Lassassinat d', roi de Yougoslavie, a eu lieu le , à Marseille, au début d'un voyage officiel en France. Peu après son débarquement au Vieux-Port et alors qu'il remonte en cortège automobile vers la préfecture, le roi est tué par les tirs d'un nationaliste membre de l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne, Vlado Tchernozemski (alias Velitchko Dimitrov Kerin), qui aurait agi pour le compte des Oustachis (nationalistes croates). La fusillade consécutive avec la police coûte également la vie à Louis Barthou, le ministre français des Affaires étrangères, victime d'une balle perdue. Dix-neuf personnes sont blessées : dix dans le cortège, dont le général Georges sérieusement, et neuf parmi la foule venue voir le roi, dont quatre le sont mortellement. L’assassin auteur du régicide meurt de ses blessures le lendemain.

Visite du roi Les raisons de la visite du roi Répondant à une invitation officielle de Paris, cette visite avait pour but de renforcer l'amitié entre la France et le royaume de Yougoslavie face à la montée en puissance de l'Allemagne hitlérienne. et de l'Italie mussolinienne qui créaient un état permanent de tension, source de nouveaux conflits potentiels.

La Yougoslavie avait déjà dû faire face aux visées expansionnistes de l'Italie sur la zone nord de ses frontières. De son côté, Louis Barthou, le ministre français des Affaires étrangères, espérait, par une chaîne d'accords entourant les deux États totalitaires, empêcher le rapprochement de l'Italie et de l'Allemagne.

État d'esprit des Oustachis Depuis l’exil d'Ante Pavelić en 1929, provoqué par la dissolution du Parlement et la suspension de la Constitution par le roi Alexandre répondant à l'assassinat, en pleine assemblée, de Stjepan Radić par Puniša Račić, le mouvement des Oustachis devint de plus en plus radical. Pavelić signa une convention avec l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne, ce qui lui valut une condamnation à mort par contumace pour atteinte à la sureté de l’État.

Au cours des derniers mois avant l'attentat, une propagande de plus en plus violente de la part des Oustachis et de leurs sympathisants fut publiée, appelant au terrorisme, certains articles de presse étant même des appels directs au régicide, tels qu'une résolution par l'Union centrale croate de Seraing du , rendue publique le 16.

Le , la Nezavisna Hrvatska Drzava publia un article appelant les Oustachis à détruire .

Un autre texte, publié le , englobe encore plus de personnes dans la liste des personnes à éliminer, appelant, en plus du roi Alexandre, à la mort de Louis Barthou, Nicolae Titulescu et Edvard Beneš. Les consuls roumain et tchécoslovaque avertissent leurs capitales.

Organisation du voyage thumb|Le roi . Le gouvernement français dépêche deux de ses ministres les plus importants à Marseille pour accueillir le roi : le ministre des Affaires étrangères, Louis Barthou, et le ministre de la Marine, François Piétri. La réception est organisée depuis Paris par le contrôleur général Sisteron, qui détient les pleins pouvoirs, épaulé par le directeur de la Sûreté nationale, Jean Berthoin.

Pour assurer la protection du souverain, de la paix, plusieurs compagnies de gendarmes à pied et en civil sont envoyés à Marseille. La police a aussi placé sous contrôle deux cents ressortissants d’Europe centrale et en a arrêté une vingtaine d’autres, ceux jugés les plus dangereux. Le roi a en effet échappé à un attentat meurtrier en Yougoslavie quelques mois auparavant et les organisations révolutionnaires se montrent de plus en plus menaçantes à l'égard du souverain. Quelques jours avant la visite, le bruit court même dans le port de Marseille qu'un attentat se prépare. Le général Béthouart, conseiller militaire en Yougoslavie, persuadé qu’un attentat se préparait sur le sol français contre , a d'ailleurs alerté les autorités à ce sujet.

