Le château de PechrodilBase Mérimée: Pech-Rodil. Ministère français de la culture. est situé sur la commune de Varen, dans le département de Tarn-et-Garonne. Du au début du , au moins, la seigneurie de Pech-Rodil fut sans interruption le siège de la famille Gros de Perrodil, descendante de chevaliers saint-Antoninois et de Najac, dont les fiefs et possessions s'établissaient entre Saint-Antonin-Noble-Val, Najac, et au-delà Toulzanes, principalement sur la rive droite de l'Aveyron et du Viaur. Mentionnée depuis les temps les plus reculés comme château, l'habitation fortifiée des seigneurs de Pechrodil, située au bord de la rivière, au centre de ces territoires, était bien pourvue en ouvrages de défenses, tours, enceintes, cours basse, fossés, pont levis, que des aménagements avaient transformés dès le début du dans le goût du temps en une élégante résidence familiale.

De l'antique demeure subsistent quelques vestiges.

Localisation et étymologie

Le château de Pechrodil est situé aux confins sud-est de la commune de Varen, élevé sur une colline à l'intérieur d'un repli étroit formé par une des nombreuses boucles de l'Aveyron. Enclave du Tarn-et-Garonne dans le département voisin du Tarn le site fut aussi mentionné comme « presqu'île de Pechrodil ». Avant la création du département de Tarn-et-Garonne 'Puechroudil' ou 'Puech-rondil', ancienne commune, appartenait à la Province du Rouergue correspondant approximativement au département actuel de l'Aveyron auquel il a appartenu quelques années.

La rivière érodant depuis des siècles l'extrémité resserrée, et la plus élevée, d'une colline et d'un coteau s'élevant en pente douce en direction du nord est, a créé à cet endroit un escarpement naturellement défendu par les eaux et la rupture abrupte d'une sorte de falaise rougie par les eaux de l'AveyronMarquis de Valady, Les châteaux de l'Ancien Rouergue - Volume 2, Chapitre « Perrodil ». Bâti sur l'emplacement d'un oppidum, à l'extrémité de ce tertre plus ou moins arrondi, point d'observation privilégié au centre de la vallée, le fort originel reçut son appellation de la configuration du terrain qui lui servait de base. Le nom de Perrodil est, en effet, une variante moderne des déclinaisons du toponyme à travers le temps : Pugrodil, Podiorodil, Podio rodilio, Podio rodelli, Puechrodil, Pechrodil, Pechroudilh, Puyrodil, Peroudil, etc. ; puech, pech, puy rond ou arrondiDans la langue romane le mot rodil ou rondil servait à désigner un objet rond. Dans le patois régional on appelle rondil les tiges de fer rond à petit diamètre., qui ont servi tour à tour pour désigner ce qu'on appelait primitivement la « Borderie de Pugrodil »Archive de l'abbé Bouyssier de Laguépie, historien régional. Interprétation du toponyme complétée par la variante issue du bas latin Podium Rodibile, du verbe rodere, rongerInventaire du château de Perrodil en 1622 par M. l'Abbé Firmin Galabert. Membre de la Société. Publié dans le Bulletin archéologique, historique et artistique de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne Tome 46, année 1918 page 82 à 92 , mais aussi par le verbe occitan rodilhar (roudilya à la personne) : « Tourner les yeux autour de soi, inspecter, regarder d'un côté et de l'autre »« L'origine du nom Roudil » sur Roudil.com : « dans le Rouergue, le mot rodilh désigne la poupée de filasse pour la quenouille » rappelant la forme de la presqu'île se terminant en pointe connue pour être entourée de chènevières., roudilh' prenant aussi spécifiquement dans le Rouergue le sens de quenouille rassemblant la filasse avant le filage, telle la presqu’île de Pech-Rodil, langue de terre de deux kilomètres se terminant en pointe, connue pour avoir été entourée d'abondantes chènevières, que la famille des seigneurs du lieu cultivait.

