LOffice des comités sociaux est un organisme mi-privé, mi-public lié au régime de Vichy, chargé de promouvoir durant l'occupation de la France la constitution des comités sociaux d'entreprise, voulus par la Charte du travail de 1941.
Formation en 1941
L'OCS est fondé au lendemain du discours du maréchal Pétain à Saint-Étienne () : Pétain annonçait la création de « comités sociaux où, patrons, techniciens et ouvriers rechercheront ensemble les solutions des problèmes actuels dans une commune volonté de justice, dans le souci constant d’apaiser par l’entraide les misères et les angoisses de l’heure ». Le maréchal morigénait les patrons : « Patrons, parmi vous, beaucoup ont une part de responsabilité dans la lutte des classes. Votre égoïsme et votre incompréhension de la condition prolétarienne ont été trop souvent les meilleurs auxiliaires du communisme. Je ne vous demande pas de renoncer à tirer de vos entreprises le bénéfice légitime de vos activités, mais je vous demande d’être les premiers à comprendre vos devoirs d’hommes et de Français ». Ce discours préfigure la Charte du travail annoncée depuis 1940 et présentée en .
En réponse à ce discours, quelques militants du corporatisme mirent au point l'OCS en 1941 : un industriel du textile de Reims, Jacques Warnier, et André Voisin, futur animateur de La Fédération après la guerre. Voisin fut le premier directeur de l’OCS, mais il fut « éliminé à la suite de tensions internes et de problèmes de personnes » en Maurice Cliquet (ancien de la JOC puis du comité Jeunesses nouvelles au début de l’Occupation, ami de Voisin, avec qui il collabora au périodique La Justice sociale en 1939, il participa aux réunions préparatoires de l’OCS et devint responsable de la section de jeunes jusqu’à sa démission de l’OCS en février 1944), Sillons: 50 ans d'action pour la justice sociale, Éditions Témoignage chrétien, 1984, . Cf. aussi le témoignage de Jean Queval (ami de Voisin, ancien de La Justice sociale, de l'OCS et de l'Institut d'études corporatives et sociales), Communauté d’entreprise, Fayard, 1943, pour qui « les deux têtes les plus marquantes » de l'OCS à sa fondation étaient Voisin et Warnier (Lire le début du livre en ligne). . Warnier est un industriel catholique militant pour le corporatisme chrétien depuis les années 1930, qui se situe dans la mouvance royaliste du « comte de Paris » (Henri d'Orléans). Il était alors en relations avec des militants du corporatisme comme André Voisin, rédacteur en chef du bi-hebdomadaire La justice sociale, « organe de doctrine et d’action corporatistes », auquel il collabora, et ancien du Courrier royal et de la revue de « la Jeune Droite » L’Insurgé. Voisin milita comme Warnier aux Métiers françaisL'Express du Midi, juillet 1937, "Le congrès corporatif des Métiers français", initiés par le « comte de Paris »La Revue hebdomadaire, 12 décembre 1936, André Voisin, "Le mouvement Métiers français". Cf. Bruno Goyet, Henri d’Orléans, comte de Paris (1908-1999) : le prince impossible, Odile Jacob, 2001 , dont Voisin a été un temps le secrétaire. Selon Warnier, les comités sociaux sont Informations générales, 29 septembre 1942.
