vignette|redresse=1.2|alt=papyrus illustré|L'Au-delà d'après le Livre des Morts du scribe Ani - Nouvel Empire - British Museum.

Selon les mythes funéraires des Anciens Égyptiens, l’au-delà est le lieu où séjournent les dieux, les bienheureux et les damnés. Domaine d'Osiris, ce monde supranaturel est à la fois souterrain, terrestre et céleste. Il est connu sous les dénominations de Kheret-Netjer, Ro-Sétaou, Douât et Neferet Imentet (Bel Occident). La géographie de cet autre monde, ainsi que les êtres qui le peuplent, sont renseignés par divers écrits dont les Textes des pyramides, le Livre des deux chemins, le Livre des Morts, les Livres du monde souterrain et quelques contes.

La mort est une interruption temporaire de la vie et non une fin définitive. Comme les dieux, les humains survivent grâce à leurs principes immatériels que sont l'âme-Ba, la vitalité-Ka et l'esprit-Akh. Dès l'Ancien Empire, deux cycles de croyances religieuses caractérisent la conception du renouvellement de la vie. D'un côté, le mythe d'Osiris traite tous les aspects de la préservation du cadavre par les rites de la momification. De l'autre, le mythe solaire concerne le voyage du défunt auprès de Rê à bord de la barque solaire. Au Nouvel Empire, ces deux mythes forment une unité de croyance, le dieu solaire voyageant à travers les contrées souterraines et osiriennes. Certains recueils funéraires sont des cartes de ce monde mystérieux. Ils guident les défunts sur des chemins ponctués de nombreux dangers. D'après le Livre de l'Amdouat et le Livre des Portes, l'au-delà est une zone souterraine constituée de douze régions successives. Chaque région correspond à une heure de la nuit et chacune d'elles est séparée de la suivante par un portail surveillé par des dieux-gardiens. Le destin du défunt est déterminé par l'épreuve du jugement de l'âme. Acquitté, il entre dans le royaume d'Osiris. À l'image du pays égyptien, l'au-delà est un désert traversé par un fleuve qui inonde champs et marais. Dans le Champ des Offrandes, le défunt retrouve les mêmes activités que de son vivant. Il y travaille ses champs et profite de bons moments de repos et de joie. Tout au contraire, pour les damnés sont réservés des salles de torture, des fosses ardentes et des lacs pestilentiels.

Les morts ont des besoins similaires à ceux des vivants, car ils connaissent une nouvelle vie dans la tombe. C'est pourquoi des dépôts d'offrandes alimentaires sont placés près des corps pour entretenir leur vitalité. Tout esprit a la possibilité de revenir sur terre pour intervenir, en bien ou en mal, dans l'existence des vivants. Tandis que les méfaits des morts dangereux sont très redoutés, les ancêtres bienveillants, en revanche, servent d'intercesseurs auprès des dieux pour obtenir des faveurs.

Sources

Principaux apports de l'égyptologie

vignette|gauche|alt=Homme debout devant un sarcophage|L'égyptologue Gaston Maspero dans la pyramide d'Ounas - illustration du .

En Égypte antique, la croyance en l'au-delà a trouvé un terrain particulièrement favorable. D'innombrables vestiges archéologiques témoignent encore de l'importance culturelle de la mort au sein de cette civilisation ; les pyramides et les mastabas, les hypogées et leurs décorations rupestres, les tombes et leur contenu, les sarcophages et leurs momies..

Durant trois millénaires, entre -3100 et -30, les prêtres égyptiens ont développé une littérature funéraire abondante et diversifiée.. Pendant la période romaine de l'Égypte, la maîtrise de l'écriture hiéroglyphique se perd progressivement sous le poids des exigences de l'administration et des mutations religieuses (développement du monothéisme chrétien).. Durant plus de treize siècles, les hiéroglyphes et le message religieux qu'ils véhiculaient ont échappé à la compréhension humaine. Cette période de méconnaissance prend fin en 1822 quand Jean-François Champollion parvient à déchiffrer ces écrits. Avant lui, les mythes et les croyances des Anciens Égyptiens ne sont guère renseignés. Les maigres sources textuelles sont glanées auprès des auteurs antiques de culture gréco-romaine tels Plutarque, Hérodote, Strabon ou Diodore de Sicile. Après Champollion, la mise en place de l'égyptologie au sein des grandes universités a permis l'étude d'une quantité impressionnante de documents pharaoniques et ainsi de mieux cerner la perception égyptienne de l'au-delà..

