La campagne de Serbie, lancée par les Austro-Hongrois dès les premiers jours de la Première Guerre mondiale, constitue la première tentative des puissances centrales pour s'emparer des territoires du royaume de Serbie. Mettant aux prises des unités serbes et des unités austro-hongroises, la campagne de 1914 tourne rapidement à l'avantage des Serbes. À la fin de l'année 1914, le front se stabilise, les Serbes ayant repoussé les troupes de la double monarchie hors du royaume.
Contexte
Conformément aux plans de mobilisation établis durant les années antérieures, le gouvernement serbe s'installe à Niš, la deuxième ville du royaume, promue capitale du royaume en guerre, tandis que l'état-major de l'armée serbe installe ses quartiers à Kragujevac, arsenal du pays.
Forces en présence Armée serbe
L'armée serbe est placée sous le commandement du voïvode Radomir Putnik, soldat expérimenté, auquel est associé le prince-régent Alexandre, jaloux de sa position.
L'armée serbe compte , des soldats entraînés et expérimentés ayant participé aux guerres balkaniques, mais mal équipés et souvent vêtus de leurs habits civils. Cette troupe est répartie en trois levées, permettant d'appeler les hommes valides par tranche d'âge : durant l'été 1914, seules les deux premières levées, réunissant les hommes de , sont envoyées au combat.
Cette force importante compte cependant de nombreuses faiblesses. Elle est mal équipée et souvent mal vêtue : il n'est pas rare de voir des hommes de la deuxième ou de la troisième levée combattre avec des habits civilsLors de leur capture, ces hommes sont souvent fusillés sans ménagement par les Austro-hongrois qui les considèrent comme des partisans. De plus, privée d'une véritable industrie d'armement, l'armée serbe est dépendante des approvisionnements alliés qui lui parviennent par voie ferrée depuis Salonique à travers les montagnes macédoniennes, mal contrôlées par le gouvernement de BelgradeLe contre-espionnage austro-hongrois parvient à faire sauter les ponts de chemin de fer reliant Salonique à la Serbie, handicapant le ravitaillement serbe en munitions à partir de la fin du mois de .. Ensuite, l'armée serbe est déployée, en , le long de la frontière entre la Serbie et l'Albanie : en effet, les bandes albanaises multiplient les raids en territoire serbe, que l'armée tente de contenir et de repousser. Enfin, la déclaration de guerre de la double monarchie surprend cette armée en pleine réorganisation : chaque division ne compte alors qu'un régiment d'infanterie, privé d'artillerie lourde et de transport.
Elle est cependant largement sous-estimée par le commandement austro-hongrois : ce dernier ne tient compte ni de l'expérience militaire récente, ni des nouvelles capacités de recrutement rendues possibles par les guerres balkaniques et leur issue, favorables les unes comme les autres au royaume de Belgrade.
Armée monténégrine
Dès le , l'armée serbe reçoit le soutien de la mobilisation de l'armée monténégrine : le royaume, lié au royaume de Belgrade par des liens politiques, économiques et familiaux, déclare formellement la guerre à la double monarchie le .
Cette intervention, dictée par le souhait du roi de s'emparer de Cattaro, renforce les armées serbes de monténégrins : ces hommes, regroupés au sein d'une armée qui s'apparente plus à une milice, sont cependant insuffisamment armés ; Cependant, cette troupe médiocre bénéficie de positions menaçant directement la base navale austro-hongroise de Cattaro.
Armée austro-hongroise vignette|Portrait d'Oskar Potiorek, général d'Infanterie de l'Empire austro-hongrois, ayant dirigé les Ve et VIe armées durant la campagne de Serbie.|273x273px
Les trois armées austro-hongroises sont toutes placées sous la direction d'Oskar Potiorek, gouverneur militaire de Bosnie-Herzégovine et responsable des opérations contre la Serbie à partir du : Oskar Potiorek exerce ainsi son autorité sur les et armées austro-hongroises, sur la flottille du Danube et sur les forteresses austro-hongroises positionnées sur le front serbo-austro-hongrois ; dans ce cadre, il assume le commandement direct de la armée austro-hongroise.
