thumb|Le Cabinet de physique de Bonnier de La Mosson, par Jacques de Lajoüe (1734, huile sur toile). Le cabinet de curiosités de Bonnier de La Mosson est un cabinet de curiosités mis en place par Joseph Bonnier de la Mosson dans les années 1730. Occupant plusieurs pièces de son hôtel particulier parisien, il est exemplaire par sa taille et son contenu, l'un des plus riches cabinets du . Il est dispersé après sa mort, en 1744. Les boiseries d'une partie du cabinet sont remontées depuis 1996 dans la Bibliothèque centrale du Muséum national d'histoire naturelle, où elles sont accessibles au public.

Caractéristiques Lorsqu'il est encore en place, le cabinet de Bonnier de La Mosson occupe une partie de son hôtel particulier, l'hôtel de Lude, au 58, rue Saint-Dominique (actuel de Paris). Il est réparti sur sept pièces en enfilade au premier étage du bâtiment, donnant sur un jardin. Chaque pièce est essentiellement consacrée à une thématique spécifique : il s'agit donc plus d'un ensemble de cabinets de curiosités, presque un proto-musée.

La disposition du cabinet est connue grâce à des dessins de Jean Courtonne (Gallica et Bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art) ; au plan de l'hôtel réalisé et commenté par Jacques-François Blondel (Architecture française, ou Recueil des plans, élévations, coupes et profils des églises, maisons royales, palais, hôtels & édifices les plus considérables de Paris, tome 1, p. 252 ff – sur Gallica) ; à la description qu’en fit Antoine Joseph Dezallier d’Argenville (L'Histoire naturelle éclaircie dans deux de ses parties principales, la lithologie et la conchyliologie, 1742, pp. 203-205.) Les cabinets sont répartis ainsi : Quatre pièces relativement petites : Un cabine de chimie ou laboratoire : cornues, fourneau ; Un cabinet de pharmacie ou apothicairie : pots d'onguents, élixirs, bocaux divers ; Un cabinet des tours ou machines-outils : ensemble d'outils permettant de travailler le bois ; Un cabinet d'histoire naturelle (dit « premier cabinet d'histoire naturelle ») : animaux conservés dans des fioles. Trois grandes pièces : Un cabinet d'histoire naturelle (dit « deuxième cabinet d'histoire naturelle ») : ensemble d'animaux « desséchés » ou empaillés ; Un cabinet de mécanique et de physique : instruments d'astronomie et machines diverses ; Une bibliothèque ; elle comprend en outre un coquillier (parfois décrit comme « troisième cabinet d'histoire naturelle ») comprenant des centaines de coquilles. Un petit corridor présentant diverses pièces anatomiques ; Un appartement d'été abritant un herbier, des médailles, des tableaux, des porcelaines, des bijoux, etc.

Chaque cabinet comporte un nombre variable d'armoires en bois richement ouvragées, aux vitrines copieusement remplies. Diverses œuvres d'art (tableaux, sculptures en bronze, porcelaines, etc.) sont réparties dans le reste de l'hôtel particulier. Au rez-de-chaussée, on trouve une machine optique, création d' : coffre de de haut sur de large, pesant dont l'avant s'ouvre et qui, par l'intermédiaire d'engrenages actionnés par des boutons, permet de simuler une maquette d'opéra avec ses changements de décors et d'éclairages.

Historique Joseph Bonnier de la Mosson naît en 1702. Son père tient la charge de trésorier général des États Généraux du Languedoc, c'est-à-dire qu'il a la charge de collecter les impôts pour le roi de France, Louis XV. À sa mort en 1726, Joseph Bonnier hérite de sa charge et d'une fortune considérable, l'un des plus gros héritages de l'époque. Il s'installe à Paris dans l'hôtel de Lude, construit en 1710 par Robert de Cotte, au 58, rue Saint-Dominique.

