Mademoiselle Cloque est un roman de mœurs français de René Boylesve paru en 1899.
Cinquième roman dans l'œuvre de René Boylesve, il raconte, sur fond d'une querelle religieuse à Tours dans les années 1880, les trois dernières années de la vie d'une vieille demoiselle idéaliste et chevaleresque, qui souhaite ardemment la reconstruction d'une grande basilique dédiée à saint Martin. Arc-boutée sur ses principes, elle va jusqu'à refuser à sa nièce un beau mariage avec le fils d'un partisan de la cause adverse, qui milite pour l'édification d'une église modeste ; cette dernière option finit pourtant par prévaloir au terme d'affrontements où la politique, la religion et les intérêts particuliers sont intimement mêlés.
Prenant pour argument la , épisode réel de l'histoire tourangelle, et s'inscrivant donc de manière plus secondaire dans le roman historique, le récit est avant tout une étude de mœurs sur une partie de la société bourgeoise et religieuse tourangelle au ainsi qu'une galerie de portraits. Il retrace le combat perdu de l'idéalisme contre le réalisme, thématique récurrente chez l'auteur.
Résumé Dans les années 1880, les Tourangeaux se déchirent sur l'opportunité de reconstruire une grande basilique à la gloire de saint Martin ou d'édifier une église modeste au-dessus de son tombeau récemment redécouvert.
Mademoiselle Cloque, âgée de au début du roman et toujours célibataire, fervente, partage son temps entre les discussions avec sa servante Mariette et les parties de cartes ou de dames avec le vieux marquis d'Aubrebie, un voisin et ami athée avec qui les disputes sont continuelles. Elle vit dans le souvenir de son entrevue avec le vicomte de Chateaubriand rencontré quand elle était jeune fille, mais elle consacre surtout une grande part de son énergie au projet de reconstruction d'une basilique somptueuse. Elle n'hésite pas pour cela à sacrifier le bonheur de sa nièce Geneviève, orpheline dont elle est la tutrice et qui aurait dû épouser le riche fils d'un notable local. Ce dernier est malheureusement gagné à la cause des partisans d'une église modeste, ce qui rend aux yeux de le mariage inconcevable.
Un temps directrice de l'ouvroir de Saint-Martin, elle perd ce titre pour une maladresse qu'on lui laisse commettre. Ses amis, prenant ce prétexte et sentant que leur cause n'a plus les faveurs des édiles ni même de l'archevêque, abandonnent les uns après les autres le parti basilicien et la vieille demoiselle, à l'exception d'une poignée d'irréductibles comme monsieur Houblon. Mademoiselle Cloque, pour sa part, loin de l'affairisme de son temps, refuse toute compromission et persévère dans son idéal. Elle perd son combat, car seul un est finalement construit. Geneviève épouse un notaire de La Celle-Saint-Avant, petite commune aux limites du département et son ancien fiancé se marie avec une de ses amies, aux mœurs plus légères, mais dont les opinions politiques de la famille sont plus en accord avec les siennes. Mademoiselle Cloque meurt à , terrassée par ce qu'elle croit, à tort, être une trahison de la part de sa nièce mais surtout minée par le chagrin et l'amertume.
Personnages principaux Mademoiselle Cloque : héroïne du roman, , célibataire ; Geneviève : nièce de ; Le sous-lieutenant Marie-Joseph de Grenaille-Montcontour : ex-futur époux de Geneviève ; Mesdemoiselles Jouffroy : deux sœurs âgées, amies puis adversaires de , des selon BoylesveMademoiselle Cloque, de l'édition originale de 1899. ; Le marquis d'Aubrebie : voisin et ami de ; Monsieur Houblon : organiste à Saint-Martin et basilicien farouche ; Loupaing : anticlérical, plombier et voisin de .
Thèmes et caractères du roman L'intrigue générale du roman a pu être ainsi résumée : .
Mademoiselle Cloque : idéaliste jusqu'à la cruauté vignette|redresse|alt=Dessin en noir en blanc et en pied d'un homme mûr.|Le père Grandet. Si René Boylesve utilise comme support de son roman l'épisode historique de la « guerre des basiliques » à Tours, il n'en fait pas le thème principal de son récit ; cet événement n'intervient que comme fil conducteur de l'histoire et les personnages principaux qui y ont participé à l'époque n'apparaissent pas dans le roman. L'auteur s'attache avant tout à décrire, d'une manière tendrement ironique, l'esprit chevaleresque et les combats d'arrière-garde de son héroïne, finalement .. André Bourgeois établit même un parallèle entre et les personnages de Don Quichotte ou Cyrano de Bergerac, la vieille demoiselle incarnant le même idéal du beau et de l'inutile : C'est l'affrontement entre l'idéalisme et le réalisme, thème cher à Boylesve et qu'il développe dans nombre de ses œuvres : les idéaux de sont vaincus par les contingences du moment ; l'idéal d'amour de Geneviève cède la place, sans qu'elle combatte vraiment, au respect des convenances de sa classe sociale.
Au milieu des retournements d'alliances et d'opinions, , et dans une certaine mesure monsieur Houblon, gardent tout au long du roman les mêmes convictions et une droiture d'esprit sans faille. Boylesve fait dire à la vieille demoiselle : La droiture d'esprit de confine même à la rigidité, puisqu'elle fait passer sa foi et son interprétation des convenances avant des sentiments familiaux qu'elle éprouve pourtant.. C'est pourquoi André Bourgeois n'hésite pas à la qualifier de malgré son caractère foncièrement bon, comme le père Grandet d'Honoré de Balzac qui lui aussi sacrifie le bonheur d'une enfant : mademoiselle Cloque demande à Geneviève de renoncer par écrit à son projet de mariage, tout comme le père Grandet exige de sa fille un document par lequel elle lui abandonne l'héritage de sa mère. Là où l'aveuglement de devient manifeste, c'est lorsqu'il lui semble logique, évident, que les sentiments de Geneviève envers son fiancé se sont éteints avec la lettre de renoncement.
