Hoshanna Rabba (hébreu : הושענא רבה, « Grande Hoshanna ») est le septième et dernier jour de la fête juive de Souccot.
Célébrée au moins depuis l'époque du Second Temple avec un rituel particulier, la fête acquiert ensuite un caractère et une importance propres jusqu'à devenir, sous l'impulsion de la Kabbale, le dernier des Jours redoutables, au cours duquel le jugement rendu à Roch Hachana et consigné à Yom Kippour est scellé et entre en vigueur.
Hoshanna Rabba dans les sources juives
Dans la littérature des Sages
Hoshanna Rabba n'apparaît pas dans la Bible hébraïque. Cependant, lorsque la Mishna décrit son ordonnance, il s'agit d'un rite déjà bien établi, en vigueur depuis l'époque des premiers Hasmonéens voire plus tôt. Les Pharisiens, et certains rabbins après eux, la font remonter aux prophètes (peut-être sur base d'Aggée 2:1-9) voire à Moïse sur le SinaïTossefta Soukka 3:2 ; T.B. Soukka 43b-44a ; T.J. Sheviit 33b.
Les Juifs célébrant Souccot dans l'enceinte du Temple de Jérusalem effectuent non pas une circambulation autour de l'autel comme il est de coutume les autres jours de la fête mais sept, en souvenir des circambulations de JérichoT.J. Soukka, fin du ch.4, cité dans le Yalkout Shimoni sur Tehillim, n°703, dans le Sefer HaRokeah chap. 221, etc.. Au cours de ces circambulations, le cri hoshanna retentit joyeusement sept foisMishna Soukka 4:5. Outre les quatre espèces avec lesquelles on défile chaque jour de Souccot, ils cueillaient des branches de saule à Motza, une localité aux environs de Jérusalem, et les déposaient sur les côtés de l'autelMishna Soukka 4:5-6 après les avoir battues au solMishna Soukka 4:6. C'est pourquoi on appelait ce jour, à l'époque de la Mishna, yom hashevi'i shel arava (« le septième jour de la branche de saule »)Mishna Soukka 4:3 ou yom hibbout 'harayot (« jour du battage des rameaux »). Cette cérémonie peut aussi avoir lieu à chabbat, ce qui suscitait des controverses avec les BœthusiensTossefta Soukka 3:1.
Les premières mentions du nom « Hoshanna Rabba » apparaissent dans le MidrashMidrash Tehillim sur Psaumes 17:5 ; voir aussi Lévitique Rabba 37:2 qui évoque le yom hoshanna (« jour de la hoshanna ») :
Cette association de Hoshanna Rabba au jugement trouve vraisemblablement son origine dans un enseignement des Sages : « lors de la Fête, le monde est jugé sur l'eauMishna Roch Hachana 1:2, cf. Zacharie 14:16-19 » car Souccot marque le début de la saison des pluies. De cet enseignement découle la cérémonie de la libation d'eau au cours de laquelle l'eau est puisée dans le Shiloah pour être amenée au Temple au cours des sept jours de Souccot. Plus les jours passent, plus la joie est grande, culminant lors du dernier jour car il est clair que si elle est remplie, l'abondance des eaux est assuréecf. Shibbolei HaLeket hashalem 369.
Le Talmud de Jérusalem, rédigé vers la même époque, confirme que cette fête n'a rien perdu de son lustre avec la chute du second Temple : elle est, avec le jour où l'on souffle du shofar, le seul jour où tous se rendent à la synagogueT.J. Roch Hachana 4:8, 59c. Cependant, selon une tradition couramment rapportée par les autorités médiévales, Hillel II a configuré le calendrier hébreu de façon que Hoshanna Rabba ne puisse plus avoir lieu à chabbat, en empêchant la néoménie du mois de tishri d'avoir lieu le premier jour de la semaineTossafot sur T.B. Soukka 43b ; note du Ra'avad sur Mishneh Torah, Hilkhot kiddoush hahodesh 7:7 ; note du Ra"n sur le Ri"f, Soukka 21b s.v. oufarkhinan.
