Anne-Marie Chassaigne, dite Liane de Pougy, née à La Flèche (Sarthe, France) le et morte à Lausanne (canton de Vaud, Suisse) le Acte de naissance à La Flèche, , vue 60/181, avec mentions marginales de son (second) mariage à Paris en 1910 et de son décès à Lausanne le 26 décembre 1950., épouse d’Armand Pourpe puis, par son second mariage, princesse Ghika, est une danseuse, courtisane et femme de lettres française de la Belle Époque, puis tertiaire dominicaine.

Biographie Fille et épouse d'officier à la Belle Époque

Fille de Pierre Chassaigne, officier de cavalerie Pierre Blaize Eugène Chassaigne (1812 - 1892), capitaine au Régiment de lanciers, chevalier de la Légion d'honneur (1857). Voir : . (d'un père originaire de Sainte-Foy-la-Grande et d'une mère audomaroise) et d'Aimée Marie Gabrielle Lopez, d'une famille d'origine espagnole de tradition militaire Aimée Marie Gabrielle Lopez (1827 -...) est la fille d'Antoine Lopez, officier d'état-major qui sera auprès du maréchal Ney au passage de la Bérézina où il se comportera avec courage, et d'Olympe de Montessuy de Villejust Base de données Roglo. Voir également : , Anne-Marie Olympe Ainsi Liane de Pougy se présente-t-elle dans ses Cahiers bleus, voir : , cadette et seule fille parmi quatre enfants, reçoit l'éducation d'une jeune fille de son milieu au couvent de Sainte-Anne-d'Auray, dans le Morbihan, où elle entre en 1878, à neuf ans, et reste jusqu'en 1885 Anne Marie a trois frères plus âgés qu'elle : Emmanuel (né en 1857), Hippolyte (1859 - 1860), mort en bas âge, et Pierre (né en 1862). Emmanuel et Pierre, suivant la tradition de leur famille, deviendront officiers. Emmanuel, lieutenant d'infanterie de marine, est tué au Tonkin en 1886, à . Voir : . Également : et 18. États de service de Pierre Chassaigne, chevalier de la Légion d'honneur (1899), . .

Elle est mariée à dix-sept ans, le , à Lorient, à un officier de marine, l'enseigne de vaisseau Joseph Armand Henri Pourpe Jean Chalon, Liane de Pougy, courtisane, princesse et sainte, Flammarion, Paris, 1994, . Biographie militaire sur le site de l' École navale , né le à Marseille. Le , à Lorient, elle donne le jour à un fils, Marc Marie Edmond Armand, qui devient l'un des pilotes pionniers de l'aviation française et meurt pendant la Première Guerre mondiale, le , âgé de .

Mais alors qu'elle réside à Marseille, son mari ayant été affecté à Toulon, elle prend un amant. Mis au courant de son infortune, Armand Pourpe « tire un coup de feu qu'Anne-Marie reçoit dans le bas du dos » . Elle s'enfuit, s'installe à Paris et demande le divorce en profitant des nouvelles lois, au scandale de sa famille . Elle a . Son fils est alors confié à ses grands-parents paternels à Suez ; elle ne le retrouvera qu'une dizaine d'années plus tard (après la mort d'Armand).

Cabarets et demi-monde thumb|Henri Meilhac (1830-1897) lança Anne-Marie aux Folies Bergère. left|thumb|Liane de Pougy aux Folies Bergère.

À Paris, Anne-Marie prend des leçons de danse sous la direction de Mariquita Marie-Thérèse GAMALERY (Alger, 1838 – Paris, 1922) dite Mariquita, ballerine et chorégraphe, fut maître de ballet à l'Opéra Comique de Paris (1898- 1920) . Sous le pseudonyme de , elle commence alors une carrière de danseuse de cabaret, et devient rapidement une des les plus en vue de la capitale. Ainsi le quotidien Gil Blas décrit-il avec une pointe d'humour « le luxe intime d'une horizontale de grande marque, Liane de Pougy : elle dort sous des rideaux d'Alençon, cette reine des dentelles, et le transparent rideau est doublé de satin hortensia (...) Rassurez-vous la chambre possède un système de ventilation qui écarte tout danger d'asphyxie » Gil Blas, 4 septembre 1891, (BNF - Gallica en ligne) .

