Augusto Calderón Sandino, né le à Niquinohomo (Nicaragua) et mort le à Managua, est un leader de la guérilla nicaraguayenne qui, de 1927 à 1934, lutta contre le gouvernement légal qui était alors appuyé par les marines américains. Il fut assassiné en 1934 par la Garde nationale commandée par le premier des Somoza, Anastasio Somoza García, sur ordre de l'ambassadeur américain Arthur Bliss Lane.

Biographie Jeunesse vignette|Maison natale de Sandino. thumb|Augusto Sandino (au centre) au cours d'un voyage au Mexique. Fils illégitime du propriétaire terrien Gregorio Sandino et de la paysanne métisse Margarita Calderón, Augusto Nicolás Sandino nait dans un petit village de Niquinohomo, au Nicaragua. Son père abandonne sa famille lorsque Sandino est encore en bas âge. Il doit apprendre très jeune à se débrouiller pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère. À neuf ans, tous deux sont emprisonnés, car ils ne réussissent pas à payer toutes les dettes qui se sont accumulées.

Deux ans plus tard, Margarita quitte le village avec son nouveau compagnon et Augusto Sandino est recueilli par son père. Il décide alors de se prendre en main et d'aller à l'écoleBrunk, Samuel (2006). «Heroes and hero cults in Latin America», p. 166.. Il va à l'école primaire mais travaille dès son jeune âge comme commerçant ou mécanicien.

À vingt-cinq ans, il se retrouve en conflit avec le frère de sa fiancée, qui l'accuse d'avoir séduit sa sœur. Sandino blesse son adversaire à la cuisse avec son revolver et doit fuir le Nicaragua pour ne pas être arrêtéCaroit et Soule (1981). «Nicaragua : le modèle sandiniste», p. 25.. Il travaillera au Guatemala pour la United Fruit Company, et à Tampico (Mexique) pour la Huasteca petroleum.

Les tensions entre le gouvernement mexicain et celui des États-Unis sur le contrôle des ressources pétrolières d'un côté, et la situation du Mexique encore révolutionnaire de l'autre lui font prendre conscience de la situation similaire dans laquelle se trouve son pays.

Après qu'Adolfo Díaz ait repris le pouvoir en 1909 avec l'aide des États-Unis, des contrats sont signés. Les Américains fournissent des forces maritimes au Nicaragua et en échange ils peuvent installer des industries d'agriculture nord-américaines sur les terres fertiles du pays. Cette invasion des étrangers ne plait pas à tout le monde, y compris à Augusto SandinoBarre, Marie-Chantal (2012). «Nicaragua», Encyclopédie Universalis http://www.universalis.fr/encyclopedie/nicaragua/ (Consulté le 15 octobre 2012).. Lorsqu'il désire devenir membre d'un syndicat, les membres ne le laissent pas prendre part aux décisions. Pour eux, un Nicaraguayen est un « vendepatrias » (vendeur de la patrie), c'est-à-dire quelqu'un qui est prêt à vendre père, mère et pays. Quelqu'un qui a une attitude traditionnelle inefficace en raison de la continuelle intromission des États-Unis dans les affaires du pays et de la soumission des dirigeants face à l'oppresseur.

Il est de retour au Nicaragua en . Il voit la situation précaire dans laquelle se trouvent les ouvriers et les paysans, surtout ceux qui travaillent pour les compagnies nord-américaines. Ils reçoivent par exemple, comme paie, des coupons de peu de valeur, échangeables seulement dans les magasins de la compagnie qui les emploie.

Il arrive dans un pays où s'organisait un petit mouvement nationaliste, et surtout anti-américain. Il s'unit au Parti libéral du général José María Moncada en . Il apporte USD $300 de ses économies pour acheter quelques fusils et armer 29 hommes qu’il parvint à rassembler par sa propagande sur ses intentions libérales. Il livre son premier combat en avec ses hommes. Le prenant par surprise, ils réussissent à repousser un groupe de deux cents soldats mal préparés et mal armés, dans le village d'El Jícaro.

