vignette|redresse=1.7|Carte des principales voies romaines sous Hadrien (vers 125). L'empire romain, assis sur trois continents (l'Europe, l'Afrique du Nord et l'Asie unifiées par la Pax Romana), est organisé en régions mises en relation par les routes maritimes, fluviales et terrestres convergeant vers la Mare nostrum, et qui rassemblent un quart de l'humanité. Les Romains ont construit près de de routes (dont pavées) qui sillonnent l'empire jusqu'à ses limites extrêmes.. vignette|redresse=1.7|Chaussée Jules César. Les surfaces des voies étaient constituées de terre et de sable (via terrana), le plus souvent de graviers ou de graviers enrobés de béton (via glarea strata). On s'éloigne de l'image d'Épinal des voies pavées ou dallées (via lapide strata) onéreuses qui représentent sans doute moins d'1 % des voies en Gaule. vignette|redresse=1.7|Les ornières laissées par les roues des attelagesSignes de passages répétés aux mêmes endroits des véhicules (chariots, charrettes et chars), ces ornières témoignent de l'usure prononcée des dalles soumises à des pressions plus importantes qu'aujourd'hui (la surface de contact de la roue des véhicules romains étant réduite à ), au point que toutes les voies pavées devaient être refaites au moins tous les vingt ans. Dans des passages escarpés et étroits (typiquement en montagne), les ornières sont des rainures taillées par l'homme dans le roc : elles servent de guide-roues qui sont complétés par des trous dans les rochers latéraux, utilisés probablement pour y engager des leviers. Cf dans une voie pavée de Pompéi, donnent une idée du traficChevallier décrit l'activité à l'époque : . Cf (leur charge étant limitée par le Code théodosien)Cette limite à romaines soit un peu moins de (Codex Theodosianus, de curso publico, VII et VIII) devait être souvent contournée afin de réduire le coût du transport de charges pondéreuses (notamment pour les constructions, un bloc calcaire ne pouvant excéder un quart de mètre-cube pour ne pas dépasser cette limite). Cette contrainte explique que le transport fluvio-maritime était privilégié pour des charges lourdes. Cf et indiquent un gabarit des véhicules relativementCette idée de standardisation des distances entre roues montre cependant des grandes variations selon les régions. Cf . normalisé.. Des bornes (gomphi) le long des rebords des trottoirs (umbones) permettent peut-être de monter ou descendre du véhicule ou de la montureSelon l'historien Robert Étienne, les trous dans ces bornes servaient moins à lier les bêtes tirant ces véhicules qu'à fixer les cordes arrimant les éventaires toilés des camelots le jour des marchés. Cf . Des passages piétons permettent de traverser la rue à pied sec en cas de pluie d'orageCes passages sont constitués de blocs de trachyte ou de basalte espacés les uns des autres en fonction de la largeur d'essieu des véhicules.. Des entailles en biseau sur les bordures droites aux intersections, signalent des virages trop serrés issus d'une circulation à droite quand le trafic se fait à double sens. vignette|redresse=1.5|La voie Appienne, ombragée de pins et de cyprès, est constituée d'une chaussée revêtue de dalles de lave. Elle est bordée de tombes surmontées de stèles funéraires dont les épitaphes s'adressent aux voyageurs« Bonjour voyageur, arrête un peu le pas, je t’en prie, afin de connaître mon sort funeste », « Porte toi bien voyageur » « Que le mort revive par ta voix. Qui que tu sois, lis ces lignes ». .. vignette|Contrairement à ce dessin véhiculant une idée reçue, les animaux de travail empruntent les cheminements herbus latéraux et non la voie centrale pavée car leurs sabots supportent très mal un blocage de pierres..

Les voies romaines sont les voies du réseau routier construit par les Romains ou reprises et réaménagées par eux sur le réseau existant. Lié à la politique d' et à la mise en ordre administrative et économique des territoires progressivement conquis, ce réseau est une des gloires de la civilisation romaine qui porte son attention à la logistique et innove dans le génie civil, lui permettant de parcourir plus rapidement qu'avant l'ensemble de l'Empire à partir de l'Urbs, Rome.

