La campagne de Serbie de 1915 est une suite d'opérations militaires coordonnées menées durant l'automne de la deuxième année de la Première Guerre mondiale par des unités germano-austro-hongroises d'une part et bulgares d'autre part, en vue de conquérir, lors d'une rapide guerre de mouvements, la Serbie alors en guerre contre les puissances centrales. Rendue possible par l'intervention bulgare aux côtés des puissances centrales, cette campagne est préparée avec soin par les planificateurs militaires austro-hongrois. Son exécution est confiée à des unités allemandes et austro-hongroises depuis le Front du Danube, appuyées par les troupes bulgares, déployées le long de la frontière serbo-bulgare. Brillamment exécutées, les opérations aboutissent à une rapide jonction des troupes coalisées, les austro-allemands venant du Nord et les Bulgares venant du Sud-Est. Cette jonction oblige les armées serbes à fuir à travers les montagnes d'Albanie dans des conditions particulièrement difficiles.

Contexte Au début du conflit, les forces serbes repoussent les armées austro-hongroises (bataille du Cer)En 1914, les armées austro-hongroises déployées face à la Serbie sont constamment en situation d'infériorité numérique face aux armées serbes expérimentées et sont composées de réservistes et de territoriaux., puis de nouveau en décembre 1914 à la bataille de la Kolubara, où leur victoire est écrasante, mais coûteuse.

Fin 1914 la ligne de front suit le tracé de la frontière serbe. La Roumanie, la Bulgarie et la Grèce sont toujours neutres, et courtisées par les deux camps, alors que l'Empire ottoman est entré en guerre aux côtés des puissances centrales, ce qui oblige les responsables allemands à mettre en place une liaison terrestre sûre entre l'Allemagne et Constantinople, donc via la Serbie et la Bulgarie.

Manœuvres diplomatiques

thumb|Le partage de la Serbie selon les accords entre la Bulgarie et les puissances centrales|gauche|alt=Serbie Depuis l'entrée en guerre de la Serbie, en juillet 1914, les rapports de force au sein de la péninsule balkanique se sont modifiés. Les Alliés ont promis au gouvernement italien, s'il entre en guerre, des territoires adriatiques également convoités par les Serbes, tandis que la Bulgarie, alors dans l'expectative, jette son dévolu sur la Macédoine, conquête serbe de 1913. De plus, liée par un traité d'alliance avec la Serbie, la Grèce lui doit assistance. Elle est pourtant restée neutre, en raison de la division interne, entre le Roi qui penche vers les puissances centrales, mais tient à la neutralité, et le premier ministre grec Elefthérios Venizélos qui penche vers l'Entente et la Serbie. Durant l'automne 1915, le gouvernement grec tente de négocier son intervention dans le conflit aux côtés de la Serbie à la condition que la Serbie remplisse ses obligations à son égard : le traité d'alliance mentionne la concentration de soldats serbes en Macédoine dans l'éventualité d'une attaque bulgare. La Serbie, qui a subi de lourdes pertes et est déjà en infériorité numérique sur son front face à l'Autriche, est évidemment incapable de mettre en ligne de tels effectifs face à la Bulgarie, aussi Venizélos suggère à l'Entente de remplir les obligations contractées par la Serbie. Il permettra en septembre aux alliés de s'installer à Salonique.

Le gouvernement bulgare tente de tirer le meilleur parti de la situation. Opposé à la Serbie depuis la deuxième guerre balkanique de 1913, il est financièrement redevable envers l'Allemagne, mais le roi utilise les tentatives de l'Entente de la faire basculer dans son camp pour obtenir plus de concessions territoriales et réaliser les projets expansionnistes du royaume, par l'annexion de la totalité de la Macédoine ainsi que des territoires en Thrace turque.

Le gouvernement bulgare est sommé de clarifier sa position au début du mois d'octobre, ce à quoi le roi se refuse le 5, marquant de facto son alignement aux côtés des puissances centrales conformément aux accords passés avec ces dernières à partir de septembre.