Les spécialistes ne départagent pas ces interprétations issues de la configuration particulière du site de celle de ses aménagements. En effet rodil pourrait être issu de « roue ». À l'arrière du manoir, en contrebas, particulièrement vigoureuses, les eaux de l’Aveyron ont formé un bief naturel important, configuration remarquable à l'extrémité de laquelle prend place un moulin à rodets. Cette interprétation dénommerait ainsi ce puech comme celui de la « roue » qu’entraînait depuis longtemps l'eau de l'AveyronBulletin archéologique et historique de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne reconnue d'utilité publique le 13 août 1884. tome xxi. — année 1893. Excursion photographique et archéologique à partir de la page 150 .

Pour finir un toponymiste contemporain propose récemment que le rodil de Pechrodil découle de l'adjectif latin rutilus « roux », « rouge ardent »Paul Burgan, auteur de Toponymie du Tarn-et-Garonne, spécialiste des noms de lieux du département et animateur du centre de ressources toponymiques de l’Institut d’études occitanes. Émission du 06/07/2015 Pech-Rodil. .

right|sans_cadre|55x55px|De gueules au lambel d'argent Ces différentes analyses et interprétations ne sont pas forcément contradictoires, et elles ont pu au fil du temps s’agréger et former sens commun. En effet, outre la falaise aux reflets rougeoyants, les armes des Perrodil, « de gueules au lambel d'argent »Armorial général de France. Quatorzième volume. Languedoc. Généralité de Montpellier. page 974 , étendard rouge, représentaient la famille établie au sommet de la colline.

Le fort existant au , sur cette colline érodée, au-dessus du moulin, au bord de la falaise rougie par les eaux, point de vue exceptionnel, véritable guet sur la vallée de l'Aveyron et ses cultures de chanvre, fut le centre de la seigneurie de PerrodilDossier d'inventaire fondamental sur Pech-Rodil établi en 1988, 1989 par Noé-Dufour, Annie. . Celle ci avait au encore des fiefs, non seulement à Pech-Rodil, sur la paroisse de St Grégoire Dossier d'inventaire fondamental sur l'église paroissiale de St Grégoire à Varen établi en 1979 par Noé-Dufour, Annie., mais encore sur celles de Varen, de St Martial-les-Grèges, de Puechmignon, de St Julien de Belpech, de Saint Cambrairi ou St CapraisMoulenq page 449 – L'église de St-Caprais n'existe plus. Histoire

Centrée sur le manoir, l'histoire plus complète de la famille Gros de Perrodil est consultable par les liens donnés en références.

Genèse Malgré le signalement d'un oppidum les premières mentions connues de 'Pug-Rodil' concernent uniquement une borderie, c'est-à-dire une exploitation agricole relativement modeste(Albigeois ca. 1148, Brunel 53,3).

Une partie de la seigneurie avait échu au comte Pierre Gros, chevalier Saint-Antoninois, lorsque le , il assiste en tant que témoin à l'acte important du partage de la Vicomté de Saint Antonin entre son cousin le vicomte Yzarn et ses frères. Dans leurs fonctions militaires les Gros apparaissent en divers lieux. Entre 1227 et 1259, au moins, ils sont co-seigneurs de Najac. En 1266 Pierre, Guillaume et Gérau vivent encore dans sa juridiction fort étendue, à laquelle appartient 'Paizrodilh', dont un Gérau est seigneur en 1259, ainsi que de divers autres lieux . Hommage est rendu cette année au comte de Toulouse pour ces possessions, tant à la forteresse de Najac, qu'à Pech-Rodil et autres lieux, dans un rayon d'une quinzaine de kilomètres.

Le , noble Guillaume Gros de Perrodil et de Lez, fait cette fois hommage au Roy, « pour raison du lieu et château de Perroudil ». Ces hommages se succéderont tout au long de l'ancien régime. On relève 1399, 1461, 1567, 1666, 1734. Le , Jean Baptiste de Gros seigneur de Perroudil effectue un dénombrement pour : Sur la paroisse de St Grégoire : « château où il y a deux tours, avec sa basse-cour, une maison pour le métayer, four volailler, pressoir à huile, granges, écuries, four fournial, moulin à trois meules courantes sur la rivière Aveyron et autre petite maison et étable pour le meunier. Le tout près du-dit château, plus une aire dépicatoire, garennes, terres, rivages, jardins, prés, chènevières et pacages. ». Le document se poursuit, la seigneurie possède d'autres fiefs et de nombreux biens. Il en est dénombré 99, sans les rentes Seigneurs de Perrodil (Pechrodil) sur le territoire de Varen en Rouergue, publié sur le site de la commune de Milhars .

