L’ancien pont de Poissy, aussi dénommé le pont ancien de Poissy, est un pont voûté en maçonnerie qui franchissait autrefois le bras principal de la Seine sur une longueur de quatre cents mètres et s'étendait sur près d'un kilomètre entre Poissy et Carrières-sous-Poissy dans le département des Yvelines en France. Ce pont, dont il ne reste que six arches visibles, est situé à en aval du nouveau pont de Poissy et en amont du pont de l'île de Migneaux. Il fut une voie de communication commerciale importante dans la région dès le Moyen Âge (avec le vieux pont de Limay et le pont aux Perches) en raison du passage du bétail provenant du Vexin et de Normandie allant au marché aux bestiaux de Poissy par la route de Rouen, de l'activité portuaire alentour, de pêcherie et de meunerie sur ses arches. Il demeura un emplacement stratégique pendant les guerres jusqu’à sa destruction en 1944. Il fait l'objet d'un projet de construction d'une passerelle sur ses vestiges à l'horizon 2024.

Historique Le pont depuis ses origines au Les origines incertaines du pont Jusqu'à la fin du , les origines du pont sont restées incertaines et confuses. Pour Octave Eugène Noël, « Le pont de Poissy semble remonter à l'époque carolingienne ». Georges Darney estime que c'est saint Louis qui « fit construire le pont et entourer la ville de murailles ». Pour Edmond Bories, « le pont de Poissy fut construit sur un ancien pont romain » et pour Raymond Labarraque « Le pont primitif, [...], semble avoir été partiellement édifié en bois »Narcisse Noël, Poissy et son Histoire, 148.. Pour Henri Parguez, le « pont n'est ni romain, ni gallo-romain, ni carolingien [...] malgré les quelques armes et monnaies retrouvées dans ses fondations »Narcisse Noël, Poissy et son Histoire, 149., l'épée n'étant pas trouvée dans les fondations du pont mais dans le lit de la Seine en 1849 lors de dragages nécessaires à la construction de l'arche marinière. Cette épée à languette remonte d'ailleurs à ans avant notre èreNarcisse Noël, Poissy et son Histoire, 8.. D'après les archives des chanoines de Poissy, « Le pont n'existait pas en 1061, date de la fondation et de la dotation de notre église... La traversée de la Seine, se faisait au moyen d'un bac et quand le pont fut construit, les possesseurs du bac en conservèrent la jouissance ».

Néanmoins, Thibaut de Marly évoque l’existence d’un pont en bois en 1162 dans l’acte de fondation du prieuré Saint-Blaise.. Il y décrit aussi ses possessions comme « les garennes de Triel qui s'étendent jusqu'au pont de Poissy »Narcisse Noël, Poissy et son Histoire, 150.. Deux autres documents viennent confirmer l'existence du pont. Le premier, daté de 1209, déclare que le maire de Poissy et les pairs de la commune accordent à Bernard Lequeux – et à ses héritiers –, concierge du château du roi Philippe-Auguste à Poissy, la jouissance de l'arche entre la grande arche et ses trois moulins précédemment construits contre douze deniers payables à la commune le jour de la Saint-Rémy. Le second, daté de 1213, lui accorde le droit d'établir une pêcherie sous l'arche maîtresse du pont à condition qu'elle ne gêne pas le passage des bateaux. Le bail dura jusqu'en 1230 et permet d'affirmer que le pont était en pierre vers 1200.

Au , une autre méprise sévit : le pont de Poissy est confondu avec le pont de Pitres. Les historiens de l'époque font intervenir Charles le Chauve qui, pour contrer les Normands, avait installé une forteresse en pierre et en bois. Il se peut, cependant, qu'un ou plusieurs ponts aient existé avant 1061Narcisse Noël, Poissy et son Histoire, 151..

Le pont à partir du

L'existence de ce pont et d'un port fluvial ont entraîné la création d'un hameau à proximité, dit le Petit Bourg ou le Bourget, et a conditionné l'axe des principales voies de Poissy telles que l'actuelle rue du Général-de-Gaulle et la rue du Cep dans son tracé initial ainsi que la rue de la Reine-Blanche prolongée par la route départementale 190 à Carrières-sous-Poissy.

