vignette|upright=1.5|Rembrandt aux yeux hagards (), autoportrait souvent utilisé dans les couvertures de publication sur l'œuvre gravé de Rembrandt, comme dans celui du Musée du Petit Palais. vignette|upright=1.5|La Pièce aux cent florins (), chef-d'œuvre de Rembrandt, est une eau-forte rehaussée à la pointe sèche et au burin réalisée en près de 10 ans et terminée vers 1649. Rijksmuseum Amsterdam.
Les gravures de Rembrandt sont l'ensemble de la production de Rembrandt comme graveur. L'artiste est considéré comme le grand maître de l'eau-forte du .
Formé par Joris van Schooten à Leyde et surtout par Lastman, Rembrandt intègre rapidement le clair-obscur dans ses gravures. Dans un premier temps, Rembrandt produit un grand nombre d'estampes gravées au trait, à vocation commerciale. Il commence à graver à l'eau-forte vers 1625, en même temps qu'il entame sa carrière de peintre indépendant. D'abord très proche du style de Lievens, avec qui il partage son atelier, Rembrandt lui laisse les effets sculpturaux pour travailler davantage les visages et les jeux de lumière .
Installé à Amsterdam depuis 1630, Rembrandt cherche à percer sur le marché de l'art en essayant d'innover tant par les sujets que par la technique, et produit des compositions saisies sur le vif de grande qualité. À partir de 1636, Rembrandt se distingue par la maturité de son traitement des autoportraits et une représentation plus humaniste des sujets bibliques, ainsi qu'une maîtrise grandissante des techniques de gravure.
Rembrandt trouve son véritable style dans les années 1640, quoique peu productives, abandonnant un baroque parfois exacerbé pour un classicisme plus intimiste, tant pour les sujets religieux que les paysages. Il change aussi au fur et à mesure sa manière d'aborder les sujets, se concentrant sur le moment dont la tension dramatique provient de la mise en suspens de l'action. D'abord si minutieux dans le traitement des textures, Rembrandt se concentre sur la structure des objets et sur les effets lumineux, l'apogée tant en termes de composition que de technique étant La Pièce aux cent florins (achevée en 1649, après une décennie de travail). Dans les années 1650, Rembrandt est plus productif et aussi plus libéré artistiquement.
Il produit des estampes notables dans des sujets très variés : les autoportraits et portraits, les sujets bibliques et mythologiques, les scènes de genre, les paysages et autres sujets libres. La quasi-totalité des gravures de Rembrandt sont exécutées à l'eau-forte, qu'il rehausse à la pointe sèche et au burin. Sa plus grande contribution à l'histoire de l'estampe a été la transformation du procédé de gravure à l'eau-forte, qui est passé d'une technique de reproduction relativement nouvelle à une forme d'art à part entière. Ses estampes ont circulé de son vivant dans toute l'Europe, contribuant à sa grande renommée.
Rembrandt et la gravure Les années 1626-1640 Formation à Leyde et Amsterdam vignette|upright|alt=Gravure en noir et blanc au format d'une page de livre. En haut, portrait d'un homme dans un ovale, entouré de toiles peintes. En bas, un texte faisant la biographie de Jan Lievens.|Portrait de Jan Lievens par Charles Eisen, dans La Vie des Peintres Flamands, Allemands et Hollandois de Jean-Baptiste Descamps (1754). Rembrandt a comme maîtres à Leyde, Jacob van Swanenburgh (de 1621 à 1623., chez qui il apprend le dessin à la plume) et Joris van Schooten.
Cependant, son séjour de six mois à Amsterdam en 1624, chez Pieter Lastman et Jan Pynas, est déterminant dans sa formation : Rembrandt y apprend le dessin au crayon, les principes de la composition et le travail d'après nature. Il aborde principalement les mêmes thèmes bibliques et antiques que Lastman et les traite avec la même . Ce dernier lui transmet aussi l'influence d'artistes qu'il avait côtoyés à Rome : Adam Elsheimer et Le Caravage, tandis qu'il découvre l'œuvre de Rubens dans son atelier. Rembrandt s'approprie ainsi le clair-obscur pour en faire un langage propre . L'animation et l'art d'Amsterdam marquent son œuvre de jeunesse ; il fait la connaissance de peintres flamands, dont Hercule Seghers.
Rembrandt ne fait pas le Grand Tour et s'établit à Leyde en 1625. Son ami Jan Lievens, également élève de Lastman et de van Schooten, rejoint son atelier. À cette époque, leur talent et leur style sont si proches qu'il est difficile pour les historiens de l'art de les distinguer. André-Charles Coppier parle d'une époque où la production de Rembrandt est jusque-là limitée à une surproduction d'estampes à vocation commerciale , associé aux peintres Jan Lievens, Gérard Dou, Hendrick Cornelisz. van Vliet et Jacques des Rousseaux.
Style personnel et débuts en eau-forte vignette|gauche|upright=0.8|alt=Gravure en noir et blanc. Trois hommes sont attablés tandis qu'un chien les regarde. La tête de l'homme a droite est entourée d'un halo de lumière.|Pèlerins d'Emmaüs (). Les œuvres de Rembrandt deviennent plus intimes et (, ). Il trouve rapidement un style très libre et personnel pour l'autoportrait et les visages.
Il semble qu'il ait commencé à pratiquer l'eau-forte dès 1625-1626 , bien que ses premières gravures soient datées de 1628. Sa technique et son style d'alors sont très proches de ceux de Lievens, qui l'a probablement instruit. Mais Rembrandt lui laisse les effets sculpturaux pour étudier surtout ceux de la lumière. Il perçoit la gravure comme un art expérimental et étranger : il se contente au début de dessiner (, ).