Les trois armées austro-hongroises comptent, avant le retrait de la armée commandées par Eduard von Böhm-Ermolli, , essentiellement d'unités des troupes territoriales, et de troupes de réserve, moins expérimentées que les troupes serbes.
De plus, à toutes les étapes de la campagne, les unités déployées par la double monarchie face à l'armée serbe sont placées en situation d'infériorité numérique.
Opérations
Dès le , les artilleurs austro-hongrois pilonnent Belgrade, prélude à une action forte visant à anéantir l'armée serbe le plus rapidement possible, afin de mettre les chancelleries européennes devant le fait accompli d'une victoire austro-hongroise éclair.
Les opérations débutent vraiment le . Elles se décomposent en deux phases, toutes deux achevées par des victoires serbes. Chacune d'entre elles est conçue dans le cadre de la planification générale du conflit voulue par les stratèges austro-hongrois.
Planification
Dans le contexte d'une guerre sur deux fronts, face à la Russie et face à la Serbie, le commandement austro-hongrois, notamment le chef d'état-major Conrad von Hötzendorf, estime que trois puis deux armées sont suffisantes pour écraser la Serbie ; le généralissime austro-hongrois admet ainsi donner la priorité au principal adversaire militaire de la double monarchie, souhaitant d'abord rendre la Russie inoffensive avant de se retourner contre le royaume de Belgrade.
La mission que reçoit Potiorek consiste à empêcher l'invasion du territoire de la double monarchie, le temps de maintenir à distance les unités russes ; il dispose d'une totale liberté pour remplir cette mission, soit en se contentant d'une mise en défense systématique de la frontière, soit en lançant ses unités à la conquête du royaume de Belgrade ; cependant, souhaitant rapidement venger la mort du Kronprinz impérial et royal, il planifie une offensive contre le territoire serbe, dont il présente les grandes lignes à Conrad le .
Les plans d'offensive austro-hongroise prévoient une attaque convergente, menée par les trois armées initialement déployées le long du Danube et de la Save : la basse Drina constitue l'objectif de la armée austro-hongroise. Cependant, les offensives russes poussent le commandement austro-hongrois face à la Serbie à une attitude défensive, ce à quoi Oskar Potiorek, le commandant austro-hongrois, ne se résout pasEn effet, Potiorek, comme ses contemporains, souhaite obtenir une victoire rapide face à l'armée du royaume de Belgrade..
Le commandement serbe, pariant sur une offensive austro-hongroise, souhaite attirer les unités austro-hongroises à l'intérieur du territoire serbe, puis, adossé au relief, les battre, alors que les troupes de la double monarchie, épuisées et accablées par la chaleur estivale, se trouveraient loin de leur base.
Première phase
Entre le , date du premier bombardement austro-hongrois visant Belgrade, et le , date du déclenchement de la première offensive d'envergure contre le royaume, les combats se limitent à des duels d'artillerie, comme à Smederevo et Gradichté., et de brèves opérations destinées à fixer les troupes serbes au Nord du royaume.
Le , Oskar Potiorek lance ses unités au-delà de la Save, au Nord-Ouest du royaume, repoussant la armée serbe devant elle ; cette percée inattendue constitue une surprise pour le commandement serbe qui replie toutes ses unités, réorganisant son dispositif. L'offensive austro-hongroise s'enlise rapidement, dès le troisième jour de l'attaque. Ainsi, les unités serbes, regroupées à une certaine distance de la frontière, arrêtent les unités austro-hongroises au terme de cinq jours d'offensive, par une attaque de flanc : dès le , un détachement serbe inflige une défaite tactique aux divisions austro-hongroises aventurées dans le Nord-Ouest du royaume ; l'armée serbe inflige le au Mont Cer, puis le à Jadar, deux cuisantes défaites à l'armée commune, enlisée dans des combats décousus dans les montagnes de l'ouest de la Serbie ; ces échecs obligent le commandement austro-hongrois à ordonner une retraite dans le plus grand désordreCette débandade est accentuée par la défection d'un régiment tchèque..