Au sein des puissances centrales, la conquête de la Serbie permettrait aux Allemands de concéder le territoire du royaume serbe à l'Autriche-Hongrie afin de la dédommager de l'abandon de la Pologne russe, but de guerre à la fois de Berlin et de Vienne, mais destinée à passer sous la tutelle de l'Allemagne. Cependant, la mise en œuvre des opérations contre la Serbie est menée dans la défiance réciproque, l'Allemagne souhaitant évincer la double monarchie de la conduite des opérations sur le front balkaniqueConrad, chef d'état-major austro-hongrois, n'est à aucun moment dupe des intentions allemandes sur la question du commandement.

Contexte militaire Durant la première partie de l'année 1915, la stabilité du front s'est imposée aux deux camps.

Les Serbes sont épuisés et manquent de matériel, et ne peuvent que rester sur la défensive, en dépit d'une convention militaire italo-russo-serbe qui leur assigne un rôle plus offensif. Ce ne sera qu'à partir du qu'un corps expéditionnaire allié commencera à s'installer à Salonique, tête de pont indispensable à l'acheminement du matériel et de la force d'appoint réclamés par les Serbes.

Les empires centraux (c'est-à-dire Erich von Falkenhayn, le chef du haut-commandement allemand et responsable de fait) souhaiteraient bien, dès le printemps, réduire la Serbie pour établir un lien de ravitaillement vers l'empire ottoman. Mais d'une part le chef du renseignement militaire allemand, Richard Hentsch, visite le front serbe au printemps 1915, et il estime que la période de hautes eaux du Danube ne permet pas d'opérations offensives dans un sens ou dans l'autre, ce qui convainc Falkenhayn de donner la priorité au front de Galicie où est prévue la grande offensive austro-allemande qui aura lieu à partir du 6 mai 1915. D'autre part il faut tenir compte du risque que l'Italie attaque, ce qui se produira également en . L'Autriche-Hongrie n'est donc pas en mesure de recommencer son attaque contre la Serbie, d'autant qu'il n'est pas encore exclu que la Bulgarie choisissent d'intervenir en faveur des alliés.

Au début de l'automne 1915, le front austro-serbe est donc toujours fixé le long de la frontière, et c'est le choix de la Bulgarie d'intervenir en faveur des puissances centrales qui changera la donne, les opérations devant commencer en octobre.

Opérations Préparation

Face à l'évolution de la situation en BulgarieLe gouvernement serbe est avisé de la réalité des préparatifs bulgares à partir du ., les Serbes planifient, à partir du une attaque préventive contre les unités bulgares, avec une armée de 9 divisions, le front du Nord devant être tenu par une force de , déployés par les Alliés. Soutenu par son gouvernement, y compris contre les membres de l'Entente, Putnik doit cependant renoncer à ce projet, en raison de l'opposition de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie, qui espèrent toujours, dans les derniers jours de septembre, amener la Bulgarie dans le camp allié.

Pour écraser la Serbie, les Puissances centrales élaborent, sous la responsabilité des stratèges austro-hongrois, une triple attaque sur la Serbie, la principale venant du Danube, deux attaques secondaires chargées de fixer les unités serbes, la première venant de Bosnie-Herzégovine, la deuxième lancée à partir de la Bulgarie, en direction de Niš, pour séparer le corps de bataille serbe en trois. En effet, c'est une manœuvre d'enveloppement que les stratèges austro-allemands planifient, en dépit des divergences qui se manifestent entre les partenaires de la Triplice : Vienne souhaite battre sur le champ de bataille l'armée serbe qui a vaincu à plusieurs reprises l'armée austro-hongroise au cours de l'année précédente, les Bulgares souhaitent une coopération pérenne avec l'Allemagne, Erich von Falkenhayn aspire à une intervention rapide et limitée des unités allemandes.