Grand amateur d'art et de science, Bonnier de la Mosson entreprend à grands frais à partir de 1735 la construction d'un cabinet de curiosités, amassant suffisamment de contenu pour entreprendre plusieurs collections thématiques distinctes. Il acquiert les objets par l'intermédiaire du marchand d'art Edme-François Gersaint, mais réalise parfois les acquisitions directement : il voyage à cette fin deux fois en Hollande. Pour exposer ses collections, Bonnier de la Mosson fait réaliser des armoires en bois au décor complexe. Il charge le peintre Jacques de Lajoüe de la réalisation de quatre dessus de portes. Vers 1739-1740, estimant la collection achevée, il en confie à l'architecte Jean-Baptiste Courtonne la réalisation d'un relevé. La visite de son cabinet est ouverte à tous, conduite par Bonnier de la Mosson lui-même.

Joseph Bonnier de la Mosson meurt brusquement en 1744, à 42 ans. Il laisse derrière lui des dettes colossales, ayant régulièrement oublié de reverser au roi les impôts qu'il a la charge de collecter. Pour les combler, sa veuve entreprend la vente de ses différends biens. Son cabinet de curiosités fait ainsi l'objet d'une vente aux enchères en 1745. Edme-François Gersaint est chargé d'inventorier et de conduire la vente ; sa description minutieuse permet d'en connaître actuellement le contenu détaillé. Le cabinet est ainsi dispersé, moins de dix années après sa formation. Le comte de Buffon, surintendant du Jardin du roi, se porte acquéreur des cinq armoires en boiseries sculptées du d'histoire naturelle, dit des « animaux desséchés », pour (grossièrement actuels). Il les fait remonter dans le bâtiment du Cabinet du roi, à l'époque le principal espace de conservation et d'exposition de collections du Jardin, puis les années passent et Buffon meurt en 1788. La Révolution éclate et en 1793 le Jardin du roi devient le Muséum national d'histoire naturelle. Le bâtiment dit du Cabinet du roi conserve tout de même ses cinq armoires du cabinet de Bonnier de la Mosson jusqu'en 1934, date à laquelle le bâtiment est démoli. Les boiseries sont classées comme monuments historiques le . Elles sont remontées depuis 1996 dans la Bibliothèque centrale du Muséum national d'histoire naturelle, garnies de spécimens provenant de ses collections et librement accessibles au public.

Les collections Les collections (à l'exclusion des livres) sont très précisément connues grâce au catalogue du cabinet de Joseph II Bonnier de la Mosson rédigé par Edme-François Gersaint au moment de la dispersion de la collection (fin 1744-45). Elles se répartissent entre neuf cabinets (contenant chacun plusieurs armoires) :

1. Cabinet d'anatomie Plusieurs squelettes humains, divers squelettes d'animaux, quelques myologies & Angeiologies (représentations anatomiques : muscles, circulation), un tableau peint représentant une myologie d'une face humaine ; des cires anatomiques (« morceaux d'Anatomie en cire coloriées (sic) », un buste en cire montrant l’intérieur de la tête, avec différentes parties amovibles ; des portraits en cire ; des pièces en cire représentant les organes génitaux des deux sexes ; un fémur humain qui s’ouvre pour laisser voir la moelle) ; deux « balanus » (le terme désignait le gland, mais ici, il désigne le pénis et scrotum), dont un « factice » ; une tête de « nègre », une tête de momie ; des arrières-faix humains ; une peau de tête humaine.

2. Cabinet de chimie ou le Laboratoire Fourneaux (dont deux colonnes d'Athanor), alambics (et bains-marie, cucurbites garnies de leurs chapiteaux et autres ustensiles de distillation), mortiers, ballons, spatules, cornues, diverses pièces en cristal d'Angleterre, une lampe d'émailleur