En 1221, Philippe Auguste accorde à la ville le statut de commune affranchie, ce qui permet la construction de murailles, dont l'une des sept entrées s'ouvrait à la porte du PontSophie Cueille, Poissy, cité d'Art, d'Histoire et d'Industrie, 7.. Le pont est fortifié et sert de péage routier et maritime. Des moulins étaient installés sur des pilotis. Le pont compte alors trente sept arches d’où les pêcheurs installaient, la nuit, des filets.

Les pêcheries vignette|Goudronneurs calfatant des barques au bord de la Seine, le , photographié par le comte Henry de Lestrange. Dans la châtellenie de Poissy, le droit de pêche était la propriété du roi du Pecq à Triel ; il en accordait la jouissance à ses privilégiés. Les arches du pont portaient chacune un nom : Brise-Jonc, Gabet, Grandet, Dominique, Petit Moulin, Rode, la Marie et, pour l'arche marinière, la Maîtresse. Le passage des bateaux était permis le jour au lever du soleil ; la nuit étaient installés des filetsNarcisse Noël, Poissy et son Histoire, 154.. En 1213, Bernard Lequeux a l'autorisation d'installer ses filets sous « la Maîtresse ». En 1344, l'arche appartient à deux propriétaires. L'un d'entre eux échange sa part contre une maison qu'il habitait à Paris et qui appartenait aux religieuses de Poissy ; l'autre part est acquise par les religieuses grâce au don de plusieurs personnes. En 1344, les chanoines de la collégiale Notre-Dame demandent « la cinquième partie de la moitié des pêcheries de dessous l'arche maîtresse » que les religieuses n'ont pas payées depuis neuf ans. Mais celles-ci ayant réparé l'arche, les chanoines renoncent à leur part et vendent leurs droits pour 43 livres tournois. Sous cette arche était planté un pieu lorsque les eaux étaient trop hautes ou trop basses, afin qu'aucun bateau ne soit bloqué en dessous. Les fruits des pêcheries suscitaient des convoitises. En 1376, une enquête révéla que deux pêcheurs, de leurs aveux, avaient pris, pour la somme de dix livres, des poissons sous l'arche des religieusesNarcisse Noël, Poissy et son Histoire, 155..

Outre les filets tendus sous les arches du pont, la pêche à l'épervier se pratiquait. Ainsi en 1444, une fosse dite « la fosse aux gardons » se trouvait en aval du pont. Une autre fosse en amont du pont près de l'île Saint-Louis, et qui concurrençait donc les pêcheries des religieuses, fut bouchée sur leur demande par le prévôtNarcisse Noël, Poissy et son Histoire, 156..

Un maître pêcheur fournissait en poissons un marchand de Paris pour dix sols tournois les cent anguilles, en 1543. À partir de 1572, des clercs d'eau contrôlent la pêche ainsi que le paiement du droit de passage par les bateauxEdmond Bories, Histoire de la ville de Poissy, 132.. En effet, un marinier avait voulu, durant la nuit, passer sous l'arche maîtresse et s'était retrouvé capturé dans les filets tout en les détériorant. Il dut payer une amende et passa par les geôles de la prévôté.

En 1647, le droit de pêche en dessous du pont de Poissy à Carrières-sous-Poissy est loué à ; les pêcheurs devaient s'acquitter annuellement d'une redevance de 75 livres. En 1658, le pont, alors très endommagé, est en partie reconstruit par qui obtient, pour lui et ses successeurs, la perception des droits de péage et de passage par lettre du Roi, et ce pendant 29 ans selon l'avis du trésorier et l'arrêt du trésorierEdmond Bories, Histoire de la ville de Poissy, 133.. Deux ans plus tard, le revenu de la pêche s'élève à livres dont la moitié lui revientEdmond Bories, Histoire de la ville de Poissy, 134..

En 1790, il ne reste plus que 27 pêcheurs professionnels principalement des Dallemagne et des Prieur.