Dans la littérature médiévale
La coutume de réaliser les processions autour de l'estrade de lecture prend sa forme définitive à l'ère des gueonim tandis que Yannaï et son disciple Eleazar Hakalir composent les pièces liturgiques chantées lors des processions conçues pour accompagner les hoshaanot et appelées elles-mêmes de ce nom. L'aura déjà considérable de Hoshanna Rabba acquiert également au cours de cette période une dimension encore plus solennelle : des pèlerins effectuaient le voyage depuis Babylone vers Jérusalem et faisaient sept processions autour du mont des Oliviers, ressuscitant brièvement la glorieuse époque des fêtes de pèlerinage du second Temple. Haï Gaon lui-même effectua ce pèlerinage et dit y avoir conversé avec le prophète Élie. Les autorités mettaient à profit ce rassemblement populaire pour proclamer de grandes mesures. C'est à Hoshanna Rabba de l'année julienne 920 qu'Aaron ben Meïr, Rosh yeshiva des académies de la terre d'Israël, annonce sa réforme qui donnera lieu à la dispute du calendrierHenry Malter, Saadia Gaon, his life and works, Philadelphia: The Jewish Publication Society of America. 1921, p. 72 et que les Karaïtes sont publiquement excommuniés, dans la première moitié du Élie Barnavi et al., Histoire universelle des Juifs, éd. Hachette, coll. Littératures, pp. 88-89.
Du fait de cette atmosphère et de la ferveur des fidèles, Hoshanna Rabba, jour du jugement sur les eaux, devient un jour de jugement général ou, plus exactement, de jugement finalisé. Si certains indiquent encore que « tout entre en vigueur après la signature car la vie de l'homme dépend de l'eauArbaa Tourim Orah Hayim 664:1 », d'autres n'évoquent plus que le « jour du grand sceauRabbenou Behaye, Sefer Kad HaKema'h, s.v. arava » ou le jour de la « fin du jugement du mondeZohar, Tzav 31b ». Un midrash médiéval rapporte que Dieu dit à Abraham : « Je vais donner à tes fils un jour particularisé pour couvrir toutes leurs fautes, c'est Hoshanna Rabba … s'il n'y a pas recouvrement des fautes pour tes fils à Rosh Hashana, il aura lieu à Yom Kippour et sinon, il se fera à Hoshanna RabbaNotes aux Minhaggim du Rav Tyrnau, n° 216 ». De nombreuses coutumes se développèrent dans la veine de cette idée, parmi lesquelles la vérification de l'ombre, ultérieurement découragée par les rabbinsChoulhan Aroukh Orah Hayim 664:1, et basée sur la croyance apparue au que la personne qui n'aperçoit pas l'ombre de sa tête la nuit de Hoshanna Rabba ne passera pas l'année car le jugement fatal consigné à Yom Kippour lui est confirmécf. Sefer Hassidim éd. Margaliot, ch. 452-453. De même, la nuit d'étude, décrite par David Aboudirham au comme une opportunité permettant au tout-venant d'étudier la Bible avant la fête de la Torah (qui se tient un ou deux jours plus tard)Sefer Aboudraham, Tefillat Souccot ; cf. Shibbolei HaLeket hashalem 371 & Maguen Avraham 664 devient, sous l'influence des kabbalistes de Safed, consacrée au repentir et à la prière, sous le nom de Tikkoun leil Hoshanna Rabba (« [Cérémonie d'amendement de la veille de Hoshanna Rabba »).
Observance de Hoshanna Rabba dans le judaïsme rabbinique
Statut
280px|thumb|« Procession des Palmes chez les Juifs Portugais » lors de Hoshana Rabbah (Picart, 1724)
Hoshanna Rabba présente un caractère pluriel le rendant unique parmi les jours saints du judaïsme. Il assume en effet un caractère à la fois joyeux et grave, outre le fait d'être le dernier jour de Souccot. Cette diversité se marque dans ses différentes coutumes et sa liturgie, joyeuse comme un jour de fête mais non exempte de caractéristiques propres aux Jours redoutables comme l'allumage de nombreuses bougies, l'ablution complète à la veille de la fête et, chez les ashkénazes, l'utilisation d'une tunique de lin par l'officiant (ainsi que par certains fidèles) ; par ailleurs, on observe des coutumes spécifiques à ce jour, comme la déliaison du faisceau des quatre espèces et la procession avec les branches de saule.
