Jean Decety (né en 1960) est professeur à l'université de Chicago et son collège, avec une affectation primaire dans le département de psychologie et une affectation secondaire dans le département de psychiatrie et de neurosciences comportementales.

Biographie Il a obtenu un doctorat de neurosciences à l'université Claude-Bernard-Lyon-1. Il a ensuite effectué un séjour postdoctoral à l'hôpital de Lund dans le département de neurophysiologie clinique à l'université de Lund, puis au Karolinska Sjukhuset dans le département de neurophysiologie et de neuroradiologie à Stockholm.

Jean Decety a été directeur de recherche à l'Inserm jusqu'en 2001. Puis il a émigré aux Etats-Unis, d'abord à l'université de Washington à Seattle, puis en 2005 à Chicago. Il dirige le Child neurosuite et le Social cognitive neuroscience laboratory à l'université de Chicago.

Decety est un spécialiste de neurosciences sociales et est le cofondateur de la Society for Social NeuroscienceSociety for Social Neuroscience. En 2006, Decety a créé la revue Social Neuroscience dont il a été rédacteur en chef pendant six ans. Il est élu en 2022 membre de l'Academia Europaea dans la section physiologie et neuroscience.

Travaux scientifiques Ses recherches actuelles se focalisent sur le développement et les mécanismes neurobiologiques et psychologiques qui sous-tendent la prise de décision socialeYoder, K. J., & Decety, J. (2018). The neuroscience of morality and social decision-making. Psychology, Crime & Law, 24(3), 279-295., l'empathieDecety, J. (2015). Composants, mécanismes, develop-pement et fonctions de l’empathie. Encyclopedie Medico Chirurgicale – Psychiatrie. Paris: Elsevier, 13(1), 1-8.Decety, J. (2015). The neural pathways, development and functions of empathy. Current Opinion in Behavioral Sciences, 3, 1-6., la morale, la motivation pour la justiceDecety, J. & Yoder, K. J. (2017). The emerging social neuroscience of justice motivation. Trends in Cognitive Sciences, 21(1), 6-14., le comportement prosocialDecety, J., Ben-Ami Bartal, I., Uzefovsky, F., & Knafo-Noam, A. (2016). Empathy as a driver of prosocial behavior: Highly conserved neurobehavioral mechanisms across species. Proceedings of the Royal Society London - Biology, 371, 20150077., ainsi que d'autres domaines liés à la cognition sociale.

Son travail a conduit à de nouvelles pistes de connaissances sur les bases neurobiologiques des processus socio-émotionnels et cognitifs impliqués dans la cognition sociale chez les enfants et les adultes, ainsi que la délicate question des présupposés troubles socio-affectifs chez les psychopathes criminels incarcérés. L'impact de ces affirmations que certains trouvent aventureuses ne soient détournées en influant des décisions de justice. Ses travaux de recherche utilisent une approche multidimensionnelle et intégrative qui caractérise les neurosciences sociales (des gènes aux comportements), incluant l'imagerie cérébrale (Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, Électroencéphalographie quantitative), l'oculométrie et l'économie comportementale.