Elle se lie d'amitié avec Sarah Bernhardt, qui lui donne quelques cours d'art dramatique mais lui fait comprendre qu'elle n'a aucun talent dans ce domaine, lui conseillant de « n'ouvrir la bouche que pour sourire ». Elle rencontre Henri Meilhac, auteur dramatique à succès, septuagénaire mais amateur de jolies femmes, qui succombe à son charme et la lance dans le monde du théâtre en la faisant engager aux Folies Bergère, où elle débute en , lors d' « une soirée éblouissante » Le Temps, 16 avril 1894, . Très liée avec Jean Lorrain, elle joue à l'Olympia dans la pantomime Rêve de Noël puis aux Folies Bergère en 1896 avec le rôle d'Oriane dans l'Araignée d'or, qui sera « le great event de la saison parisienne ». Edmond de Goncourt la qualifie alors de « plus jolie femme du siècle » - 72 .

Parmi ses adorateurs, on compte Charles de Mac-Mahon (1856-1894) Charles de Mac-Mahon, neveu du Maréchal de Mac-Mahon, se ruine pour Liane de Pougy. Celle-ci écrit dans son journal : « à dix-huit ans, je devins l’irrésistible passion, l’Idéal selon son mot, du marquis Charles de Mac-Mahon » (...) qui m'aimait trop, que j'ai ruiné et brouillé avec sa femme... » , Roman Potocki (1851-1915) ou le jeune Maurice de Rothschild (1881-1957) qui la couvrent de bijoux, lui offrent des équipages et le luxueux « nécessaire » à la vie d'une courtisane d'alors . Sa rivalité avec la Belle Otero contribue à la célébrité de l'une comme de l'autre. Le guide Paris-Parisien la considère bientôt comme une « notoriété de la vie parisienne ». L'édition de 1896 la décrit comme une « demi-mondaine connue pour ses beaux bijoux » ; celle de 1899, comme une « demi-mondaine connue pour ses ventes, son suicide, ses essais littéraires et dramatiques ». Georges Montorgueil, dans son ouvrage sur Les Parisiennes d'à présent (1897), s'amuse : « Mais si elle n'est de Pougy elle est bien Liane pour sa souple beauté et ses enlacements » Georges Montorgueil, Les Parisiennes d'à présent, H. Floury, libraire-éditeur, Paris, 1897, .

Antonio de La Gandara, avec qui on lui prête une liaison, était un familier du 15, rue de la Néva, l’hôtel particulier de Liane de Pougy. C'est là qu'il réalisa, en 1903, un grand tableau d'elle allongée sur une duchesse brisée. Il fit aussi plusieurs dessins et pastels qui sont reproduits dans la biographie de l'artiste. On peut voir une reproduction de ce portait de Liane de Pougy sur le site de l'Association Les Amis d'Antonio de La Gandara. Le tableau, vendu par Liane au musée d'Alger en 1921, n'est pas localisé à ce jour . Le compositeur Reynaldo Hahn note à ce propos dans son journal : « Observations, réflexions diverses, hier, après deux heures passées chez Liane de Pougy pendant qu'elle posait pour La Gandara. Beauté surnaturelle de cette femme, poésie céleste qui dérange ma sceptique quiétude » Reynaldo Hahn, Notes (Journal d'un musicien), Plon, Paris, 1933. Cité d’après l’édition électronique : Reynaldo Hahn, Notes (Journal d'un musicien), partie : Juvenilia .

Jean Cocteau, qui compta Liane parmi ses Reines de la France, se rappelait : « Le poing sur la hanche, harnachée de perles, cuirassée de diamants, Liane de Pougy avançait parmi les tables de Maxim's avec l’indifférence des astres. Les hommes se levaient, la saluaient. Elle continuait sa route »Jean Cocteau, Reines de la France, Éditions Grasset et Fasquelle, Paris, 1952. Nouvelle édition : Grasset, Les Cahiers Rouges, Paris, 2003 .