En dépit de ces défaites, Belgrade est occupée par les Austro-hongrois le , puis reprise par les unités serbes dans les jours qui suivent, à la suite d'une nouvelle défaite austro-hongroise, infligée par l'armée commandée par le général Yourichitch à Adar le .
Ces lourdes défaites entraînent également pour l'armée austro-hongroise la perte de grandes quantités de matériel de guerre : une cinquantaine de canons et de quoi rééquiper en armes et en munitions et rendre mobile l'armée serbe : à la suite de la victoire d'Adar, les Serbes récupèrent 92 canons de campagne, 8 canons de siège, fusils Mauser Excelsior du 6 septembre 1914 : La guerre austro-russe, la déroute autrichienne à la bataille d'Adar, page 4 etc.
Ces unités serbes se lancent alors à l'assaut du territoire de la double monarchie, lançant des opérations en Syrmie, dans le Banat et en Bosnie-Herzégovine, mais la modestie des moyens engagés empêche de mener des opérations de grande ampleur à l'intérieur du territoire de la double monarchie, malgré la conquête de la ville de Smern. Cette offensive est menée concurremment à une nouvelle offensive austro-hongroise lancée le ; cette seconde offensive se révèle un échec, mais incite Putnik à redéployer ses unités, donnant ainsi le temps à Potiorek de remanier son dispositif, facilitant la défense de la Bosnie et obligeant les unités serbes à évacuer le territoire austro-hongrois dès le .
Dans le même temps, des unités serbes et monténégrine s'avancent en Bosnie-Herzégovine ; elles s'emparent de Pale le ; face à la menace, une brigade de montagne est envoyée contre les unités monténégrines, qui refluent, découvrant la gauche du dispositif serbe. Ayant réorganisé son dispositif, Potiorek inflige aux Serbes une défaite à proximité de Sarajevo le , obligeant le commandement serbe à abandonner ses conquêtes du mois précédent et à repasser la frontière.
Seconde phase
Exploitant le succès d'octobre, Potiorek cherche à écarter définitivement la menace serbe, jouant sur la fatigue des soldats serbes, en lançant une opération de grande ampleur contre les positions serbes, alors que le front semble favorable à une attaque austro-hongroise sur des unités serbes en retraites.
Ainsi, le , à l'issue d'une solide préparation d'artillerie, Potiorek relance ses unités à l'assaut des positions serbes, les repoussant à de leurs positions de départ, au-delà de la Kolubara. Les premières lignes serbes sont ainsi rapidement dépassées ; en dépit de ces succès initiaux, cette offensive est menée cependant dans des conditions climatiques difficiles, aggravées par les pénuries alimentaires et vestimentaires qui frappent l'armée austro-hongroise
Ce recul des Serbes permet aux unités austro-hongroises de s'emparer de Valjevo le et de franchir la Kolubara le 17. Toutefois, les unités positionnées sur la rive orientale du fleuve se retrouvent isolées par la rupture des ponts avec la rive occidentale.
Ces succès demeurent cependant précaires, en raison de la retraite en bon ordre des unités serbes et de la situation préoccupante du ravitaillement austro-hongrois au fur et à mesure de leur avancée à l'intérieur du territoire serbe.
Belgrade, faiblement défendue par un cordon de troupes, est reprise par les Austro-hongrois le , à la suite de l'évacuation de la ville par le commandement serbe et la Kolubara est franchie le 17 ; mais la prise de la ville a nécessité la division des forces engagées contre la Serbie. Face à ces succès austro-hongrois, le commandement serbe ordonne une retraite dans la profondeur du territoire, afin de garantir à l'armée en campagne de meilleures positions.