gouvernement de coalition avec le Parti de l'oumma (centriste, démocrate-musulman), permettant à Muhammad Ahmad Mahgoub (Parti de l'oumma) de rester premier ministre. Le gouvernement est renversé par un coup d'État militaire un an plus tard. Présidentielle Ces élections visent à restaurer un régime démocratique, après deux ans de régime militaire censés assurer la stabilité du pays. Les partis politiques ne sont pas autorisés. Basile Adjou Moumouni remporte 84,0 % des voix, face à quatre autres candidats. D'importantes manifestations ont toutefois empêché de nombreux électeurs de voter. Le taux de participation n'étant que de 26 %, le résultat est annulé et une nouvelle élection a lieu en juillet. Législatives et présidentielle Alternance. La coalition « Union nationale » (comprenant notamment le Parti panamiste (droite nationaliste et populiste) et le Parti républicain (droite)) remporte une majorité absolue des sièges. Son candidat Arnulfo Arias, ancien dictateur raciste et antisémite durant les années 1940, est élu président de la République avec 54,7 % des voix, face à deux autres candidats. Il est renversé par un coup d'État militaire onze jours après sa prise de fonction, marquant le début d'une junte. Parlementaires Ces élections se déroulent dans un contexte de mouvements de protestation étudiants. Parlement sans majorité. Le parti Démocratie chrétienne (centriste) conserve la majorité relative dans les deux chambres. Le Parti communiste consolide sa deuxième place. Le chrétien-démocrate Giovanni Leone devient président du Conseil (premier ministre), à la tête d'un gouvernement minoritaire. Il démissionne en décembre. Mariano Rumor, membre de l'aile gauche de Démocratie chrétienne, lui succède, à la tête cette fois d'un gouvernement de coalition avec le Parti socialiste, le Parti social-démocrate (centre-gauche), et le Parti républicain (centriste). C'est la coalition dite « Centre-gauche organique ».

Juin