Dès la Campagne française d'Égypte (1798-1801), le corpus du Livre des Morts a retenu l'attention des scientifiques ; notamment les auteurs de la Description de l'Égypte (1809-1829) qui publient une poignée de fac-similés. Plus tard, en 1842, Karl Richard Lepsius dresse la première traduction d'après un exemplaire conservé à Turin.. Avec la découverte des Textes des pyramides en 1880-1881 par Gaston Maspero, l'intérêt s'est tourné vers ces inscriptions funéraires, les plus anciennes de la civilisation égyptienne.. Quelques textes inscrits sur les cercueils du Moyen Empire sont publiés en 1867 par Karl Lepsius. D'autres traductions suivent en 1904-1906 par Pierre Lacau. Finalement, entre 1935 et 1961, Adriaan De Buck fait paraître l'intégralité de ce corpus (sept volumes) qui depuis lors est connu sous le titre des Textes des sarcophages.. Les Livres du monde souterrain ou Guides de l'au-delà ont longtemps été dédaignés. Découverts par Champollion en 1829, ils ont été étudiés à la fin du par Gaston Maspero et Eugène Lefébure. Par la suite, ces compositions ont été jugées comme trop abstruses et de peu d'intérêt. Surmontant ces préjugés négatifs, Alexandre Piankoff commence leur étude systématique dans les années 1930 ; travail, entre autres, poursuivi par Erik Hornung. Depuis lors, ces guides sont considérés comme une importante source pour la compréhension des conceptions égyptiennes de l'au-delà..

Principaux corpus funéraires

vignette|alt=illustration colorée|redresse=1.2|Livre des Morts de - - British Museum.

Les Textes des pyramides sont la plus ancienne collection conservée. Ils sont gravés à partir d'Ounas dans les pyramides des souverains de l'Ancien Empire (vers -2350). La géographie de l'au-delà n'y est pas encore bien définie. Le thème principal est l'ascension du roi mort au ciel et sa réception auprès des dieux. Par allusions, des formules magiques donnent au pharaon la connaissance des lieux de son nouveau lieu de séjour. D'autres évoquent les dangers qu'il peut rencontrer et les moyens de les esquiver. Cet au-delà est indubitablement situé dans le ciel. De nombreuses passages insistent en effet sur les moyens pour y arriver ; échelles, rampes, escaliers, nuages, fumée d'encens, lumière du soleil, oiseaux, sauterelle, scarabée. Les paysages mentionnés sont assez semblables à ceux de l'Égypte. Le ciel est sillonné par des canaux, des lacs et des cours d'eau. Le passage d'une rive à l'autre dépend des services de passeurs. Des villes sont mentionnées ainsi que des contrées agricoles ou marécageuses..

Les Textes des sarcophages sont surtout renseignés par les nécropoles des nomarques de Moyenne-Égypte sous les et s. Là, outre la famille royale, les joies de l'au-delà sont mises à la disposition de la classe possédante. Comme dans les Textes des pyramides, l'au-delà est imaginé à partir des paysages égyptiens mais ses dangers sont dépeints avec plus d'insistance. Le défunt est intégré dans le cycle du soleil mais le personnage d'Osiris y apparaît plus nettement. Chaque défunt est présenté, soit comme Osiris lui-même, soit comme son zélé auxiliaire. Appartenant à ce corpus, le Livre des deux chemins est le premier exemple égyptien connu d'une cosmographie de l'au-delà.. Plusieurs ciels paraissent être le but du défunt mais la région osirienne de Ro-Sétaou est au centre de la description. Le mort est confronté à divers obstacles comme des murailles enflammées ou sept portes étroitement surveillées par des gardiens en fureur. Deux chemins amènent le mort vers Osiris, un chemin de terre et un chemin d'eau, l'un solaire, l'autre lunaire. Les deux itinéraires ne s'entrecoupent pas mais sont séparés par un mur de feu..