Sandino et sa troupe passent alors par plusieurs villages, renforçant ainsi leur petite armée. Ils gagnent encore quelques combats, dont certains grâce à l'aide des villageois ou des Mosquitos. La troupe ne cesse de se multiplier, et contrairement aux autres groupes de combattants, tous les hommes s'engagent volontairement à suivre Sandino. Ils participent aux traditionnelles disputes entre libéraux et conservateurs pour le pouvoir.

Repoussant de plus en plus les troupes conservatrices, il s'empare en de la ville de Jinotega, une place forte du gouvernement dans le nord du pays. Ils sont alors plus de trois cents SandinistesBritannica . «Césars Augusto Sandino», http://www.britannica.com/EBchecked/topic/522150/Cesar-Augusto-Sandino (consulté le 19 novembre 2012).. Malgré son affiliation au parti libéral, Sandino se répudie parce que son mouvement occupe un large spectre de la société indigène et ouvrière nicaraguayenne, très distante de l'oligarchie capitaliste et notable. Les armes de son groupe armé étaient trop anciennes pour lutter contre les troupes conservatrices d'Adolfo Díaz, et, quand il demandait des armes aux libéraux de José María Moncada, celles-ci lui étaient refusées.

C'est dans ce contexte de conflits latents que le , 16 navires de guerre des États-Unis, sous le commandement de l'amiral Julian Latimer, arrivent au Nicaragua avec l'objectif de soutenir Adolfo Díaz. Celui-ci, lors de son discours de bienvenue aux troupes américaines, se lamente du retrait de ces mêmes troupes du sol nicaraguayen en 1925 : .

Ces paroles montrent la réalité du Nicaragua durant cette époque, une réalité à laquelle s'opposa en tout moment Augusto Calderón Sandino.

En , les libéraux, guidés par Moncada, remettent leurs armes au représentant des marines au Nicaragua (Henry L. Stimpson). Un accord qui supposait l'appui présidentiel définitif des États-Unis à l'exécutif conservateur, ainsi que la répartition des pouvoirs entre conservateurs et libéraux. Sandino voit, une fois de plus, comment les libéraux se positionnent plus pour les intérêts d'une petite oligarchie et abandonnent de nouveau le peuple nicaraguayen. Selon Sandino : (la misma bola de canallas). Sandino prend la décision ferme de continuer le combat et de . Il renvoie les pères de famille et les indécis, pour repartir avec ses trente hommes les plus fidèles. En ce mois de mai 1927, Sandino et sa petite troupe baptisée « Armée de Défense de la Souveraineté Nationale » vont à Jinotega dans le but de poursuivre la lutte. Là-bas, il écrit le fameux « manifeste de El Mineral » depuis San Albino, établissant les points de sa lutte : contre l'oligarchie créole, les envahisseurs américains et pour la défense des opprimés. Il dénonce également la trahison du chef Moncada et promet de continuer cette bataille jusqu'à ce que tous les envahisseurs quittent le pays. La guérilla de Sandino a commencé.

Entre-temps, il se marie avec Blanca Arauz, une jeune femme qui partage ses idées et partagera aussi son existence risquée.

La guérilla de Sandino Les débuts du général Sandino ne sont pas faciles. Il a peu d'hommes sous ses ordres, la majorité de ceux-ci sont mal équipés et peu préparés aux opérations militaires. Il se rallie de nouveau avec les Indiens pour former une armée de près de 600 hommes. Ils livrent alors combat contre les marines américains et les soldats du gouvernement, mais après quelques heures et plusieurs pertes, ils doivent battre en retraite à la suite de l'intervention de l'aviation américaine. Sandino réorganise ses forces et forme l'Armée de défense de la souveraineté nationale du NicaraguaLarousse.fr . «Nicaragua», http://www.larousse.fr/encyclopedie/pays/Nicaragua/135193 (consulté le 15 octobre 2012).. Il opte pour créer son quartier général dans le département de Nueva Segovia, et dans un lieu difficile d'accès, le Cerro Chipote ou Chipoton. », qui se situe sous une brume permanente qui les protège des forces aériennes. Il procède maintenant par des attaques isolées et remporte souvent la victoire. Il élabore aussi plusieurs autres tactiques. Il engage des gens pour faire du bruit près des lieux de combats, déstabilisant ainsi l'adversaire en leur faisant croire que des renforts arrivent. Il engage aussi des adolescents de 15 ans et moins pour lui fournir les renseignements sur les déplacements du camp adverse. Le Nicaragua devient un terrain difficile pour les marines. La troupe de Sandino abat pour la première fois un avion américain le Caroit et Soule (1981). «Nicaragua : le modèle sandiniste», p. 26.