Tikkoun leil Hoshanna Rabba
La veillée d'étude de Hoshanna Rabba a lieu de la nuit à l'office de prières du matin. Elle est diversement observée au cours du temps.
Le Shl"a décrit l'usage en cours de son temps parmi certaines communautés en terre d'Israël de remplacer la lecture habituelle de l'ensemble du Pentateuque par celle de hoshaanot et de bakkashot particulières et d'y ajouter des passages pénitentiels en soufflant du shofar lors de la lecture des treize attributs de miséricorde afin d'éveiller les cœurs au repentir. Afin de pouvoir s'y consacrer entièrement, ces Juifs réalisent leurs ablutions la journée précédant Hoshanna RabbaCommentaire du Shl"a sur le traité Soucca, chap. Ner mitzva, § 20.
De nos jours, il est plus commun d'étudier le Deutéronome et le Livre des Psaumes ou d'employer des rituels spécialement rédigés pour cette occasion Hafetz Hayim, Mishna Beroura 664:1), également appelés Tikkoun leil Hoshanna Rabba.
Rite et liturgie
Hoshanna Rabba étant le dernier jour du hol hamoëd de Souccot, sa liturgie de base comporte l'insertion de la prière yaalè vèyavo dans la prière des dix-huit bénédictions, la lecture du Hallel accompagnée de hoshaanot, une lecture de la Torah spéciale et un office de prière supplémentaire (moussaf).
Elle se différencie de ces jours par de nombreux hymnes joyeux, propres aux jours de fête (Psaumes 86, 100, etc.), l'omission de passages sévères et la longueur des hoshaanot, à laquelle elle doit son nom. Chez les ashkénazes, l'officiant chante également le kaddish suivant l'office de moussaf sur le ton employé lors des jours de fête et, comme en ces jours, il est de coutume de ne pas réaliser d'activités pour des besoins profanes après être sorti de la synagogue.
Cependant, différentes coutumes marquent aussi la solennité du jour pendant lequel sont rendus selon la tradition non seulement le jugement sur les eaux mais aussi celui sur soi. L'on se souhaite donc mutuellement un bon décret (judéo-araméen : פתקא טבא pitka tava ; yiddish : א גוטן קוויטל a gitn kvitel, « bon billet »)Voir, par exemple, R' Menashe Klein, Mishne Halakhot, vol. 5, n°31.Dans les communautés ashkénazes, divers usages (non-universellement observés) se rencontrent, comme l'emploi de l'air des Jours redoutables pour la récitation des pessoukei dezimra et la kedousha du moussaf ou la lecture des treize attributs de miséricorde en ouvrant l'arche sainte, revêtue de blanc comme l'estrade de lectureE. Guggenheim, Le judaïsme dans la vie quotidienne, p. 126. Les congrégations séfarades ajoutent Hashem hou HaElohim lors des pessoukei dezimra, les treize attributs de miséricorde et d'autres passages austères. Certaines sonnent même du shofar lors des circambulationsR' Moshe ibn Makhir, Seder Hayom, seder Hoshanna Rabba Shmini Atzeret veSim'hat Torah, éd. Lublin 1896.Il était par ailleurs d'usage dans le rite des Romaniotes de lire dans la prière des dix-huit bénédictions les additions des dix jours de pénitence ainsi que l'hymne Avinou Malkenou, D. Goldsmidt, le Mahzor romaniote et leur rite in Meh'karei tefilla oupiyyout (Recherches sur la prière et la poésie liturgique), Jérusalem 5740 (1979/1980), p. 151.
Les sept hoshaanot
Il est de coutume de sortir à Hoshanna Rabba sept (ou tous les) rouleaux de la Torah, de les placer sur l'estrade de lectureC.A. O.H. 660:1 et de défiler sept fois autour d'eux avec le faisceau du loulav (c'est-à-dire les quatre espèces) en récitant sept supplications pour les pluiesC.A. O.H. 664:3. Selon la coutume communément admise, ces processions doivent se faire en contournant l'estrade par la droite.