Pour se rendre du Vieux-Port, où il va débarquer, jusqu'à l'hôtel de préfecture où le roi doit participer à un goûter organisé par l'épouse du préfet, Jouhannaud, les organisateurs ont prévu un large périple à travers la ville : Canebière, rue Saint-Ferréol, rue Armény, cours Pierre-Puget, Corderie, dépôt de gerbe aux monuments consacrés aux morts d'Orient, corniche et enfin retour vers la préfecture par les deux branches du Prado et la rue de Rome. Une foule importante se presse pour voir le souverain. La Canebière et la rue Saint-Ferréol, trajet que doit emprunter le cortège officiel, sont noires de monde.

Le roi doit se rendre le soir même à la gare Saint-Charles où l'attend un train spécial pour l'amener dans la nuit à Paris. Il doit y rencontrer le Président du Conseil, Gaston Doumergue, ainsi que le Président de la République, Albert Lebrun.

Départ de Yougoslavie Le roi s'embarque à Zelenika, un petit port du Monténégro, le , à bord du destroyer . La reine Marie de Roumanie, souffrant d'une lithiase biliaire, craint que le mal de mer ne déclenche une nouvelle crise. Au dernier moment, elle décide de gagner la France par le train. Au moment de l'appareillage, le chargé d'affaires français en Yougoslavie, M. Knobel, monte à bord pour souhaiter une bonne mer au roi et lui déclare : « Vous allez trouver en France quarante millions d'amis ! ». Le roi répliqua : « Et peut-être aussi quelques-uns de mes ennemis les plus acharnés ! ».

Lorsque le Dubrovnik franchît les Bouches de Bonifacio, une escadre française l'escorte jusqu'à Marseille.

Arrivée à Marseille thumb|Louis Barthou, ministre français des Affaires étrangères. Le mardi , à seize heures, les navires d'escorte du Dubrovnik, le Colbert et le Duquesne, entrent dans le port en tirant plusieurs salves d'honneur tandis que les cloches de la ville, dominées par le bourdon de Notre-Dame-de-la-Garde, se mettent à sonner.

Une vedette blanche, avec à son bord le ministre de la Marine, François Piétri, accompagné du consul général de Yougoslavie, gagne le destroyer yougoslave. Le consul, inquiet pour la sécurité du roi et trouvant le programme marseillais trop chargé, tente de décourager le roi de descendre à terre. Mais le roi reste intraitable, déclarant :

La délégation, menée par le roi et le ministre yougoslave des Affaires étrangères, , embarque à bord de la vedette royale, qui accoste au quai des Belges, au fond du Vieux-Port de Marseille.

Le roi porte l'uniforme d'amiral de la marine yougoslave, barré du ruban rouge de la Légion d'honneur, une épée à garde d'or et un bicorne à aigrettes blanches. Il avait refusé de porter son gilet pare-balles en acier sous l'uniforme, arguant que celui-ci gênait ses mouvements.

Sur le quai, Louis Barthou les attend en compagnie de la délégation française composée du vice-amiral Charles Alain Marie Berthelot et du général Georges, chargé d'accompagner le souverain durant son séjour sur le territoire français. Un peu à l'écart se tient une délégation d'anciens combattants. Après avoir débarqué, la délégation écoute la musique militaire de l' puis de La Marseillaise.

Assassinat thumb|Film d' sur l'assassinat. Départ du cortège

Pour le départ vers la préfecture, les autorités organisatrices ont décidé de placer le roi dans une Delage DM noire, immatriculée , découverte et sans protection, le toit abaissé au-dessus des sièges arrière. La voiture reste immobilisée de longues minutes, probablement pour permettre aux photographes et aux cadreurs de prendre quelques plans supplémentaires. Les images tournées à ce moment-là pour les actualités montrent l'expression préoccupée du roi.

Le roi s'assied à droite, Louis Barthou à gauche, et le général Georges s'installe dos à la marche, sur le strapontin. La voiture est conduite par le chauffeur Paul Foissac.

