vignette|upright=2| Retable de saint Barthélemy, panneau central. Saint Barthélemy avec donateur entre sainte Agnès et sainte Cécile, vers 1501-1503. vignette|Dragon dans le volet du retable de saint Barthélemy. Le Maître du Retable de saint Barthélemy ou Maître de saint Barthélemy (en ou Bartholomäus-Meister, en ou Bartholomew Master) est un artiste anonyme du Moyen Âge tardif, actif entre 1470 et 1510 environ dans la région de Utrecht et de Cologne. Il est surtout connu comme peintre de retables, de tableaux de dévotion et de portraits, ainsi que d'enluminures.
Aucune de ses peintures n'est signée, comme d'usage au Moyen Âge, et aucun document d'archive le concernant n'est connu. Il porte son nom de convention d'après une de ses œuvres principales, un retable installé à l'origine dans l'église Sainte-Colombe de Cologne et qui montre au centre l'apôtre Barthélemy. Dans la pupille de l’œil droit du dragon sur le volet droit de ce triptyque on peut deviner l'esquisse d'un visage qui est possiblement un autoportrait de l'artiste.
Éléments biographiques vignette|Sainte-Colombe tenant un livre d'heures. Détail d'un volet de retable conservé au Landesmuseum de Mayence. Le Maître de saint Barthélemy et son atelier ont produit de nombreux retables et tableaux pour les églises colonaises. L'origine du Maître est discutée. D'une part, l'influence de Stefan Lochner est manifeste et parle pour une origine colonaise ou au moins pour une formation à Cologne, d'autre part, les influences néerlandaises sont tout aussi visibles. Friedländer, cité par Zehnder., a même proposé que l'artiste soit né à Cologne, puis parti aux Pays-Bas, et enfin revenu à Cologne. Depuis, il est plus communément admis qu'il est d'origine néerlandaise, d'Utrecht ou d'Arnhem en Gueldre.. Un argument, parmi d'autres, est l'observation que le livre d'heures que tient entre sur ses genoux sainte Colombe dans l'un de ses tableauxUn volet de retable, au Landesmuseum de Mayence, qui représente saint André et sainte Colombe. est écrit en moyen néerlandais et provient d'un atelier de reliure néerlandais connu, comme aussi le livre d'heures de Sophie de Bylandt, l'une de ses premières réalisations. L'artiste a peut-être séjourné à Bruxelles, Louvain, Bruges. Il semble s'être fixé vers 1480 à Cologne, où il acclimate son style au point de devenir, à la fin de sa vie active, l'« incarnation même de la peinture colonaise ». Le fait qu'il ait exécuté ses plus importantes commandes pour la chartreuse de Cologne a conduits certains spécialistes à penser qu'il pouvait être lui-même un chartreux, moine ou convers. D'un autre côté, le nombre important de ses œuvres conduit à privilégier l'existence d'un atelier plus en contact avec la société colonaise et l'évolution de la mode comme le reflètent dans son style la précision des étoffes, des coiffes, des bijoux et autres objets du monde, ainsi que la rencontre de femmes visiblement représentées dans ses peintures. Ceci est difficile à imaginer dans une chartreuse. Enfin, les honoraires généreux qu'il perçoit pour certains de ses tableaux sont très supérieurs au coût des matières premières, et plaident plutôt pour un atelier indépendant..
Éléments stylistiques Son œuvre, où les personnages et les objets sont d'une plasticité remarquable, se situe entre l'art gothique tardif et le début de la Renaissance. L'artiste se montre éclectique et personnel dans le choix des éléments de style et des thèmes de ses tableaux. L'influence de la miniature néerlandaise est visible, d'ailleurs il l'a lui-même pratiquée. Il sait adapter le style flamand, comme Rogier van der Weyden, à la piété colonaise exprimée par Stefan Lochner. Le raffinement des couleurs, le chatoiement des tissus, la richesse décorative, les formes extravagantes, les gestes contournés, le soin d'orfèvre pour le détail, un goût presque obsessionnel pour la préciosité des matières, sont typiques de son style personnel. À une époque où la peinture change profondément, le peintre reste attaché aux formes et à l'esprit gothiques, peut-être marqué par l'atmosphère spirituelle du couvent des chartreux de Cologne., l'un de ses commanditaires importants. Il est considéré comme le principal représentant de la peinture gothique tardive à Cologne.
Un peu moins d'une trentaine de tableaux sont attribués au Maître de saint Barthélemy sur la base de similitudes stylistiques ; parmi eux, on peut distinguer plusieurs mains, et notamment deux compagnons de son atelier (et d'autres collaborateurs sous leur autorité). Certains tableaux possèdent des fortes similarités thématiques et de composition et sont de qualité très inégale, comme la Descente de croix de Philadelphie, et on peut penser qu'ils ont été copiés, pour certains plusieurs fois, comme la Sainte Famille, par des membres de son atelier ou de son entourage ou même plus tardivement par des successeurs.
Les personnages, dans le retable de la Crucifixion et plus encore dans celui de saint Barthélemy, se tiennent debout, sur une sorte de promontoire, et devant un grand rideau en brocart qui monte au dessus de leurs épaules, voir au milieu de leurs têtes. Les saint sont parfaitement alignés sur leurs yeux (isocéphalie). Le rideaux cache bien entendu l'arrière scène que l'on découvre seulement au dessus des têtes, et en contrepartie met mieux en valeur la richesse des étoffes, des bijoux, et la finesse des visages. Ce trait de style, fréquent dans la peinture flamande quand il s'agit de présenter la Vierge, assise sur un trône damassé de brocart, est plus rare dans les portraits d'individus ou de notables. Ici, joint au sol dallé, ils délimitent une sorte d'enclave d'espace céleste où peuvent se tenir les saints, séparés de l'environnement terrestre..