L'amour saphique vignette|Natalie Clifford Barney, l'amour infidèle. Au tournant du siècle, à , Liane est, selon son biographe Jean Chalon, « une des reines du demi-monde ». Ouvertement bisexuelle, elle a des amants des deux sexes et entretient des liaisons amoureuses avec Valtesse de La Bigne Dans Idylle saphique, Altesse (Valtesse de La Bigne), son aînée dans le demi-monde, prévient ainsi Annhine (Liane de Pougy) : « Une courtisane ne doit jamais pleurer, ne doit jamais souffrir. Une courtisane n'a pas le droit d’être et de se sentir ainsi qu'une autre femme ! Elle doit étouffer toute espèce de sentimentalité, et jouer une comédie héroïque et continue (...) Ne sois donc pas sensible, Liane. » Voir : Liane de Pougy, Idylle saphique, roman, Des Femmes, Paris, 1987, . Commenté dans : Jean Chalon, Chère Natalie Barney, Portrait d'une séductrice, Flammarion, Paris, 1976, ou bien Émilienne d'Alençon « Les deux reines d'amour, Liane, aux yeux de songe, Émilienne aux boucles de soleil, s’étaient quelque temps boudées. Mais sur d'aussi charmantes lèvres, la bouderie ne saurait s’éterniser et l'on annonce officiellement la réconciliation des deux ennemies. » Voir : Gil Blas, 12 novembre 1898, (en ligne - BNF Gallica) . En 1899, elle rencontre « Nathalie, un don du ciel, (...) un rayon lumineux et subtil qui dore tout sur son passage » mais aussi « Nathalie l'inconstante, qui sait être si fidèle malgré ses infidélités » et 183 , une jeune Américaine de vingt-trois ans, Natalie Clifford Barney, qui devient ensuite poétesse et romancière. Celle-ci se présente chez Liane déguisée en page florentinDans Idylle saphique de Liane de Pougy, Annhine de Lys reçoit une jolie blonde américaine vêtue en page florentin. Voir : George Wickes, The Amazon of letters. The life and loves of Natalie Barney, Putnam 1976, et Liane, touchée par tant de fraîcheur et de spontanéité, se prend d'une réelle affection pour la jeune femme : « la jeune Américaine, fascinée par Liane, lui offrira la démesure de son innocence, l'insolence de cet amour » Voir : Katy Barasc, Préface à : Natalie Clifford Barney, Aventures de l'esprit, Paris, 1983, .

Durant l’été 1899, Liane écrit à Natalie : « Des mots, des caresses, des effleurements, cela, c'est nous deux » Jean Chalon, Chère Natalie Barney, Portrait d'une séductrice, Flammarion, Paris, 1976, . Natalie, fascinée par sa « sveltesse angélique » et quelque peu « androgyne » Natalie Clifford Barney, Souvenirs indiscrets, Flammarion, Paris, 1960, et 189 veut retrouver Liane à Lesbos : « Passer ma vie à tes pieds comme ces jours derniers (...) Nous nous retrouverons à Lesbos (...) Je veux nous imaginer dans cette île enchantée d'immortelles. Je la vois si belle. Viens, je te décrirai ces frêles couples d'amoureuses, et nous oublierons, loin des villes et des vacarmes, tout ce qui n'est pas la Morale de la Beauté » Jean Chalon, Chère Natalie Barney, Portrait d'une séductrice, Flammarion, Paris, 1976, . Leur liaison, qui ne dure qu'une année, défraie la chronique, mais Natalie est rapidement infidèle et c'est avec la poétesse Renée Vivien qu'elle séjourne à Lesbos Natalie Clifford Barney, Souvenirs indiscrets, Flammarion, Paris, 1960, .

Liane met en scène sa liaison avec Natalie (le personnage de Flossie) dans un livre intitulé Idylle saphique qui paraît en . Présenté comme un roman, le livre à la réputation sulfureuse est un grand succès de librairie. Liane en envoie un exemplaire à Natalie et lui écrit : « L'Idylle a vu le jour et le public s'arrache, c'est le mot, ces lambeaux de nous et de nos anciennes aspirations » . Bien des années plus tard, Natalie Barney déclare à Jean Chalon : « Liane, ah ! ma Liane, c'est mon souvenir le plus voluptueux. Et dire que, à la fin de sa vie, elle prétendait que j'avais été son plus grand péché ! » Natalie Barney à Jean Chalon, automne 1963. .

Une édition de la Correspondance amoureuse de Natalie Clifford Barney et Liane de Pougy a été publiée en Natalie Clifford Barney, Liane de Pougy, Correspondance amoureuse, Collection Blanche, Gallimard, Paris, 2019. L'ouvrage contient 172 lettres inédites qui présentent un « amour qui s'était écrit en même temps qu'il s'était vécu » .

Les romans de sa vie