Cependant, les Bulgares exigent que le commandement des unités déployées face à la Serbie soit assuré par un officier général allemand, faisant de ce préalable une condition essentielle de l'entrée en guerre du royaume de Sofia. Les Austro-hongrois, mécontents, finissent par accepter un arrangement qui confie le commandement au Feld-maréchal allemand August von Mackensen : celui-ci avait déjà commandé une force combinée germano-austro-hongroise en Galicie au printemps ; le nouveau groupe d'armées von Mackensen agit sous la double responsabilité de l'OHL et de l'AOK ; cependant, le caractère bicéphale du commandement est conçu comme une concession de prestige aux militaires de la double monarchie : le haut-commandement austro-hongrois est en effet réduit au rang de courroie de transmission des ordres venus de l'OHLLes protestations austro-hongroises aboutissent à cette double tutelle formelle..

Enfin, pour donner aux unités germano-austro-hongroises les moyens de la surprise, un blocus postal sévère est imposé dans les régions de concentration des unités, afin de limiter les risques de fuite vers la Serbie. Cependant, cette tâche s'avère impossible pour l' austro-hongrois, tant l'imbrication de populations serbes, roumaines, magyares et allemandes dans le Banat permet la présence active de réseaux d'espions au service de la Serbie. Des unités du génie sont chargées de remettre en état les routes et voies ferrées jusqu'à la ligne de front. Par crainte de l'espionnage ennemi, les régiments allemands envoyés de France ou de Pologne ignorent leur destination. Entre Budapest et leurs bases d'attaque, les troupes circulent uniquement de nuit, par le train puis à pied, en s'orientant à la boussole. Chaque division dispose, pour le franchissement du Danube, de 32 pontons allemands, 41 demi-pontons austro-hongrois, 20 ou 30 barques à fond plat (), 240 canots et une centaine de mariniers austro-hongrois.

Unités déployées vignette|gauche|Canonnière austro-hongroise devant la citadelle de Belgrade après la prise de la ville vignette|gauche|Avance de l'armée allemande en Serbie (1915) vignette|gauche|Forces bulgares en Serbie (novembre 1915)

Les stratèges des puissances centrales mettent en place un groupe d'armées regroupant la armée allemande, la armée austro-hongroise et la armée bulgare, composant une masse de manœuvre composée de 4 divisions bulgares, soit un effectif de et de 12 divisions allemandes et austro-hongroises, comportant en tout Les divisions bulgares possèdent un effectif de , alors que les divisions allemandes et austro-hongroises ne comptent que dans chacune d'elles.. Ces unités sont déployées le long de la frontière ou de la ligne de front, ce que ne manquent pas de remarquer les services de renseignement militaires alliés, en dépit des mesures de camouflage ; ce renforcement aboutit à la constitution d'armées comptant un effectifs total de près de , déployés soit le long de la ligne de front austro-serbe, soit le long de la frontière bulgare. Parmi ces unités se trouvent des unités de chasseurs tyroliens, spécialistes du combat en montagne, destinés à être déployés sur les hauteurs au sud de Belgrade. Ce déploiement de forces est appuyé par l'artillerie de marine des monitors de la flottille du Danube, appui feu appréciable face aux troupes serbes. Ce groupe d'armée est commandé de concert par les haut-commandement allemand, austro-hongrois et bulgare, tandis que les ordres doivent être adressés par les Austro-hongrois.

Face à ces armées aux effectifs combinés de , l'armée serbe aligne au printemps 1915 , répartis en 12 divisions, engagées dans une guerre de patrouille avec des unités austro-hongroises cantonnées le long de la frontière austro-serbe. Ces soldats ne semblent pas en mesure de résister longtemps seuls face à la pression combinée venue du Nord et de l'Est, sans appui russe.

Exécution vignette|Traversée de la Save et prise de Belgrade, du |alt=carte de la Serbie vignette|L'offensive austro-germano-bulgare contre la Serbie, par Henry Barby, 1916