L'examen de ses tableaux par réflectographie infrarouge fait apparaître un dessin sous-jacent (underdrawing) très élaboré, comme déjà chez Stefan Lochner. Les contours du dessin sont fermes, les plis des vêtements marqués, les volumes dépeints par des lignes hachurées plus ou moins denses, alignées ou croisées.
Premières œuvres
Livre d'heures de Sophie de Bylandt (Sophia van Bylant) Ce livre d'heures, réalisé vers 1475, est conservé au Wallraf-Richartz MuseumStundenbuch der Sophia van Bylant, numérisé sur le site Kulturelles Erbe Köln., dans la collection graphique« Das Stundenbuch der Sophia van Bylant » sur le site du Wallraf-Richartz Museum.. Le livre d'heures est une commande de Sophia van Bylant dont le mari Reynalt van Homoet, mort bien avant, vers 1458-59, figure dans l'une des miniatures avec Jean-Baptiste. C'est l'une des premières œuvres de l'artiste. La reliure est fabriquée par un atelier réputé, en activité de 1470 à 1506 au moins dans la ville de Nimègue, en Gueldre, appelé atelier « Lilie-Löwe » parce que ses reliure portent en effet des lys (« Lilie ») et des lions (« Löwe »). Les estampes sur le cuir du livre d'heures de la couverture sont d'une complexité remarquable. On y retrouve des lys et divers animaux. Le manuscrit comporte 182 folios de parchemin, soit 364 pages de dimensions , le texte comporte en général 23 lignes écrites sur une colonne, en langue moyen néerlandais. Il contient treize miniatures pleine page, dont une, l'Adoration des mages, est copiée d'une œuvre de Schongauer, et les douze autres sont de la main du Maître.. Les miniatures sont de qualité inégales : celles de Jean-Baptiste, avec Reynalt van Homoet, correspond aux formes des grands retables de même que celle de Jacques le Majeur avec la donatrice. En revanche, l'Annonciation, ou la Présentation au Temple de Marie sont moins travaillés, les vêtements sont plats et la construction des volumes faibles. Les autres miniatures s'insèrent, quant à leur qualité d'exécution, entre les deux extrêmes..
Retable de Marie À ce retable, aujourd'hui dispersé, on rattache les tableaux suivants: La Rencontre des rois mages avec David et Isaïe le tableau, datant d'avant 1480, est au J. Paul Getty Museum à Los Angeles ; il mesure , peint en huile et fond d'or sur panneauThe Meeting of the Three Kings, with David and Isaiah (recto); The Assumption of the Virgin (verso). Notice sur le site du J. Paul Getty Museum.. Sur les sommets de trois collines, on voit les rois Gaspard, Melchior et Balthazar cherchant l'étoile qui doit les mener à Bethléem. Devant ces collines, les trois rois cheminent entre des rochers sur de superbes chevaux, annoncés par des trompettes et accompagnés de porte-drapeaux ; sur les côtés, les bustes de Daniel à gauche et d'Isaïe à droite tiennent chacun des phylactères virevoltants. Au verso, une assomption de la Vierge entre anges musiciens, qui monte au ciel pour être couronnée par Dieu le père. Nativité Le tableau, de dimensions , est au Petit Palais, à Paris. La représentation de la naissance du Christ est conforme à l'expression répandue dans tout le Nord à la suite de la Nativité de Robert Campin à la suite d’une vision de sainte Brigitte de Suède (1302-1373)Adoration de l'Enfant sur le site du Petit Palais, Paris.: la Vierge est en robe blanche, les cheveux dénoués, en prière devant le nouveau-né au sol. Deux sages-femmes, l'une en vert-pâle et l'autre en rouge-rose, arrivent après la naissance, comme dans le tableau de Campin. L'âne et le bœuf symbolisent la synagogue et l'église qui l'un, dans son aveuglement, continue à manger, alors que l'autre est en contemplation. Tout imprégné de l’influence des Pays-Bas, ce tableau se caractérise par un dessin encore anguleux : figures raides et isolées, visages aux traits accentués et aux vêtements aux plis cassés. Le panneau a été recoupé, comme on peut le constater sur la côtés et le haut. Adoration des mages vers 1475, Alte Pinakothek d'inventaire 10651, dimensions . L'adoration des mages est de style flamand, mais ne semble pas directement inspiré par les modèles frontaux connus à l'époque à Cologne, ceux de Stefan Lochner et Rogier van der Weyden. Mort de la Vierge : détruit en 1945, autrefois aux musées de Berlin. On n'en connaît que des photographies.
Période principale
Les trois retables principaux sont ceux de saint Thomas, de la Crucifixion, et de saint Barthélémy. Pour Zehnder, le retable de saint Thomas est le premier des trois grands retables du Maître, suivi du retable de la Crucifixion, puis du retable de saint Barthélemy.
Retable de saint Thomas
vignette|upright=0.7|Retable de saint Thomas, Marie Madeleine (détail) upright=0.7|vignette|La mouche upright=0.7|vignette|Le blason des Rinck