Elles reliaient entre elles les cités de tous les points de l'Italie puis de l'Empire avec les centres de décision politiques ou économiques. Elles permettaient des déplacements plutôt aisés pour l'époque, que ce soit pour l'usage des troupes en campagne, les fonctionnaires impériaux, les courriers, les commerçants et les marchands, les voyageurs et les pèlerins. Elles permirent l'expansion économique de l'Empire puis sa fin en facilitant les grandes invasions.

Par ailleurs, Voie romaine peut être une partie d'un odonyme, c'est-à-dire, un indicateur du type de voie suivi d'un nom propre.

vignette|Une voie romaine à Tall Aqibrin à côté d'Alep en Syrie. Premières voies stratégiques

Jusque dans les années -400, les Romains utilisent des pistes pour se déplacer de Rome vers les cités environnantes. Le raid des Gaulois de Brennus, qui aboutit au sac de Rome en -390, est le premier révélateur de l'inefficacité du système défensif de Rome, due principalement à la lenteur de progression des troupes sur les chemins de l'époque. La nécessité d'une meilleure défense alliée à une volonté d'expansion et d'hégémonie sur l'Italie conduit une République romaine encore fragile et menacée de l'extérieur à mettre en place un réseau de solides routes empierrées et de relais, mieux adapté à ses besoins. Ces axes permettent des transferts prompts des troupes. La vitesse de déplacement d'une légion est ainsi améliorée, atteignant entre 3 et en moyenne, mais le transport des impedimenta (cargaison collective) et de la sarcina (paquetage comprenant les vivres et les armes) ne leur permet de parcourir que trente kilomètres par jour à marche forcée.

Une des premières grandes voiesLa Voie Latine est construite vingt ans plus tôt. est tracée en -312 par Appius Claudius Caecus pour relier Rome à Capoue : il s'agit de la via Appia, la voie Appienne. À la fin de la République, l'ensemble du territoire de la péninsule italienne est pourvu de ces grands axes, chaque route portant le nom du consul qui l'a établie. Ces voies ne sont pavées ou dallées qu'exceptionnellement : pour des raisons de prestigeElles ont également l'avantage de produire beaucoup moins de poussière et d'être plus facile à nettoyer., à l'intérieur des villes et à leurs abords immédiats (excepté la via Appia qui est progressivement pavée sur tout son parcours et la entièrement pavée dès sa construction) ; pour des raisons techniques : tronçons en milieu rural soumis à une forte érosion (ravinements en montagne), terrains trop meubles des bas-fonds et des terrains marécageux, carrefours soumis à un trafic important. Il semble que de la terre ait pu couvrir les pavés pour en atténuer l'inconfort. Ailleurs, en dehors des agglomérations, même les axes importants sont seulement empierrés. Des sables et granulats sont prélevés dans des carrières ouvertes à proximité.

L'expansion du réseau, un outil commercial et culturel

Au fur et à mesure de l'expansion de l'Empire, l'administration adapte le même schéma aux nouvelles provinces. À son apogée, le réseau routier romain principal atteint ainsi environ kilomètres. Les commerçants romains voient très vite l'intérêt de tels axes. À la différence des autres civilisations méditerranéennes qui ont fondé leur développement commercial surtout à partir de leurs ports, ils vont utiliser leur réseau routier en parallèle avec leur flottille commerciale. Cela favorise les échanges avec l'intérieur du continent et contribue à leur expansion commerciale. Des régions entières vont ainsi se spécialiser et commercer entre elles (vins et huile en Hispanie, céréales en Numidie, poteries et produits carnés (fumés, salés…) en Gaule, par exemple). Le transport terrestre des marchandises pondéreuses sur les voies romaines reste cependant bien inférieur au transport fluvio-maritime, plus rapide et moins cher.