Simulation mentale d'actions La simulation mentale, également appelée imagerie motrice, pratique mentale ou répétition mentale, fait référence à la capacité cognitive humaine d'imaginer faire une action ou un comportement spécifique et de simuler le résultat probable avant d'agir. Cette méthode fait partie de l'entraînement sportif d'élite depuis longtemps.Les secrets de préparation mentale des athlètes Les recherches initiées par Decety et Marc Jeannerod utilisant les techniques de psychophysique, l'imagerie cérébrale, l'excitabilité du réflexe H, ainsi que des mesures du système nerveux autonome, ont démontré que l'imagination d'une action active des représentations neuronales similaires qui seraient engagées en effectuant cette même actionDecety, J. (1996). The neurophysiological basis of motor imagery. Behavioural Brain Research, 77(1-2), 45-52.. Par exemple, une augmentation de la fréquence cardiaque et de la fréquence respiratoire sont proportionnelle au niveau d'effort mental chez les athlètes qui s'imaginent courir sur un tapis roulant à différentes vitessesDecety, J., Jeannerod, M., Germain, M., & Pastene, J. (1991). Vegetative response during imagined movement is proportional to mental effort. Behavioural Brain Research, 42(1), 1-5.. Imaginer faire une action est associé à l'engagement d'un réseau cérébral comprenant le cortex moteur, le lobule pariétal inférieur le cortex somatosensoriel et le cervelet, régions impliquées dans le contrôle moteur. Ensemble, ces résultats ont été interprétés comme une démonstration d'une équivalence fonctionnelle entre l'imagination et la production d'action, dans la mesure où ils partagent les mêmes représentations motrices sous-tendues par le même substrat neurophysiologiqueDecety, J., & Grèzes, J. (2006). The power of simulation: imagining one's own and other's behavior. Brain Research, 1079(1), 4-14.. Ce cadre théorique a ensuite été étendu à l'empathie et certains aspects de la cognition socialeJackson, P. L., & Decety, J. (2004). Motor cognition: A new paradigm to study self–other interactions. Current Opinion in Neurobiology, 14(2), 259-263.Decety, J., & Jackson, P. L. (2004). The functional architecture of human empathy. Behavioral and Cognitive Neuroscience Reviews, 3(2), 71-100..

Origines et mécanismes de l'empathie À partir d'une série d'études empiriques chez l'homme et chez l'animal, Decety théorise que l'empathie est un construit multidimensionnel reflétant<ref>Empathy: From Bench to Bedside (2012). Jean Decety (éd.). Cambridge: MIT Press</ref> : 1) une capacité naturelle à partager les états affectifs des autres; 2) la capacité d’adopter intentionnellement la perspective subjective d’autrui et 3) la motivation de se soucier de l’autre. Ces composants sont sous-tendus par des processus automatiques et d’autres contrôlés qui interagissent les uns avec les autres. Les circuits neuronaux et hormones, comme l'ocytocine régissant l’empathie affective et le souci de l’autre sont anciens sur le plan évolutif et largement conservés à travers une grande variété d'espèces, y compris au niveau moléculaire. Chez l'enfant, ses travaux ont permis d’identifier des trajectoires de développement de l’empathie émotionnelle, du souci de l’autre et de l’empathie cognitive. Ces trajectoires développementales sont enchevêtrées au sens où les différents composants sont imbriqués et s’influencent réciproquement. Tout comme les déterminants biologiques et environnementaux interagisse dès la naissanceDecety, J., & Holvoet, C. (2021). Le développement de l’empathie chez le jeune enfant. L’Année Psychologique / Topics in Cognitive Psychology, 121(3), 239-273..

Origines des comportements prosociaux Jean Decety postule que les comportements prosociaux sont des produits de la sélection naturelle, des adaptations biologiques nécessaires à la vie en groupe et à la coopération. Ils sont variés et reposent sur des motivations distinctes. En particulier, l’empathie ne doit être confondue avec la morale ni l'altruisme bien qu'elle puisse jouer un rôle motivateur. La fonction principale de la morale est de réguler les interactions sociales dans la direction de la coopération, en inhibant les tendances égoïstes, aidant ainsi à vivre ensemble. Mais parfois l’empathie va à l’encontre des principes de justice et d’équité, car elle biaise les jugements et décisions en induisant du favoritismeDecety, J. (2021). Why empathy is not a reliable source of information in moral decision making. Current Directions in Psychological Science, 30(5), 425-430..

Le développement de la morale chez l’enfant à travers différentes cultures Afin de comprendre comment la morale émerge à partir de mécanismes biologiques innés, sélectionnées par l’évolutionDecety, J. (2017). Les fondements naturels de la morale. In D. Candilis-Huisman et M. Dugnat (Éditeurs), Bébé Sapiens (). Toulouse : Éditions Eres.Decety, J. (2019). Les origines naturelles du sens moral chez le petit enfant. Devenir, 31(3), 207-230. , tout en interagissant avec l’environnement culturel local, Decety mène des études empiriques sur le développement du jugement moral et de son lien avec les comportements prosociaux à travers différentes cultures.

