Le blocus de Berlin est l'un des épisodes majeurs de la guerre froide en Europe durant lequel les Soviétiques bloquent les accès terrestres vers Berlin des trois puissances occidentalesLes « trois puissances occidentales » ou les « Occidentaux » désignent usuellement pendant la guerre froide les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. qui en retour organisent un grand pont aérien pour ravitailler leurs garnisons et les populations civiles berlinoisesPar les accords de Potsdam, les quatre puissances alliées de la Seconde Guerre mondiale, l'Union soviétique, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, ont partagé l'Allemagne en autant de zones d'occupation et partagé de même Berlin, qui se trouve en plein cœur de la zone soviétique, en quatre secteurs. Les trois secteurs dévolus aux Américains, Britanniques et Français formeront ce qui sera appelé couramment Berlin-Ouest. Le secteur soviétique sera appelé Berlin-Est..

Le , à l’issue d’une longue dégradation des relations entre les quatre puissances occupantes de l’Allemagne, l’Union soviétique (URSS) bloque toutes les voies routières et navigables par lesquelles Américains, Britanniques et Français communiquent entre leurs zones d'occupation en Allemagne et Berlin. Le blocus dure jusqu’à ce que les Soviétiques le lèvent sans contrepartie le , prenant acte ainsi de leur échec à mettre la main sur Berlin.

Le blocus de Berlin est l'une des toutes premières crisesDès 1946, les relations entre les Occidentaux et les Soviétiques se crispent à la suite entre autres de la crise irano-soviétique, de la crise russo-turque pour le contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles, et de la guerre civile grecque. de la guerre froide. Elle en est aussi la plus grave, jusqu'à ce qu'une seconde crise à Berlin (1958-1961) , puis la crise des missiles de Cuba (1962) plongent à nouveau le monde dans la crainte de la guerre et de l'extermination nucléaire.

Le devenir de l'Allemagne est en 1948 au cœur de l'opposition entre les États-Unis et l’Union soviétique. Staline a réussi à prendre le contrôle de tous les pays d'Europe centrale sans provoquer de réaction concrète des Occidentaux, et les mouvements communistes sont très actifs dans une Europe de l'Ouest qui peine à se relever de la guerre et dont les Américains veulent à tout prix éviter qu'elle ne passe sous la tutelle de Moscou. Les deux initiatives majeures prises dans cet objectif par Washington, le plan Marshall de sauvetage économique de l'Europe et la création d'une Allemagne de l'Ouest solidement arrimée à la sphère atlantique, sont contraires aux intérêts de Staline qui souhaite étendre son influence à toute l'Allemagne. Isolée au milieu de la zone d'occupation soviétique en Allemagne, Berlin est militairement indéfendable par les Occidentaux. Staline y voit une occasion de les faire reculer sur leurs initiatives ou à défaut de les chasser de la ville ce qui serait politiquement et symboliquement une grande victoire.

L'Histoire a retenu de cette crise la détermination des alliés occidentaux à conserver leur place à Berlin et le succès du pont aérien mis en œuvre dès les premiers jours par les Américains et les Britanniques. Cette vision occulte les craintes et les incertitudes dans lesquelles furent plongés les dirigeants occidentaux, partagés sur les intentions réelles des Soviétiques et sur la capacité du pont aérien de Berlin à assurer dans la durée le ravitaillement de la population berlinoise de plus de de personnes, dont en outre il était difficile de prévoir si elle se tournerait vers Moscou pour éviter de nouvelles privations ou si elle croirait en un avenir au sein du monde occidental. Enfin, la question de l'emploi ou non de l'arme nucléaire redevient un enjeu politique et militaire aux États-Unis pour la première fois depuis les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.

L'échec du blocus de Berlin permet aux Occidentaux de mener à bien leurs plans relatifs à la création de l'Allemagne de l'Ouest, incluant Berlin-OuestBerlin-Ouest bénéficiera d'un statut politique spécial mais pouvait de facto être considéré comme faisant partie de l’Allemagne de l’Ouest, notamment à propos de la circulation des personnes., et à l'introduction du Deutsche Mark. Les Soviétiques y répondent par l'instauration de l'Allemagne de l'Est. Le blocus précipite aussi la conclusion en du traité de l'Atlantique nord, alliance militaire transatlantique occidentale, dont l'Allemagne de l'Ouest deviendra membre en 1954, provoquant en riposte la création en 1955 du pacte de Varsovie par les Soviétiques.

Le rideau de fer entre le bloc de l'Ouest et le bloc de l'Est ne bougera plus jusqu'à la chute du mur de Berlin qui marquera la fin de la guerre froide, dont Berlin aura été le cœur symbolique pendant quarante ans. Origines Ni à Yalta, ni à Potsdam, les Alliés ne réussissent à s'accorder sur le devenir de l'Allemagne. Le régime d'occupation totale qu'ils mettent en place après leur victoire sur l’Allemagne nazie abolit la souveraineté allemande, laisse à chaque puissance occupante une grande liberté d'action dans sa zone mais repose sur une administration conjointe pour les questions concernant l'Allemagne dans son ensemble et repousse à plus tard les décisions relatives à ce qu'il adviendra d'elle à moyen terme..

La cause profonde du blocus de Berlin se trouve dans les faiblesses inhérentes à ce régime d'occupation quadripartite qui fonctionne de plus en plus mal jusqu'au blocage dès lors que les intérêts des anciens alliés deviennent opposés. Les négociations intenses menées en 1946 et 1947 par les quatre puissances occupantes n'aboutissent à aucun accord sur le démembrement ou non de l'Allemagne, et dans ce dernier cas sur le rétablissement ou non d'un État central et sur la nature de son régime politique....