La route est ouverte par une voiture de police dans laquelle ont pris place le directeur de la Sûreté nationale Jean Berthoin et le contrôleur général Sisteron. Les deux hommes contrôlent ainsi au plus près la sécurité du roi. Elle est suivie d'un peloton de dix-huit gardes mobiles à cheval, en grande tenue. Vient ensuite la voiture royale, escortée par un rempart symbolique de deux officiers à cheval, le lieutenant-colonel Piollet, du à droite, et le commandant Vigouroux de la Garde mobile à gauche. Le convoi officiel est fermé par un peloton d'agents cyclistes. Cette disposition a été décidée par les autorités pour permettre aux curieux de voir le roi. La préoccupation essentielle de la France est de faire de ce voyage un succès. Par conséquent, seuls ces deux cavaliers protègent les flancs de la voiture.

À la vitesse de huit kilomètres à l’heure, le convoi s'engage sur la Canebière où la foule déborde des trottoirs, mal contenue par un service d'ordre défaillant. Les autorités ont prévu de placer un agent tous les deux mètres, mais c'est seulement tous les cinq mètres qu'ils sont finalement disposés.

Seize heures quinze

thumb|Vlado Tchernozemski, l'assassin du roi. À précises, le cortège passe devant la Chambre de commerce, le palais de la Bourse. Le petit kiosque des services de police qui s'élève face au palais, dans un coin du square Puget (maintenant place du Général-de-Gaulle), sert de piédestal aux curieux juchés sur son toit. Appuyé au mur de ce poste, Vlado Tchernozemski attend. Contrairement à ce qui est souvent écrit, Vlado Tchernozemski n'était pas membre de l'association terroriste des Oustachis () et n'avait aucun lien de parenté avec la Croatie ; c'était un nationaliste bulgare, membre de l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne.

Tchernozemski s'élance quand la voiture royale passe à sa hauteur. De forte corpulence, il court sur la chaussée vers la voiture royale tout en criant : . Le lieutenant-colonel Piollet, surpris, prend l'intrus pour un photographe. Au moment même où le militaire fait virevolter son cheval pour le chasser, le général Georges, tête baissée, note la direction que prenait le convoi. Il ne voit donc pas l'homme bondir sur le marchepied de la voiture. De la main gauche, Tchernozemski s'agrippe au montant de la portière tandis que de la droite, il sort de sa ceinture un pistolet automatique, un Mauser Schnellfeuer de calibre 7.63 avec un chargeur garni de dix balles, acheté à Trieste quelques jours avant. Cachée sur lui, il portait une deuxième arme, un Walther de calibre 7.65, dont il ne se servit pas. Il ouvre le feu, tirant en rafale sur le roi qui s'affaisse sur la droite du coupé, grièvement blessé à la poitrine.

Tchernozemski continue à tirer : le général Alphonse Georges est à son tour atteint par deux balles alors qu'il tente de s'interposer. Le lieutenant-colonel Piollet, ayant enfin réussi à faire tourner sa monture, frappe l'agresseur avec son sabre. Foissac, de son côté, après avoir arrêté la voiture, saisit l'homme par son veston, tentant, tant bien que mal, de le maintenir. Mais rien ne semble pouvoir arrêter l'assassin qui abat un agent qui accourait.

De partout, la police, la troupe, les membres du cortège se précipitent dans un désordre indescriptible. On aperçoit, courant dans la mêlée, le ministre .

Le service d'ordre ouvre alors le feu dans tous les sens, de la manière la plus désordonnée qui soit, transformant le désordre en panique. La foule reflue pour se mettre à l’abri de la fusillade. Des corps tombent. Une femme est mortellement blessée, de même que Louis Barthou. D'autres personnes sont moins gravement atteintes. Le lieutenant-colonel Piollet tente de faire revenir l'ordre.

Assommé, criblé de balles, plusieurs fois sabré, piétiné, Vlado Tchernozemski s'écroule sans connaissance. Il est immédiatement traîné, agonisant, dans le petit poste de police du square de la Bourse avant d'être transféré dans les locaux de la Sûreté où il meurt vers 19 heures.

Le ministre Jevitch saute dans la Delage. Il dégrafe l'uniforme du roi pour tenter d’évaluer la gravité des blessures, découvrant sa poitrine ensanglantée.