Le Livre des Morts, en usage du Nouvel Empire à la période ptolémaïque, est diffusé à travers toute l'Égypte mais la région thébaine est un important centre d'élaboration. Son but est de prémunir le mort des dangers de l'au-delà. Il ne s'agit pas d'une cosmographie mais d'une aide pratique et d'un soutien magique.. De nombreux lieux sont mentionnés : routes, portails, buttes, champs paradisiaques, tribunaux, etc. Les illustrations tiennent une grande importance car chaque formule est accompagnée d'un croquis complémentaire au texte.. Le Papyrus d'Ani et le Papyrus de Hounefer, conservés par le British Museum, comptent parmi les plus beaux exemplaires.

Livres du monde souterrain

vignette|gauche|Sixième section du Livre des cavernes - KV9 (tombe de ) - .

Élaborés au Nouvel Empire, les « livres du monde souterrain » sont des compositions qui mêlent illustrations et textes. Ils figurent dans les tombes royales de la nécropole de Thèbes sur les parois des hypogées de la vallée des Rois. Au centre de tous ces livres figure la course du soleil, durant la nuit, à travers la région souterraine de l'au-delà. Le Livre de l'Amdouat et le Livre des Portes sont les deux plus anciens. Ils sont structurés par les douze heures de la nuit et présentent le parcours de Rê à travers l'autre monde. Il figure sous la forme d'un homme à tête de bélier placé dans une barque. Les contrées traversées sont tantôt fertiles, tantôt désertiques. Le motif du combat contre le serpent Apophis tient dans ces deux livres une grande place.. Le Livre des cavernes est divisé en six sections. Le soleil est surtout figuré sous la forme du disque et la barque solaire n'apparaît plus que dans la dernière scène. Le thème principal est, là aussi, le voyage nocturne du soleil dans l'autre monde mais le personnage d'Osiris est mieux caractérisé. Le sujet principal est la rencontre de Rê avec le cadavre d'Osiris déposé dans un coffre.. Le Livre de la terre présente quelques ressemblances avec le livre précédent même s'il y a d’évidentes différences. Là aussi, la division horaire est abandonnée ainsi que la représentation de la barque. On distingue quatre parties mais la division est assez confuse et lâche. Osiris et son coffre-tombeau jouent un grand rôle ainsi que les transformations de Rê..

vignette|alt=plaque dorée|Livre énigmatique du monde souterrain - Réplique de la chapelle dorée de Toutânkhamon.

Assez bref, le Traité des douze cavernes est repris par le Livre des Morts (chapitre 168). Il décrit douze cavernes-qereret ainsi que ses habitants. Chaque caverne abrite un nombre variable d'habitants, de sept à vingt êtres divins.. Le Livre énigmatique du monde souterrain n'est connu que par une version découverte dans le tombeau de Toutânkhamon (deuxième chapelle dorée). Il est divisé en deux sections principales et la présence de Rê est signalée par plusieurs disques solaires..

Dans d'autres compositions, la description de l'au-delà est centrée sur la figure de Nout, la personnification de la voûte céleste ; le Livre de Nout, le Livre du Jour et le Livre de la Nuit. Mère de Rê, la déesse Nout apparaît sous la forme d'une femme au corps démesuré et longiligne. De par leur thème, les scènes sont surtout figurées sur les plafonds des hypogées royaux. Les deux derniers livres sont complémentaires et sont aussi connus sous le titre de Livre du jour et de la nuit..

Littérature égyptienne

vignette|gauche|alt=visage d'un homme rondouillard|Khâemouaset, fils de - British Museum.