Les ouvriers et les paysans, dont la pauvreté est entretenue par l’économie d’agriculture rentière et de plantations, constituent la principale base sociale de la rébellion. Sandino se déclare libéral mais combat, outre l'occupation américaine, l’élite libérale-conservatrice, qu’il définit comme oppressive, exploiteuse, raciste et prête à vendre le Nicaragua. .

Depuis Las Segovias, Sandino commence un travail d'information au sujet de son œuvre, à travers l'élaboration de toute une série de manifestes. Dans tous, il justifie sa lutte contre l'oppresseur yankee et demande l'union du monde latino-américain pour faire front commun contre les États-Unis. Il critique aussi sans cesse les représentants gouvernementaux de Managua qui acceptent et favorisent la présence de marines américains sur le sol nicaraguayen. La réalité d'une guérilla provoque la peur de la bourgeoisie, laquelle n'hésite pas à offrir des charges au Général des Hommes Libres pour qu'il abandonne sa lutte, ce qu'il refuse.

Le malaise oblige Moncada à envoyer des troupes à Jinotega. Des troupes US se joignent à elles. Ils occupent une partie du territoire national, ce qui oblige Sandino à se retirer dans les montagnes de cette zone. C'est durant les mois qui suivent qu'a lieu le plus intense travail de préparation de ses forces et la réalisation de manifestes.

Critiques aux États-Unis de l'intervention au Nicaragua En , les Américains réussissent à localiser Las Segovias. Le quartier général est alors soumis à un bombardement qui dure plusieurs semaines. Dans une nuit sans lune, l'armée sandiniste réussit à quitter Las Segovias par de nouveaux sentiers en faisant diversion avec des mannequins de chiffons. Les États-Unis fulminent, ils veulent la tête de Sandino et celui-ci ne fait rien pour calmer leur fureur. Il commence à s'attaquer à leurs mines d'orZylberberg, Jacques, (1983). «Mythologie et science politique : Le cas du Nicaragua», Études internationales, vol. 14, n°4, p. 833. Dans une action barbare, les marines mitraillent la population . Ceci provoquera les premières divisions au Congrès et au Sénat des États-Unis. Des critiques au sujet de l'action extérieure des États-Unis en Amérique latine : (Discours de H. H. Knowles, ex-ministre des États-Unis au Nicaragua). Ce qui importait aux États-Unis était la protection d'un canal interocéanique non encore construit. Ils n'obtiennent pas la réaction attendue par ces attaques. Les survivants des bombardements vont même se joindre au rang des sandinistes. En 1928, Sandino connait un vrai début de victoire : les Américains font un premier pas en arrière et décident de ne plus engager de marines pour les combats et de limiter leur rôle en tant que « conseillers techniques »Caroit et Soule (1981). «Nicaragua : le modèle sandiniste», p. 27-28.

La configuration de la guérilla Les troupes de Sandino se préparaient à subir des échecs car les marines étaient une troupe d'élite. Mais ces troupes attaquaient n'importe quelle ferme sous prétexte que cela pouvait être un repaire de guérilleros. À la longue, cette persécution s'avéra la meilleure alliée de la cause sandiniste. Cette cause n'était pas de vaincre les États-Unis, mais de faire partir leurs troupes de son pays.

Très rapidement, Sandino s'est rendu compte qu'il ne pouvait pas affronter les marines face à face. Depuis le mois de septembre 1927 il commence une tactique de guérilla: embuscades et retraites immédiates, choix du terrain, effets de surprise. Les troupes sandinistes comptaient combattants (dont plusieurs étrangers), en face il y avait marines.