Mademoiselle Cloque réapparaît dans Je vous ai désirée un soir (1925), roman plus autobiographique de René Boylesve. Son personnage, sous des contours un peu adoucis, y professe pourtant le même idéal de pureté et de droiture qu'elle tente de faire partager au narrateur, un jeune adolescent, dont elle est l'amie, la confidente mais aussi l'égérie.
Une société bourgeoise et réaliste Autour de gravitent de nombreux personnages. Boylesve dépeint les compromissions et les petits calculs des uns et des autres : les religieux comme et la plupart des basiliciens comme les demoiselles Jouffroy préfèrent abandonner leur idéal pour ne pas risquer de tout perdre ; la famille Grenaille-Montcontour choisit au bout du compte le rapprochement avec les avocats israélites Niort-Caen, mieux à même d'assurer son avenir au sein de la bourgeoisie qu'une union avec la catholique mais désargentée Geneviève ; quant à madame Pigeonneau-Exelcis, c'est sans état d'âme qu'au nom de l'intérêt commercial elle choisit d'ouvrir sa librairie religieuse à des œuvres profanes, comme Nana, après son déménagement dans la rue Royale.
La participation de la famille Niort-Caen à l'intrigue du roman témoigne de la volonté chez Boylesve de montrer que la vie tranquille et bourgeoise d'une ville de province paisible et catholique peut être bouleversée par les projets d'expansion immobilière d'une famille israélite dont les codes sociaux sont totalement différents.
Seul personnage conservant une parfaite neutralité dans ce combat auquel il ne se mêle pas, le marquis d'Aubrebie observe les uns et les autres. Toutefois, sous des dehors détachés et parfois légèrement cyniques, il apparaît dans les dernières lignes de l'ouvrage qu'il était peut-être le seul véritable ami, sincère et désintéressé, de , admirant sans doute sa constance et son opiniâtreté sans pour autant en partager les opinions.
L'œuvre dans son temps Contexte historique vignette|gauche|alt=Dessin en noir et blanc d'une salle avec des rangées de chaises.|Chapelle provisoire, vers 1880. vignette|alt=Dessin en noir en blanc d'un vaste église dans son environnement urbain.|Projet de reconstruction de la « grande » basilique (A.-J. Baillargé). vignette|alt=Photographie en couleurs de la façade d'une église.|Basilique néo-byzantine Saint-Martin de Tours (V. Laloux). L'ancienne basilique Saint-Martin de Tours, partiellement effondrée pendant la Révolution française faute d'entretien, est démolie au tout début du . L'examen du plan de cette basilique révèle que le tombeau du saint, s'il a survécu à la destruction de l'église, se trouve enfoui dans les caves des habitations situées à l'angle est de la rue des Halles et de la rue Descartes nouvellement percée. Les fouilles entreprises après acquisition de ces demeures aboutissent effectivement à la découverte du tombeau le . La construction d'un nouveau lieu de culte est dès lors envisagée mais, dans un premier temps, un simple oratoire puis une chapelle provisoire sont édifiés, en profitant des trois maisons dont les caves abritent le tombeau.
Deux camps se forment alors à Tours et s'affrontent violemment pendant une trentaine d'années, l'équivalent d'une . D'un côté, les catholiques les plus fervents, « traditionalistes », résolument monarchistes, regroupés au sein de l'Œuvre du vestiaire de Saint-Martin, militent pour la reconstruction d'une basilique grandiose, comparable à celle détruite. En face, les architectes diocésains, appuyés par la plus grande partie des habitants de Tours, défendent un projet moins ambitieux mais surtout moins onéreux, d'une basilique plus modeste, incluant seulement, dans une crypte située sous le chœur, les vestiges du tombeau de saint Martin. Le conseil municipal de Tours récemment élu, républicain, farouchement anticlérical et emmené par le radical Armand-Félix Rivière, s'oppose dans un premier temps de manière égale aux deux projets. L'option d'une église de petites dimensions finit par prévaloir : au sortir de la guerre de 1870, les finances ne permettent pas une dépense de grande ampleur et l'influence des tenants de la grande basilique, nettement minoritaires et non soutenus par les instances du clergé, est insuffisante. L'archevêque de Tours Guillaume Meignan et le pape Léon XIII lui-même se déclarent favorables au projet le plus modeste, finalement approuvé par le préfet.
Si le roman se déroule sur trois ans, probablement entre 1883 et 1887, au plus fort de cette querelle à laquelle il emprunte les principaux épisodes, ce que Boylesve reconnaît dans une lettre à l'un de ses amis, il est difficile d'en préciser davantage la datation. René Boylesve n'a en effet pas cherché à respecter une chronologie rigoureuse pour son récit, où il met en scène des événements réels qui se sont déroulés à des dates différentes mais qu'il rend contemporains pour les besoins de son roman. La première page du manuscrit, reproduite dans l'ouvrage d'Émile Gérard-Gailly, commence par ces mots : que Boylesve a raturés et corrigés en .
Contexte géographique vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs de la façade d'un immeuble et pierre de taille et brique.|8, rue de la Bourde à Tours.
Le fondement historique du roman étant la construction d'une nouvelle basilique dédiée au culte de saint Martin après la redécouverte de son tombeau, l'intrigue ne peut se dérouler qu'à Tours. vignette|redresse=1.1|alt=Plan en couleurs d'une ville avec des repères numérotés.|Principaux lieux cités dans le roman.