3. Cabinet de Pharmacie ou l'Apoticairerie Il contient divers récipients pour drogues : Pots de fayance (chevrettes [pots de faïence] pour les Sirops, canons… pour les Électuaires, Onguents et extraits ; Bouteilles contenant toutes sortes d'eaux simples et composées, Élixirs, Baumes et autres : Baume du Pérou, Huile de Camphre, Huile Narwale, Élixir de Garrus blanc, Mercure purifié, Baume de Fioraventi et autres ; Eau-de-Vie de Lavande (Lavande rouge, Lavande de la Magdeleine de Trenel, Lavande d'Angleterre) ; Eaux, comme Eau de Miel, Eau de Chypre, Eau Inconnuë, & autres ; Flacons en cristal d'Angleterre contenant différentes liqueurs spiritueuses, comme Eau d'Œillet, Lait Virginal, ... Dissolvant universel & Eau de Cordou ainsi que du Cachou composé, Eaux de senteur, Baumes & Huiles, comme Eau des Sultanes, Baume Inconnu, Eau Magistrale, Huile d'Avara, de Carapa, Huile pour les hémorroïdes… et de l'huile animale & de Gayac, de l'essence d'Ambre et de Thin, de la Poudre d'or rouge de l'Abbé Pichon, du Baume de la Mecque

On y trouve aussi deux nécessaires pour les dents dans une boite couverte de peau de chien « de mer », garni en argent, et renfermant dans divers compartiments de velours deux petites boites à pâte d'argent;… les instruments nécessaires pour le nettoiement des dents…, une Boëte à pomade d'argent; d'un Étui à cure-dents; de deux autres petites Boëtes propres à mettre les poudres pour nettoyer les dents… S’y ajoutent encore des mortiers avec leurs pilons de potin, des balances

Les drogues mentionnées sont les suivantes : Scammonée d'Alep, Jalap, Ippecacuanba, Gomme Elemi, Sang de Bouquetin, Racine de Pareira-Brava, Contrayerva, Costus corticosus, Sel Armoniac, Dictame de Crete, Quinquina… ainsi que térébenthine et Camphre, Gerofle, Benjoin, Borax, Ambregris, Musc. Dans un autre cabinet se trouvaient thériaque, confection d'hyacinthe, orviétan.

4. Cabinet des Drogues Ce Cabinet qui est fort petit ne contient autre chose que le Droguier, composé de près de huit cens bocaux de verre contenant différents Sels, Bois, Fruits, Racines, Gommes, Couleurs, Cristaux, Terres, Corraux, Talcs, Souffres, Bithumes, Ambres, Pierres fines, brutes & autres ingrédients propres et convenables à ce genre de curiosité.

Le droguier se trouve dans une armoire vitrée.

5. Cabinet « du Tour et des Outils propres à différents Arts » Tour à guillocher avec de nombreux accessoires, différents tours, outils de menuiserie, ébénisterie, horlogerie, certaines parties étant en bois de palissandre et d'amarante, en ivoire, en argent. Il y a également un meuble contenant un nécessaire de peintre (pierre à broyer, huilier ou pincelier d'argent, un étui d'ivoire, garni de plusieurs petites cases propres à mettre les couleurs en miniature, des couleurs en vessies; un porte-crayon, un chevalet), de petites pièces remarquables réalisées au tour telles qu’une boule de buis taillée à jour contenant un objet plus gros que ces jours, quelques petits objets d'art (La représentation de la Tour de Nanquin faite en ivoire), d'autres objets singuliers, et des bocaux de verre blanc pour les y placer, et une cassolette de cuivre servant à faire exhaler des odeurs.

6. Le premier Cabinet d'Histoire naturelle « … contenant les Animaux en Fiole dans une liqueur conservative, avec quelques Minéraux » :

Ce cabinet renferme six vastes armoires. La première compte mille animaux pour la plupart exotiques, avec une préférence pour les spécimens rares ou singuliers, gros et colorés, dangereux, très velus et ceux qui sont accompagnés de leurs petits ou de leurs œufs : des Monstres, quelques Fœtus humains et autres, quelques Fruits ou Plantes Étrangères Il mentionne plus loin : un amphisbène (ou double-marcheur); deux gros Crapauds de Surinam, de l'espèce de ceux qui font leurs petits par le dos, et sur le dos de l'un desquels on en voit plusieurs qui sont prêts à sortir (Il s'agit peut-être de Pipa arrabali ou espèce voisine), un Lièvre singulier, ayant une seule tête, quatre oreilles, deux corps, et huit pattes. Le seul fruit mentionné est un ananas.