Le commerce romain, intensif, tant maritimeLe transport par voie maritime est trente fois moins coûteux que par voie terrestre, et le transport par voie fluviale cinq fois moins, ce qui explique que le transport fluvio-maritime est privilégié, d'autant plus que l'Empire romain a mis en place de flottes de guerre permanentes pour en assurer la sécurité. Cf que terrestre, réalise une première mondialisation. Sans le réseau routier, cette mondialisation n'aurait pas dépassé les rivages de la Méditerranée. Ce réseau viaire permet également la diffusion de la civilisation romaine (droit romain, modèle urbain…)..

L'apogée du réseau ou la fin de l'Empire À partir du , le monde romain, bien à l'abri derrière le limes, sa frontière fortifiée, est peu à peu débordé par les peuples venus de l'Est : c'est le début des grandes invasions. Ostrogoths, Huns, Wisigoths vont ainsi se succéder sur un réseau routier d'une qualité exceptionnelle qui favorise la progression de ces groupes. La voie romaine, qui est l'une des clefs de l'expansion de l'Empire est aussi une de celles de sa chute.

La construction des voies romaines Élaboration du tracé vignette|Groma expérimentale. vignette|Pragmatiques, les Romains n'hésitent pas à réaliser le tracé d'un cheminement décaissé dans le rocher vif sur les pentes fortes. Construite sous l'empereur Claude, la voie par le col du Grand-Saint-Bernard est une artère reliant le nord et le sud des Alpes. Lorsque la décision de construction est prise, la délimitation du tracé est ensuite confiée à des arpenteurs, les agrimenseurs ou mensores. Ces arpenteurs utilisent quelques instruments éprouvés : la groma, ancêtre de l'actuelle équerre d'arpenteur est utilisée pour faciliter le tracé des angles droits. Elle est composée de quatre branches et pourvue de cinq fils à plomb qui permettaient de tracer des lignes perpendiculaires à partir d'un point central ; le chorobate, grande règle (près de ) rigide sur pied et creusée dans sa partie supérieure d'une rainure contenant de l'eau. Elle est utilisée pour le calcul de niveau, permettant de donner une pente régulière dans les zones en relief ; la dioptre, instrument composé d'un triangle muni d'un fil à plomb. Il sert pour le nivellement de la route.

D'une manière générale, dans les plaines et les plateaux sans grand relief, les voies romaines se caractérisent par une grande rectitude privilégiée par les ingénieurs romains, partisans de l'orthodromieUn autre argument qui a souvent été avancé pour expliquer la rectitude concerne l'attelage et à la charronnerie antique qui auraient été à essieux fixes et parallèles, moins maniables sur des routes sinueuses. Cette médiocre réputation n'est pas fondée : à l'époque romaine, l'essieu tournant avec la roue existe. L'utilisation d'un essieu fixe ou mobile est plus une question de qualité de la fabrication que d'évolution chronologique. Cf . Le tracé s'écarte de la plus courte distance d'un point à un autre quand il doit s'adapter à des contraintes réglementaires (droit des propriétés privées, la plupart des dignitaires étant aussi de grands propriétaires, souci de limiter les expropriations et l'éclatement du réseau des centuries), ou à des contraintes géographiques, suivant alors plus ou moins les courbes de niveau : évitement du relief accidenté, des bas-fonds (zones marécageuses, abords immédiats des cours d'eau). Lorsqu'il y a obligation de franchissement, la voie passe sur un gué (petits cours d'eau) ou sur un pont, de bois ou de pierre, dont il reste encore de magnifiques exemplaires encore empruntés par le réseau routier actuel. En zone de relief, elles empruntent un tracé à mi-pente, pour des raisons de commodité et de sécurité. Les voies s'élargissent dans les virages pour permettre aux chariots, dépourvus d'avant-train, de pivoter au mieux.