La (en occitan : carrièra granda de Nazaret) est une voie de Toulouse, chef-lieu de la région Occitanie, dans le Midi de la France. C'était autrefois une des rues les plus importantes de la ville, qui reliait la place du Salin à la place Saint-Étienne en traversant le quartier des parlementaires.

Situation et accès Description La grande-rue Nazareth est une voie publique. Elle se trouve au cœur du quartier Saint-Étienne, dans le secteur 1 - Centre.

La chaussée compte une seule voie de circulation automobile à sens unique, de la rue du Languedoc vers la rue Perchepinte. Elle est définie comme une zone de rencontre et la vitesse y est limitée à 20 km/h. Il n'existe pas de bande, ni de piste cyclable, quoiqu'elle soit à double-sens cyclable.

Voies rencontrées La grande-rue Nazareth rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :

Rue du Languedoc Rue Antoine-Darquier (d) Rue des Coffres (d) Rue Caminade (d) Rue Philippe-Féral (g) Rue Théodore-Ozenne Rue Espinasse (d) Rue de La Pleau (g) Rue Mage (g) Rue Perchepinte (d)

Transports La grande-rue Nazareth se trouve à proximité des stations Carmes et Palais-de-Justice de la ligne du métro. À cette dernière station se trouve également le terminus de la ligne du tramway. La première partie de la grande-rue Nazareth, entre la rue du Languedoc et la rue Théodore-Ozenne, est de plus parcourue et desservie par la ligne des bus toulousains.

Plusieurs stations de vélo en libre service VélôToulouse se trouvent dans les rues voisines de la grande-rue Nazareth : les stations (10 rue Théodore Ozenne) et (12 rue du Languedoc).

Odonymie La grande-rue Nazareth tient son nom de la chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Nazareth, construite au dans la petite-rue Nazareth (actuel rue Philippe-Féral) afin de servir de chapelle particulière pour les parlementaires toulousainsChalande 1918, .« Église Notre-Dame de Nazareth de Toulouse (1301-1785) », sur le site des Archives départementales de la Haute-Garonne (consulté le 4 mars 2016)..

Au Moyen Âge, dès le milieu du au moins, la rue était connue comme la rue Bernard-d'Albigès, certainement du nom d'un éminent propriétaire. Au siècle suivant, cette appellation évolua et devint la Souque-d'AlbigèsChalande 1918, . : la souque (soca en occitan) fait référence à une souche d'arbre et, par dérivation, à une famille, et ce terme était utilisé pour désigner une propriété familiale. La rue porta également d'autres noms en lien avec les églises qui se trouvaient dans la rue : rue Saint-Barthélémy, nom qui se trouve dans la deuxième moitié du , et rue Nazareth à partir du milieu du . En 1794, pendant la Révolution française, la rue fut renommée rue de la Carmagnole, en référence à la célèbre chanson révolutionnaire. Elle reprit ensuite le nom de grande-rue Nazareth, sur l'ensemble de son parcours actuelChalande 1918, ..

Histoire Moyen Âge Au Moyen Âge, la rue Nazareth – ou rue de la Souque-d'Albigès – appartient au capitoulat de Saint-Barthélémy, qui tient son nom de l'église Saint-Barthélémy, qui s'élève à l'ouest de la rue, face à la place du Salin (côté nord de la place actuelle). L'église, élevée au moins avant le , sert de paroisse aux habitants du quartierSalies 1989, vol. 2, .. La rue de la Souque-d'Albigès est l'une des principales voies de la ville, qui relie la porte Narbonnaise et la place du Salin au sud, à la place et la porte Saint-Étienne à l'est. C'est aussi une des rues les plus larges de la ville, puisqu'elle atteint parfois 13 mètres. La population du quartier a accès à plusieurs puits publics, un sur la petite place qui se forme devant l'église Saint-Barthélémy, l'autre sur la place Perchepinte ou du Puits-Doux, qui tient justement son nom du puits Doux ou puits de la Perchepinte, au carrefour des rues Mage et PerchepinteSalies 1989, vol. 2, .. On y trouve également un four public, qui appartient aux comtes de Toulouse, simplement connu comme le four de la Souque d'Albigès. Au nord de la rue Mage s'étend de plus le quartier des « affachoirs » ou des « affachadous », c'est-à-dire des bouchers (afachaires ou afachadors en occitan)Salies 1989, vol. 2, ..