Une première étude, réalisée en Afrique du Sud, Canada, Chine, États-Unis et Turquie avec des enfants âgés de 5 a a mesuré une variété de facteurs intrinsèques et extrinsèques influençant l’altruisme et la cognition morale, y compris les fonctions exécutives, la théorie de l'esprit, l'empathie et le niveau socioéconomique des parentsCowell, J. M., Lee, L., Malcolm-Smith, S., Selcuk, B., Zhou, X., & Decety, J. (2017). The development of generosity and moral cognition across five cultures. Developmental Science, doi: 10.1111/desc.12403.. Les résultats indiquent que, indépendamment de la culture, ce sont les facteurs du développent cognitif (fonctions exécutives et théorie de l’esprit) et le niveau d’éducation de la mère qui prédisent le mieux les comportements altruistes des enfants. Ces résultats cadrent bien avec une littérature grandissante suggérant que la théorie de l'esprit et le fonctionnement exécutif favorisent le comportement moralImuta, K., Henry, J. D., Slaughter, V., Selcuk, B., & Ruffman, T. (2016). Theory of mind and prosocial behavior in childhood: A meta-analytic review. Developmental Psychology, 52(8), 1192-1205..

Une deuxième série d’études a examiné dans quelle mesure les normes culturelles sont intégrées dans le développent et l’expression comportementale du souci d'équité (un élément fondamental et universel de la morale) avec un large échantillon d'enfants âgés de 4 à (N = ) dans 13 pays (Afrique du Sud, Argentine, Canada, Chili, Chine, Colombie, Cuba, États-Unis, Jordanie, Mexico, Norvège, Taiwan et Turquie)Huppert, E., Cowell, J. M., Cheng, Y., Contreras, C., Gomez-Sicard, N., Gonzalez-Gaeda, L. M., Huepe, D., Ibanez, A., Lee, K., Mahasneh, R., Malcolm-Smith, S., Salas, N., Selcuk, B., Tungodden, B., Wong, A., Zhou, X., & Decety, J. (2018). The development of children’s preferences for equality and equity across 13 individualistic and collectivist cultures. Developmental Science, epub ahead of print.. Les différences dans les niveaux d'individualisme et de collectivisme entre les pays prédit l'âge et la mesure dans laquelle les enfants favorisent l'équité plutôt que l’égalité dans jeux économiques de justice distributive. Les enfants qui vivent dans les cultures les plus individualistes adoptent des distributions équitables à un degré plus élevé que les enfants issus de cultures plus collectivistes lorsque les bénéficiaires diffèrent en ce qui concerne leur richesse et mérite. En général, les enfants de cultures plus individualistes favorisent également des distributions équitables à un âge plus précoce que les enfants de cultures plus collectivistes. Ces résultats apportent une clarification pour les théories qui postulent que l'équité est une préoccupation morale universelle et que les humains favorisent naturellement les distributions équitables plutôt que celles égalesStarmans, C., Sheskin, M., Bloom, P., Christakis, N. A., & Brown, G. D. (2017). Why people prefer unequal societies. Nature Human Behaviour, 1(4), 82..

Le côté sombre de la morale Plus récemment, Decety a commencé à examiner les mécanismes psychologiques et neurologiques qui sous-tendent les convictions morales très fortesWorkman, C. I., Yoder, K. J., & Decety, J. (2020). The dark side of morality – Neural mechanisms underpinning moral convictions and support for violence. American Journal of Bioethics - Neuroscience, 11(4), 269-284.. L’ambivalence de la morale humaine, sous l’œil des neurosciences Ces convictions peuvent motiver les pires violences comme l'ont montré certains travaux en anthropologieFiske, A. P. & Rai, T. S. (2015). Virtuous Violence. Cambridge: Cambridge University Press..

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