Les causes immédiates de l'instauration du blocus sont les initiatives prises début 1948 par les Occidentaux sans les Soviétiques pour instaurer un État allemand sur le territoire de leurs zones d'occupation, incluant avec un statut spécial leurs secteurs à Berlin, et pour introduire une nouvelle monnaie, le , afin de relancer l'économie allemande.

Le sort de l’Allemagne et de Berlin après la guerre

vignette|Les quatre zones d’occupation de l’Allemagne. vignette|Les quatre secteurs d’occupation de Berlin.

Alors que la défaite allemande devient certaine, les gouvernements du Royaume-Uni, des États-Unis et de l’Union soviétique se retrouvent à Londres et commencent à discuter du sort de l’Allemagne vaincue. Ils signent le protocole de Londres le qui stipule que .. Puis, le , ils définissent la gouvernance de leur occupation conjointe en instaurant un « Conseil de contrôle allié » (CCA) formé des Commandants en chef de chacune des trois zones d'occupation pour les affaires concernant l'Allemagne dans son ensemble, au sein duquel les décisions seront prises à l'unanimité.. Concernant Berlin située en pleine zone soviétique, l'accord prévoit l'instauration d'une autorité interalliée, dite « Kommandatura », dirigée par trois officiers supérieurs nommés par leurs commandants en chef respectifs.

Lors de la conférence de Yalta en , Winston Churchill, Franklin Roosevelt et Joseph Staline aménagent ces accords en attribuant à la France une zone d'occupation en Allemagne et un secteur à Berlin, constitués à partir des zones initiales britannique et américaine, et en invitant la France à devenir membre du Conseil de contrôle allié et de la Kommandatura..

Du au , la conférence de Potsdam esquisse l’après-guerre, alors que les premières tensions se font déjà sentir. Elle réunit Harry Truman, le nouveau président des États-Unis, Joseph Staline et Winston Churchill, qui sera remplacé en cours de conférence par le nouveau premier ministre du Royaume-Uni Clement Attlee. Les trois puissances définissent un ensemble de principes politiques et économiques qui gouverneront le traitement de l'Allemagne durant la période initiale d'occupation et s'accordent sur la démilitarisation, la dénazification, la décartellisation et la démocratisation du pays. Elles renoncent au démembrement immédiat de l'Allemagne et établissent un « Conseil des ministres des Affaires étrangères » pour préparer les règlements de paix définitifs..

Le , la première réunion officielle du Conseil de contrôle allié (CCA) réunit à Berlin Montgomery pour la Grande-Bretagne, Koenig, qui a succédé à de Lattre à la tête de l'armée d'occupation, pour la France, Joukov pour l'Union soviétique et Eisenhower pour les États-Unis. L'accès à Berlin par les puissances occidentales n'a pas été réglé par les conférences de Yalta et de Potsdam, il revient donc au CCA de s'en saisir : entre septembre et , des accords organisent le trafic routier, fluvial et ferroviaire ainsi que le libre survol de la zone soviétique dans des couloirs aériens pour relier les zones française, anglaise et américaine d’Allemagne à leur secteur d’occupation respectif dans Berlin...

Une première unité de l'U.S. Army arrive à Berlin le et s'installe dans le secteur américain. Chargée d'administrer Berlin, la Kommandatura interalliée commence à fonctionner le sur un principe de décision prise à l'unanimité en liaison avec l'administration civile allemande de la ville. La circulation entre les secteurs est libre..

La mésentente entre les quatre puissances occupantes L'évolution de la situation à Berlin entre 1945 et 1948 s'inscrit dans le contexte plus large de la guerre froide au sein duquel la question de l'avenir de l'Allemagne est la principale préoccupation des dirigeants des quatre puissances occupantes et mobilise tous leurs efforts diplomatiques.. Le contrôle de Berlin en est à la fois un enjeu direct car la présence occidentale constitue un obstacle à la soviétisation de toute la partie orientale de l'Allemagne, et un symbole fort car le départ des Occidentaux porterait un coup sévère à la crédibilité du soutien américain aux démocraties occidentales et à leur présence dans la partie occidentale de l'Allemagne..

La montée de la guerre froide La consolidation de leurs zones d'influence respectives et les incertitudes quant aux intentions réelles des uns et des autres instaure tout au long de 1946 un climat de méfiance entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Union soviétique qui met fin de facto à l'alliance du temps de guerre..

Du côté soviétique, Staline entend imposer le communisme et s'assurer le contrôle définitif d'une zone d’influence en Europe de l'Est qui le protège d'une éventuelle agression américaine qu'il craint, tant l'URSS est sortie exsangue de la guerre.. Son ambassadeur à Washington, Nikolaï Novikov, fait une analyse inquiète de la politique américaine : .

Du côté occidental, Winston Churchill met en garde le « monde libre » contre la menace que constitue l’expansion soviétique dans son célèbre discours de Fulton dans lequel il dénonce le « rideau de fer ».. George Kennan, numéro deux de l’ambassade américaine à Moscou, envoie en un message connu sous le nom de « Long télégramme ». Dans ce message, il alerte Washington sur la nature totalitaire du régime stalinien et sa propension à sans cesse trouver un nouvel ennemi pour se justifier, mettant ainsi en danger la liberté des peuples, et il conseille un durcissement de la politique américaine à son égard Site.

vignette|redresse|Harry S. Truman en novembre 1945.