La batellerie Le courant du fleuve était fort en amont du pont puis se compliquait avec des remous en aval ; le passage des bateaux était délicat et se faisait avec l'aide du Maître du pont et une équipe d'environ vingt bateliers. Tous les bateaux attendaient sur la rive droite avec un écart réglementé par des poteaux. Sous l'arche maîtresse se trouvaient des anneaux scellés aux piles ; un cabestan était planté sur le port du Bourget d'en-Haut. L'îlot Blanc (ancienne île aux Dames, île du Trait et île de la Marchandise) permettait le halage des bateaux allant à contre-courant.

Le premier passage s'effectuait au lever du soleil, le dernier à l'aube. Pour les bateaux désirant remonter le fleuve, l'attelage situé sur la rive droite donnait de la vitesse puis était lâché et remplacé par l'attelage de l'île aux Dames. Le bateau situé au centre du fleuve était une nouvelle fois tiré avec force par les chevaux le long de l'île puis lâché ; enfin arrivait une flotte avec le Maître du pont et huit avirons qui conduisaient le bateau ainsi remorqué sous l'arche marinière, amarré à l'anneau de tête. La flotte poursuivait sa route vers le port situé en amont rive gauche pour attacher la corde qui la reliait aux bateaux, au cabestan. Une fois cela fait, le bateau était démarré de l'anneau puis halé par les hommes. Un attelage reprenait les bateaux sur la rive gauche en direction de Paris. D'après l'abbé Delagrive en 1732 avant que le cabestan ne soit installéNarcisse Noël, Poissy et son Histoire, 163.Narcisse Noël, Poissy et son Histoire, 164..

Les moulins vignette|Les moulins sur l'ancien pont au . Vue depuis la rive droite. vignette|Moulin de la Reine Blanche sur l'arche 12 dessiné en 1901. vignette|Les moulins de Poissy sur l'ancien pont vu depuis l'aval au par Auguste Chapon. Henri Leclerc dit Poupart, barbier et valet de chambre du roi, est propriétaire d'un moulin sur le pont de Poissy en 1373 ; le 21 mai de la même année il le vend cent vingt livres au roi Charles V. Le moulin en question n'est pas connu, mais il ne peut pas s'agir de l'arche 14. Les moulins de l'arche 11 et 14 apportaient une rente de 1450 livres au prieuré Saint-Louis de Poissy ; les pêcheries situées en dessous apportaient 500 livres.

Arche 11 Le premier moulin en sortant de Poissy était celui de Bernard Lequeux, bâti en 1209. Il est cédé à l'Hôtel-Dieu en 1227. En 1300, le prieuré Saint-Louis-de-Poissy en devient propriétaire. Les dominicaines ont la charge d'assurer à perpétuité le moulturage nécessaire au chapelain de la maladrerie ainsi qu'à l'Hôtel-Dieu. Il prend le nom de Grand Moulin des Dames. La guerre de Cent Ans cause sa destruction en 1360. Il sera reconstruit six ans plus tard. Les dominicaines cessent le moulturage pour l'Hôtel-Dieu en 1730. Pour compenser, elles payent une redevance annuelle de douze livres ; elles louent le moulin à une personne nommé Souhard. Le , le moulin devient un bien national puis il est vendu au locataire francs. En 1844, le moulin perd son ancien nom et devient le moulin Nicquevert du nom de son propriétaire. Celui-ci perfectionna le mécanisme puis le loua en 1846Narcisse Noël, Poissy et son Histoire, 157..

Arche 12 Le moulin de l'arche 12 appartenait à l'abbaye de Joyenval. Saint Louis confirme la donation en 1230 ; il est appelé Petit Moulin de Joyenval. En 1791, le meunier Leclerc, dernier locataire de ce moulin, est accusé à tort d'accaparement ; il manqua d'être pendu. Comme le Moulin des Dames, il est vendu le . Le propriétaire de 1850 fait ravaler la façade et fait peindre en lettres gothiques « Petit Moulin de la Reine Blanche. 1230. Rebâti en 1850 ». Cette inscription donna lieu a une légende selon laquelle la Reine Blanche, gênée par le tic-tac du moulin construit rue de la Tannerie, proposa aux meuniers de le lui céder, pour le démolir, et leur offrit en échange celui du pont. Une image populaire montre aussi saint Louis, petit, jouant avec la fille du meunier et la félicitant pour son habileté à faire des galettes de fleurs de farinesNarcisse Noël, Poissy et son Histoire, 158..

Arche 14