Il fait évoluer son style en aérant davantage ses planches et en choisissant des compositions plus grandes, même s'il produit encore de petites scènes fouillées (, ). On sait que Rembrandt possédait une collection de gravures de Callot et qu'il s'est fortement inspiré de la série des Gueux (, ). Il suit cependant les thèmes typiques de son époque aussi bien en peinture qu'en gravure, avec des sujets bibliques, des têtes de vieillards et des autoportraits.
Installation à Amsterdam vignette|alt=Gravure en noir et blanc. Dans une chambre, une femme nue sur sa couche tire à elle un homme habillé qui rejette ses avances.|Joseph et la femme de Putiphar (). Rembrandt s'installe à Amsterdam en 1631 et ouvre son atelier chez son ami, l'éditeur et marchand d'art Hendrick van Uylenburgh. Il épouse la nièce de ce dernier, Saskia, qui a un intéressant réseau social dans la bourgeoisie locale dont il bénéficie.
Il obtient un premier succès avec la toile La Leçon d'anatomie du docteur Tulp (1632). À noter qu'il réalise plusieurs autoportraits de 1631 à 1634 qui se rapprochent des codes baroques de son style pictural de cette époque (, ). Fort de ce succès, Rembrandt cherche à s'imposer sur le marché de l'art qui est dominé par Rubens. Il essaie de retranscrire l'imagination dont il fait preuve sur ses peintures dans ses eaux-fortes, où il étudie la manière de reproduire les effets d'une peinture en grisaille (, , , ) sans succès jusqu'à l’Annonciation aux bergers (). Il parvient cependant déjà à saisir la réalité sur le vif avec une grande qualité : Grande mariée juive () et Faiseuse de koucks (), qui .
Il collectionne de nombreuses œuvres d'art qui ne manquent pas de l'inspirer, comme on peut le constater dans Sainte Famille () et Joseph et la femme de Putiphar ().
1636 est une année charnière, pour Rembrandt : il a une plus grande maturité dans le traitement des autoportraits (), choisit une représentation humaniste des sujets bibliques (, ), tout en ayant une expression dramatique et baroque exacerbées. Rembrandt prend aussi mieux la mesure des moyens techniques de la gravure : il fait des tailles plus précipitées et syncopées dans certaines () mais est beaucoup plus tendre et nuancé dans d'autres, comme dans ses études de Saskia (, , ) ou dans Jeune couple et la mort (). Il commence à exploiter la pointe sèche avec une première réussite, Mort de la Vierge (), mais n'utilise les deux sur une même plaque qu'à partir de 1641-1642.
Les années 1640-1650 En 1639, Rembrandt découvre le Portrait de Baldassare Castiglione de Raphaël, une révélation qui opère chez lui .
L'union de la technique, du style et de la poésie, qui deviendra son style, germe dans les années 1640. Il abandonne l'exubérance du baroque pour une expression plus classique ; les premiers spécialistes attribuent ce changement vers l'introspection, l'intimité et le retour à un contenu plus religieux dans ses scènes bibliques aux drames vécus par l'artiste à cette époque (Saskia meurt en 1642 et il a de graves problèmes économiques), tandis que les auteurs du relativisent cette théorie et se montrent plus pragmatiques. Rembrandt produit d'ailleurs peu d’œuvres entre 1642 et 1648 et la recrudescence de ses problèmes personnels n'intervient qu'en 1650, période qui marque justement le début d'une période de grande productivité.
vignette|gauche|upright=1.3|La Pièce aux cent florins (). Il découvre à 40 ans l'œuvre de Léonard de Vinci et d'Andrea Mantegna, qui ont une grande influence sur son travail à venir, respectivement sur La Pièce aux cent florins () et , notamment). Malgré ses déboires personnels, Rembrandt évolue de par ses expériences plus humaines et ses préoccupations esthétiques calées sur « les tendances générales de son temps ».
Il entreprend ainsi une étude , plusieurs années après avoir abordé le thème en peinture. D'une , ses paysages bénéficient d'un qui évoquent avec fraîcheur les détails de l'immensité du paysage néerlandais (, ). Il progresse dans ce genre grâce à sa faculté à aller voir lui-même ses sujets et à « sentir » la qualité atmosphérique du paysage. On peut dès lors apprécier le clair-obscur plus doux et une meilleure intégration du sujet dans son environnement, qui vont perdurer dans toute son œuvre à venir. Il s'intéresse aussi aux « sujets libres », avec l'idylle pastorale () et à l'érotisme pur, avec un couple dans une attitude très sensuelle (), mais délaisse le portrait de commande, exception faite de ses clients bourgeois (). Ses œuvres de ce genre bénéficient cependant de compositions beaucoup plus réfléchies et monumentales, délaissant les effets en trompe-l'œil, et ce aussi bien pour ses portraits peints que gravés ().
Comme dans sa peinture, Rembrandt change sa manière d'aborder ses sujets : il ne représente plus le moment le plus pathétique, mais celui , comme dans La petite résurrection de Lazare () et Abraham et Isaac (). Le choix des scènes bibliques se porte sur les scènes les plus lyriques et il travaille aussi davantage les scènes nocturnes, comme dans Le Maître d'école (), Le repos pendant la fuite en Égypte () ou encore Saint Jérôme dans une chambre obscure ().
Sa technique d'aquafortiste s'est : il abandonne le traitement minutieux des textures qui lui était si cher pour se concentrer sur la structure des objets et les effets lumineux, comme dans Mendiants recevant l'aumône à la porte d'une maison (). Il exploite ainsi davantage la pointe sèche ; La Pièce aux cent florins (1649) représente de par l'harmonie obtenue par l'exploitation des différentes techniques.
Les années 1650-1661
La période la plus créative de Rembrandt est aussi celle de son style le plus personnel, le plus libéré et pur artistiquement.