Un lieu de défense, d'exploitation agricole et de résidence. Des siècles de conflits religieux (albigeois, cathares, vaudois, huguenots) et politiques, notamment avec l'Angleterre (Guerre de cent ans), attisés par la difficulté d'accès à la justice royale de régions au relief tourmenté, entretiennent une situation de guerre civile endémiqueBulletin historique et philologique 4 du comité des travaux historiques et scientifiques-1886. À partir de la page 64.. Les Gros de Perrodil défendirent la cause catholique, ce qui n'empêche pas la dénommée « presqu'île de Pech-Rodil » d'abriter durant plusieurs décennies une importante et réputée communauté vaudoise. L'Inquisition enquête en 1273 et les frappeRegistre de Parnac, Inquisition de Toulouse (1273-1280). Trad. Jean Duvernoy. Page 8.. La nécessité d'abriter régulièrement la population des campagnes et hameaux des bandes de et pillards, le château fortifié offre des chambres, dans le fort même, mais aussi plus simplement à l'intérieur de l'enceinte, chambres mises à disposition des plus privilégiés, lorsque le site sert de refuge Dossier d'inventaire fondamental sur le fort de Feynerol, page 8, Pechrodil . Le château, isolé, est néanmoins occupé à plus d'une reprise, notamment en 1381 par des routiers, en 1388 et 1389 par des troupes anglaises et en 1576 par les HuguenotsCharles Portal, Histoire de la Ville de Cordes, Tarn (1222-1799), Page 102 ..

Les Gros de Perrodil chargés de la justice basse ont de ce fait obligation de disposer d'une prison et d'un sergent. La cave de la tour la plus éloignée de l'habitation est connue localement comme cave des prisonniersTémoignage local relevé sur le site..

Quand en 1620 les huguenots de Saint Antonin se révoltèrent, Pierre Gros de Perrodil combat aux côtés de Louis XIII. La ville reprise, il reçut en récompense de son soutien et de sa fidélité, la charge de gouverneur. Ce dont les habitants de la région, dont sa famille est originaire, se félicitèrent. Pierre Gros seigneur de Pechrodil, ainsi que le seigneur de La Prune étaient en effet réputés pour repousser vaillamment les incartades des assaillants huguenots et leurs ravages dans les campagnes, jusque dans leurs villes. Pierre mourut peu de temps après. En ces circonstances, sa veuve, Claire d'Ax, tutrice de ses enfants mineurs, fit établir en 1622 un inventaire. Sur plus de cinquante pages, il nous offre la description méticuleuse de l'habitation fortifiée - dont plusieurs parties viennent d’être bâties à neuf - de son mobilier et de tout son contenu, jusqu'aux domestiques: étoffes précieuses, tapis de Turquie, robes de Cadis, argenterie, joyaux, vaisselle d'étain draps et serviettes en grands nombres, archives, coffre de fer contenant 300 livres en quart d'écu, nombreuses pièces d'armes, mousquets, arquebuses, carabines, arbalètes, hallebardes, armures, chevaux, réserves alimentaires, de vin, de grain, de poudre et de balles de canon petites et grandes, panneaux de protection des ouvertures 'prêts à être posés', chaînes de pont-levis, moule de cloche, cribles de parchemin pour la fabrication du papier, matériel pour la confection du verre à vitre ... et encore maison neuve à proximité du château, granges, fours, moulin, pressoirs, chènevières, troupeaux, etc. Les fonctions militaires, de protection, d'exploitation agricole complète, et de résidence familiale simple mais luxueuse pour l'époque, y sont indéniables.

Période révolutionnaire