Le quartier se transforme considérablement à partir du , avec le développement de l'administration royale qui occupe le Château narbonnais et plusieurs bâtiments des rues voisines, autour de la place du Salin et de la place du Château (côtés nord et sud de l'actuelle place du Salin) – sénéchaussée et ses prisons, trésorerie, hôtel de la monnaie, salin, et parlement à partir de 1443. Progressivement, la population de la rue change au point que, déjà à la fin du , elle est composée presque exclusivement d'hommes de loi, de notaires et de parlementaires – avocats, conseillers ou procureurs. Ils s'approprient la chapelle Notre-Dame-de-Nazareth, construite dans une rue voisine (actuel rue Philippe-Féral), qu'ils font bénéficier de leurs dons et de leurs largesses. La reconstruction de la chapelle, entre 1452 et 1520, est soutenue par plusieurs parlementaires et magistrats de la rueChalande 1918, ..

Période moderne Dès le , les riches familles toulousaines se font construire de belles demeures le long de la grande-rue Nazareth. La plupart des constructions les plus anciennes ont été détruites ou largement remaniées aux siècles suivants, et il n'en reste souvent que quelques vestiges de style Renaissance. On peut signaler, cependant, la présence, en 1550, de Jean de Bertrand, premier président au parlement, qui possède un vaste hôtel particulier (emplacement de l'actuel ) qu'il conserve jusqu'à sa mort en 1560Chalande 1918, .. À la même époque, Antoine de Paulo, président au parlement en 1554, fait construire son hôtel (ancien )Salies 1989, vol. 2, .. Près de la place Perchepinte, à l'angle de la rue de la Pleau, s'élève la maison de la famille de ce nom (actuel ). Entre 1592 et 1610, Paule de Viguier, surnommée « la Belle Paule », vit ses dernières années dans l'hôtel de Jean de La Roche (côté droit de l'actuel )Chalande 1916, ..

Au cours du , le goût des élites toulousaines évolue. L'hôtel particulier de Jacques de Baderon, seigneur de Maussac et conseiller au parlement (actuel ), et l'hôtel d'Étienne Potier, seigneur de La Terrasse et président au parlement (actuel ), presque en face, témoignent tous les deux de la transition de la Renaissance tardive au classicismeSalies 1989, vol. 1, , et vol. 2, .. Les immeubles de style classique sont particulièrement nombreuses dans la première partie de la rue, à proximité de la place du Salin (actuels ; , 14, 16 et 20). L'hôtel particulier construit vers 1686 pour Claude Davisard, président à la chambre des enquêtes du parlement, est un prestigieux exemple (actuel )Chalande 1918, .. Pourtant, à la même époque, et malgré les interdictions répétées des capitouls qui craignent les destructions dues aux incendies, on continue à construire en corondage, comme en témoignent plusieurs immeubles (actuels , 43 et 45).

Au , la magistrature toulousaine connaît une période de prospérité : c'est de cette période que datent la plupart des façades de la rue. Les habitants de la grande-rue Nazareth font embellir leurs hôtels particuliers et leurs immeubles, faisant reconstruire les façades, pour les mettre au goût du jour (actuels , 25 et 49 ; , 14 et 26). Plusieurs immeubles sont également reconstruits à cette époque (actuels à 19 bis, 29 et 47 ; à 10, 22 et 36).

Époque contemporaine La Révolution française amène des changements. En 1790, l'église Saint-Barthélémy devient bien national, avant d'être fermée. Le , elle est vendue à un certain Corail, et elle est démolie peu après.