Juridiquement, l’OCS est à l’origine une association de droit privé, constituée selon la loi de 1901, et appelée le Centre d’informations des comités sociaux, née le et agréée à cette date par l’ÉtatVictor Louis Chaigneau, Histoire de l'organisation professionnelle en France: la Loi du 4 octobre 1941, R. Pichon et R. Durand-Auzias, 1945, , Archives nationales, Charte du travail. Présentation de l'office des comités sociaux. Il devient le l’Office des comités sociaux (OCS), association privée régie par la loi de 1901, sise à Tarare (Rhône), au domicile d'un autre patron du textile également partisan du corporatisme, Marcel DoligezMarcel Auguste Joseph Doligez (1891-1979), ingénieur civil des mines et de l'école supérieure d'électricité, membre de la Société de physique (janvier 1932) est chevalier en 1915 puis officier de la Légion d'honneur en 1919 à titre militaire (à la suite de sa conduite durant la Première Guerre mondiale comme lieutenant de réserve puis capitaine en 1916 de chasseurs alpins, sept fois cité et plusieurs fois blessé : Journal officiel, 17 septembre 1915, Journal officiel, 18 juillet 1916, Ibid., 15 juillet 1917, Ibid., 20 décembre 1918, Ibid., 11 janvier 1919, Ibid., 16 janvier 1919). Il a épousé en 1920 Aline Champier, fille d'Adolphe dit Hippolyte fils Roche-Champier. Avec son beau-père, héritier de la Maison Champier fondée en 1884 par Hippolyte Champier, et Jean Claudius Champier, il a fondé à Tarare en 1923 la SA Ets H. Champier, au capital à l'origine d'un million de francs, une firme de blanchiment, d’apprêt et de teinture, et la SA Blanchiment et apprêts de Tarare ( BAT ): Le Salut public, 21 novembre 1923, Éléments de biographie. Il est désigné par Vichy en 1943 membre de la Chambre de commerce de Tarare (Journal officiel, 25 novembre 1943). Après la guerre, Doligez dirige toujours les Ets Champier et la BAT, qui lance une activité de matières plastiques, créant un revêtement de sol sous la marque Taraflex, rachetée par Gerflor en 1978 (ou 1983): Tarare et son pays, 2012, "Robert Michon, inventeur du Taraflex, donne son nom au boulevard Garibaldi", le-pays.fr, 26 août 2014, "Robert Michon, une vie en sol majeur". Les Ets Champier deviennent la teinturerie de la Turdine. : il anime la corporation du textile de Tarare, fondée en 1939.Les expériences corporatistes menées à Reims par Warnier et à Tarare par Doligez sont décrites dans l’ouvrage anticommuniste du docteur Bernard Lefèvre (militant nationaliste et antigaulliste emprisonné à la prison de la Santé d’août à octobre 1960), L’Occident en péril, NEL, 1961, . Cf. aussi Notre province, , octobre 1942 : Doligez présente la Corporation de Tarare dans un exposé sur le corporatisme lors de la troisième Université Jeune-France à Aix-les-Bains en 1942. Et aussi: Conférence de Marcel Doligez en 1950 sur la corporation du textile de Tarare, qui a créé à partir de une commission mixte comprenant des patrons, des employés et des ouvriersLe Cri du peuple, 28 octobre 1941. Il se flatte d'avoir fondé dès 1939 un comité paritaire géré par des représentants des patrons, des ouvriers et des employés, et témoignage d'une , capable de vaincre le marxismeJe Suis partout, 29 décembre 1939. C'est aussi un patron de combat, qui milita contre le communisme ; il a contribué à animer une officine patronale fondée à Lyon en , la Centrale industrielle et commerciale (CIC), qui centralisait les fonds de propagande du patronat de la région lyonnaiseAnnie Lacroix-Riz, De Munich à Vichy: L'assassinat de la Troisième République 1938-1940, Armand Colin, 2008, Archives nationales, Haute Cour de justice, Volume 9, Déposition de Doligez, gérant des Ets Champier à Tarare, 19 mai 1945. Il est issu de l'Action française, dont il a été membre de 1926 à 1936. Il fait partie d'un réseau patronal anticommuniste, avec un autre patron membre de la commission patronale de l'Office, Georges LaederichJean-François Colas, Georges René Laederich (1898-1969), un industriel en politique. De l’engagement volontaire contre l’Allemagne en 1916 à l’acceptation du Marché commun, dans Jean El Gammal, Jérôme Pozzi (dir.), Le Grand Est (1870-2019). Forces et cultures politiques, Presses universitaires de Nancy - Editions Universitaires de Lorraine, 2019, .
Une sous-section de l'OCS est constituée à Paris; elle devient le siège central de l'Office, au 9, rue Auber, dans le quartier de l'opéra.
Organisation et rôle de l'OCS