Pendant la Terreur, entre 1793 et 1794, plusieurs parlementaires toulousains sont inquiétés. Habitant l'ancien hôtel de Paucy (actuel ), Emmanuel-Marie de David d'Escalone, petit-fils du capitoul David de Beaudrigue, impliqué dans la condamnation de Jean Calas en 1762, est guillotiné sur la place de la Révolution, à Paris, en 1793Chalande 1916, .. Habitant une maison proche (actuel ), François-Joseph de Marquier de Fajac, président à la deuxième chambre du parlement est arrêté en 1794 et emprisonné dans la prison de la Visitation (emplacement de l'actuel rue Charles-de-Rémusat). Il est condamné et guillotiné à Paris, le Chalande 1918, .. Un autre conseiller au parlement, Isidore de Poulhariès, baron de Laréole, et son fils, Louis-Isidore, qui vivaient dans une hôtel particulier de la rue (actuel ) sont exécutés le lendemainChalande 1918, .. Les biens des nobles émigrés sont également saisis, comme l'hôtel de Maussac, qui, appartenant à la famille de Guilhermin, est saisi et vendu à Jean Fleury RollandChalande 1918, ..

Au début du , la municipalité forme un projet de réaménagement urbain, afin de favoriser la circulation et l'hygiène dans les rues de la ville. Mais la grande-rue Nazareth, qui est déjà l'une des plus larges voies toulousaines, n'est pas véritablement touchée par les projets de réalignement et les destructions d'immeubles. Les constructions nouvelles, de style néo-classique, restent d'ailleurs peu nombreuses (actuels , 21 et 33). En fin de compte, malgré les bouleversements sociaux de la Révolution française et les transformations urbaines que souhaite opérer la municipalité, le quartier de la grande-rue Nazareth a essentiellement conservé un caractère profondément aristocratique.

Les institutions religieuses se reforment également, d'autant plus rapidement qu'elles reçoivent le soutien de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie catholique toulousaine. Plusieurs pensionnats sont fondés pour recevoir les jeunes filles de ces familles. En 1807, les Visitandines, qui avaient été dispersées en 1790, tandis que leur couvent était transformé en prison, se reforment et les nouvelles religieuses établissent leur couvent et ouvrent un pensionnat dans la rue. En 1818, leur nouveau couvent ayant été aménagé dans l'ancienne Maison du Temple rue de la Dalbade (actuels ), elles quittent la grande-rue NazarethSalies 1989, vol. 2, .. En 1811, ce sont les sœurs du Saint-Nom-de-Jésus qui s'établissent dans la grande-rue Nazareth, avant de se transporter en 1827 à l'hôtel de Boissy, entre la rue des Régans (actuel ) et la rue du Vieux-Raisin (emplacement des actuels rue du Languedoc)Salies 1989, vol. 2, .. En 1839, les Dames du Sacré-Cœur sont appelées à Toulouse par l'archevêque Paul d'Astros. Elles établissent leur pensionnat, le pensionnat du Sacré-Cœur, dans l'ancien hôtel de Paulo (ancien ). Elles se déplacent cependant dans de nouveaux bâtiments de la rue des Récollets deux ans plus tard (actuel lycée Berthelot, rue Achille-Viadieu)Salies 1989, vol. 2, ..

Entre 1899 et 1904, des travaux sont engagés afin de poursuivre au sud la rue d'Alsace-Lorraine, afin de relier la place Rouaix à la Cour d'assises (actuel rue des Fleurs) : il est donc prévu d'abattre plusieurs maisons de la grande-rue Nazareth. Finalement, le projet est modifié, et la direction de la rue est légèrement obliquée vers l'ouest, mais plusieurs maisons de la grande-rue Nazareth sont tout de même démolies (anciens à 7). Sur le côté sud de la rue, les vieilles façades ne sont pas réalignées sur le tracé de la nouvelle rue, laissant subsister partiellement le tracé ancien, mais sont données à la nouvelle rue (actuels et 16 rue du Languedoc)Chalande 1916, .. En revanche, sur le côté nord, dans un style éclectique influencé par les motifs décoratifs de l'Art nouveau, caractéristique des constructions toulousaines de l'époque (actuel ). L'immeuble Labit, à l'angle de la rue du Languedoc, élevé par l'architecte Étienne Gogé en 1908, est un exemple de ces immeubles (actuel ).